Retour sur les engagements de campagne présidentielle (921)

Retour sur engagements

Quand  le débat sur les violences, notamment sexuelles faites aux enfants de France bat son plein avec une interrogation sur la qualité de la réponse apportée par les institutions et son lot de préconisations démagogiques; quand les pouvoirs publics  essaient  de faire face au tsunami déclenché par la mort de la petite Lyhanna avec des postures improvisées , il n’est pas inutile de revisiter l’histoire récente en rappelant l’engagement pris par Emmanuel Macron candidat à sa réélection.

Je crois intéressant de  restituer un billet du 21 avril  2022 identifiant ce que pouvait recouvrir cet engagement. Chacun mesurera ce qui est advenu d’une promesse alléchante qui avait surpris

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La protection de l’enfance, cause du quinquennat ? Chiche

21 avril 2022

Le président de la République sortant – candidat au renouvellement de son mandat a pu surprendre quand, dans le dernier temps de sa prise de parole conclusive du débat présidentiel, il a annoncé qu’il ferait de la protection de l’enfance l’enjeu majeur de son quinquennat.

On ne peut que se réjouir de cette annonce quand on a de longue date interpellé les candidats sur les engagements qu’ils seraient prêts à souscrire(1). On en accepte l’augure sans barguigner, mais faute d’explicitations sur le pourquoi et de développements sur les objectifs, de précisions sur le comment, on est réduit à des hypothèses s’appuyant sur ce qui a déjà été fait et sur que l’on sait de ce qui intéresse celui qui s’engage. Macron I éclaire en creux le possible Macron II.

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Le bilan

Bien évidemment il est aisé, surtout si on est un militant fortement engagé, de souligner les lacunes, les défaillances, les erreurs dans ce qui a été fait par ceux qui entendent continuer leur office. Sur un sujet aussi sensible, au regard aux drames régulièrement rencontrés et à la souffrance de trop d’enfants les initiatives sont et seront toujours tenues pour insuffisantes. On peut, sans grand risque, affirmer que, quel qu’il soit, le responsable politique sera inéluctablement rhabillé pour l’hiver pour son étroitesse de vue ou encore l’absence de moyens mobilisés au regard des ambitions affichées et des besoins de terrain.

Ainsi il a fallu attendre qu’il y ait le feu au lac avec l’interpellation médiatique sur des dysfonctionnements dans les foyers de l’enfance pour que nous soyons dotés en 2019 seulement  d’un ministre de l’enfance, preuve que la sensibilité sur l‘enfance était absente en première intention en 2017. Adrien Taquet fut présenté comme étant en charge de la protection de l’enfance, négligeant qu’une politique vraie de protection de l’enfance ne peut s’inscrire que dans une politique de l’enfance globale ! Le mandat politique fut remis au bion niveau en 2020 lors d’un remaniement.

On pourrait aussi faire grief à l’équipe sortante d’avoir été plus préoccupée à travers les lois sur la bioéthique et sur l’adoption, d’assurer à chacun un droit à l’enfant plutôt que de s’attacher aux droits des enfants, notamment à leurs parents. Quand on appelait à une loi de clarification sur les responsabilités parentales touchant les familles recomposées, on a préféré assurer l’accès à la parentalité sans discrimination de sexe (2).

On n’a toujours pas traité comme il eut fallu le faire la délicate question de l’accueil des enfants migrants. Une conférence de consensus entre État, collectivités territoriales et grandes associations participant du dispositif de protection de  l’enfance pour s’imposait pour quitter la stratégie d’affrontement avec un jeu de patate chaude dans laquelle nous sommes depuis maintenant 20 ans au point de polluer nombre d’échanges et de réflexion sur l’évolution de la protection de l’enfance (3). Et que dire des enfants français toujours présents au Kurdistan qu’il eut fallu rapatrier en totalité et avec leur mère si nécessaire comme d’autres États l’ont fait pour leurs ressortissants.

Parmi d’autres choses majeures on peut encore faire grief à l’État de n’avoir pas su prendre l’initiative d’une démarche mobilisant les acteurs publics et associatifs pour renforcer l’offre de services de proximité au bénéfice des familles les plus fragiles. Là encore il serait excessif de laisser à penser que rien ne s’est fait  ponctuellement, mais il a manqué d’une synergie tirant vers le haut ce pan essentiel du dispositif de protection de l’enfance quand aujourd’hui tous les voyants lumineux des éléments le composant sont au rouge. La République abandonne trop d’enfants à leur sort.

Et que dire de l’effort spécifique qui s’imposait et s’impose toujours en faveur de l’enfance des territoires ultra-marins – on pense notamment à la Guyane et encore plus aux Comores – où la situation est explosive. On reste toujours loin du compte. Un bel exemple majeur du concept de sincérité politique successive !

Bien évidemment ces lacunes, et bien d’autres qu’on oublie, doivent servir de leçons pour le programme à venir.

Du positif aussi

Donnons acte en même temps qu’on les exprime que, non seulement de nombreuses initiatives ont été prises, mais qu’à un moment donné un cadrage politique a pu produire ses effets et générer une valeur ajoutée inévitable dont il s’agira dans l’avenir de capitaliser les effets quand un temps tout partait dans tous les sens au point d’en avoir le tournis.

On ne peut que saluer l’initiative sur les 1000 premiers jours confiée à Boris Cyrulnik (4), la Stratégie pour nationale la protection de l’enfance, le dispositif pour le versement des pensions alimentaires, l’effort pour accueillir plus d’enfants porteurs de handicap dans le secteur normal, tout simplement la stratégie pour dédoubler les classes en primaire sans oublier la condamnation comme nous y appelions même avec 10 ans de retard et en 28° position certes, du recours aux violences éducatives ordinaires pour repondre au souhait du Conseil de l’Europe.

Plus fondamentalement, conscient de ce que l’État avait des responsabilités dans le champ de la protection l’enfance et qu’il ne pouvait pas se contenter de l’incantation ou de la loi, convaincu qu’il lui fallait accompagner, y compris financièrement, les évolutions souhaitées, le gouvernement s’est doté de moyens limités certes, mais réels, pour contractualiser avec les départements.

Un chantier en plan

Tout cela pour dire qu’en l’état en cette fin de mandat on a le sentiment d’être en plein chantier. Rien n’est vraiment bouclé. Quand certains dénonceraient l’inachevé, on préférera plutôt positiver. Il s’agit de réunir les conditions à remplir pour ne pas laisser retomber la pâte, avancer encore et concrétiser sur de nombreux point faisant la preuve que, quand bien même si on n’y était pas préparé initialement, on aura su prendre conscience des enjeux au fil du mandat.

Il sera donc important que dans l’écriture gouvernementale il y ait à nouveau un département ministériel en charge de l’enfance, pas de la protection de l’enfance, voire un vrai ministère de l’enfance avec le poids politique que donne cette stature. Ne fut-ce que pour s’inscrire sur la durée et, par là-même, dans une démarche de responsabilité pour conforter ce qui a été engagé et éviter que les acquis se délitent.

Les termes d’une politique doivent pouvoir être rapidement dégagés et rendus publics avec le souci d’une approche globale qui dépasse la seule réponse à des dysfonctionnements. Bien évidemment il faut répondre aux violences en général, et en particulier aux violences intra familiales; pour autant la vraie question est de faire en sorte qu’il y ait moins de premiers passages à l’acte. De la même manière sur l’inceste il lui faut se préparer à mener  le débat de fond avec l’ensemble de la société quand on fait le constat que 5,5 millions d’adultes disent avoir été victimes de violences sexuelles le temps de leur minorité dont 3 millions en famille. Face à ce qui doit aussi s’analyser comme une responsabilité collective il ne suffira pas de renforcer la loi ou de multiplier policiers et magistrats. La protection de l’enfance dépasse les réponses à mettre en œuvre via le dispositif lui-même. C’est bien une politique totale qu’il faut mener. Par exemple d’éducation sans violence ou de respect de la personne.

 

La fausse bonne-réponse qui risque d’être proposée demain

Reste aussi très vite à percer la question fondamentale des compétences publiques sans se laisser tenter par une vraie fausse réponse qui ne changerait rien à la donne, voire aggraverait les difficultés, à savoir la recentralisation d’aide sociale à l‘enfance qu’a laissé entrevoir Emmanuel Macron il y a quelques mois dans une démarche d’autant plus jacobine qu’elle touche à un sujet particulièrement sensible. Une proposition de loi a été déposée pour expérimenter la recentralisation de l’aide sociale à l’enfance sous l’autorité de l’État au prétexte que les département seraient défaillants (5).

Le constat fait, sinon la réponse avancée, interpellent. D’abord dans leur immense majorité les Conseils départementaux ne sont pas défaillants. Ensuite il est de l‘essence même de la décentralisation de 1982-1984 que des politique disparates, donc inégalitaires, au risque d’apparaitre injustes, soient élaborées par ces collectivités territoriales pour repondre aux problèmes spécifiques qu’elles rencontrent. La difficulté vient, on l’a déjà développé ici, qui l’État n’a pas joué le rôle correcteur qui lui était dévolu en 1982-1984, ce que justement a tenté d’initier le secrétaire d’État à l’Enfance le temps de son mandat. Rappelons que dans le passé l’État a lui-même abandonné les territoires ou des sujets. Et comment imaginer qu’en difficulté pour assumer ses responsabilités ponctuelles – ex. la santé scolaire ou la psychiatrie infantile – il puisse assumer le tout !

L’Etat doit se réinvestir

Plutôt que de penser une nouvelle fois à casser l’instrument par ce transfert massif de compétence, l’enjeu est bien d’amener l’État à assumer les responsabilités qui lui reviennent comme acteur et comme incitateur-coordonnateur.

 

Plusieurs voies lui sont offertes outre déjà de renforcer les moyens alloués à ses services propres pour redevenir crédible :

  • Adapter la loi pour notamment mettre à jour les règles du jeu. Ainsi il lui faut dire qui doit faire quoi dans la famille moderne s’agissant de l’éducation et la protection des enfants
  • Améliorer le statut des personnels, leur rémunération et leur formation pour disposer en nombre et en qualité des acteurs susceptibles d’incarner au plus haut niveau la protection de l’enfance. Et déjà les reconnaitre comme des acteurs essentiels à la cohérence sociale quand ils sont aujourd’hui en souffrance et se sentent dévalorisés. La démarche a été engagée tard mais engagée. Elle ne peut pas en rester là. L’attente est là qu’on peut plus ignorer.
  • Susciter des dynamiques territoriales associant l’Etat, les départements, le secteur associatif habilité et la société civile sur des enjeux nationaux dont les réponses doivent se décliner territorialement
  • Apporter aide et expertise à la définition de politiques territoriales et à l’évolution des pratique s et des institution.
  • Contribuer à une meilleure acuité sur ce qui se fait ou pourrait se faire par une évaluation de l’impact de politiques menées et à l’émergence d’une réflexion critique et comparative

Pour se faire il lui faudra se doter au plan  national et territorial des outils nécessaires et déjà d’une administration digne de ce nom.

Clarifier les objectifs

Reste déjà à afficher des objectifs qui trahissent eux-mêmes un bon décryptage et une lecture lucide du problème. Il ne faut plus se payer de mots comme cela est trop souvent le cas. Ainsi que vise-t-on à prévenir quand on parle de prévention en protection de l‘enfance ? Qu’a t-on pour objectifs quand un enfant est en difficulté ? La protection de l’enfance ne passe-t-elle que par les spécialistes de l’enfance en difficulté ? Quel rôle donner aux dispositifs de droit commun  comme l’école, l’accès aux loisirs et à la cultures pour socialiser des enfants ? Est-on au clair sur qui fait quoi ? On se doit d’identifier clairement et publiquement les rôles de chacun et la hiérarchie des pouvoirs quand par exemple, dans notre culture l’éducation est d’abord familiale avant s’être nationale, la puissance publique vient en soutien de la famille quitte à avoir ses objectifs propres comme l’intérêt collectif. Avant de culpabiliser les parents, il faut les soutenir. Et seulement quand il est nécessaire rompre le lien. Il faut ensuite s’attacher articuler ces compétences au sein de la famille entre adultes en charge d’enfants ou entre les différents pouvoirs publics.

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Au sortir de la période électorale il faut déjà d’engager un débat national apaisé pour faire un état de lieux, identifier des enjeux et s’organiser à court , moyen et long terme pour tenir les objectifs identifiés et déjà évaluer ensemble et d’une manière contradictoires les résultats obtenus.

 

On voit bien que pour mener à bien un tel chantier « Protection de l’enfance », dans son ampleur, il faut s’inscrire sur la durée et la responsabilité.

Ici comme dans bien des domaines, il s’agit moins de changer les règles du jeu, sinon de les adapter à la marge pour les moderniser, mais surtout faire vivre les dispositifs existants. Ainsi changer le droit pénal des mineur sera au final de nul effet si on ne réunit pas plus de moyens humains pour mettre en œuvre les mesures éducatives. C’est certes un problème financier à mobiliser par-delà les 8, 3 milliards d’euros (hors dépenses de personnels publics) déjà engagés en première ligne, mais déjà de synergies à développer pour tirer le meilleur profit de l’existant et du potentiel (6).

Améliorer notre dispositif de protection de l’enfance est certes indispensable car il est perfectible (7), mais il faut déjà mieux lutter contre la grande pauvreté (8) et mettre tous les parents en situation d’exercer leurs responsabilités et aux enfants de faire valoir leurs droits.

Admettons déjà s’agissant de l’enfance qu’on est en co-responsabilité, entre institutions publiques et privées, entre adultes, parents et professionnels, mais aussi que les enfants peuvent avoir un mot à dire sur ce qui les concerne, voire parfois décider. (9)

Là-encore, la pondération et l’intelligence veulent de constater qu’on est à bon niveau mais qu’on dispose également d’une réelle marge de progression … pour un ou plusieurs quinquennats. Alors commençons …. Pardon, continuons.

