Protection de l’enfance : on se réveille bordel? (889)

Indéniablement la dissolution surprise et déroutante de l’Assemblée nationale à l’orée de l’été n’aura pas eu que des conséquences institutionnelles. Nombre de chantiers en cours qui appelaient des réponses fortes, sinon urgentes, ont été paralysés. Non seulement les problèmes relevés n’ont pas été résolus, mais ils ont pu singulièrement s’aggraver. Plus grave encore des dynamiques laborieusement élaborées pour enclencher des reponses qui s’imposaient ont pu être brisées net et ne se reconstruiront pas par un simple claquement de doigt.

La protection de l’enfance est malheureusement dans ce lot des dossiers majeurs impactés.

Des constats préoccupants partagés

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces dernières années, à travers des reportages fortement médiatisés ; les interpellations des professionnels mais aussi des principaux intéressés, ou les rapports parlementaires ou d’instances autonomes (CNPE, DDE, HCPF, HCTS, CESE, etc.)  mettant en exergue des dysfonctionnements majeurs comme des violences dans des établissements de protection de l’enfance, la non-exécution de mesures de protection judicaire à  un niveau jamais atteint, la multiplication des retraits d’enfants par voie judiciaire notamment de très jeunes enfants, les difficultés à gérer la pression des Mineurs étrangers non accompagnés, tout simplement le sentiment d’abandon que nombre de jeunes accueillis par l’ASE  leur majorité civile quand la reconstruction est loin d’être achevée par eux. On multiplierait selon les sensibilités les signes d’inquiétudes ou du moins d’interpellation.

Autant de critiques fondées ou qui appelaient à remise en cause. Parfois injustes sinon fallacieuses comme de laisser à penser que l’ASE conduisait des enfants la mort ! Les entendre ne voulait pas réduire la protection administrative et judiciaire de l’enfance à ces critiques en niant tout ce qui dans le même temps se faisait au bénéfice des parents et des enfants en oubliant tout le chemin déjà parcouru et en occultant les succès obtenus.

Reste que l’on ne s’attache qu’aux trains qui n’arrivent pas à l’heure dispositif : ce dispositif était présenté pour être à bout de souffle. L’Etat était tenu pur démissionnaire ; les départements se voyaient reprocher leur incompétence sinon leur désintérêt pour la cause de ces familles concernées prétendument défaillants. Les mêmes appelaient à renverser la table et à revenir sur les lois de décentralisation de 1982-1984 pour appeler l’Etat à assumer en direct ce qui était désormais qualifié fonction régalienne. D’autres également conscients de ces lacunes sans remettre en cause le dispositif appelaient l’Etat déjà à assumer ses responsabilités propres sur les missions de protection de l’enfance qui lui restaient dévolues avant de prendre l’initiative d’une démarche de concertation entre les pouvoir publics d’Etat et territoriaux et le secteur associatif habilité.

On a aussi en mémoire les polémiques auteur de la gouvernance de la CIIVISE qui laissaient à penser que le gouvernement était insensible à la cause des enfants d’hier victimes de violences sexuelles et de ces 180 000 enfants qui chaque année y sont encore voués. On se souvient aussi des jugements à l’emporte-pièce du Président de la République et du Garde des Sceaux sur ces enfants présentés comme négligés par leurs parents censés être les protagonistes majeurs des évènements dramatiques de l’été 2023, diatribe alimentée par cette série monstrueuse de crimes auxquels des mineurs furent partie prenante avant l’été.

24 départements – à gouvernance de gauche – appelaient à des Etats généraux de la protection l’enfance. Le Conseil national la protection l’enfance également avec le souci non pas de se lancer dans de grands travaux ou analyses, mais de partir des acquis pour appeler à un plan Marshal, c’est-à dire à un effort exceptionnel au regard de la conjoncture pour notamment retrouver des femmes et des hommes en nombre et qualifiés pour accompagner sur la durée parents et enfants en grande difficulté.

Le gouvernement et l’ADF – majoritairement à droite – refusant de répondre positivement à cet appel avaient convenus de mettre en place 5 puis 7 groupes de travail sur les questions tenues pour essentielles avec une échéance en octobre 2024.

Dans le même temps l’Assemblée nationale avait multiplié les initiatives (FN, LFI, PS) pour déboucher sur une commission d’enquête sur la protection de l’enfance. La proposition avancée par Isabelle Santiago (PS Val de Marne) avait été adoptée et ses travaux engagés sous la houlette d’Isabelle Santiago élue rapporteur et sous le regard pressant notamment dans anciens de l’ASE avec là encore avec une échéance pour l’automne.

La dissolution a évidemment sabordé la commission d’enquête mais aussi paralysé les travaux ADF-Etat : si l’ADF sous la houlette de Mme Florence Dabin a progressé, l’Etat a été paralysé. Bien évidemment les échéances en sont reportées.

D’autres travaux comme ceux sur la parentalité menés notamment sous sa vice-présidence de Serge Hefez avaient été lancés ; on attendait la deuxième vague de proposition de la CIIVISE non pas pour mieux accompagner les victimes, mais pour faire en sorte que demain 5,5 millions personnes n’affirment plus avoir été victimes de violences sexuelles le temps de leur enfance : on espérait un effort spécifique pour les enfants ultra-marins.

Une démarche en crabe certes fréquemment teintée de scepticisme et qui aurait appelé à terme à être resserrée. Mais une réelle dynamique s’était enclenchée. La campagne électorale avec ses inquiétudes majeures pour la démocratie, les jeunes Olympiques avec leur euphorie anesthésiante en ont rajouté une couche.

La dissolution l’a frappé de plein fouet.  Quelle gabegie ! Depuis les problèmes ne sont pas améliorés. A preuve les annonces sur les enfants dormant dans la rue, la montée de la souffrance psychique de nombre d’enfants et de jeunes, le sort toujours préoccupant auquel sont voués les mineur  étrangers isolés, la montée de incarcérations  quoique la délinquance diminue avec le débat sur la prétendue violence des plus jeunes  qui les représentants  de l’Etat à appeler cet été – sincérité ou clin d’œil politique –  à une réforme de la justice juvénile oubliant qu’ils sont les auteurs du Code de justice pénale de mineurs qui n’a pas encore fêté ses trois ans d’application.

*

Dans ce contexte que faire ?

Beaucoup militent d’ores et déjà pour la mise en place d’une nouvelle commission d’enquête parlementaire sur la protection de l’enfance sachant que le temps est moins aux constats qu’aux décisions. Il s’agit de dépasser les dénonciations pour déboucher sur des propositions d’action concretes et réalistes et notamment sur ce qui relève de la compétence parlementaire, faire la loi et veiller à son application. Cette commission sera-telle réinstallée ? Avec quel mandat ? Avec quels acteurs ? Poursuivra-t-elle ses travaux comme il avait été envisagé avant été ? On relèvera en positif que plusieurs élus sont d’anciens professionnels du social sinon ont été accompagnés par l’ASE.

Reste qu’il faut déjà veiller à que l’Etat se dote de la capacité de jouer son rôle d’acteur et d’animateur garant que les échanges se noueront mai surtout se cristalliseront avec le cucu certes des mesures à long terme mais encore des décisions que l’urgence appelé. Il lui faut donc réaffirmer l’enfance comme un sujet de préoccupation politiquer à travers le maintien d’un département ministériel. Rien n‘est acquis y compris pour un président qui a déclaré vouloir faire de l’enfance la cause majeure de son deuxième quinquennat. Un ministre de plein exercice ? Un secrétaire d’Etat rattaché au premier ministre. Peu importe si celui-là a une capacité personnelle et institutionnelle pour mobiliser l’ensemble des champs ministériels et une autorité réelle morale auprès des acteurs territoriaux et du secteur associatif. Cela suppose pour l’Etat d’être crédible. L’annonce dans le cadre des mesures courantes de la suppression de 500 contrats d’éducateurs à la PJJ est problématique. Comment ne pas y voir un désengagement de l’Etat sur ses compétences propres quand le même entend appeler les CD à faire plus dans leur domaine ? Comment être crédible avec de telle attitude ?