  1. 65 engagements pour la présidence, février 2022, Document DEI-France,
  2. On a quand même garanti, et ce point est majeur, le droit de l’enfant né de procréation assistée avec donneur à l’accès à a connaissance de ses origines
  3. Étant observé que le premier ministre E. Philippe a su refuser à l’ADF en 2018 le transfert à l’État de l’ensemble de cette problématique au nom de la non-discrimination entre enfants étrangers et enfant de France quitte a accepté e une « légère » revalidation de la participation d l’État au financement des prises en charge assumée par les departements. Demain ne vat-ton pas discriminer entre enfants ukrainiens et enfants venus d’ailleurs ?
  4. Et à un cabinet conseil bien doté !
  5. Proposition de loi Xavier Iacovelli de janvier 2022 visant à expérimenter la recentralisation de l’aide sociale à l’enfance
  6. Bertrand Schwartz ne disait rien d’autre en 1981 en développant ses missions locales
  7. Michele Créoff, ancienne vice-présidente n’hésite pas – par une approche excessive gommant ses performances, au risque du discrédit du propos –  de le présenter comme étant a bout de souffle
  8. Et déjà nous dire en quoi le Plan pauvreté engagé en 2017 a impacté en positif les plus jeunes quand on nous disait qu’il avait cet objectif
  9. On doit mettre en chantier le code l’enfance auquel nous appelons de longue date (Voir l’Appel signé par plus de 1000 personnes et institutions)

Protection de l’enfance : on se réveille bordel? (889)

Indéniablement la dissolution surprise et déroutante de l’Assemblée nationale à l’orée de l’été n’aura pas eu que des conséquences institutionnelles. Nombre de chantiers en cours qui appelaient des réponses fortes, sinon urgentes, ont été paralysés. Non seulement les problèmes relevés n’ont pas été résolus, mais ils ont pu singulièrement s’aggraver. Plus grave encore des dynamiques laborieusement élaborées pour enclencher des reponses qui s’imposaient ont pu être brisées net et ne se reconstruiront pas par un simple claquement de doigt.

La protection de l’enfance est malheureusement dans ce lot des dossiers majeurs impactés.

Des constats préoccupants partagés

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces dernières années, à travers des reportages fortement médiatisés ; les interpellations des professionnels mais aussi des principaux intéressés, ou les rapports parlementaires ou d’instances autonomes (CNPE, DDE, HCPF, HCTS, CESE, etc.)  mettant en exergue des dysfonctionnements majeurs comme des violences dans des établissements de protection de l’enfance, la non-exécution de mesures de protection judicaire à  un niveau jamais atteint, la multiplication des retraits d’enfants par voie judiciaire notamment de très jeunes enfants, les difficultés à gérer la pression des Mineurs étrangers non accompagnés, tout simplement le sentiment d’abandon que nombre de jeunes accueillis par l’ASE  leur majorité civile quand la reconstruction est loin d’être achevée par eux. On multiplierait selon les sensibilités les signes d’inquiétudes ou du moins d’interpellation.

Autant de critiques fondées ou qui appelaient à remise en cause. Parfois injustes sinon fallacieuses comme de laisser à penser que l’ASE conduisait des enfants la mort ! Les entendre ne voulait pas réduire la protection administrative et judiciaire de l’enfance à ces critiques en niant tout ce qui dans le même temps se faisait au bénéfice des parents et des enfants en oubliant tout le chemin déjà parcouru et en occultant les succès obtenus.

Reste que l’on ne s’attache qu’aux trains qui n’arrivent pas à l’heure dispositif : ce dispositif était présenté pour être à bout de souffle. L’Etat était tenu pur démissionnaire ; les départements se voyaient reprocher leur incompétence sinon leur désintérêt pour la cause de ces familles concernées prétendument défaillants. Les mêmes appelaient à renverser la table et à revenir sur les lois de décentralisation de 1982-1984 pour appeler l’Etat à assumer en direct ce qui était désormais qualifié fonction régalienne. D’autres également conscients de ces lacunes sans remettre en cause le dispositif appelaient l’Etat déjà à assumer ses responsabilités propres sur les missions de protection de l’enfance qui lui restaient dévolues avant de prendre l’initiative d’une démarche de concertation entre les pouvoir publics d’Etat et territoriaux et le secteur associatif habilité.

On a aussi en mémoire les polémiques auteur de la gouvernance de la CIIVISE qui laissaient à penser que le gouvernement était insensible à la cause des enfants d’hier victimes de violences sexuelles et de ces 180 000 enfants qui chaque année y sont encore voués. On se souvient aussi des jugements à l’emporte-pièce du Président de la République et du Garde des Sceaux sur ces enfants présentés comme négligés par leurs parents censés être les protagonistes majeurs des évènements dramatiques de l’été 2023, diatribe alimentée par cette série monstrueuse de crimes auxquels des mineurs furent partie prenante avant l’été.

24 départements – à gouvernance de gauche – appelaient à des Etats généraux de la protection l’enfance. Le Conseil national la protection l’enfance également avec le souci non pas de se lancer dans de grands travaux ou analyses, mais de partir des acquis pour appeler à un plan Marshal, c’est-à dire à un effort exceptionnel au regard de la conjoncture pour notamment retrouver des femmes et des hommes en nombre et qualifiés pour accompagner sur la durée parents et enfants en grande difficulté.

Le gouvernement et l’ADF – majoritairement à droite – refusant de répondre positivement à cet appel avaient convenus de mettre en place 5 puis 7 groupes de travail sur les questions tenues pour essentielles avec une échéance en octobre 2024.

Dans le même temps l’Assemblée nationale avait multiplié les initiatives (FN, LFI, PS) pour déboucher sur une commission d’enquête sur la protection de l’enfance. La proposition avancée par Isabelle Santiago (PS Val de Marne) avait été adoptée et ses travaux engagés sous la houlette d’Isabelle Santiago élue rapporteur et sous le regard pressant notamment dans anciens de l’ASE avec là encore avec une échéance pour l’automne.

La dissolution a évidemment sabordé la commission d’enquête mais aussi paralysé les travaux ADF-Etat : si l’ADF sous la houlette de Mme Florence Dabin a progressé, l’Etat a été paralysé. Bien évidemment les échéances en sont reportées.

D’autres travaux comme ceux sur la parentalité menés notamment sous sa vice-présidence de Serge Hefez avaient été lancés ; on attendait la deuxième vague de proposition de la CIIVISE non pas pour mieux accompagner les victimes, mais pour faire en sorte que demain 5,5 millions personnes n’affirment plus avoir été victimes de violences sexuelles le temps de leur enfance : on espérait un effort spécifique pour les enfants ultra-marins.

Une démarche en crabe certes fréquemment teintée de scepticisme et qui aurait appelé à terme à être resserrée. Mais une réelle dynamique s’était enclenchée. La campagne électorale avec ses inquiétudes majeures pour la démocratie, les jeunes Olympiques avec leur euphorie anesthésiante en ont rajouté une couche.

La dissolution l’a frappé de plein fouet.  Quelle gabegie ! Depuis les problèmes ne sont pas améliorés. A preuve les annonces sur les enfants dormant dans la rue, la montée de la souffrance psychique de nombre d’enfants et de jeunes, le sort toujours préoccupant auquel sont voués les mineur  étrangers isolés, la montée de incarcérations  quoique la délinquance diminue avec le débat sur la prétendue violence des plus jeunes  qui les représentants  de l’Etat à appeler cet été – sincérité ou clin d’œil politique –  à une réforme de la justice juvénile oubliant qu’ils sont les auteurs du Code de justice pénale de mineurs qui n’a pas encore fêté ses trois ans d’application.

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Dans ce contexte que faire ?

Beaucoup militent d’ores et déjà pour la mise en place d’une nouvelle commission d’enquête parlementaire sur la protection de l’enfance sachant que le temps est moins aux constats qu’aux décisions. Il s’agit de dépasser les dénonciations pour déboucher sur des propositions d’action concretes et réalistes et notamment sur ce qui relève de la compétence parlementaire, faire la loi et veiller à son application. Cette commission sera-telle réinstallée ? Avec quel mandat ? Avec quels acteurs ? Poursuivra-t-elle ses travaux comme il avait été envisagé avant été ? On relèvera en positif que plusieurs élus sont d’anciens professionnels du social sinon ont été accompagnés par l’ASE.

Reste qu’il faut déjà veiller à que l’Etat se dote de la capacité de jouer son rôle d’acteur et d’animateur garant que les échanges se noueront mai surtout se cristalliseront avec le cucu certes des mesures à long terme mais encore des décisions que l’urgence appelé. Il lui faut donc réaffirmer l’enfance comme un sujet de préoccupation politiquer à travers le maintien d’un département ministériel. Rien n‘est acquis y compris pour un président qui a déclaré vouloir faire de l’enfance la cause majeure de son deuxième quinquennat. Un ministre de plein exercice ? Un secrétaire d’Etat rattaché au premier ministre. Peu importe si celui-là a une capacité personnelle et institutionnelle pour mobiliser l’ensemble des champs ministériels et une autorité réelle morale auprès des acteurs territoriaux et du secteur associatif. Cela suppose pour l’Etat d’être crédible. L’annonce dans le cadre des mesures courantes de la suppression de 500 contrats d’éducateurs à la PJJ est problématique. Comment ne pas y voir un désengagement de l’Etat sur ses compétences propres quand le même entend appeler les CD à faire plus dans leur domaine ? Comment être crédible avec de telle attitude ?

Que va-t-il advenir de la démarche Etat/ADF ? Quelle réponse va être apportée à une question majeure qui conditionne la déclinaison des mesures décidées : la place réserver au secteur associatif sans lequel les administrations d’Etat comme territoriales seraient singulièrement démunies. Consultera-t-on pour avis un prestataire de service ? Ou mobilisera-t-on un partenaire à la cuture propre ?

Nous disposons d’ores et déjà du matériau utile à l’action. Le travail mené par le Conseil national de la protection de l’enfance au printemps sous l’autorité d’Anne Devreese reste d’une grande actualité. Des mesures s’imposent d’urgence comme de trouver les femmes et les hommes susceptibles d’accompagner parents et enfants en difficulté quand, comme tous les métiers de l’humain, la protection de l’enfance est en grande difficulté. Pour cela il faut revaloriser dans tous les sens du termes ces fonctions et leurs acteurs. Et déjà les reconnaitre quand on n’a pas su le faire au lendemain du confinement. Il faut maintenir ceux qui désespèrent et attirer de nouvelles générations. Il faut encore leur donner la foi dans ce qui est plus qu’un métier, mais un engagement. 

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Le réveil doit sonner. Il est temps de relancer le processus de renouveau de la protection de l’enfance. Les énergies et les compétences mobilisables sont disponibles et n’attendent que de l’être.

Il y va de l’intérêt commun

Aura-t-on la lucidité de l’admettre. Il est temps de siffler la fin de la recrée. 

 

 

 

 

Recentraliser l’ASE ? 866

La protection de l’enfance est en crise. Les conseils départementaux sont pointés du doigt pour avoir failli à la mission qui leur a été confiée en 1984. On entend qu’il faudrait peut-être la replacer sous le giron de l’Etat. L’Etat lui-même se voit reproché d’avoir abandonné les départements à leur sort. Notamment il les a fragilisés en niant trop longtemps sa légitimité dans l’accueil des mineurs venus de l’étranger non accompagnés (MENA) avant d’accepter d’entendre qu’il avait une part de responsabilités, quitte à l’assumer toujours du bout des lèvres, en tout cas pas à la hauteur des dépenses engendrées.

Sans nier un instant tout ce qui se fait de positif au quotidien pour nombre des 370 000 d’enfants et de jeunes majeurs suivis et leurs parents, l’acuité récente de difficultés souvent récurrentes fait que la crise est aujourd’hui avérée. Il manque des places. Il manque des professionnels. Il manque de l’argent.

Les listes d’attente s’allongent.
Ainsi il faut un an avant qu’une mesure de soutien éducatif ordonnée par un juge des enfants de Bobigny soit mise en œuvre, largement le temps pour que les situations aigues dégénèrent. Les enfants à besoins spécifiques, pas seulement les mineurs isolés étrangers que l’on se doit de protéger, ne sont pas toujours les bienvenus et surtout ne trouvent pas la « réponse adaptée ». Nombre, porteurs de handicap, sont dans les structures sociales classiques … quand leurs parents ne les font pas accueillir en Belgique. Les « sorties » du dispositif restent fréquemment chaotiques, voire problématiques : 25% des jeunes SDF sont passés par les services sociaux. Les mesures « lourdes » de retraits d’enfants de leur domicile se multiplient et concernent de très jeunes enfants. Peut-être repère-t-on mieux les situations ; à coup sûr, on n’a pas su éviter leur aggravation.

Encore faut-il d’ailleurs que ces décisions majeures soient tout simplement exécutées quand les services sont plus que jamais fréquemment embolisés. Comment entendre et admettre qu’alors que le président du conseil département a considéré un enfant comme étant en danger au point de le signaler au Parquet, que le procureur de la République a confirmé ce diagnostic au point de saisir un juge des enfants, que ce dernier après un débat contradictoire ait admis l’existence d’une situation de danger et ordonné solennellement une mesure de protection qui ne sera pas exécutée ? La puissance publique peut-elle rester crédible quand elle défaille à mettre en œuvre ses propres préconisations ? Comment se prétendre sensible aux violences, notamment sexuelles, faites aux enfants, appeler à leur dénonciation et se priver de moyens de les protéger? Il est pour le moins singulier d’observer que dans de trop nombreuses situations on doive attendre l’entrée dans la délinquance ou la manifestation de troubles psychiatriques pour qu’il se passe quelque chose.

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La gravité de la situation appelle à des mesures apparemment fortes au risque de se contenter de se donner bonne conscience en passant à côté des problèmes plus structurels qui appellent à des réponses en profondeur inscrites dans le temps, quitte à gérer l’urgence pour permettre que les dispositions avancées produisent réellement leurs effets.

Recentraliser, pour laisser l’Etat reprendre la main, paraît ainsi bien hasardeux, coûteux et surtout bien long trop long.

Quitte à parler d’échec de la décentralisation en dénonçant aujourd’hui les disparités des politiques menées sur les territoires, on se doit de revisiter l’histoire pour rappeler pourquoi un basculement a été opéré en 1984. On s’interrogeait déjà sur l’inadéquation de réponses sociales décidées unilatéralement depuis Paris sans être nécessairement adaptées aux besoins des territoires. Plus grave, nombre d’élus territoriaux qui s’estimaient concernés, étaient incapables d’avoir prise sur ce qui devait se faire chez eux.

En d’autres termes, la décentralisation appelait à des politiques publiques adaptées, donc disparates, sous l’autorité des élus locaux que devaient corriger l’Etat par ses injonctions nationales – la loi – et par son implication pour redresser des manquements majeurs. La disparité territoriale n’était pas un défaut, mais au contraire une démarche indispensable pour permettre à chacun d’accéder à ses droits. L’inégalité des politiques au nom de l’équité !

Où est donc l’erreur ?
Si des efforts évidents, certes variables selon les sensibilités politiques et les compétences techniques, ont été développés par la plupart des conseils départementaux, force est de constater que l’Etat n’a pas tenu sa part. Il a oublié, encore jusqu’à peu, le volet du contrat qui le concernait : tenir son rôle correctif. Il s’est tenu jusqu’à peu pour déchargé. Il a ainsi négligé de gérer à la hauteur exigée ses compétences propres comme le service social scolaire, la santé scolaire, la psychiatrie infantile ou les réponses aux handicaps. Dès lors comment ayant fait le peu qui lui revenait peut-on envisager demain qu’il assume l’entièreté de la mission? Et déjà qu’à donne égale il impulse à travers une coordination des interventions quand lui-même est défaillant et donc peu crédible ?

Les préfets n’ont plus les moyens humains, ni l’expertise pour se substituer aux missions transférées aux départements qui font comme ils peuvent et parfois comme ils veulent. Il conviendrait de reconstruire tout un dispositif administratif autour du préfet. Ce qui impliquera plus de temps et d’énergie que de voter un simple article de loi.

Avant de se lancer dans une nouvelle aventure de déconstruction-construction dont on sait d’expérience qu’elle peut détruire des dynamiques extraordinaires délicates – cf comment le service social intégré de l’enfance des années 80 a pâti de la décentralisation – il faut donc réfléchir à deux fois et être plus fin dans l’approche.

Une chose au moins est assurée : le statu quo est impossible.

Les disparités majeures persistent sur les territoires quant à l’accès aux besoins premiers, les moyens manquent et les «trous dans la raquette » se multiplient avec ses « incidents » et des drames au risque de faire régulièrement la couverture de médias en quête de sujets à forte charge émotionnelle.

Admettons déjà que cette fonction régalienne peut être mise en œuvre, sous l’égide de l’Etat, par la puissance publique territoriale avec le soutien pro actif du secteur associatif, quitte à préciser les compétences de chacun, à nouer des échanges, à permettre des dialectiques et des recours pour garantir à tous les enfants et chacun le respect de ses droits.

La réponse à la crise ne passe pas nécessairement par une réforme institutionnelle fondamentale, mais par le fait que chacun joue mieux sa partition.

Un focus particulier sur les Outre-Mer s’impose. Ces territoires sont en grande souffrance et traînent encore, avec leurs spécificités économiques sociales, culturelles, un retard parfois abyssal dans la marche vers l’égalité des droits et le respect des dispositions de la Convention internationale des droits de l’enfant. Comment repondre à leurs spécificités dans le cadre de la République ?

*Certains réclament des États généraux et/ou un plan Marshal, c’est à dire une réponse exceptionnelle dans sa vigueur au regard d’une situation hors normes. Pourquoi pas ! Mais cela semble bien long quand il faudrait déjà un plan d’action en urgence .

Deux priorités majeures émergent qui font consensus

Il convient déjà que l’Etat renfloue les finances dédiées des départements et de desserrer l’étranglement de certains conseils départementaux dont 8 se disent en situation de ne plus pouvoir assumer les dépenses engagées. Dans le même temps il faut sécuriser financièrement les associations habilitées sans lesquelles la puissance publique d’Etat et territoriale serait nue, privée de tout moyen d’action au quotidien.

Tout aussi urgemment il faut gérer la crise qui traverse les métiers du social. Trop équipes ont en souffrance. Les travailleurs sociaux et autres professionnels manquent en nombre. Ainsi 25% des postes de Prévention spécialisés sont vacants, les assistantes familles partent et ne peuvent pas être remplacées, les instituts de formation peinent à recruter, baissent le niveau d’exigence et un quart des candidats renoncent au bout d’un an.

Il faut maintenir les professionnels présents à travers la création d’une Réserve de la protection de l’enfance qui offre sur une base contractuelle à ceux qui pourraient partir de rester en poste jusqu’à ce que d’ici 5 ans de nouvelles vagues arrivent. Pour attraire de nouvelles compétences il faut plus que jamais développer la formation contractualisée sur le terrain.

Encore doit-on redonner de l’envie, valoriser les missions, mettre en exergue les réussites avec pour enjeu non pas seulement de trouver retrouver des professionnels, mais des citoyens engagés, la protection de l’enfance étant plus qu’un métier, mais une fonction qui exige une implication forte auprès des autres et une capacité d’interpellation de la société. On appelle de longue date à ce message fort quand les pouvoirs publics multiplient encore les impairs révélateurs, notamment après les efforts consentis lors des confinements.

Ces deux conditions réunies on pourra retrouver un fonctionnement plus serein et envisager lucidement des mutations institutionnelles qui s’imposent.

Il importera alors de rappeler à droit constant le périmètre irréfragable des missions transférées par l’Etat. Il conviendra plus que jamais de prévoir en contrepartie des financements complémentaires aux regard des spécificités territoriales, un dispositif de contrôle renforcé et des moyens en expertise pour accompagner les équipes départementales en tension au regard des objectifs nationaux.

On pourra alors porter une politique publique de l’enfance qui s’engage mieux sur les sujets prioritaires : violences notamment sexuelles, accès aux soins et à l‘éducation, enfants porteurs de handicap, mineurs isolés étrangers, entrées et sorties des dispositifs de protection, prise en compte réelle des parcours de vie par-delà les interventions ponctuelles et le seuil des 21 ans qui n’a plus de signification sociologique, etc. De gros chantiers.

Il deviendra possible de regagner en crédibilité auprès de l’opinion publique avec le souci non seulement de légitimer la demande élargie de moyens, mais de créer une dynamique vertueuse en mobilisant la société civile auprès des professionnels notamment pour réduire le recours à l’institutionnalisation des enfants en difficulté comme y appelle la loi du 7 février 2022

A cet effet réintroduisons dans ce débat un peu de rationalité en préférant une réflexion commune nationale et territoriale aux anathèmes, aux procès d’intention, aux approches corporatistes. Soyons offensifs, délibérément tournés vers le 21e siècle plutôt que nostalgiques. S’il faut revisiter l’histoire pour tirer les leçons de nos échecs il convient également d’ouvrir nos yeux, avec une approche critique, sur les réponses apportées dans des sociétés qui nous sont proches culturellement, économiquement ,politiquement comme les pays anglo-saxons ou du Nord de l’Europe. On verra alors que notre dispositif dans son écriture générale n’est peut-être pas si imparfait.

Il est certes perfectible, Il déjà été régulièrement amélioré, il le sera encore sachant que l’enjeu en l’état est moins de changer la loi que de l’appliquer. Sachons aussi être modestes. Admettons qu’il ne sera jamais à la hauteur de nos utopies et de nos exigences en nos attentes. Faire peu, mais se faire bien ; pas se contenter dénoncer mais agir !

Et déjà n’oublions pas de remettre à sa juste place, ni plus ni moins, les interventions sociales et judiciaires. Sous nos cieux, la protection des enfants est d’abord familiale. Le rôle des pouvoirs publics dans une mission de service public est d’étayer les parents autant que faire se peut dans l’exercice de leurs responsabilités et quand cela s’impose de mettre à distance des parents pathogènes. Plus que jamais il nous faut réinvestir dans les réseaux de proximité de soutien aux familles fragiles qui relèvent de la compétences … de l’Etat et des collectivités.

*

Quittons donc l’incantation qui détourne des vrais problèmes pour une démarche sérieuse en partant des acquis, des attentes, des moyens mobilisables en se fixant des objectifs clairs inscrits dans la temporalité. Nous en avons collectivement les moyens. Alors des Etats généraux de la protection de l’enfance permettront de dégager des objectifs partagés et auront du sens quitte à admettre d’entrée de jeu qu’ils devront déboucher sur un effort exceptionnel notamment financier au nom de la solidarité nationale. On devra avoir le souci d’évaluer leur impact.

Pour autant les pouvoirs publics ne seront pas quittes de leurs responsabilités : l’enjeu n’est pas seulement de mieux repondre aux enfants en danger, mais de veiller à ce que moins d’enfants demain le soient !

Ce texte co-signé Maxime Zennou, directeur général du Pôle Enfance du Groupe SOS Jeunesse est paru écourté dans Le media Social du 15 octobre 2023

Pour une remoblilisation sur la protection de l’enfance (864)

De longue date notre dispositif de protection de l’enfance est fortement interpellé, critiqué, contesté. Souvent injustement. Reste qu’indéniablement il présente des carences qui ne peuvent être résolues par une simple démarche législative. (1)

Un moment exceptionnel
µEn cette rentrée scolaire tous les voyants se sont allumés pour indiquer qu’il traverse une zone de turbulences majeures :  une explosion des situations, une aggravation des cas appelant à des réponses fortes comme le retrait d’enfant, avec de très jeunes enfants concernés – que vont-ils devenir ?, et l’impossibilité plus que jamais pour nombre de services de mettre en œuvre rapidement et comme il serait souhaitable les réponses judiciaires quand par ailleurs on relève une recrudescence des mineurs étrangers non accompagnés qu’il convient d’accueillir.

Dans le même temps, force est constater qu’ici comme ailleurs, il est difficile devant la crise des métiers du social de trouver en nombre et en qualification les femmes et les hommes nécessaires pour exécuter les missions confiées à l’administration ou au secteur associatif habilité.

Le moment de passer à  la caisse ?
Indéniablement on paie les dysfonctionnements dénoncés de longue date de la protection familiale pour avoir négligé d’identifier les responsabilités à exercer en faveur des enfants.  On a aussi laissé se dégrader la protection médico-sociale de proximité qui n’a plus les moyens d’étayer suffisamment les familles en difficulté afin d’éviter la cristallisation des situations notamment de violences supportées directement ou indirectement par les enfants. Il faut envoyer le « Samu social » quand le « médecin de quartier » aurait pu être utile aux premiers symptômes! Le service social scolaire et le service de santé des élèves, la protection maternelle et infantile, la psychiatrie infantile et désormais la pédiatrie sont en grande souffrance. 17 départements sont d’ores et déjà dépourvus d’Equipes et Clubs de prévention qui allaient au contact des enfants pour éviter que leur situation dégénère. Parents et enfants en souffrance sont trop souvent isolés. (2)

Globalement et sans distinction ou nuances on a mis en cause les départements pour leur incapacité à assumer la mission qui a été confiée par les lois de décentralisation en matière de protection de l’enfance ; on n’hésite pas à rappeler à juste titre que l’Etat lui-même n’exerce pas ses propres responsabilités dans les missions qui lui ont été maintenues et dans l’animation générale qui lui revenait. Il s’est trop souvent contenté de faire la loi avec des textes de plus en plus légitimement exigeants sans réunir à hauteur les conditions de leur mise en œuvre concrète faute de moyens financiers mais surtout humains par l’échec de sa politique du personnel.

Oui, des Etats généraux de la protection de l’enfance (3) s’imposent urgemment, d’où doit découler un « Plan Marshall » (4), c’est-à-dire la mobilisation de moyens exceptionnels.

Quels objectifs ?
Il ne s’agit pas de faire le n° inventaire théorique des difficultés rencontrées au quotidien. De nombreux rapports et expertises fournissent cet état des lieus. Il doit s’agir d’associer pour agir, territoire par territoire déjà, puis au plan national, l’ensemble des intervenants publics – l’Etat et les collectivités territoriales-, mais également les acteurs sociaux et éducatifs du secteur associatif habilité souvent négligés alors même qu’ils ne sont pas seulement des prestataires de services, mais ont vocation à exprimer les besoins des territoires et des populations les plus fragiles. Seule cette démarche collective peut garantir d’identifier les vrais besoins et au final l’impact des dispositions pour l’éduction et la protection de l’enfance qui devraient être prises dans le cadre de ce plan conséquent et inscrites sur le durée indispensable.

Reste qu’un constat objectif s’impose, en pleins et en creux.
Notre dispositif a su régulièrement s’améliorer et s’enrichir. Il rencontre régulièrement des succès. Nombre d’enfants parviennent ainsi, avec le soutien des travailleurs sociaux, à demeurer auprès des leurs et à voir leurs conditions de vie évoluer positivement ; nombre d’enfants appelés à quitter leur domicile maintiennent des relations avec ceux qui leur sont chers et peuvent envisager de retrouver pleinement leur place auprès d’eux ; quand il est nécessaire, notre droit le permet et nos institutions y veillent, il y aura rupture du lien qui peut être pathogène pour garantir à l’enfant l’accès à une autre famille via l’adoption ; la parole des enfants et la parole des parents est désormais mieux prise en compte dans les institutions qu’elle pouvait être par le passé.(5) Nos services sociaux et éducatifs fonctionnent et leurs acteurs doivent être salués et reconnus à leur hauteur. Donnons-leur en acte … pour en tirer les conséquences!

On pourra alors aborder lucidement les dysfonctionnements dénoncés comme la violence dans certaines institutions ou tout simplement la violence de l’institutionnalisation, le non-exercice immédiat de trop de mesures, l’abandon d’enfants au sein du service dans la seule perspective de l’attente de la majorité, etc.

L’Etat au coeur
Une mise à plat territoriale sera nécessaire mais qu’on ne s’y trompe pas elle ne fera pas l’économie ds décisions à dimension nationale relevant de l’Etat, garant de la protection de l’enfance aux yeux de la communauté internationale pour avoir ratifié la Convention internationale de l’enfant du 30 novembre 1989. On ne pourra pas s’en tirer avec des mesurettes. Mieux : un (gros) chèque ne suffira pas au regard de l’acuité des problèmes à traiter.

Qui doit faire quoi sur les politiques publiques?
Ainsi il faudra déjà  s’interroger au Parlement sur l’opportunité de revenir sur les lois de décentralisation de 1983/1984 quand certains mènent fortement en cause l’incompétence des conseils départementaux. On échappera pas alors à vérifier ce qu’il en était avant la décentralisation quand l’Etat était en pleine responsabilité. Garantissait-il l’équité des interventions publiques sur l’ensemble du territoire et au niveau de plus en plus élevé exigé par la loi pour qui les enfants ont des droits et qui doivent voir leurs besoins pris en compte ? Qui osera l’affirmer et pourra le démontrer ?