Que va-t-il advenir de la démarche Etat/ADF ? Quelle réponse va être apportée à une question majeure qui conditionne la déclinaison des mesures décidées : la place réserver au secteur associatif sans lequel les administrations d’Etat comme territoriales seraient singulièrement démunies. Consultera-t-on pour avis un prestataire de service ? Ou mobilisera-t-on un partenaire à la cuture propre ?

Nous disposons d’ores et déjà du matériau utile à l’action. Le travail mené par le Conseil national de la protection de l’enfance au printemps sous l’autorité d’Anne Devreese reste d’une grande actualité. Des mesures s’imposent d’urgence comme de trouver les femmes et les hommes susceptibles d’accompagner parents et enfants en difficulté quand, comme tous les métiers de l’humain, la protection de l’enfance est en grande difficulté. Pour cela il faut revaloriser dans tous les sens du termes ces fonctions et leurs acteurs. Et déjà les reconnaitre quand on n’a pas su le faire au lendemain du confinement. Il faut maintenir ceux qui désespèrent et attirer de nouvelles générations. Il faut encore leur donner la foi dans ce qui est plus qu’un métier, mais un engagement. 

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Le réveil doit sonner. Il est temps de relancer le processus de renouveau de la protection de l’enfance. Les énergies et les compétences mobilisables sont disponibles et n’attendent que de l’être.

Il y va de l’intérêt commun

Aura-t-on la lucidité de l’admettre. Il est temps de siffler la fin de la recrée. 

 

 

 

 

Les droits de l’enfant face au droit à l’enfant

Force est de reconnaître que, récemment, peu ou prou, sous nos cieux, sachant que l’univers ne se résumant pas à la France, a émergé un droit à l’enfant quand il y a encore deux ou trois décennies il était hors de question d’entendre cette revendication.

Au risque d’ailleurs d’une discrimination entre les hommes et les femmes en quête d’enfants puisqu’on a ouvert le recours à la PMA aux femmes et  interdit la GPA aux hommes !

Certes le combat a été rude. Il est encore des résistances dans les têtes, sinon dans notre droit qui peine à jouer son rôle. La consécration même du droit à un enfant pour toutes les femmes, quel que soit le statut matrimonial, pour convenance et pas seulement en cas de stérilité, à travers le recours à la procréation médicalement assistée, date à peine de 2021.

Notre pays ne reconnaît donc pas le recours à la GPA au nom de la lutte contre la marchandisation du corps des femmes et de l’enfant. Pour autant, par pragmatisme, pour ne pas sanctionner les enfants nés d’une violation de la loi par les adultes à l’origine de leur conception, on a adopté des dispositions qui reconnaissent leur existence et leur donnent un statut. Ainsi une circulaire Taubira de 2014 permet la délivrance d’un passeport aux enfants nés à l’étranger du sperme d’un français. La Cour de cassation, sous la poussée de la Cour européenne des droits de l’homme, a évolué pour consacrer l’inscription à l’état civil français – ils l’ont déjà dans le pays de naissance – de la double filiation paternelle d’enfants nés à l’étranger d’une mère porteuse étrangère inséminée avec le sperme d’un français.

Longtemps, et encore aujourd’hui, on a pu affirmer que si l’enfant avait le droit à une famille, a priori la sienne, à défaut depuis 1923 une autre par l’adoption, on se refusait à affirmer le droit de chacun de satisfaire son désir de parenté. Pour la société l’enjeu était de tenter d’offrir une famille à tous les enfants.

Comment d’ailleurs la société aurait-elle pu gager ce droit à un enfant ?

Par l’adoption ? Contrairement à ce que certains pensent l’Aide sociale à l’enfance qui accueille les enfants délaissés ou maltraités n’est pas une réserve d’enfants adoptables a dû concurrence des attentes.

En 1900, 150 000 enfants étaient pupilles de l’Etat pour 26 millions d’habitants , aujourd’hui seulement 3 000  le sont – et on doit s’en réjouir – pour 67 millions de français. Dans le même temps environ 15 000 demandes d’adoption formulées par des personnes seuls ou en couple, unies ou non par le mariage, sont en attente pour accueillir des enfants en bas âge, de type européen et en parfaite santé. Le problème tient à ce que dans le même temps les pupilles de l’Etat, les enfants adoptables, sont généralement âgés, souvent de type africain ou maghrébin, fréquemment porteurs de handicap quand ils ne sont pas en fratrie. Nous avons toujours des difficultés à trouver les personnes en couple ou seules acceptant d’accueillir ces enfants notamment porteurs de handicap.

Relevons qu’il a fallu attendre la loi du 6 juin 1984 pour qu’un projet d’adoption puisse être formé pour ses enfants. On ne se sentait pas en conscience d’imposer une telle charge à des gens qui faisaient déjà l’effort incompréhensible aux yeux de certains de vouloir s’investir sur des enfants délaissés ou maltraités !

Des dispositions ont été prises en 2016 pour faciliter la consécration juridique d’un délaissement parental et offrir ainsi une perspective d’adoption. De même vient-on de permettre en 2022 l’adoption par des personnes de même sexe non mariées ensemble.

L’adoption transnationale elle-même n’est pas aussi facile qu’on ne le croit à mobiliser. Si de par le monde des centaines de millions d’enfants sont en souffrance ils ne sont pas pour autant adoptables. En tout état de cause, pas pour « Monsieur et Madame Tout-le-monde ».

Force est de reconnaître que dans la dernière période notamment autour du débat sur le « Mariage pour tous » avec sa conséquence inéluctable la reconnaissance d’un droit à l’adoption – Europe oblige ! –  et avec le développement du recours aux procréations médicalement assistées, on a plus parlé dans le débat public du droit à l’enfant que des droits de l’enfant.

 Sans se livrer ici à une présentation exhaustive du statut juridique aujourd’hui fait à l’enfant en France (1) on retiendra l’essentiel de ce qui s’est joué dans la deuxième partie de ce XX°siècle à savoir que dans la lignée de Françoise Dolto et de bien d’autres de par le monde l’enfant, soit l’individu de moins de 18 ans, est enfin consacré comme une personne, et non plus comme un objet de désir sinon de plaisir ; qui plus est un objet fragile qu’il fallait protéger contre autrui sinon contre lui-même.

La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) du 20 novembre 1989 ratifiée par l’ensemble d la planète sauf les USA a consacré cette évolution majeure.

A ce titre l’enfant se voit reconnaître dans cette Convention les droits fondamentaux et universels de toute personne humaine comme le droit d’être et à une identité. En se remémorant les effets de la politique de l’enfant unique en Chine ou en rappelant l’enjeu en Afrique de doter tous les enfants d’un état civil on mesure l’importance de cette notation

Par ailleurs il dispose des droits spécifiques comme par exemple le droit d’être élevé par ses parents ou ne pas être séparés arbitrairement d’eux ou encore de droits renforcés en matière de santé et d’éducation notamment

Mieux, l’enfant tenu a priori pour un incapable c’est-à-dire comme ayant des droits, mais ne pouvant les exercer seul, dès lors qu’il est considéré comme une personne en construction peut être l’acteur de certains de ses droits : c’est ce qu’on appelle les droits à participation et les libertés reconnus par les articles 12 à 15 de la CIDE avec notamment la liberté de conscience et de religion, la liberté d’expression individuelle et collective, le droit de donner son avis sur toutes les décisions le concernant.

Ainsi sur notre sujet en matière d’adoption

  • vaant 13 ans l’avis de l’enfant doit être obligatoirement recueillie
  • après 13 ans son accord est indispensable : à défaut le projet d’adoption ne pourra pas se concrétiser.

De même depuis 2001 les parents doivent-ils « associer l’enfant aux décisions qui le concernent selon son âge et son degré de maturité » (art. 371- 1 du code civil).

Dans ce contexte quels droits fondamentaux doivent être reconnus à l’enfant au risque, mais pas nécessairement,  de se heurter au droit des adultes soucieux d’être parents?