L’Etat n’a pas assumé un peu hier, pourrait-il assumer le tout demain ?
Si la démarche décentralisatrice n’a pas fonctionné n’est-ce pas parce que l’Etat n’a pas assumé sa part pour corriger les politiques territoriales afin de garantir à tous les enfants l’accès aux droits fondamentaux en terme de protection et d’éducation sur l’ensemble du territoire national ?

Il s’agit moins demain de lui restituer l’ensemble de ses compétences passées que de veiller à ce qu’il exerce enfin ses responsabilités sur son reste à charge afin de redevenir crédible aux yeux des collectivités territoriales et des interlocuteurs associatifs pour tenir sa mission d’animation. Il lui faut plus que jamais investir sur les secteurs qui lui reviennent à titre principal dans le champs scolaire et médical, mais aussi de mettre en place les instruments pour venir en soutien et en relais aux collectivités territoriales et aux associations mobilisées (la recherche, les personnels, le soutien technique, etc.).

En tout cas pour se donner des chances d’avancer il lui faut déjà refermer ce dossier d’une éventuelle redistribution des cartes (5) en s’engageant à tenir son rôle sur les territoires quand il s’est démuni de toute administration auprès du préfet et arrive difficilement à faire ce qu’il doit aujourd’hui. En retrouvent sa crédibilité il pourra entrainer les collectivités territoriales elles aussi en charge et en difficulté (par exemple sur la PMI).

Deuxièmement, mais prioritairement, l’Etat n’échappera pas à une de ses responsabilités propres plus que jamais majeure qu’il a mal-traitée : doter l’ensemble des opérateurs publics et privés des femmes et des hommes susceptibles d’accompagner les parents et les enfants en difficulté. Force est de constater une crise de l’engagement dans le champ social comme dans d’autres champs qui concerne notre vie commune.

Sur la deuxième partie du XX° siècle on a voulu transformer les militants du social en professionnels … sans aller pour autant jusqu’à tirer l’ensemble des conséquences de cette démarche en les donnant d’un statut, notamment d’une rémunération et une reconnaissance, adapté aux missions qu’on leur confiait. (6). On a perdu les militants, on est en passe de perdre les professionnels ! Beaucoup partent comme les assistants familiaux ou les éducateurs spécialisés ; peu ont envie de rejoindre ces fonctions. Ainsi ESPOIR, comme d’autres, relèvent que 25% de ses postes d’éducateurs de prévention sont vacants ! La loi du 7 février 2022 esquisse la question des assistants familiaux, mais ne la résoud pas.

On doit s’inquiéter du développement du recours à l’intérim comme dans le champ médical –les mêmes causes produisent les mêmes effets –  à un coût exorbitant, mais surtout sans pouvoir garantir l’indispensable continuité dans l’accompagnement social. Etant observé que même l’intérim aujourd’hui ne fournit plus les intervenants recherchés !  Preuve l’absurde de l’acuité de la crise de ces métiers. Et cette reconnaissance ne pourra pas être que morale.

D’évidence par-delà les aspects économiques et financiers qui ne pourront plus longtemps être négligés, c’était une vraie mobilisation à s’engager à laquelle la puissance publique, notamment d’Etat doit appeler la société civile.

C’est encore l’image de la protection de l’enfance qu’il convient de restaurer. L’État se doit de mettre en exergue le travail développé au quotidien au service des enfants et des parents en souffrance. Sans nier la difficulté auxquelles les opérateurs publics et associatifs sont confrontés et les dysfonctionnements qui peuvent en résulter, il est essentiel de démontrer à l’opinion que l’argent public est mobilisé à bon escient et avec efficience quand elle n’a pas du tout cette représentation. D’une manière générale on aura à déconstruire certaines représentations erronées ou à relégitimer des pans de notre dispositif. La remobilisation en dépend.

Enfin la puissance publique ne pourra pas faire l’économie dans tous les sens du terme d’une réflexion et d’une politique pour maintenir le réseau des opérateurs associatifs qui, depuis Saint-Vincent-de-Paul, porte au quotidien les interventions sociales. Il faut sécuriser économiquement ces associations ; il faut encore drainer vers elle des citoyens militants. Nombre de dispositions techniques peuvent être prises dans ce sens. Il en va de l’intérêt même de l’exercice de la mission régalienne de protection de l’enfance.

Il faudra au passage réaffirmer les termes de la mission de service public qui, Europe ou pas,  ne peut pas être concédée au secteur marchand.

Les associations elles-mêmes devront plus que jamais se donner des objectifs propres et se doter des moyens humains et financiers adaptés pour ne plus dépendre de la seule commande publique. On mesure l’ampleur du chantier à ouvrir et des blocages à dépasser.

Et en prime
Un focus tout particulier devra être porté sur ce qui se joue dans les territoires ultramarins où la situation est souvent explosive. Plus que jamais un effort renforcé doit y être apporté avec le souci du respect des règles de la République dans la prise en compte des  coutumes locales et la mobilisation des compétences territoriales.

µ

*

Alors on formera le vœu que sur la durée, dans une démarche rationnelle et sincère, sans démagogie, les pouvoirs publics répondent à cette demande de remobilisation exprimée avec fermeté dans la dernière période. Sans nier l’acuité des difficultés, il leur faudra reconnaître les points forts dans notre dispositif et derrière, parfois légitimer certains pans de notre dispositif comme la décentralisation ou le dispositif dual de protection administrative et judiciaire de l’enfance qui veut qu’au final grâce à cette dialectique institutionnelle les parents et les enfants en difficulté puissent se voir garantis par la justice l’accès à leurs droits.

Il lui faudra revisiter l’histoire de la protection de l’enfance pour ne pas retomber dans certaines ornières ; il conviendra encore de vérifier au regard d’autres dispositifs comme les systèmes anglo-saxons, nordiques ou nord- américains combien notre système dialectique à la française protège mieux les libertés que lorsque l’administration sociale est dans la toute-puissance première sous le contrôle formel et a posteriori de la justice

Ne pas oublier l’amont
Reste que plus que jamais, et là encore la responsabilité de la puissance publique est engagée, il est convient de s’attacher aux causes qui génèrent la mobilisation du dispositif de protection administrative et judiciaire.

Ainsi le combat contre la grande pauvreté n’a pas été gagné et demeure une nécessité impérieuse avec 3 millions d’enfants pauvres sur 13 ! Il doit même redoubler d’intensité avec la reprise de l’inflation.

Les violences physiques sexuelles et psychologique exercées sur les enfants dans la patrie autoproclamée des droits humains est une réalité incontournable. Ainsi quand 5,5 millions de personnes – un 10° des adultes du pays – affirment avoir été victimes d’agressions sexuelles notamment dans leur famille le temps de leur enfance ou quand trop d’enfants sont les victimes directes ou indirectes de violences intrafamiliales. On peut pas se contenter d’améliorer les réponses apportées aux enfants victimes ; il s’agit aussi de faire en sorte que de nouveaux enfants ne soient pas agressés. Non seulement il faut rappeler l’interdit, mais le justifier : le rapport sexuel infligé à un enfant par un adulte est une violence qu’il supportera toute sa vie. Toute la société doit être interpellée quand 170 000 enfants sont victimes chaque année soit 20% d’une classe d’âge.

Il est par ailleurs indispensable que la puissance publique tirant les conséquences de l’état des lieux veille à renforcer les dispositifs de nature à prévenir la mobilisation de la protection administrative et judiciaire à savoir la responsabilité parentale et le dispositif médico-social

A ces conditions exigeantes qui ne relèvent pas seulement d’un financement public même si on ne fera pas l’économie d’un renforcement des moyens dédiés à la protection de l’enfance, on peut penser à terme améliorer encore notre dispositif ; en tout cas éviter qu’il sombre, ne fût-ce que par le désengagement d’une grande partie de ceux et de celles qui aujourd’hui le portent à bout de bras, professionnels ou responsables associatifs qui n’en peuvent mais.

D’évidence, et il faut leur en donner acte, les pouvoirs publics dans ces dernières années, ont commencé à prendre conscience de la gravité de la situation. Le maintien d’un département ministériel de l’enfance désormais rattaché au premier ministre, mais sans budget propre, l’installation d’un Conseil interministériel sous son impulsion, la création du GIP Enfance protégée (sans renfort spécifique), la mise en place d’une délégation à l’Assemblée nationale aux droits des enfants (mais pas au Sénat), le renouvellement du Conseil national de la protection de l’enfance ou l’expérimentation des conseils départementaux de protection de l’enfance sans autant de signes positifs pour améliorer la gouvernance publique

Les composants de l’orchestre sont présents et tous prêts à tenir plus que jamais leur place. La société  civile peut être mobilisée plus qu’elle ne l’a été jusqu’ici.  . Nous ne partons pas de rien dans la symphonie qu’il faut écrire et jouer ; reste à ce que le chef d’orchestre sache permettre à chacun de trouver sa place déjà en lui donnant le sentiment de participer d’une démarche collective positive et mobilisatrice au service des plus fragiles et de l’intérêt général. Et déjà de fixer un cap : quels objectifs s’assigne-t-on collectivement au titre du droit à la protection?  Non pas seulement parce que les enfants sont l’avenir de la société, mais parce qu’ils sont ci et maintenant présents comme des personnes.

 

1 – Le Sénat via le rapport Bonne adopté le 5 juillet 2023 appelle d’ailleurs à un moratoire législatif pour veiller à l’application concrète des lois déjà votées.

2 –  Le patronat social du XIX° abandonnait moins les familles que l’Etat libéral du XXI°en leur offrant un logement  et des activités

3 – 24 départements y appellent

4 – Anne Devreese, présidente du CNPE

5– En grande partie sous la pression des anciens (Cause commune, Repair) sinon des parents d’enfants suivis

6 – Proposition de loi de janvier 2022 de X Iacovelli sénateur Renaissance d’expérimenter une recentralisation

7 – Encore récemment en ne les incluant pas dans le Grenelle du médico social on a commis l’énorme erreur de négliger leur rôle pendant la pandémie au risque de les heurter profondément

 

L’hymne aux responsabilités parentales : à quelles conditions entonner une musique audible ?863

Nous avons tous été frappés en juillet dernier d’entendre le président de la République et le ministre de l’Intérieur appeler les parents à leurs responsabilités afin que leurs enfants restent au domicile et ne viennent pas participer des pillages et autres violences. On n’avait pas entendu ce discours de longue date.

Certes on a vu en boucle un père aller chercher manu militari son fils, le mettre sans vergogne dans le coffre de sa voiture et le ramener à la maison ! Pour le reste, ce rappel aux responsabilités parentales sonnait plus comme un coup de clairon afin de se donner bonne conscience, mais surtout pour détourner l’attention sur les origines profondes de cette période originale que vivait le pays. Si un tiers des personnes interpellées étaient mineures, il ne faudrait pas faire peser sur les plus enfants le poids des événements. Et comment imaginer des  parents en grande difficulté de longue date pour incarner leur autorité puissent la restaurer sur l’ordre du gouvernement exprimé au journal 20 H?

Pourtant, indéniablement, trop de jeunes, notamment de mineurs, sont plus ou moins livrés à eux-mêmes. Nombre s’installent très tôt dans une toute-puissance dangereuse pour eux, pour leur environnement et ceux qui les croisent.

Cela ne date pas d’aujourd’hui. Avec d’autres nous appelons régulièrement la puissance publique à assumer sa part pour mettre ou remettre l’ensemble des parents de France en situation de responsabilité à l’égard de leurs enfants sachant que la première ligne de protection des enfants, sous nos cieux, est familiale ; les protections sociale et judiciaire sont subsidiaires. On renverra au rapport remis en janvier 2014, à sa demande, à la ministre de la famille où en réponse la question « Faut-il reconnaître de nouveaux droits aux enfants ? » ne répondions « Oui, dans l’intérêt de la société et de la démocratie ». (1)

Force est de reconnaître que peu a été fait depuis.

Certes dans la toute dernière période on a pris conscience de l’ampleur et de la portée des violences, notamment sexuelles infligées aux enfants au sein de la famille (2). On a fini par condamner explicitement en 2017 sous le terme pudique  de violences éducatives ordinaires les châtiments corporels et autres vexations infligés aux enfants (3). On n’en a pas fait un délit ou une contravention ; on s’est contenté de fixer un cap. Pourtant aucune campagne n’a été menée en parallèle sur l’éducation sans violence. Sous l’impulsion de la CIIVISE, on multiplie aujourd’hui les dispositions visant à mieux réagir aux pratiques incestueuses et autres violences sexuelles infligées aux enfants, souvent de la part d’autres enfants. Pour autant là encore aucune campagne n’est menée pour prévenir ces comportements criminels.

Quand ils abordent ce sujet des rapports parents-enfants les pouvoirs publics sont le plus souvent  dans le registre de la protection des enfants contre des parents source de tous les dangers. Ils n’ont pas tort dans leur vigilance, mais la première prévention n’est-elle pas faire en sorte que donc toutes les familles la protection et l’éducation qui leur est due par la loi soient apportées.

Si l’objectif est de veiller à ce que dans toutes les familles de France les enfants bénéficient les meilleures conditions de protection et d’éducation trois chantiers doivent être suivies :

Déjà identifier les personnes au quotidien et principalement en situation de responsabilité à l’égard des enfants. Qui fait quoi ?

Deuxièmement : clarifier conceptuellement les rapports aux enfants en les inscrivant plus que jamais dans le registre de la responsabilité.

Troisièmement et enfin, faire en sorte que toutes les familles privées de relais familiaux élargis trouvent dans leur proche environnement des services sociaux susceptibles de les accompagner en tant que de besoin pour éviter une judiciarisation, par ailleurs souvent qualifiée d’arbitraire.

*

Le premier chantier conduit à identifier les responsabilités envers l’enfant.

Le vivre en famille et la famille ont désormais singulièrement évolué.

Plus que par le passé les enfants sont désirés que subis grâce à la maîtrise de la contraception. On est loin de Papa et Maman mariés ensemble, concevant un enfant et engagés à l’élever au mieux dans contraintes de la vie, y compris par-delà leurs conflits.

De plus en plus d’enfants naissent hors le mariage de leurs deux parents ensemble. Le jeu napoléonien de présomption de filiation paternelle ne fonctionne plus systématiquement. Dès lors le géniteur doit entreprendre une démarche pour créer le lien juridique de filiation avec son enfant ou  supporter une poursuite en recherche de paternité effectuée au nom de l’enfant par la mère

Si actuellement bien plus que par le passé les pères hors mariage assument leurs responsabilités en reconnaissant leurs enfants, force de reconnaître qu’il est courant qu’un enfant n’ait pas de père légal au moins à la naissance quitte à être légitimé ou reconnu plus tard par un home qui n’est pas son géniteur.

Deuxième évolution majeure : les couples conjugaux sont plus fragiles que par le passé, mais les parents, notamment les pères, entendent continuer à être présents auprès de leur enfant par-delà la séparation. Il a donc fallu veiller parce que les deux parents soient juridiquement mobilisés.

Troisièmement et enfin, la vie ne s’arrête pas à la séparation du couple parental quand celle-ci intervient. Fréquemment le ou les deux parents «refont» leur vie, dans le mariage ou pas, avec un compagnon ou une compagne qui participera peu ou prou de l’éducation de l’enfant des enfants de l’autre. Ce sont même parfois de très belles familles qui se reconstituent avec des enfants de lits précédent appelés à vivre ensemble. Parmi des difficultés rencontrées la cohabitation à distance entre le parent géniteur et la personne appelée au quotidien à vivre avec l’enfant. Bien évidemment, toutes les situations ne sont pas tendues, mais on ne peut pas négliger que nombre le soient. Deux millions d’enfants vivent ainsi avec un adulte qui n’est pas leurs parents génétique et juridique avec des conflits de compétence potentiels entre adultes, soit 8 millions de personnes enfants ou majeures concernées, 12% de la population. Une paille !

Il advient même qu’ un enfant puisse voir dans sa vie se succéder plusieurs compagnons ou compagnes de leurs parents biologiques auquel ils pourront plus ou moins selon les circonstances s’être attachés.

Ajoutons que l’allongement de la durée de la vie pour des raisons fait que nombre de grands-parents se trouvent dans l’univers des enfants avec certains qui entendent interférer plus qu’il ne faudrait dans l’éducation de leur descendance

Intégrons simplement pour complexifier un peu les choses que le recours à l’adoption plénière ou simple de l’enfant du conjoint se multiplie entre couples hétérosexuels ou homosexuels.

Sans remettre en cause ces évolutions il faut en tirer les conséquences juridiques pour, au final, faciliter la vie des uns et des autres et réduire autant que faire se peut les situations délicates ou conflictuelles.

Trop d’enfants sont privés d’un parent exerçant pleinement ses responsabilités .

Il aura fallu pas moins trois lois (1987, 1993, 2001) pour affirmer qu’a priori dans ou hors  le mariage l’exercice conjoint des responsabilités parentales est de droit dès lors que la filiation est établie à l’égard des deux parents. Celui chez qui l’enfant demeure ne peut pas exclure l’autre ; celui qui ne réside pas avec l’enfant ne peut pas s’abstenir de ses charges à son égard qui ne sont pas que financières. Bref on a géré l’explosion du couple parental. Des lacunes majeures cependant persistent

L’une est fondamentale : notre système juridique ne consacre pas le droit de l’enfant à voir établie juridiquement sa filiation à l’égard de ces deux parents. Il dépend du bon vouloir de ceux-ci qu’elle soit établie. Un père peut ne pas reconnaître son enfant ; la mère peut ne pas engager l’action en justice au nom de l’enfant voire elle-même accoucher sous « X » privant l’enfant de filiation biologique. Si des parents peuvent s’estimer hors d’état d’exercer leur responsabilités’ pour autant ils ne devraient pas pouvoir priver leur enfant de ce qui le relie au passé et à sa conception. En l’espèce le droit des adultes l’emporte sans contestation sur le point de l’enfant au mépris de la CIDE (5). La France, via les parquets, ne doit-elle pas enclencher un dispositif juridique pour pallier cette carence quitte à en faire la pédagogie auprès des parents. Il est temps de poser le premier barreau de l’ échelle : le droit à la filiation avant le droit à deux parents également responsables!

L’autre lacune réside dans le fait que notre droit n’a toujours pas consacré les droits et devoirs de la personne qui vit habituellement avec un enfant sans pour autant être sans géniteur. Il s’agit nullement que le beau-parent remplace le parent, mais d’affirmer explicitement les obligations revenant à chacun. A leurs yeux, aux yeux des tiers mais aussi de l’enfant lui-même. Trop d’adolescents en sont à dire à leur beau-père « Qui t’es toi ? » et jouent l’un contre l’autre pour finalement se trouver dans une démarche de puissance.

Sans consacrer un statut du beau-parent il suffirait d’une phrase de consacrer les rôles de chacun on édictant comme nous proposons notre rapport de 2014 : « Celui qui vit habituellement illégalement avec un enfant est en droit et un devoir d’exercer à son égard les actes de la vie courante. «  Au beau-parent de veiller à ce que l’enfant se couche et se prépare pour aller à l’école, aux parents de décider de l’orientation scolaire.

Le ressort de la répartition de ses compétences tient donc dans le concept « d’actes de la vie courante » déjà consacré par la loi et utilisé quotidiennement dans leur rapport avec les parents par les services sociaux qui hébergent les enfants. Le concept est subjectif comme bien d’autres et il évoluera dans son contenu sur la durée. (6)

On retiendra déjà combien il est aujourd’hui en l’état de notre droit et des pratiques sociales souvent inapproprié d’appeler les parents à l’exercice de leur responsabilité quand fréquemment dans l’univers de l’enfant il n’y a souvent qu’un adulte en situation… D’entrée de jeu on a faux.

Et encore plus quand on néglige que ces parents en difficulté pour « faire face » à leurs enfants sont souvent des accidentés de la vie, non pas démissionnaires comme certains se régalent à l’affirmer, mais démissionnés et déjà en grande difficulté pour survivre. Il y a longtemps que les parents qu’on appelait en juillet à maintenir leurs enfants à la maison étaient eux-mêmes abandonnés notamment par des services sociaux débordés ou inexistants, par la puissance publique qui leur faisaient ensuite la leçon.

Observons avec d’autres que fréquemment le parent qui élève seul l’enfant a des conditions de travail qui les amènent à ne pas être nécessairement présent quand il le faudrait auprès de l’enfant qui en profite pour fréquenter ses pairs ou surfer sur internet.

Enfin, n’oublions pas que si les adultes exercent des responsabilités à l’égard de l’enfant celui-ci a aussi, selon son développement et les sujets, son mot à dire sur ce qui le concerne. La loi – art. 371-1 C. civ. – affirme depuis 2001 dans la dynamique de la CIDE – art. 12 – que les parents doivent l’associer aux décisions qui le concernent, sous entendu recueillir son avis et si possible le convaincre avant de décider.

*

Une fois consacrées les responsabilités entre les différents adultes en charge de l’enfant encore faut-il mettre à jour conceptuellement notre droit qui définit le rapport entre enfants et parents en termes d’autorité confondant le pouvoir et les missions.

Certes la loi du 4 juin 1970 a mis quasiment deux siècles à substituer l’autorité parentale à la puissance paternelle encore consacrée par le code Napoléon 1804. Indéniablement c’est une avancée que de consacrer l’égalité des pères et mère dans l’éducation de leur enfant ; pour autant le mot autorité réfère encore au pouvoir sur la personne

Certes encore ce pouvoir sur l’enfant est finalisé. « L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant.

Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. » (art. 371-1 CC)

 « Pour » est bien le mot essentiel . En d’autres termes le pouvoir de contrainte reconnu aux parents sur leur enfant se veut au service des missions de protection et d’éducation de l’enfant confiées par la loi aux parents.

La société se reconnait le droit d’intervenir si ce pouvoir est mal exercé à travers la procédure dite d’assistance éducative (art. 375 et s. C. civil). Il reviendra au tribunal pour enfant avec le des services sociaux d’étayer un temps cet exercice de l’autorité parentale. L’intervention peut aller jusqu’au retrait physique dans l’enfant pour assurer sa protection dans un lieu tiers  quitte s’il le faut à envoyer une personne physique ou morale en situation d’exercer juridiquement ces obligations (la procédure de délégation d’autorité parentale ou de tutelle) sachant que si des parents n’exercent pas leur autorité parentale une sanction pénale est encourue de 2 ans et 30 000€ d’amende (art. 227-17 du Code pénal).

D’ores et déjà sur le plan conceptuel l’autorité parentale est une mission. Alors pourquoi ne pas franchir le pas et remettre les wagons du train dans bon sens? Les parents sont  responsables dans tous les sens du terme : ils ont devoirs et ils doivent rendre compte car ils disposent a priori de l’autorité sur leur enfant. Cette autorité juridique les appelle à réparer la victime au lieu et place de l’enfant auteur volontaire ou accidentel d’un dommage causé à autrui. (7)

Il est grand temps – et le Comité des droits de l’enfant de l’ONU y invite la France dans ses récentes Observations  et Recommandations – à substituer le mot responsabilité au mot autorité dans les rapports parents -enfants étant entendu que si le temps de leur minorité les enfants relèvent de la responsabilité de leurs parents, quelques décennies plus tard  les parents  seront sous la responsabilité de leurs enfants.

Là encore nous invitions à cette évolution sémantique et symbolique dans le rapport du 29 janvier 2014. Certains ont craint alors qu’on sape l’autorité des parents ; en vérité il ne s’agit plus que jamais de la légitimer. Ils ont de l’autorité car ils ont un mandat.

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 Identifier les adultes en charge l’éducatif protéger les enfants, rappeler chacun a ses responsabilités au regard de son statut, mais encore venir en aide aux parents qui peuvent être la difficulté avant que la situation ne dégénère obligeant à des mesures lourdes et souvent difficilement réversible.

Force est ici de constater que dans cette dernière décennie la situation s’est singulièrement dégradée.

Les chiffres parlent. Sans qu’il y ait eu une augmentation de la population juvénile du concurrence le nombre de mesures concernant les mineurs et jeunes majeurs ont cru de 29% entre 2007 et 2021 passant de 292 479 à 377 291 avec une croissance bien évidemment tout aussi conséquente, sinon plus, du nombre d’enfants nés en France accueillis par les institutions sociales (8).

Constatons à nouveau que malgré des efforts ponctuels tous les services de proximité susceptibles de venir en aide aux enfants en difficulté sont dans une situation inquiétante : de longue date le service social scolaire et le service de santé des élèves,  plus récemment la protection maternelle infantile et la pédiatrie, d’une manière récurrente la psychiatrie infantile, sans compter les difficultés pour accompagner sinon scolariser les enfants confrontés à un handicap et quand 18 départements n’ont plus de Prévention spécialisée. Les torts sont partagés relevant de la compétence pour certains de l’Etat et d’autres des départements. Or tous les parents ne bénéficient du soutien de leur famille élargie. Pour ceux qui n’ont pas cette chan ce il faut donc le plus sûrement et au plus tôt un soutien ou un relais.

Le rapport Bonne précité se fait l’écho de cette inquiétude sur la défaillance des services de proximité, mais se concentrant sur les enfants porteurs de handicap. Sous  l’impulsion de l’Etat une remobilisation s’impose, mais il faudra du temps et pas seulement des moyens financiers du fait de la crise des métiers du social.

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Il ne suffira donc pas de mettre la loi à jour on regard de la réalité des responsabilités au sein de famille. Il faut encore veiller à ce  que la loi s’applique à tous et donc de mettre en œuvre les politiques sociales susceptibles d’accompagner les plus faibles ou ceux qui sont dans les difficultés plus ou moins fondamentales. Un vrai programme sur 5 ou 10 ans !

Il y va intérêt de chacun. Bien évidemment des enfants concernés l’égard l’importance cette séquence pour leur vie à venir,  mais tout aussi est sûrement pour leurs propres enfants dont nombre  ne manqueront pas de payer les conséquences des accidents de la vie de leurs parents. Il y va aussi de l’intérêt de la société dans la mesure ou des enfants objectivement délaissés, soit pour n’avoir pas de parents de référence, soit pour  déborder d’adultes se prétendant responsables, grandissent seuls au point d’être rapidement dans la toute-puissance, dans le refus de la loi puisque cette loi n’aura pas su les protéger comme enfant.

Plus que jamais il est donc urgent de se consacrer à cette première ligne de protection de l’enfance qui est la protection familiale. À défaut il ne faudra pas s’étonner que les services sociaux déjà débordés (cf l’appel des présidents de conseils départementaux qui vient d’être rendu public) soient sollicités en urgence dans des situations devenues dramatiques et ne puissent  plus faire face avec le lot de drames qui vont en résulter. Ils en seront discrédités . Ces situations ne manqueront pas de se déverser sur une justice elle-même submergée et dont on attend – cf les discours publics de toutes parts – qu’elle assume la sécurité y compris en hésitant pas à sanctionner les auteurs mineurs.

Se mettre à jour sur ce dossier relève d’un bon sens largement partagé. Les affrontements sur vivre en famille sont largement – pas totalement dans certains milieux intégristes – dépassés. La pluralité des situations permet de se concentrer sur le tronc commun les responsabilités. On doit donc pouvoir disposer du consensus politique – un cas suffisamment rare pour être relevé et mis en exergue ! – nécessaire pour avancer si on prend en considération les trois axes relevés.

Quitte à ajouter une dernière condition valable ici plus qu’ailleurs : faire dans l’instant et sur la durée  une pédagogie de ces règles.  Par-delà les responsables publics et les professionnels une large mobilisation s’impose pour, non seulement, affirmer les termes de la loi, mais en développer le sens. Dans les nouvelles générations de parents nombre ont vécu des parcours familiaux chaotiques. Il n’est pas inutile de rappeler publiquement les poutres maitresses de notre dispositif familial. Plus qu’ailleurs les règles de la République sont supérieures aux normes morales, religieuses ou coutumières. Pour le coup la musique ne doit pas être celle d’un rappel à l’ordre et de menace mais d’information et de soutien à travers les réseaux de solidarité professionnels  mobilisables.

Osera-t-on affirmer que ce dossier est prioritaire? Socialement, mais aussi politiquement pour ne pas avoir à multiplier des services sociaux ou judiciaires en grande difficulté quand les finances publiques sont tendues et les professionnels eux-mêmes en souffrance et dépassés.

Bref, d’un mal – culpabiliser à tort les parents – peut bien résulter un bien – ce à quoi nous appelons depuis deux décennies-! Chiche. Rien n’est joué.