J’en retiendrai deux

D’abord le droit au respect de ces différentes affiliations.

En janvier 2014 dans le rapport commis avec Dominique Diouf à la demande de Mme Bertinotti ministre de la famille, à la question qui nous était posée : « Faut-il reconnaître de nouveaux droits aux enfants ? » nous répondions « Oui, dans l’intérêt des adultes et de la démocratie !» (2)

Nous affirmions notamment  la nécessité de reconnaître le droit de l’enfant au respect de ses différentes affiliations affectives, génétiques, sociales, juridiques.

Les choses se sont en effet singulièrement compliquées depuis Napoléon et son code civil quand l’enfant ne se concevait que dans le mariage dont c’était l’enjeu. Il était alors qualifié de légitime et la femme qui accouchait en était la mère, son mari en était le père sur la base d’une présomption difficile à renverser.

Depuis le contexte a singulièrement mué du fait des pratiques matrimoniales et des développements des sciences de la vie. (3)

Les pratiques matrimoniales ont évolué avec une distanciation du mariage – 65% des premiers enfants naissant hors le mariage ensemble de leurs géniteurs ; les couples unis ou non par le mariage sont plus fragiles et les parents conduits à vouloir, sinon à devoir, exercer leurs responsabilités par-delà cette séparation. Ajoutons la présence dans l’univers des enfants de beaux-parents et bien sûr e grands parents ingambes et disposant de revenus conséquents et soucieux de « profiter » de leurs petits-enfants.

La durée de la vie ayant augmenté la famille n’est plus le lieu dans lequel les plus âgés ont en charge les plus jeunes. Vient vite le temps où les plus jeunes ont à charge les plus âgés.

Et puis surtout on a maîtrisé la chaîne du froid permettant le recours notamment à des procréations médicalement assistées en différant sensiblement le temps de recul de gamètes du moment où elles généreront un autre être humain.

Concrètement régulièrement, pour nombre, les circonstances de la vie font que des liens de nature différente – biologiques, affectifs, sociaux, juridiques vont se nouer avec des adultes. On naitra d’un couple uni ou par le mariage, de parents de sexes différents ou pas, qui pourront se séparer ; le parent avec lequel l’enfant vivra habituellement pourra alors se remettre en ménage, qui plus est une ou plusieurs fois avec des personnes de sexes différents ou pas auquel l’enfant s’attachera plus ou moins. Tout cela souvent dans une ambiance moins traumatique que par le passé voir riche de potentialité quand par le passé le divorce était  souvent conflictuel et dramatique et l’isolement mal vécue socialement.

En tenant compte de la présence parfois de plusieurs grands-parents, si certains d’enfants manquent d’adultes de référence, d’autres en débordent ! Chacun avec sa personnalité, ses valeurs et son rapport à la vie ! Le modèle « Papa, Maman, la bonne et Moi « en référence au célèbre sketch de l’humoriste Robert Lamoureux, uni dans le mariage par-delà les crises existe toujours, mais s‘est singulièrement relativisé.

Chacun d’entre nous est un millefeuille avec un lot d’affiliations plus ou moins riche.

Toutes ces couches qui nous constituent dont notre altérité, notre singularité, notre richesse. 1+1+1 ……. = 1 personne.

Chacune de ces couches est respectable. Elle doit être respectée et prise en compte notamment par notre droit avec la nécessité de les prendre en compte de leur spécificité et de les articuler pour éviter les conflits de pouvoir (conf. Infra).

On n’en est pas encore là.

Ainsi, certains ont pu s’opposer à ce qu’un enfant adopté accède à la connaissance son histoire, spécifiquement de ses origines biologiques, au prétexte qu’il ne fallait pas lui infliger le choc de savoir qu’il avait été abandonné. Aujourd’hui on consacre plus ou moins le droit de l’enfant à son histoire avec un dispositif lui permettant d’y accéder sous l’autorité du CNAOP (Conseil national de l’accès aux origine personnelle aujourd’hui intégré au sein du GIP France Enfance protégée) … à condition que le parent biologique ne s’y oppose pas et … que ces informations aient été recueillies. Un droit limité donc, mais réel !

La loi sur la bioéthique de 2021 qui consacre le droit de toutes les femmes de bénéficier d’une procréation médicalement assistée permet ainsi comme nous le demandions aux enfants nés dans ces conditions d’avoir s’ils le souhaitent connaissance du nom du donneur. Ils ne pourront pas engager une action en recherche de paternité débouchant sur la création d’un lien juridique, mais au moins, par-delà des éventuels enjeux de santé, ils auront connaissance de ce qui les relie à la vie. Ces dispositions ne valent pas pour les enfants nés avant l’entrée en application cette loi puisque les donneurs n’avaient pas été informés de cette disposition.

En revanche malgré nos efforts pour y mettre fin la France n’a toujours pas renoncé à l’accouchement sous « X » qui permet à une femme qui vient donner la vde ne pas déclarer son identité en sortant de la clinique. Une exception française en Europe avec le Luxembourg au prétexte allégué de combattre les infanticides ! Pour autant il ne semble pas qu’il n’y ait plus d’infanticides de Grande Bretagne ou en Espagne qu’en France !

On confond ainsi le droit de la mère, légitime au demeurant, sans qu’il y ait à porter de jugement sur sa décision, ne pas vouloir assumer l’éducation et la charge de son nouveau-né et le droit de cet enfant au respect de sa filiation génétique. On le prive de son histoire. Je peux témoigner que nombre en souffrent et encore plus de savoir que l’Etat sache qui est sa mère et se refuse l’accès à cette information

On peut veiller à l’une la prise en compte des soucis de l’une et de l’autre étant entendu que la filiation d’un enfant appartient certes à son père et à sa mère, mais lui appartient tout autant

En autres termes aujourd’hui malgré l’article 7 de la CIDE qui veut que tout enfant a « le droit de connaitre ses parents et d’être élevé par eux «, le droit de la femme l’emporte encore trop souvent sur les droits de l’enfant !

Fallait-il affirmer que tout enfant avait le droit de connaitre ses origines biologiques ?Quand on sait que quelques 10% des enfants qui naissent dans un couple marié n’ont pas pour père le mari de la mère, on peut imaginer combien « la paix des familles », pilier notre société, pourrait être remise en cause et combien de drames découleraient de cette levée de secret.

De là à en priver les enfants qui le demandent parce qu’ils ont un doute légitime ? Le débat mériterait d’être ouvert vu du côté de celui qui n’est pour rien dans la situation et revendique ce droit fondamental se positionner sur cette question fondamentale qui anime chacun d’entre nous : « Où vais-je ? Mais déjà, d’où viens-je ? ».

2e illustration : le droit de l’enfant à des adultes exerçant leurs responsabilités en matière de protection et d’éducation

Avec succès sur ces dernières décennies à travers trois lois (1987, 1993, 2001) nous avons réussi à consacrer l’égalité parentale dès lors que la filiation est établie à l’égard du père et de la mère quel que soit l’état matrimonial de la famille, que les parents soient ou non liés par le mariage, vivent ensemble ou séparés. Pour autant notre droit n’a jamais garanti le droit de l’enfant à voir sa double filiation, paternelle et maternelle établie. Avoir un père ou une mère juridique n’est pas un droit pour l’enfant, mais une possibilité … dans l’intérêt des adultes et du respect de leur liberté.

Un homme (informé) peut ne pas assumer sa paternité et la femme en faire tout autant au risque au final de faire de l’enfant un orphelin de père et de mère. La société n’interviendra pas. Dans certains pays le procureur voyant un état civil taisant sur le nom du père tentera de convaincre la mère d’engager les démarches pour combler ce vide ou engagera lui mêmes des poursuites.

Le droit, sinon la liberté des parents, l’emporte sur le droit de l’enfant à son affiliation juridique à ses géniteurs.

En d’autres termes on s’est attaché au 2e étage de l’échelle – la responsabilité en consacrant l’égalité parentale – en oubliant la première marche : l’affirmation de la filiation juridique.