 

1  Seuls les députés Verts ont tenté en 2014 dans la loi Autorité Parentale et Intérêt de l’enfant (API) restée en suspens de faire voter les adaptation juridiques qui s’imposaient. Le rapport lui-même n’a même pas été lis en débat par des pouvoirs publics obnubilés par le combat autour de la loi sur le mariage pour tous.

2 – On n’ignorait pas l’inceste, mais on ne savait pas comment l’aborder via la puissance publique. Surtout en a réalisé l’ampleur et mesuré l’impact sur la vie des victimes seulement depuis 5 ans

3 – Quand Nicolas Sarkozy et Nadine Morano sa ministre de la famille estimaient qu’on était ici dans le champ de la sphère privée

4 – En suivant en 28° position l’Appel du Conseil de l’Europe de 2010

5 –Art. 7 al ? 1 : L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux ».

6 – La pratique du saut élastique est-elle un acte de la vie courante ?  On peut penser que non, mais le débat est ouvert.

7 – Certains n’hésitent pas de vouloir en venir à une responsabilité pénale des parents du fait de leur enfant au mépris d’une de nos grands principes juridique qui veut qu’on ne puisse être pénalement repréhensible que des faits commis personnellement. L’article 227-17 CP vise déjà la carence personnelle du parent

8 – Conf billet précédent consacré au rapport du sénateur Bonne adopté le 5 juillet 2023

De la protection juridique de l’enfant témoin ou victime de violences intrafamiliales 850

Entre l’examen de deux des 20 000 amendements déposés sur le projet de loi visant à réformer le régime des retraites, ce 10 février à 0 heure 10, dans la niche socialiste, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité (1) la proposition de loi déposée le 15 décembre 2022 à l’initiative d’Isabelle Santiago, députée du Val de Marne visant à « Mieux protéger et accompagner les enfants victimes ou co-victimes de violences intrafamiliales « (2).

L’idée initiale partait du constat que, trop souvent, les enfants victimes de violence, voire même d’inceste, pouvaient continuer à demeurer sous la responsabilité juridique du parent mis en cause et même condamné sans que cette décision soit définitive. Le souci était donc de tirer au plus tôt et au mieux, à l’égard des enfants, les conséquences civiles d’une mise en cause pénale d’un parent. Par ailleurs observant que le parent qui n’a plus de considération pour l’autre au point de la maltraiter, a fortiori en présence d’un ou des enfants, n’est pas apte à exercer ses responsabilités de protection et d’éducation, il s’agissait également d’en tirer les conséquences sans attendre une condamnation pénale formelle. (3)

Il s’agissait non seulement de garantir une protection formelle qui n’était pas toujours acquise, mais de veiller à ce qu’elle intervienne au plus tôt dans le processus le traitement des actes de violence intrafamiliale

Cette initiative entendait relayer une des premières préconisations de la CIIVISE.  Dans le respect des objectifs initiaux, elle avait été singulièrement amendée sur le dispositif proposé pour lui donner la rigueur juridique qui s’imposait et enrichie lors de son bref parcours parlementaire.

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C’est bien l’automaticité du retrait de l’autorité parentale ou même de la suspension de l’exercice de l’autorité parentale au cœur de la proposition de loi qui interrogeait en première intention. Lemieux peut être l’ennemi du bien !

Le ministre de la Justice n’avait pas manqué de confirmer le risque d’anti constitutionnalité aux termes de l’article 34 de la Constitution qui veut que toute mise en cause de l’état des personnes relève de l’autorité judiciaire. Or en l‘espèce on s’attaque bien à l’état de la personne en lui retirant ses droits d’autorité parentale ou leur exercice !

Automaticité sous contrôle

C’est donc à juste titre que l’Assemblée, suivant la Commission des lois, a certes décidé comme nous le préconisions (4) que la suspension ou le retrait de l’autorité parentale serait de droit, mais sous le contrôle au final d’un juge – le juge aux affaires familiales-  qui pourra être amené exceptionnellement à déroger à la règle. Disposition essentielle, de l’essence de toute décision judiciaire, mais sur laquelle le législateur insiste au regard des enjeux, cette décision devra motivée sur les circonstances de l’espèce. Le juge qui ira à l’encontre de l’orientation retenue par la loi s’exposera alors à la critique des intéressés et du parquet, voire à la censure de la cour d’appel. A lui d’exprimer de manière convaincantes les arguments qui fondent sa conviction sur la base du débat judiciaire contradictoire (5)

En cette matière sur des sujets infiniment délicats dans des conditions factuelles ou psychologique qui peuvent singulièrement varier, il est en effet indispensable que la décision finale soit adaptée à la situation, ne fut-ce que pour éviter des effets inverses à ceux recherchés. Outre que le message envoyé par le Parlement aux magistrats eut été une nouvelle fois négatif, une automaticité pure et dure revenait à retirer tout pouvoir d’appréciation sur la situation aux magistrats.

Le dispositif retenu offre l’avantage d’affirmer le souci du législateur de voir juridiquement protégé l’enfant victime ou témoin tout en laissant la place à un débat contradictoire en présence du parquet et des avocats des parents sous le contrôle de la Cour d’appel. Il sera difficile de crier à l’arbitraire et réduira les possibilités d’effets pervers de bonnes dispositions de principe. Tirons les leçons d’Outreau !

Et l’avocat de l’enfant ?

On sera surpris, et le mot est faible ici, de relever que malgré les propositions avancées les députés n’aient pas souhaité comme nous y invitions que les enfants concernés soient obligatoirement assistés d’un avocat devant le JAF soit à l’initiative du parent victime ou non maltraitant, éventuellement après désignation l’administrateur ad hoc, avec pour mission de veiller à la défense des intérêts juridiques de l’enfant notamment en lui désignant un avocat. Certes dans les procédures criminelles un avocat sera présent auprès de l’enfant, mais sur les aspects civils, s’agissant notamment des enfants témoins de violences intrafamiliales, il eut fallu exiger qu’il soit également assisté d’un conseil soucieux d’accompagner ou de porter sa parole et en tout cas de veiller à ses seuls intérêts indépendamment de tous autres .

Comment le législateur qui, dans la loi du 7 février 2022 sur la protection de l’enfance, a exprimé le souci que dans le cadre d’une procédure d’assistance éducative où on s’efforce de pallier les carences parentales des dispositions soient prises pour faciliter la présence d’un avocat, peut-il négliger cette dimension dans des procédures bien plus grave de violence intrafamiliale ? (6)

L’article 378‑2 du code civil est donc complété.

S’agissant des violences directes faites aux conjoint et à l’enfant : « L’exercice de l’autorité parentale et les droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi par le ministère public, mis en examen par le juge d’instruction ou condamné, même non définitivement, soit pour un crime commis sur la personne de l’autre parent, soit pour une agression sexuelle incestueuse ou pour un crime commis sur la personne de son enfant sont suspendus de plein droit jusqu’à la décision du juge aux affaires familiales, le cas échéant saisi par le parent poursuivi, jusqu’à la décision de non‑lieu du juge d’instruction ou jusqu’à la décision du jugement ou de l’arrêt pénal. »

S’agissant des violences intrafamiliales dont l’enfant est le témoin : « L’exercice de l’autorité parentale et les droits de visite et d’hébergement du parent qui est condamné, même non définitivement, pour des violences volontaires sur l’autre parent ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de huit jours, lorsque l’enfant a assisté aux faits, sont suspendus de plein droit jusqu’à la décision du juge aux affaires familiales, qui doit être saisi par l’un des parents dans un délai de six mois à compter de la décision pénale. À défaut de saisine dans ce délai, les droits du parent condamné sont rétablis. »

On observera que s’agissant des violences commises sur l’autre parent la barre a été placée très bas :  8 jours d’incapacité de travail. En vérité ce n’est pas tant aux conséquences des coups portés qu’on doit s’attacher qu’à ce que traduit le simple fait de violenter l’autre. A priori on peut douter de ses capacités de maitrise de soi et de dialogue, de ses qualités psychologiques et de son respect des personnes. On inverse la charge de la preuve. Il lui reviendra donc dans convaincre le juge lors de l’audience.

Dans cet esprit on relèvera que dans cette hypothèse l’enfant doit avoir personnellement assisté aux faits la violence quand, en revanche, s’agissant de faits grave au point de recueillir la qualification de crime, tout logiquement une telle exigence n’est pas posée. Là encore on peut douter des qualités éducatives de celui qui ne sait pas se maitriser devant ses enfants et leur offre un modèle comportemental – la violence- contestable.

Un verrou judiciaire sur une plainte

Certains pouvaient craindre que ce dispositif puisse s’enclencher sur la simple plainte d’un parent pour maltraitance ou d’un enfant pour des violences supportées. Auquel cas la loi donnerai un pouvoir majeur sur l’autre à un parent de mauvaise foi sur l’autre ou un enfant sur tes(s) parents. En précisant qu’une poursuite pénale doit avoir été engagée par le parquet, mais encore qu’une mise en examen doit avoir eu lieu éventuellement après plainte avec constitution de partie civile, la rédaction retenue pose le verrou qui s’imposait.  Ainsi à elle seule une plainte avec constitution de partie civile qui enclenche juridiquement la poursuite pénale ne suffira pas   à enclencher le dispositif. On entrevoit les effets ravageurs d’une telle possibilité ! Il faudra encore que le juge d’instruction saisi trouve des éléments précis ou concordants justifiant une mise en examen pour crime sur ce parent ou crime incestueux sur l’enfant.

Indéniablement le dispositif retenu, sous couvert d’amendement éventuel au Sénat, offre la qualité tenter de pallier les trous que l’on pouvait parfois observer dans la raquette judiciaire quand des faits gravissimes étaient avancés et des personnes mises en cause rester en théorie pleinement titulaires de leur autorité parentale, voire même désireuses d’en exercer attributs alors même qu’elles pouvaient se trouver incarcérées.

Des dispositions sans portée ?

Au regard de ces précautions qu’imposaient la Constitution et le bon sens, d’autres estiment que finalement rien ne changera puisque tout dépendra encore des magistrats rapidement présentés comme aveugles, insensibles à ces violences intrafamiliales sinon complices ! Par-delà les procès d’intention faciles.  Ces critiques négligent que les magistrats sont à l’aune de la société dont ils participent. Plus que jamais ils sont sensibles à ces violences intrafamiliales, à leur existence, mais aussi à leur impact sur la ligne de vie des personnes concernées adultes comme enfants. Il va de leur mission et de leur intérêt social de se montrer critiques en toutes circonstances spécialement à l’égard d’accusation gravissimes aux conséquences lourdes. Les circonstances, les faits, les paroles des uns et des autres, aucune n’étant sacrée, même si toutes doivent être accueillies avec bienveillance, tout doit être passé à ce crible critique qui est de l’essence d’une justice responsable. On peut mentir ; on peut aussi se tromper de toute bonne foi. Il est aussi de fait que la vérité judiciaire n’est pas toujours la vérité vraie, même quand tous les recours ont joué. Observons quand même que ces cas sont rares si les protocoles légaux sont respectés.

Il y a va de l’intérêt général qu’on ne déroge pas à cette démarche. En l’espèce le législateur affirme sa volonté de protéger les enfants par ces mesures civiles. Il n’attend pas que les juges en prennent initiative – cette inversion est majeure – et il demande à la justice de voir si quelque chose s’y oppose. Une réponse équilibrée qui doit éviter des dérapages.

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Le deuxième apport de la Commission des lois tient dans les dispositions qui ont été introduites pour faciliter une délégation d’autorité parentale dans ces deux hypothèses de violences conjugales et de violences notamment incestueuses supportées par des enfants

La loi – article 377 Code Civil  – veut que « Les père et mère, ensemble ou séparément, peuvent, lorsque les circonstances l’exigent, saisir le juge en vue de voir déléguer tout ou partie de l’exercice de leur autorité parentale à un tiers, membre de la famille, proche digne de confiance, établissement agréé pour le recueil des enfants ou service départemental de l’aide sociale à l’enfance. ».

La proposition de loi amendée entend ne pas se contenter de suspendre les droits du parents mis en cause, mais a le souci de veiller à ce qu’une personne physique – l’autre parent ou un membre de la famille – ou morale – le service départemental de l’aide sociale à l’enfance placé sous l’autorité du président du Conseil départemental ou l’institution qui accueille l’enfant soit envoyé en responsabilité.

Les dispositions existantes sont clarifiées et complétées

« Le particulier, l’établissement ou le service départemental de l’aide sociale à l’enfance qui a recueilli l’enfant ou un membre de la famille peut également saisir le juge aux fins de se faire déléguer totalement ou partiellement l’exercice de l’autorité parentale :

« 1° En cas de désintérêt manifeste des parents ;
« 2° Si les parents sont dans l’impossibilité d’exercer tout ou partie de l’autorité parentale ;
« 3° Si un parent est poursuivi par le procureur de la République, mis en examen par le juge d’instruction ou condamné pour un crime commis sur la personne de l’autre parent ayant entraîné la mort de celui‑ci ;
« 4° Si un parent est poursuivi par le procureur de la République, mis en examen par le juge d’instruction ou condamné pour un crime ou une agression sexuelle incestueuse commis sur son enfant alors qu’il est le seul titulaire de l’exercice de l’autorité parentale. » ;

En cohérence  avec les dispositions précédentes, on retrouvera les mêmes situations où l’un des parents maltraite l’autre ou l’enfant est victime de violences notamment incestueuses.

Au passage, ajout intéressant, les parlementaires ont le souci du cas où l’enfant ferait l’objet de violence de la part du seul parent titulaire de l’exercice de l’autorité parentale (le 4°). On pourra venir le protéger à l’initiative d’une personne qui s’intéresse à lui, du procureur ou de l’aide sociale enfance.

Par ailleurs l’Assemblée a eu le souci d’élargir la palette des réponses possibles devant la cour d’assises notamment. Dans l’hypothèse ou la juridiction n’irait pas jusqu’au retrait de l’autorité parentale du moins pour elle retirer l’exercice d’attribuer l’autorité parentale notamment les droits de visite sachant combien on a pu être choqué de voir des parents mise en cause pour des faits gravissimes revendiquer le droit de voir leur enfant sinon même d’entretenir des relations suivies avec eux. Ces droits de visite reconnus à l’un peuvent être une violence supplémentaire infligée à l’enfant sous couvert de participer de l’exercice d’une autorité parentale.

L’article 222-48-2 du code pénal est complété

« II. – Lorsque l’infraction mentionnée au I du présent article est un crime ou une agression sexuelle incestueuse commis par un parent sur la personne de son enfant ou un crime commis par un parent sur la personne de l’autre parent, la juridiction de jugement, si elle ne décide pas le retrait total ou partiel de l’autorité parentale en application des articles 378 et 379‑1 du code civil, ordonne le retrait de l’exercice de cette autorité ainsi que des droits de visite et d’hébergement en application des mêmes articles 378 et 379‑1, sauf décision spécialement motivée.
« Elle peut alors statuer sur le retrait de cette autorité ou sur le retrait de l’exercice de cette autorité sur les frères et sœurs mineurs de la victime.
« Si les poursuites ont lieu devant la cour d’assises, celle-ci statue sur cette question sans l’assistance des jurés.
« La décision prévue au premier alinéa du présent II est assortie de plein droit de l’exécution provisoire. »

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Tel qu’il a été rectifié ou complété et dans l’attente son passage au Sénat qui devrait intervenir en mars prochain ce texte peut indéniablement mieux protéger les enfants victimes regard de situations qui ont pu légitimement choquer ou surprendre.

Pour autant on ne peut que regretter cette manière du Parlement de faire la loi avec temps de réflexion et de travail préparatoire réduits à la plus simple expression, mais surtout sans qu’il y ait une approche globale donc cohérente des réponses juridiques, judiciaires, médicales, sociales qui s’imposent pour les enfants victimes ou témoins de violences. La proposition de loi le relevait elle-même dans son exposé des motifs.

Nul doute que dans les mois à venir le Parlement devra remettre le couvert lorsque la CIIVISE aura bouclé son travail et retenu une série de dispositions dont certaines de nature législatives.

Des instructions pour créer une dynamique 

En l’état on réitérera l’idée avancée devant la Délégation parlementaire aux droits des enfants qu’une circulaire du Garde des Sceaux intervienne dans les meilleurs délais pour rappeler leurs responsabilités aux différents intervenants judiciaires, du parquet jusqu’aux juridictions pénales de jugement en passant par le juge d’enfant et le juge d’affaires, en les invitant à une cohérence à travers, non seulement des réunions de service pour articuler leurs interventions, mais encore le suivi des différentes procédures judiciaires en cours où chacun est amené à examiner sous l’angle spécifique la même situation de violence intrafamiliale.

Le parquet, plaque tournante judiciaire et tour de contrôle, a ici un rôle majeur à tenir si l’on veut bien observer qu’il est présent dans toutes ces phases. Il pilote l’enquête de police initiale puis décide des poursuites qui peuvent être mises en œuvre et informé des constitutions de partie civile ; il sera au final présent au moment du jugement pénal, mais encore dans la procédure d’assistance éducative sinon dans les procédures devant le juge aux affaires familiales. Sans négliger que bien évidemment il est en charge de l’exécution des peines. Il a donc un rôle majeur pour veiller à la recherche de cette cohérence qui manque parfois dans l’intervention judiciaire avec le souci de prendre en compte les droits des personnes – le parent maltraité ou l’enfant victime ou témoin.

Des dispositions législatives qui ne sont pas encore acquises et supporteront le regard critique et des enrichissements (ex. l’avocat de l’enfant) du Sénat dans les temps à venir …  toujours en parallèle avec la réforme des retraites

1 Force est d’observer qu’avec 232 votants il manquait quand même quelques 345 députés qui purement et simplement n’ont pas participé au vote

2 – Proposition 658 2 rectifiée avec une acception large des violences intrafamiliales étendues par-delà les violences faite au conjoint à celles pratiquées sur l’enfant mais encor à l’inceste  qui certes s’inscrit dans le cercle familial, mais est d’un autre registre

3 – Voir la Libre opinion publiée dans le Monde du 23 janvier 2023 avec 25 professionnels et militants

4 – Voir notre billet  868

5 – Comme nous le développions devant la Délégation parlementaire c’est somme toute ce dispositif que le législateur avait retenu en 2007 lorsqu’il s’agissait de retirer de bénéficier de l’excuse atténuante de minorité aux mineurs délinquants de plus de 16 ans déjà condamnés comme le souhaitait N. Sarkozy. Le parlement pour éviter la censure du Conseil constitutionnel a permis au juge de maintenir le bénéfice de cette disposition sous réserve de rendre une décision motivée, donc argumentée et assumée

6 – D’autant plus que Mme Goulet présidente de la Délégation parlementaire aux droits des enfants a déposé elle-même en 2022 une proposition de loi visant à rendre obligatoire la présence d’un avocat dans la procédure d’assistance éducative

Une nouvelle proposition de loi inaboutie sur les violences intrafamiliales (848)

Plus que jamais les propositions de loi avancées par les parlementaires apparaissent comme relayant des problématiques sociales plus ou moins récurrentes qui émergent au point où la première réponse qui parait s’imposer est de modifier les termes de la donne juridique.

Le thème de l’enfance n’échappe pas à ce constat. Preuve en est que dans la période récente foisonnent les propositions de loi l’affectant, au risque, au final de se recouvrir, sinon de s’entrechoquer. Dépassons la critique facile qui voudrait que leurs auteurs en tant que personnes ou groupes n’aient que le souci de se faire valoir. Ils ne jouent que leur rôle – dire la règle applicable en l’améliorant– pour s’attacher au fond des problèmes mis en exergue.

Ainsi en va-t-il de la profusion, ne fut-ce qu’à l’Assemblée nationale, d’initiatives touchant aux violences supportées par des enfants. (0)

L’une de ces PPL, la 658 rectifiée du 15 décembre 2022, sera prochainement examinée en commission des lois, puis débattue le 8 février dans l’hémicycle. Avancée par Mme Isabelle Santiago, députée du Val de Marne et le groupe Socialiste, elle vise à mieux protéger et accompagner les enfants victimes et co-victimes de violences intrafamiliales.

Elle a pour ressort essentiel, dans deux très courts articles, de s’assurer de la suspension, sinon du retrait des droits d’autorité parentale, des parents violents. Elle part d’un raisonnement de bon sens qui veut que celui qui en est a minima à violenter sa compagne ou son épouse peut difficilement prétendre disposer des capacités exigées pour répondre aux besoins de ses enfants. Il faut donc au plus tôt, sans nécessairement attendre la condamnation finale, a fortiori celle-ci étant acquise, veiller à protéger l’enfant et à retirer à ce parent violent tout pouvoir, sinon toute responsabilité sur lui. (1)

Pour séduisante que peut sembler a priori cette approche, telle qu’elle est déclinée dans la proposition de loi, elle ne peut pas manquer de susciter très rapidement interrogations, réserves, voire oppositions. En tout état de cause, elle ne pourrait être adoptée que précisée et enrichie.

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Pour éviter toute méprise sur le sens du propos il est déjà indispensable de reconnaître la réalité des violences intrafamiliales. Comment faire aujourd’hui autrement avec plus d’une centaine de féminicides chaque année ? (2) Tout aussi indéniable aujourd’hui est la prise de conscience de ce que les violences exercées par un parent sur l’autre ne peut pas ne pas avoir de conséquences sur les conditions de vie faites à l’enfant, son développement psychique et tout simplement constituer une violence qui lui est infligée même si lui-même ne reçoit pas de coups ; a fortiori s’il est frappé. En tout état de cause, si longtemps, en première intention on a cru pouvoir tenter de dissocier ces violences de la capacité d’exercer des responsabilités parentales, il est acquis désormais dans le discours commun qu’elles disqualifient l’intéressé.

Il est tout aussi évident que la réponse sociale est encore trop souvent inadéquate avec de la négligence, de la minoration des faits et leur impact sur les enfants, un manque de réactivité et de cohérence, voire carrément de contradictions dans les mesures adoptées.

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Ces constats partagés, incontestables, justifient la démarche parlementaire, soucieuse non pas de tant de punir plus sévèrement encore le parent maltraitant que de protéger l’enfant en le retirant d’une ambiance délétère, traumatique et insécurisante.

Reste à s’accorder sur le champ même de la problématique : de quelles violences intra-familiales parle-t-on ? Les dispositifs en réponse avancés dans la proposition de loi ne risquent il pas eux-mêmes de générer de nouvelles difficultés ? Faut-il aller jusqu’à créer une juridiction spécialisée dans les conflits intrafamiliaux comme l’assemblée l’a retenu le 1er décembre 2022 sur une autre PPL ? Par-delà les interrogations et les critiques, des préconisations peuvent compléter l’approche initiale.

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La première difficulté rencontrée est loin d’être négligeable puisque elle touche à la base même du dispositif. Qu’entend-on par violences  intrafamiliales ?

Bien évidemment cette approche recouvre, sans débat, les violences infligées par l’un des parents sur l’autre, le plus souvent l’homme sur la femme, avec les conséquences trop souvent dramatiques déjà évoquées sur les enfants  qui sont témoins ces scènes et parfois s’y impliquent pour protéger le parent maltraité. Ces séquences sont souvent récurrentes : sans aller jusqu’à des agressions directement physiques, elles peuvent prendre la forme de cris, d’insultes, d’invectives et de « scènes » insupportables qui constituent, en tant que telles, une violence sur l’enfant.

Reste donc à savoir si on s’attache aux seules violences physiques ? Par exemple, fera-t-on entrer dans ce champ une ambiance délétère, en tout cas problématique, qui peut relever d’une consommation, éventuellement partagée, d’alcool ou de stupéfiants ? Ou encore ces comportements de tensions qui, sans aller jusqu’à la violence physique, peuvent être particulièrement insupportables au quotidien, spécialement pour des enfants qui ont besoin de sérénité ? Pourquoi faudrait-il réserver la suspension de l’exercice des droits d’autorité parentale, sinon le retrait, seulement aux seules violences explicites ?

La difficulté tient à ce que la PPL ne s’interdit pas de faire entrer dans ce champ les violences directes infligées aux enfants notamment les comportements incestueux qui, par définition, se déroulent dans l’univers familial, mais pour autant ne peuvent pas être qualifiés de violences intrafamiliales.

Cette approche extensive déroute et en l’espèce est contestable.

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C’est au premier chef, l’automaticité de la mesure de retrait d’autorité parentale sur condamnation ou de suspension de l’exercice des droits d’autorité parentale en cas de suspicion qui soulève le plus de difficultés.

Défiance
D’abord parce que, par une disposition de cette nature, le législateur insatisfait de la pratique judiciaire renvoie aux magistrats un message fort de défiance : non seulement ils auraient des pratiques contestables, mais ils ne seraient pas susceptibles d’en prendre conscience et d’évoluer. On a vu dans le passé combien pouvait se retourner contre leurs auteurs politiques l’envoi de messages aussi négatifs. Sans nier les critiques avancées, on se doit de rappeler que dans l’histoire, dans nombre de questions socialement brûlantes, les magistrats, face à un vide juridique, volontaire ou non, ont anticipé la réponse législative comme pour les accidents du travail ou la circulation, et encore plus récemment pour les IVG pour les mineurs.

Plus fondamentalement c’est l’essence même de la justice que d’adapter ses réponses aux situations par une démarche d’individualisation. C’est son rôle que de dire la loi applicable dans une situation donnée au regard de la loi, par principe générale. À défaut de reconnaître une marge de manœuvre aux magistrats, du parquet comme du siège, pourquoi ne pas recourir purement et simplement à des intelligences artificielles, des algorithmes, qui acteraient que, des conditions objectives étant remplies, les conséquences prévues par le législateur s’appliqueraient immédiatement ?

Danger
C’est aussi prendre le risque dans un certain nombre de situations de se retrouver avec des solutions imposées par la loi, mais totalement inadaptées, contre productives, sinon fondamentalement injustes. Ainsi dans les cas, que tous les praticiens connaissent, où, quels que soient les actes commis par le parent, il reste un personnage majeur dans la vie de son enfant qui, même conscient de l’attitude condamnable de ce parent, continue à le considèrer comme un acteur essentiel de sa vie. Rompre systématiquement le lien juridique entre l’un et l’autre alors même qu’ils entendent être proches, voire qu’ils le sont, est une aberration qui risque à terme de rendre impossible ou en tout cas très difficile la réparation, aussi bien du côté de l’enfant victime que du parent agresseur.

Le législateur s’est pourtant engagé récemment dans cette voie. Le 28 décembre 2019 dans la loi visant à agir contre les violences au sein de la famille et le 30 juillet 2020 dans la loi soucieuse protéger les victimes de violences conjugales en retenant la suspension de plein droit de l’autorité parentale et le droit de visite et d’hébergement du parent poursuivi pour crime envers l’autre parent et la possibilité de retrait de l’autorité parentale du parent condamné pour un délit et plus seulement pour un crime commis sur son enfant sur l’autre parent

La PPL a le souci d’aller plus loin en étendant ces dispositions aux violences sexuelles incestueuses contre l’enfant et aller jusqu’au retrait automatique de l’autorité parentale en cas de condamnation pour agression sexuelle sur l’enfant.

On ne va pas jusqu’à préconiser que la suspension des droits d’autorité parentale intervienne d’emblée, dès la seule suspicion de violences intrafamiliales. Par exemple, quand sur la simple plainte du conjoint, mais pourquoi pas aussi un enfant, alléguant à un service de police ou au procureur de la République que, comme témoin, il supporte les conséquences de ces violences. Ce serait bien évidemment attribuer à l’un des parents ou à l’enfant une capacité majeure à bouleverser un équilibre familial, parfois en toute bonne foi et légitimement, mais aussi parfois avec des intentions malveillantes, notamment dans des séparations conjugales particulièrement délicates. On l’a vu dans le passé, et encore aujourd’hui, avec des plaintes abusives déposées contre des pères pour pratique incestueuse, ou encore lorsque l’un ou l’autre des parents saisit le juge des enfants pour jouer celui-ci contre le juge aux affaires familiales.

La PPL ne tombe pas dans cet excès, mais il ne faut pas oublier que l’engagement de poursuites pénales en relève pas que du procureur. La victime a la possibilité d’enclencher des poursuites pénales en se constituant partie civile devant le juge d’instruction ou en citant le mis en cause devant le tribunal correctionnel.

Une autre piste ?

Si on ne se résoudre à la disposition avancée,  il faut en revanche entendre le souci qu’une telle suspension sinon un retrait de l’autorité puisse être envisagée.