En tout cas force est d’observer que la loi permet – autorise – de priver d’entrée de jeu un enfant de père juridique. Certes déjà du fait des accidents de la vie un enfant pouvait se trouver, parfois très tôt, orphelin de père après le décès de celui-ci ; certes encore une femme pouvait décider ou supporter d’être mère sans vouloir ou sans pouvoir informé le géniteur. Avec la procréation médicalement assistée ouverte au célibataire, indépendamment de toute stérilité, on légitime – pas seulement on acte – qu’un enfant puisse être délibérément conçu sans père.

Là encore, le droit de l’enfant cède devant le droit et la liberté des adultes.

Des adultes peuvent ne pas assumer la conséquence de leur acte géniteur sans que la société s’en soucie en venant en aide au plus fragile : l’enfant.

Un autre enjeu dans les familles dites reconstituées est, dans l’intérêt de l’enfant, de mettre en situation ceux qui vivent habituellement avec lui en état d’exercer à son égard les droits et les obligations de le protéger et de l’éduquer.

Tel n’est toujours pas le cas actuellement. Si la demande de pouvoir recourir à la PMA ou à la GPA concernent quelques dizaines de milliers de personnes, 2 millions d’enfants sont élevés par un autre que leurs géniteurs soit au final 8 millions de personnes concernées : à savoir également les 2 millions de pères, 2 millions de mères et 2millions de beaux parents.

En l’état notre droit le beau-père et la belle-mère n’ont strictement aucun droit ni devoir consacrés par la loi, d’où au passage des enfants fréquemment dans la toute-puissance devant cette déshérence des adultes!

De même il faut permettre à l’enfant qui le souhaite d’entretenir des relations avec celui ou celle qui a un temps a pu l’élever et qui lui est cher. Là encore ce n’est possible qu’à la marge.

On attend toujours malgré nos revendications (conf notre rapport de 2014)  ces dispositions sur ce qui est qualifié à tort de « statut du beau-parent». On a consacré plus de temps public et législatif aux adultes en quête d’enfants qu’aux enfants en besoin de responsabilités!

Il s’agit simplement de consacrer les droits et obligations dans la vie quotidienne de celui ou de celle qui vit habituellement avec l’enfant.

Cette disposition peut tenir en une phrase : « Toute personne qui vit habituellement avec un enfant est en droit et en devoir d’exercer à son égard les actes de la vie quotidienne ».

Elle ne prive pas le parent juridique père ou mère de ses propres droits fondamentaux. Au contraire on consacrerait le droit de l’enfant à être doté d’adultes de référence qui, à un titre ou un autre, exercent leurs responsabilités à son égard : le parent juridique étant en charge des  actes majeurs tandis que le beau-père ou la belle-mère qui vit tous les jours avec l’enfant hébergé a en charge les actes de la vie courante.

Ce dispositif n’a rien d’original; il existe s’agissant les enfants accueillis physiquement par l’Aide sociale à l’enfance quand les parents conservent l’autorité parentale : il leur revient de décider sur les besoins fondamentaux l’enfant (orientation scolaire, intervention médicale, sortie de territoire, etc.) quand l’Aide sociale d’enfance se voit reconnaître l’exercice les droits de la vie quotidienne (hébergement l’enfant, surveillance scolarisation, etc.) étant précisé que si les parents n’exercent pas leurs responsabilités sur des actes majeurs le Service peut toujours demander au juge des enfants à y être autorisé.

Plus fondamentalement il est tout aussi essentiel et urgent – et ici on dépasse encore largement la question du mode d’établissement de la filiation juridique – de consacrer la responsabilité parentale. Là encore silence radio.

Il ne s’agit pas de supprimer l’autorité parentale comme certains le craignent, mais de réaffirmer que cette autorité est au service des missions confiées aux adultes comme le dit implicitement le code civil dans les articles 371 et suivants.

Avoir une mission et les moyens de l’exercer c’est être responsable et devoir rendre des comptes !

On romprait avec ce rapport du pouvoir qui caractérise encore entre les rapports de l’adulte et de l’enfant.

Comment ne pas voir que depuis Napoléon les choses ont évolué que l’allongement de la durée de la vie !

D’autant comme il a été dit haut que, si dans un premier temps les enfants vont être sous la responsabilité de leurs parents, dans la dernière ligne droite de leur vie les adultes seront sous la responsabilité de leur enfant. La famille n’est pas un lieu de pouvoir (4), mais un lieu de responsabilité et de respect réciproque.

Doit-on rappeler qu’il a fallu attendre 2019 pour que la France en 28e position vienne répondre aux attentes du Conseil de l’Europe en condamnant le recours au châtiments corporels que pudiquement qualifiés de « violences éducatives ordinaires « ? On peut faire autorité sans violence. En d’autres termes plus que jamais la société vient dire que l’autorité parentale ne relève pas de la toute-puissance, mais doit s’entendre comme une liberté certes mais surveillée.

On le voit : le droit à l’enfant, sinon le droit sur l’enfant l’emportent encore que les droits de l’enfant.

L’enfant demeure encore un objet et voir un objet de plaisir. D’ailleurs ne dit-on pas communément avoir un enfant plutôt qu être parents. »Combien as-tu-d’enfants ? ».

Être et avoir résume bien notre sujet ! Et en l’état les droits des adultes l’emportent toujours sur les droits de l’enfant.

*

Qu’il me soit permis ici un temps de prospective et d’interrogation à partir de l’état où nous en sommes arrivés

Dès lors qu’avec l’adoption nous avons décroché la filiation juridique de la filiation génétique, et donc d’un dispositif naturellement binaire en consacrant la filiation d’intention, au nom de quoi demain interdirait-on à plusieurs personnes d’être juridiquement reliés à égalité avec un enfant. Pourquoi trois ou quatre jeunes, pleins d’avenir et avec de l’affection à revendre ne pourraient-ils pas adopter ensemble un ou plusieurs enfants ? On peut bien acheter un appartement à plusieurs ! Comment justifier de manière crédible l’interdit qu’on leur opposerait ? N’est-ce pas bien pour un enfant que d’avoir plusieurs adultes qui le choient et l’élèvent ?

Cette interrogation pour illustrer le constat que l’on a ouvert, notamment avec les procréations médicalement assistées, une boîte de Pandore dans la déconstruction-reconstruction de la question de la filiation et des affiliations.

Nous nous en inquiétions il y a maintenant quatre décennies. Beaucoup rigolaient des hypothèses que nous posions. Aujourd’hui les mêmes sinon d’autres critiquent la loi dans ses limites, ses précautions, ses contradictions.

De fait force est le constater que l’interpellation par les pratiques matrimoniales et par les développements de la procréation ont singulièrement interpellé des poutres maîtresses de notre organisation sociale. A un point que nous ne pouvions pas imaginer. La médecine à singulièrement mué : on ne lui demande plus simplement de soigner notamment la stérilité ; on attend d’elle de concevoir des enfants. C’est une révolution fondamentale dont il faut tirer les conséquences.

Va-t-on laisser les médecins seuls ou collectivement décider de l’accès au droit à l’enfant. Fort heureusement aujourd’hui comme en témoigne le docteur René Frydman nombre de praticiens se réfèrent à une éthique personnelle, sinon à une déontologie, qui leur permettent de résister à certaines attentes « aberrantes. Reste que dans le même temps, notamment à l’étranger, nombre n’hésitent à répondre sans le moindre état d’âme à ces attentes à travers ce qui est devenu un marché lucratif de la procréation.

La question s’est posée un temps de savoir s’il fallait légiférer. Pour beaucoup on était dans le champ de la vie privée et de l’intime. Le choix ou le désir d’être parents dans le cadre d’in projet de vie personnel. La société à travers l’Etat et la loi n’avaient pas à s’en mêler ! Jusqu’à réaliser que par-delà les pratiques individuelles, l’organisation sociale, mais aussi des questions de santé publique étaient en jeu. Sinon l’obligation de protéger les plus fragiles notamment ces femmes sollicitées pour être mères porteuses ou encore comme on l’a vu de permettre au principal intéressé c’est-à-dire à l’enfant de maîtriser les conditions de sa conception. Dans le rapport remis en 1997 au Premier ministre Laurent Fabius nous appelions le législateur à prendre ses responsabilités. il  l’a fait tant bien que mal, mais plutôt bien.

La question de la filiation est désormais d’une complexité inextricable au point où on l’a dit il ne faut plus parler de la filiation, mais des affiliations. Comment les reconnaître ? Faut-il les hiérarchiser ? Finalement qu’est-ce qu’être parent au sens d’exercer au quotidien des responsabilités à l’égard de l’enfant ? Toutes ces questions étaient simplement posées jusqu’à présent et il y était répandu « naturellement . Tout aussi simplement. Ce temps est révolu au risque d’insécuriser tout un chacun.

Et nous en sommes loin d’en avoir vu toutes les conséquences.

La démarche suivie souvent sous la pression des groupes de candidats à la parenté, est régulièrement critiquée, en tout cas régulièrement remise en cause. Elle a pourtant le mérite par rapport à de nombreux pays à travers le rendez-vous sur les lois bioéthiques d’offrir d’avancer collectivement, de tenter de résoudre autant que faire se peut les contradictions et de se saisir des avancées scientifiques et de prendre en compte les personnes directement concernées en tenant les équilibres qui s’imposent.

Observons qu’ici comme ailleurs aujourd’hui comme par le passé, le droit est et restera nécessairement à la remorque des faits. Depuis Philippe Le Bel on a compris le rôle des juristes ! Il leur revient de leur donner un habillage aux évolutions sociales accepter ; il doit les encadrer. Légaliser mais aussi poser des limites donc affirmer des interdits sinon les sanctionner.

Ici plus qu’ailleurs le législateur doit avoir l’intelligence de laisser une marge de manœuvre à la dynamique de la vie sinon de la science, mais pour autant il ne peut pas accepter n’importe quoi et donc il est conduit nécessaires à poser des lignes rouges. Le plus dur sera non pas  justifier les avancées, mais les interdits.

Pour cela il se doit d’avoir des points de repère. Le point de repère premier doit être la prise en compte des droits de l’enfant présent ou à venir.

Certes des compromis pourront être nécessaires. Prendre en compte l’intérêt supérieur de l’enfant comme le veut la CIDE (art. 3) ne signifie pas qu’il l’emporte sur tous les autres intérêts en jeu, notamment la prise en compte les droits des adultes ou l’intérêt de la société. À tout le moins sur tous les problèmes posés et les réponses envisagées  on doit se poser la question vue du côté de l’enfant.

Force est d’observer qu’on est encore loin du compte. À décharge la chose n’est pas aisée et l’interpellation est frontale dans une ambiance tourbillonnante, voire parfois déroutante (ex. les utérus artificiels)

Ajoutons la difficulté que la France n’est pas une île. Il est facile de passer les frontières pour obtenir ailleurs ce qui est impossible d’obtenir ici. Ainsi nombre de nos compatriotes sont d’ores et déjà allés recourir à une GPA notamment aux États-Unis, violant ainsi la loi française, mais attendant à leur retour des autorités françaises qu’elles légalisent leur démarche en mettant en avant l’enfant fruit de l’illégalité.

Juristes et psys ont un bel avenir devant eux dans cette matière devant la foultitude des questionnements qui ne manquent pas d’ores et déjà de poser cette reconstruction de l’affiliation et qui vont rapidement se cristalliser problèmes car la famille et le lieu où tout peut se produire le meilleur comme le pire comme dans toutes les autres familles. On l’a déjà vu quand il a fallu gérer la séparation de couples mariés qui avaient eu recours à une procréation médicalement assistée. Certaines mères demandaient en justice l’annulation de la filiation paternelle. De fait il était médicalement prouvé que le mari qui pour autant s’était attaché à l’enfant et réciproquement n’était pas biologiquement le père. Devant les tergiversations des juridictions le législateur a dû siffler la fin de la récréation en s’alignant sur la Cour de cassation et en interdisant que cette filiation paternelle  puisse être remise en cause.

Qu’on le veuille ou pas, pour éviter un certain nombre de souffrances qui pourraient résulter de ces avancées, l’Etat aura un rôle à jouer en garantisssant un cadre de nature à rassurer chacun. Aux droits nouveaux doivent correspondre des devoirs ; aux libertés consacrées repondre des responsabilités. Les uns ne vont pas sans les autres.

1 – « Le droit de l’enfant pour les nuls », Edition First, 2020

2 – Voir sur Documentation française

3 – Il a fallu attendre la dernière période pour en terminer avec cette formule afflictive :  tous les enfants sont légitimes, à défaut pour certains d’être totalement naturels si on vise les enfants du pyrex !

4 –  Il a fallu attendre 1995 pour que le viol entre époux soit tenu pour condamnable par la Cour de Cassation et 2005 par le législateur !

L’enfant à tout prix, mais finalement qui va payer ?

« L’étude historique sur les pratiques illicites de l’adoption internationale en France « remise le 6 février par Fabio Macedo et Yves Denechere et rendue publique par le journal « Le Monde « dans son édition du 10 février 2023 est effrayante, sidérante, dramatique, consternante, choquante… (1) On ne sait à quel qualificatif recourir. Elle ne peut pas, elle ne va pas tomber dans les oubliettes. La France va devoir rendre publiquement des comptes, et même très rapidement puisque son rapport quadriennal au Comité des droits de l’enfant sur son application de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) est programmé à brève échéance.

Aucun de ceux qui suivent attentivement le dossier Adoption ne peut prétendre avoir ignoré que des pratiques illégales pouvaient se développer s’agissant notamment d’enfants nés à l’étranger. On se souvient du scandale suscité par l’association l’Arche de Zoe en Afrique qui avait valu à ses animateurs de sérieuses sanctions pénales en 2007 pour avoir fait adopter des enfants dont ils savaient pertinemment qu’ils n’étaient pas adoptables pour avoir été enlevés à leurs parents au Tchad ou au Soudan.

De longue date les pouvoirs publics ont été amenés alors se pencher sur ce sujet délicat qui certes met en jeu des ressortissants français soucieux d’accueillir un enfant et se dirigent vers l’étranger faute de trouver la réponse à leurs attentes en France. Certains sont prêts à tout pour se procurer l’enfant ou les enfants qu’ils n’ont pas pu avoir naturellement, y compris à payer des parents, soudoyer des responsables publics ou privés, mentir aux autorités françaises en déclarant un enfant né d’une mère française à l’étranger, etc.

La France a déjà été interpellée et a du politiquement rendre des comptes aux pays d’origine notamment à la Colombie dans les années 80. D’où en réponse la création de la Mission Adoption internationale au MAE avec le souci de baliser le chemin de l’adoption trans-nationale qui explosait à l’époque

Pour autant ce que met en évidence l’étude diligentée à la demande de ce même Ministère des Affaires étrangères dépasse, par son ampleur, ce qu’on pouvait imaginer. Les chercheurs admettent eux-mêmes n’avoir vu que la partie émergée de l’iceberg. Ils s’interrogent sur ce que peuvent receler comme pratiques illégales les 120 000 adoptions transnationales par des français recensées depuis 1979.

Si l’on comprend l’acuité du désir d’enfant, et encore plus lorsque soi-même on a la « chance » de ne pas été confronté à cette situation, on peut, on doit être choqué par ce que ce désir peut autoriser de la part de ceux qui entendent le voir satisfait. Pour autant c’est bien d’abord la posture des pouvoirs publics qui doit prioritairement nous interroger si l’on entend que ces pratiques cessent. Il faut également s’attacher à l’impact que peut avoir sur la personne concernée la révélation d’avoir été »l’objet» de cette marchandisation condamnée par le code civil français.

Il ne s’agit nullement de condamner l’adoption transnationales d’enfant qui apportent une famille  des enfants qui en sont privés, mais de rappeler au respect des règles du jeu du jeu .

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Quelles responsabilités politiques ?