Il faut déjà veiller à ce que la question soit posée de la protection juridique de l’enfant et non pas escamotée comme c’est trop souvent le cas, même si elle doit être précédée d’une mise à l’abri physique de l’enfant concerné. On doit alors s’assurer que cette question fasse l’objet d’un débat judiciaire. Par exemple que le procureur de la République, ayant connaissance d’une plainte, a fortiori avec constitution de partie civile, aurait à saisir, en l’état , le juge aux affaires familiales  – en réservant l’apparition d’un juge aux violences intrafamiliiales – dans un délai très bref et contraint pour se prononcer sur ce sujet. Un débat contradictoire serait alors organisé » où le mis en cause, l’autre parent, sinon l’enfant, seraient entendus, chacun assisté d’un avocat.

On pourrait alors poser dans la loi qu’il y a lieu à suspension automatique des droits d’autorité parentale, quitte à ce que par une décision motivée, le juge maintienne exceptionnellement cet exercice. Le législateur aura ainsi affirmé sa volonté de principe et mis un juge en situation d’apprécier.

Ce dispositif plus équilibré que celui qui est proposé aurait l’avantage d’obliger à se poser la question de l’exercice par les parents de leurs responsabilités dans un tel contexte et de garantir, sous le contrôle de la cour d’appel, un débat judiciaire où seraient présents le procureur et un juge, mais aussi deux, sinon trois avocats.

Et le point de vue de l’enfant ?
Au passage il est surprenant de relever que la PPL ne rende pas obligatoire la présence d’un avocat pour l’enfant dans ces procédures dites de violences intrafamiliales alors que le cœur de la proposition est le souci de protéger les enfants. Certes on comprend que le législateur du 7 février 2022 dans la loi sur la protection de l’enfance, dite loi Taquet, ait hésité, pour finalement y renoncer, à rendre obligatoire la présence d’un avocat dans le cadre d’une procédure d’assistance éducative en se contentant d’inciter à ce que plus souvent un avocat soit mobilisé. En revanche dans cette situation de violence intrafamiliale les droits de l’enfant doivent être nécessairement portés judiciairement par un avocat avec préalablement la désignation d’un administrateur ad hoc pour veiller à la prise en considération des avis et sentiments mêmes de l’enfant au regard des exigences de l’article 12 de la Convention internationale des Droits de l’Enfant. C’est le moins qu’on puisse faire dans ces situations que de recueillir l’avis de l’enfant, quitte à ne pas s’y résoudre

Certes, on peut penser que dans la plupart des situations le parent maltraité sera à même de veiller à la défense non seulement de ses intérêts personnels, mais encore de ceux de son ou ses enfants. Mais il peut aussi arriver qu’il se retrouve lui-même dans cette incapacité de se protéger. Cette faiblesse ou fragilité psychologique peut être à l’origine même de ces violences ou en être la conséquence. En tout état de cause il peut se révéler incapable d’exercer ses responsabilités, et donc le législateur doit pallier ces carences.

Reste, on va y revenir, à ne pas négliger le peu de disponibilité en l’état des JAF et le manque d’administrateurs ad hoc et de moyens pour les indemniser.

La proposition de loi entend étendre le champ d’application de ce retrait d’autorité parentale aux violences exercées sur le conjoint ayant entrainé huit jours d’incapacité de travail, ce qui abaisse singulièrement le seuil d’éligibilité. Pourquoi s’attacher à un critère de cette nature qui, en toute hypothèse, peut être facilement contourné ? Pourquoi ne pas s’attacher tout simplement à une évaluation, somme toute ni plus ni moins scientifique, du climat qui règne au sein de la famille ? Il est des cas où on peut penser possible de dépasser l’ambiance violente relevée : auquel cas on saisirait le juge des enfants dans une procédure qualifiée par le code civil d’assistance éducative. Dans d’autres situations, on ira vers la suspension sinon le retrait de l’autorité parentale, quitte à ce qu’à terme le parent concerné introduise une demande pour recouvrer ses droits en apportant la preuve qu’il a retrouvé les qualités pour exercer ses responsabilités.

Ajoutons qu’au-delà de l’exigence de protection de l’enfant par son éloignement physique et ou juridique du parent violent, il convient de s’assurer que celui-ci continue à exercer ses responsabilités financières à l’égard de son enfant.

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Alors faut-il créer une juridiction spécifique pour les violences intrafamiliales comme nombre le suggèrent ? Cette option a été retenue par l’Assemblée en décembre 2022, mais pas encore examinée par le Sénat  (3)

On a vu plus haut qu’en tout état de cause il conviendrait déjà, non seulement de cerner le champ d’intervention de cette juridiction. En 2022 l’Assemblée a retenu une approche large en visant, non seulement les violences sur le conjoint ou le compagnon, mais encore sur l’enfant. Elle ne vise pas les violences sexuelles comme la PPL, mais ne parait pas les exclure. Le Sénat appréciera.

Il faudra encore s’accorder sur la nature de son intervention. Cette  juridiction aurait autant à s’interroger sur les sanctions pénales ou civiles infligées à l’auteur des violences, que de s’attacher à la prise en compte des droits des victimes notamment de l’autre parent, du ou des enfants, mais encore à avoir le souci de protection de chacun. Il s’agirait donc dans ce pôle judiciaire spécifique, avec un parquet ad hoc, de s’assurer des missions du juge aux affaires familiales et du tribunal correctionnel, étant entendu que la cour d’assises conserverait son autonomie, mais où le parquet spécialisé y tiendrait le ban du ministère public.

Faut-il insérer le juge des enfants dans sa mission d’assistance éducative à cette nouvelle juridiction ? Les violences intrafamiliales, pour être avérées, ne justifient pas nécessairement son intervention si  l’autre parent s’avère susceptible d’exercer pleinement les responsabilités sur l’enfant ou les enfants. Il faut ici rappeler que le juge d’enfants a pour mission de protéger l’enfant en faisant évoluer les parents quand le JAF distribue les responsabilités. Leur rôle n’est donc pas identique. Il faut encore rappeler que le JE se préoccupe des enfants en conflit avec la loi, lesquels sont souvent des enfants en danger, du moins victimes de carences éducatives. Il y a plus que jamais besoin de conserver cette cohérence dans l’intervention quand certains préconisent de retirer au juge pour enfant cette compétence civile acquise en 1958 qui en fait son originalité et son efficacité.

La « petite loi » adoptée en décembre 2022 crée certes un nouveau juge spécialisé- le juge aux violences intrafamiliales -, mais il se contentera d’instruire au pénal les faits de violences conjugales, se prononcera sur une ordonnance de protection et éventuellement jugera au pénal sans pour autant présider la juridiction.(4) Elle ne remet pas en cause les compétences respectives du juge aux affaires familiales et du juge des enfants.

On voit ainsi toutes les questions que la création d’une telle juridiction, avec ses effets induits, pourraient poser. Dans la crise que traverse actuellement l’institution judiciaire, l’explosion des contentieux qui lui sont soumis, la multiplication et la complexification des termes législatifs, les moyens financiers et humains encore chichement comptés malgré les efforts remarquables récemment consentis, sans parler des simples conditions matérielles de fonctionnement, ce n’est peut-être pas le moment d’introduire une telle révolution interne. Doit-on rappeler que le champ des violences familiales incluant des violences faites aux enfants recouvre un contentieux judicaire conséquent, donc exigeant en magistrats et greffiers (5).

En revanche, là encore, il faut entendre ce dont est porteur la réflexion parlementaire. Elle vient dire qu’il y a souvent trop souvent un manque de cohérence et de suivi dans les différentes décisions judiciaires, que tout bonnement il y a des trous dans la raquette ! Comme de ne pas s’attacher systématiquement à l’exercice des responsabilités juridiques sur l’enfant. Ces interpellations et ces critiques ne peuvent pas être escamotées.

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Une voie à explorer : le parquet, garant de la réponse judiciaire
On peut donc et on doit encore avancer des réponses qui, sans remettre en cause les équilibres actuels et les acquis, aient le souci d’améliorer notre dispositif. La piste à suivre ne consisterait-elle pas, plus que jamais, à identifier le procureur de la République comme le personnage judiciaire disposant d’un maximum d’informations avec ses sources policières et sociales, ayant le souci d’une réactivité adaptée, de la cohérence qui s’impose, du suivi et du bilan de l’intervention judiciaire ? En effet, le procureur se trouve présent dans toutes les procédures en assistance éducative : il lui revient a priori de saisir le juge pour enfant, il aura pu intervenir en urgence à défaut de juge mobilisable, il  a connaissance du dossier et est appelé à prend des réquisitions. Il peut être amené à intervenir dans les procédures devant le juge aux affaires familiales voire il peut le saisir. C’est lui qui la plupart du temps sera amené à aura à mobiliser le tribunal correctionnel ou à saisir un juge d’instruction pour des affaires complexes ou criminelles. Bien évidemment il est informé d’une constitution de partie civile. et sera présent à l’audience. Et in fine il  veillera à l’exécution des peines en milieu ouvert ou carcéral.

On peut donc imaginer que, en plus des réunions interservices visant à analyser la réponse judiciaire territoriale et à améliorer l’articulation entre ses acteurs, le procureur de la République soit amené demain, sur telle situation donnée, à réunir les différents magistrats intervenants pour que chacun, dans le respect de ses compétences particulières et des garanties procédurales fixées par la loi, ait une connaissance de l’intervention éventuelle d’autres juridictions avec le souci de la cohérence sur le fond et dans le temps de leurs actions.

Il y a là une piste à explorer. Ce pourrait être l’objet d’instructions générales données par le ministre de la justice, non seulement pour rappeler les champs de compétences et les responsabilités de chacun des intervenants judiciaires, alors que trop souvent ils peuvent être eux-mêmes en interrogation – par exemple sur les champs respectifs et les rôles du juge des enfants et du juge aux affaires familiales –, mais encore pour veiller à cette indispensable articulation entre les différents intervenants, avec le souci de prendre en compte l’unicité de vie des principaux concernés, les parents victimes et les enfants violentés.

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On le voit le sujet est plus complexe que peut le laisser penser une proposition de loi de deux articles. Si les intentions sont louables il est nécessaire d’inscrire les réponses proposées dans l’approche globale qui s’impose et leur donne la force recherchée.

On doit par ailleurs s’interroger sur la multiplication des initiatives législatives qui, certes, ont chacune leurs logiques, mais restent dispersées sur ces questions et dont certaines ne peuvent pas ne pas se recouper. Ainsi la proposition de loi Santiago recoupe singulièrement la proposition 696 déposée par d’autres députés le 17 janvier 2023 qui vise à renforcer la protection des mineurs face aux violences sexuelles. ou encore la proposition de loi 661 déposée le 15 décembre 2022 visant à renforcer l’ordonnance de protection. La PPL Santiago dans son exposé des motifs appelle elle-même cette cohérence à travers un plan global et justifie son initiative du fait même de la carence gouvernementale.

C’est ici que se révèle tout l’intérêt de la création récente de la délégation parlementaire aux droits de l’enfant, dont on peut et on doit déjà attendre la recherche d’une cohérence législative qui permette au Parlement de jouer tout son rôle dans le dispositif institutionnel de promotion et de prise en compte des droits des enfants.

Les députés réussiront-ils à s’organiser entre eux quand ils appellent les magistrats à cet effort ?

Doit-on ajouter, mais là pour le coup la démarche dépasse sensiblement la compétence du travail parlementaire, que l’enjeu n’est pas seulement de mieux répondre aux situations actuelles de violence directes ou indirectes supportées par les enfants, mais de faire en sorte que par une stratégie de prévention familiale, sociale et éducative, ces situations dramatiques se cristallisent beaucoup moins en justice.

Certes, on peut penser que les sanctions encourues par des parents violents, demain accentuées et plus assurées, connues de tout un chacun, notamment de ceux qui peuvent se retrouver en situation de commettre ces violences, contribuent à les empêcher de passer à l’acte ; mais on peut aussi douter que ces parents violents consultent le Journal officiel, le code civil ou le code pénal au quotidien avant de violenter leur compagne ou leurs enfant ! Tout cela pour dire plus sérieusement, sans pour autant remettre en cause la nécessité de l’améliorer régulièrement et de la promouvoir, que l’on peut douter de la démarche d’exemplarité de la loi.

On voit donc que, dans le même temps, il faut s’attacher à des stratégies préventives qui passent par un discours public et sociétal sur le respect dû aux personnes, sur l’exercice des responsabilités parentales, et qui s’attache à promouvoir les dispositifs concrets d’aide et de soutien à ceux qui sont en difficulté sur le terrain. Démarche délicate à promouvoir, à réitérer régulièrement, qui dépasse de très loin les injonctions législatives et s’attache, notamment à des postures éthiques fondamentales, comme le respect de l’autre.

0 – Voir notamment la 562 visant à protéger 160 000 enfants par an ( M. Pierre Morel), très proche de la proposition Santiago   et  la686 ( visant à renforcer la protection des mineurs face aux violences sexuelles (M. Emmanuel Anthoine)

1 – Il est temps de passer de l’autorité parentale à la responsabilité parentale ! L’autorité est au service des missions parentales de protection  et d’éducation

2 – Il faut ici rappeler combien, voici une quinzaine d’années, on analysait avec condescendance la dénonciation en Espagne ce type de violence et on se gaussait des programmes gouvernementaux annoncés en réponse ; force est de reconnaître que la France a dû admettre que sur ce point elle ne valait pas mieux que l’Espagne !

3 – 16t0044_texte-adopte-seance.pdf (assemblee-nationale.fr)

4 – Dispositif surprenant quand on fustigeait il y a peu, au nom de la nécessaire impartialité du juge, que le juge des enfants ayant instruit puisse connaître de cette affaire devant le tribunal pour enfants. Au point où le Conseil constitutionnel en deux occasions avait finalement condamné ce dispositif issu de 1945 et appelé à changer la loi. Chose faite en 2019. Cette disposition risque elle-même la censure. Un  juge d’instruction ne siège pas en, correctionnelle ou aux assises. Le fait qu’il ne présidera pas la juridiction de jugement des violences intrafamiliales ne change rien. Conséquence il faudra disposer en nombre de juge aux violences conjugales pour instruire, puis juger

5 – On peut penser que des juges d’instruction seront reconvertis en juge aux violences intrafamiliales