On est frappé à la lecture de ce document de ce que les fonctionnaires français en poste à l’étranger notamment dans les consulats ou encore au ministère des Affaires Etrangères ont pu supporter comme résistances quand, et ils l’ont fait régulièrement, ils ont tenté d’alerter les responsables politiques pour que soient adoptées des dispositions pour lutter contre ces trafics. Depuis le début des années 90 seulement 7 associations – qualifiées d’Œuvres d’adoption – se sont vues retirer leur agrément quand d’autres comme l’association Rayon de Soleil, récemment sanctionnée, ont pu continuer à œuvrer malgré toutes les interrogations que suscitaient leurs pratiques.  Les notes internes et autres alertes n’ont pas manqué qui identifiaient crûment les illégalités relevées au mépris les engagements internationaux souscrits par la France, notamment à travers la ratification de la CIDE de 1989 et de la Convention de La Haye sur la protection des enfants et la coopération en matiere d’adoption internationale de 1993, mais encore tout simplement au regard du droit français et de la morale commune qui veut que nous estimons collectivement que la personne humaine doit être tenue hors de toute marchandisation. De même ces responsables publics français ne pouvaient pas ne pas s’interroger quand notamment du fait de leur pauvreté des parents étaient conduits à devoir vendre leurs enfants pour survivre ou les voir survivre ! Pratique que nous avons réussi à éradiquer en France (1a). Ils savaient ; ils n‘ont rien fait à hauteur. Pourquoi ?

Le lobby adoption

Il est difficile d’ignorer le rôle et l’impact du groupe de pression que représentent ceux qui entendent adopter des enfants en général, et plus particulièrement à l’étranger. Ils sont nombreux, organisés, mais surtout ils disposent de tous les relais politiques, sociaux et culturels pour se faire entendre de ceux qui gouvernent, dont souvent ils sont, et à tout le moins ils sont proches. Il suffit d’observer la place qui a pu être laissée à tous ces organismes dans les instances dite de protection de l’enfance quand 15 à 20000 personnes en couple ou isolément forment un projet d’adoption Cette surreprésentation interroge encore au regard à la place que tient l’adoption comme réponse aux enfants en difficulté. On rappellera ici que 3000 enfants sur les 177 000 accueillis par l’Aide sociale à l’enfance sont aujourd’hui pupilles de l’Etat et donc adoptables (2), que certes l’adoption intrafamiliale se développe, mais dans une démarche plus individualisée qu’institutionnelle et que l’adoption internationale dans ses meilleures années n’a représenté que 4 à 5 000 enfants.

Les pouvoirs publics eu le souci de ne pas heurter leurs proches, voire de tout tenter pour répondre à leurs attentes. L’Aide sociale à l’enfance est présentée comme une réserve d’enfants adoptables dans laquelle on pourrait puiser si l’on voulait bien plus souvent retirer l’autorité parentale aux parents défaillants.  Je peux témoigner que tel le Premier ministre avec qui j’ai échangé sur le sort des enfants de Roumanie m’a explicitement recommandé d’être attentif à ce que nombre d’entre eux puissent être accueillies par des familles françaises sans m’interroger plus avant sur la mission que nous menions au nom de la France pour développer sur  place un dispositif de protection de l’enfance !

Quels contrôles réels sur ces Œuvres d’adoption ?

Bien sûr, ici comme ailleurs, il faut se garder de généraliser et de jeter l’opprobre sur ces démarches associatives qui entendent jouer le rôle d’intermédiaire entre des enfants adoptables et des personnes désireuses de les accueillir en France. Si certaines sont effectivement sans foi ni loi au regard de la législation française et internationale, voire sont mues par des intérêts notamment financiers ou des jeux de pouvoir, il faut aussi reconnaître que nombre d’entre eux et de longue date font preuve de dévouement, d’abnégation, de sérieux, de rigueur, de respect des personnes notamment des parents biologiques et des enfants à un point insoupçonnable. Il n’est pas opportun ici de les nommer. Je peux témoigner là encore avoir vu une de ces associations que j’accompagnais en Corée « trouver » dans les 24h, à la demande de leurs interlocuteurs coréens du Holt Children une famille en France qui acceptait d’accueillir, sans plus s’interroger, un jeune enfant porteur d’un anus artificiel que bien d’autres structures européennes sollicitées refusaient de prendre en charge soucieuses de ne s’intéresser qu’à des enfants en bonne santé.

Reste qu’effectivement, ici comme ailleurs, le secteur associatif pour révéler le pire comme le meilleur. Or la loi du 21 février 2022, progrès indéniable, a décidé de mettre fin aux adoptions individuelles  transnationales ; encore faut-il que les Associations intermédiaires soient irréprochables.

Plus que  jamais  revient donc aux autorités de tutelle de procéder régulièrement aux vérifications sur place et sur pièces qui s’imposent et de ne pas hésiter à sévir en retirant toute habilitation aux structures concernées en informant l’ensemble de leurs interlocuteurs à l’étranger. Force est de reconnaître que depuis les années 90 ces contrôles n’ont débouché que dans 7 cas sur 110 sur un retrait d’habilitation pour dysfonctionnement, les  103 autres devant tout naturellement être prises du fait d’une cessation d’activité. Il est aujourd’hui indispensable de savoir si les contrôles qui s’imposaient étaient effectués ? De quelle nature étaient-ils ? Quelles conclusions en ont été tirées ? Quelles difficultés ont-elles été rencontrées pour mettre en œuvre les mesures préconisées ?

Et les enfants ?

Il faudra encore s’interroger sur l’impact qu’a pu avoir sur les enfants adoptés, quand elle est intervenue, la révélation de leurs conditions d’arrivée en France après un abandon d’abandon téléguidé ou de tractations financières.

On comprend pourquoi autant de militants  de l’adoption militent aussi fort, dans l’intérêt des enfants  disent-ils, à ce qu’il ne puisse pas accéder à la connaissance de ses origines pourtant consacré par l’article 6 de la Convention internationale sur le droit de l’enfant.

En tout état de cause si on  ne met pas en cause a priori la qualité de l’accueil réservé à ses enfants dans des familles de France, si on ne conteste pas l’affection et l’amour dont ils sont généralement entourés après avoir été autant attendus, il ne serait pas inutile d’interroger l’impact sur leur psyché  des conditions de leur arrivée dans leur famille et la qualité des rapports qu’ils peuvent avoir avec leurs accueillants devenus leurs parents sur la base d’une telle « appropriation ». S’interrogent-ils ? Les interrogent-ils sur leurs origines ? leur filiation ? la qualité de leurs parents ? Ont-ils le souci et jusqu’où de retrouver le lieu de la naissance et leur pays d’origine ?

Ces questions légitimes sont ouvertes . Elles doivent être abordées sans a priori. Elles découlent de cette idée que l’enfant n’est pas un objet que l’on peut transporter sans qu’il se pose de questions d’un pays à l’autre (3) Certes ces enfants comme les autres sont les enfants du désir, en tout cas du désir de ceux qui les ont accueillis ; pour autant ils ont été traités comme des objets dont on pouvait se séparer même dans la douleur ou que l’on pouvait acheter. D’ailleurs en quoi la monétisation de la transaction change et en quoi la nature de l’acte posé ?

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La France n’est pas le seul pays concerné par des pratiques illicites sinon amorales au regard de la Convention de La Haye et de la CIDE. En tout état de cause elle se doit, d’initiative et avant que le Comité des droits de l’enfant ne l’interpelle, de faire publiquement et politiquement le bilan de ce que dénonce ce rapport des historiens.

Autant que faire se peut elle se doit de quantifier ce phénomène, de dénoncer les attitudes les décisions qui ont pu être prises, et bien entendu d’énoncer des mesures adaptées de rassurer la communauté internationale qui aura tôt fait de la qualifier de pays « riche et développé » qui n’hésite pas à acheter les enfants des pays pauvres. Les États d’origine, comme on l’a dit pour la Colombie dans les années 80, ou encore la Roumanie ou la Corée, ne peuvent pas supporter sans réagir qu’il leur soit renvoyé qu’ils sont incapables de s’occuper de leurs enfants. C’est aussi cela qui se trouve en jeu.

Il convient aussi de faire la part des choses et d’observer que plupart des adoptions transnationales en souffrent pas de critiques. Pour un Johny Halliday qui a pu jouer de toutes ses relations en France et à l’extérieur au vu et au su de l’opinion et de ses fans, la plupart des « candidats » à l’adoption respectent les règles et les procédures sans solliciter et sans obtenir de passe-droits. Il faut aussi leur rendre justice

Une commission parlementaire

À défaut de geste fort que pourrait valoir demain la parole de la France qui entendrait dénoncer l’adoption forcée d’enfants ukrainiens par des familles russes comme on sait que cela se pratique à grande échelle aujourd’hui !

Anticipant le dépôt de l’étude  les pouvoirs publics ont certes décidé en novembre 2022 de mandater les trois inspections Affaires Etrangères-Justice et Affaires sociales pour faire la lumière sur les dysfonctionnements dont ils avaient connaissance. Pour utile cette démarche administrative n’apparait pas la hauteur : à problème politique, traitement et réponse politiques ! Il est urgent qu’une commission parlementaire avec publicité des travaux soit mise en place pour auditionner l’ensemble des responsables en poste en France ou à l’étranger, interpeller les intermédiaires de l’adoption, mettre en cause les responsabilités et appeler aux mesures qui s’imposent pour sanctionner les dérives passées et éviter le renouvellement dans l’intérêt certes des enfants concerné, mais aussi de la France.

 

1 – https://shs.hal.sciencze/hal-03972407v1

1a – Mais qui réapparait à travers la gestation pour autrui où des  femmes louent leur utérus voire donnent un ovule contre quelques milliers d’euros notamment comme ces Ukrainiennes pour pallier leurs conditions de vie difficiles

2 – Et souvent pas adoptés du fait de leur âge, de leur couleur de peau ,de leur état de santé ou d’être en fratries

3 – Encore qu’il soit démontré à l’expérience que des meubles fabriqués en Philippines peuvent réagir à l’hydrométrie européenne !

 

 

Les enfants pupilles de l’État : des interrogations récurrentes (833)

Les derniers chiffres connus – ceux de la fin 2020 – le démontrent (1) avec les limites techniques de l’exercice, mais aussi celles liées à la période de pandémie  : en fin d’année le nombre d’enfants pupilles de l’État, à savoir d’enfants n’ayant plus de lien juridique avec leurs géniteurs, augmente pour la huitième année consécutive (+49% entre 2012 et 2020) et de manière soutenue (+6,6% par rapport à 2019) :  au 31 décembre 2020, 3464 enfants bénéficiaient du statut de pupille de l’État, soit un ratio de 23,8 pour 100 000 mineurs (pour 22,3 en 2019).

Certes on reste très loin de ce que l’on a pu connaitre : 150 000 pupilles en 1900 pour 26 millions d’habitants, encore 40 000 dans les années 60, 20 000 en 1980. On a pu descendre sous les 3000 dans les années 2000. Le chiffre est reparti à la hausse en 2009 après avoir chuté à 2400 l’année précédente. Les procédures judiciaires engagées pour consacrer le délaissement parental sont pour beaucoup dans  cette augmentation. La loi de 14 mars 2016 y a singulièrement contribué même si le mouvement semble s’estomper en 2020 (224 pour 254 en 2019) comme si on avait fini d’examiner les situations pendantes.

4 482 enfants auront eu le statut de pupilles durant l’année civile 2020. 1234  enfants ont été admis comme nouveaux pupilles, à titre définitif ou provisoire, soit un recul de 8% pour la deuxième année consécutive après une augmentation continue entre 2014 et 2018 (+32%). Cette inversion de tendance peut principalement s’expliquer par la baisse des admissions sur décision judiciaire en 2020 du fait sans doute de la pandémie qui a impacté le fonctionnement des institutions de protection de l’enfance et des juridictions. 1018 enfants ont quitté le statut pupilles. Au 31 décembre 2020, les pupilles de l’État étaient donc bien au nombre de 3464.

Les données fournies par l’ONED sur les enfants – leur origine, la réponse formée pour eux, etc. . – , mais aussi sur les parents ou les adoptants sont passionnantes. Elles traduisent des constantes sur quelques décennies dont certaines doivent continuer à préoccuper.

Plus que jamais ce dossier recouvre partiellement celui de l’adoption dans la mesure déjà où l’adoption peut être la suite logique du statut de pupille au nom de la protection de l’enfance, mais aussi quand l’ASE continue, avec une moindre intensité certes, à être vécue comme une réserve d’enfants adoptables par les personnes soucieuses de satisfaire leur désir de parenté.

*

 Ainsi on doit s’interroger au regard des données avancées par l’ONED sur le fait que pour nombre d’enfants le statut de pupille ne soit pas suivi d’un projet d’adoption ou au moins d’une réflexion sur son opportunité. On a déjà connu ce type de situations dans les années 80 où quelques 65% des enfants déclarés pupilles le demeuraient jusqu’à leur majorité comme si on se contentait de sanctionner les parents tenus pour défaillants pour se désintéresser ensuite du sort du principal concerné. La proportion d’enfants confiés en vue d’adoption parmi l’ensemble des pupilles de l’État qui a commencé à diminuer en 2015 décroit toujours (25,8% en 2020 contre 27,2% en 2019).

Pourtant, les mentalités ont évolué et les  lois successives appellent à ce qu’une réponse individuelle soit recherchée et adoptée quand dans trop de cas on se contentait d’attendre la survenue de la majorité. Elle y veille à travers la révision régulière des situations de tous les enfants accueillis, y compris pupilles, pour éviter qu’elles ne s’enkystent. Des Commissions d’Examen de la Situation et du Statut des Enfants Confiés (CESSEC) ont été légalisées en 2016. Quasiment tous les départements en sont aujourd’hui pourvus. Le rapport de l’ONED en fait un bilan

Plus de quatre pupilles sur cinq vivent en famille d’accueil à plein temps ou en alternance avec des périodes en établissement ; les autres vivant en établissement. Depuis 2008 on relève une augmentation sensible (+116 %) du nombre de pupilles non confiés en vue d’adoption et vivant en famille d’accueil avec une forte hausse depuis 2016 concernant particulièrement les enfants dont l’admission fait suite à une déclaration judiciaire de délaissement parental. Au  31 décembre 2019, 73% des pupilles de l’État n’étaient pas confiés en vue d’adoption (soit 2364 enfants sur 3 242) ; un an plus tard, la répartition est sensiblement identique : 74% de pupilles de l’État non confiés en vue d’adoption (soit 2569) et 26% (895 enfants) confiés en vue d’adoption.

Un élément d’explication peut se trouver dans la part importante – 60% environ – de l’acquisition statut de pupille via une décision judiciaire : 7% – soit 254 – des pupilles le sont devenus sur une décision de retrait d’autorité parentale et 52% soit 1783 enfants qui ont fait l’objet d’une décision de déclaration ou délaissement judiciaire d’abandon. Or tout conduit dans ce cas à rendre difficile, mais pas impossible, un projet d’adoption. En toute hypothèse il mettra plus de temps à se concrétiser au regard de l’âge de l’enfant. Ainsi 16 mois, en moyenne, sont nécessaires à formaliser un projet d’adoption après décision judiciaire contre 4 mois, en moyenne, pour les enfants sans filiation.

Mais sanctionner les parents par une rupture du lien juridique pour l’enfant, pour être un service rendu à l’enfant ne peut pas être une fin en soi.

Si 5% ont été remis par un parent comme en 2011, les enfants sans filiation représentant désormais 23% des pupilles pour 39 % en 2011. Pour ceux-là une adoption sera assez aisée à concrétiser.

Avant leur admission comme pupilles de l’État, 68% des enfants ont connu une prise en charge par les services de l’Aide sociale à l’enfance. De 2% pour les enfants sans filiation à 92% pour les enfants admis à la suite d’une déclaration judiciaire de délaissement parental. Au total, parmi les enfants pris en charge à l’ASE avant d’être admis comme pupilles de l’État, six enfants sur dix ont bénéficié d’une prise en charge d’au moins cinq ans.

L’âge élevé des enfants rend toujours le projet d’adoption plus délicat à formuler et à concrétiser.

Il est difficile pour un enfant d’un certain âge non seulement d’effacer son histoire, mais de l’inscrire dans une nouvelle lignée comme le fait l’adoption plénière.

L’explication du non-placement aux fins d’adoption tient bien évidemment – et là encore on reste dans le classique – que les candidats à l’adoption recherchent à accueillir l’enfant qu’ils n’ont pas pu avoir naturellement, à savoir un enfant en bas âge, en bonne santé, isolé et d’origine européenne. Et de fait on l’a dit les services de l’ASE ne rencontrent guère de problème quand ils ont à recueillir des enfants confiés par leurs parents à la naissance. Les deux attentes »matchent » alors aisément : celle pour l’enfant sans parent, celle des adultes en quête d’enfant. C’est plus délicat pour les enfants d’un certain âge. On voit aussi des familles d’accueil faire une place complète à un enfant en l’adoptant une fois devenu pupille voire à sa majorité.

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Toute ces réponses techniques, adoption ou non, orientation vers une famille ou une institution, peuvent se justifier ; encore faut-il qu’elles soient le fruit d’une réflexion  posée et non pas du cours des choses.

Il revient donc depuis 2016 aux CESSEC de veiller à ce que les enfants, notamment pupilles, ne soient pas abandonnés à leur sort. Les premiers résultats semblent positifs. Les conseils de famille des pupilles doivent ici jouer leur rôle révisant au moins une fois l’an la situation de chaque enfant et en posant la question de l’adoption, sans nécessairement y repondre positivement.

Les chiffres parlent :plus l’enfant est jeune, plus la probabilité qu’il puisse quitter rapidement le statut de pupille augmente : 53,5% des enfants admis avant leur premier anniversaire ont été placés dans une famille en vue de leur adoption ou adoptés au cours de l’année civile tandis que 17,4% ont réintégré leur famille de naissance. Les enfants âgés de 10 ans et plus au moment de l’admission sont généralement peu nombreux à être rapidement confiés en vue d’adoption (4%) ; ils vivent pour l’essentiel en famille d’accueil ou en établissement, dans l’attente de la formalisation d’un projet de vie en accord avec leurs besoins (85%), tandis que 11% d’entre eux quittent rapidement le statut (du fait de la majorité pour les deux tiers d’entre eux ou par un changement de statut pour les autres). Au cours de l’année 2020, 1018 enfants ont quitté le statut de pupille de l’État, soit une baisse de 9,3% par rapport à 2019 (1122) : près de 58% de ces sorties font suite à un jugement d’adoption, 29% de ces sorties s’expliquent par l’arrivée des pupilles à l’âge de la majorité et près de 10% par des restitutions à leurs parents,

Reste que le nombre de pupilles de l’État ayant quitté le statut à la suite d’un jugement d’adoption au cours de l’année 2020 baisse de 17% par rapport à 2019 (passant de 706 à 587). En tout état de cause on relèvera pour s’interroger que les pupilles quittant le statut à la majorité sont plus nombreux  (297 en 2020 pour 279 en 2019 +6% ) soit 29% du total confirmant ainsi une tendance à l’augmentation constatée depuis 2013 (passant de 15% à cette date à en 2020). Choix délibéré ou négligence ?

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Le rapport de l’ONED est riche d’informations sur le fonctionnement des conseils de famille des pupilles de l’État singulièrement impacté par la pandémie sur la période de référence, mais encore sur les personnes soucieuses d’adopter en France ou l’étranger dont le nombre a singulièrement décru.

On l’évaluait à 20 000 en 1985  avec un pic à 28 000 en 2008 ; il est aujourd’hui de 9 576 en diminution de 7% par rapport à 2019. Chaque année environ 3500 – précisément 3710  en 2020 – nouvelles demandes d’agrément sont déposées par de couples ou de personnes seules, soit une baisse de 9% par rapport à 2019. Contrairement à une idée largement rependues, peu sont rejetées. Les refus d’agrément -289  en 2020 – diminuent de 25% ; le nombre de retraits d’agréments également passant de 432 à 361 du fait de l’absence de confirmation annuelle de candidats qui sans doute renoncent à leur projet.  En 2020, les recours contentieux faisant suite à un refus d’agrément sont divisés par deux (7 en 2020 contre 15 en 2019. Sept décisions des tribunaux administratifs ont annulé ces refus.

Comment expliquer cette chute des « candidatures »? La voie de l’adoption via l’ASE a la réputation d’être bouchée ou en tout cas malaisée. L’ASE n’aurait pas d’enfants à proposer, en tous cas pas ceux recherchés ou serait trop critique devant ces candidatures étant observé que la voie de l’adoption internationale, vécue comme une bouée de secours, s‘est aussi bouchée pour des raisons qu’on ne peut pas aborder ici. De fait aussi le recours plus fréquent aux procréations assistées avec donneur a permis à nombre de personnes en couple ou non de satisfaire leur besoin d’enfant. Il sera intéressant ici devoir l’impact de la récente loi de janvier 2022 sur l’adoption qui ouvre la procédure d’adoption d’enfants à des personnes non mariées.(2)

Quand on parle souvent du long parcours de l’adoption pour les candidats, en 2020, la durée moyenne entre l’octroi d’un agrément d’adoption et le placement en vue d’adoption d’un enfant est de trois années : de 3 mois en moyenne dans la Somme à 9,4 ans pour les Landes.

Point sensible s’il en est si on se situe plutôt du côté des enfants sans famille, l’effort pour forcer l’adoption d’enfants à besoins spécifiques enfants ayant des problèmes de santé ou porteurs de handicaps, enfants âgés, enfants en fratries) confiés en vue d’adoption, s’est légèrement estompé sans doute, hypothèse de l’ONED, du fait de la pandémie qui a impacté de nombreux conseils de famille. Au 31  décembre 2020 la proportion d’enfants est en léger recul. Ils ne représentent plus que 11,1 % pour 12,5 % à 12,3 % entre 2009 et 2019 des enfants confiés en vue d’adoption. On souhaitera que cette tendance s’inverse. L’ONED relève que parmi l’ensemble des enfants bénéficiant du statut de pupille de l’État, 1 678 présentent des besoins spécifiques, soit 48,4 % de l’ensemble des pupilles de l’État. Cette proportion varie fortement d’un département à l’autre : dans quatre départements sur dix, ils représentent au moins la moitié des enfants pupilles de l’État. On rappellera qu’en 1984 on a supprimé dans la loi du 6 juin toute exigence au regard de l’état de santé de l’enfant rendant ainsi enfin  adoptables les enfants porteurs de handicap le droit à l’adoption devant être ouvert à tout enfant sans famille. On souhaitera donc que dans l’avenir un nouvel effort soit déployé pour ces enfants dits à particularités afin que le statut de pupille ne soit qu’une étape, et pas une fin en soi. Comme pour tous les autres enfants.

 

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Plus que jamais, dans l’avenir, quand l’ASE a reçu un message explicite de se recentrer sur les besoins et les droits de l’enfant, il sera intéressant de regarder de près quelques données-clé qui trahiront le (dys)fonctionnement de l’institution Protection de l’enfance : le nombre d’enfants confiés volontairement par leurs parents, les décisions judiciaires sur délaissement, l’orientation donnée aux enfants pupilles, le recours à l’adoption simple ou plénière pour les enfants accueillis à l’aide sociale, le sort fait aux enfants porteurs de particularité et bien évidemment les « échecs » de l’adoption. Avec les pupilles de l’État on mesure encore plus combien il serait opportun que la compétence des départements ne s’arrête pas aux 21 ans -conf. dernier post – : l’État comme tuteur, le président du conseil départemental comme gardien suppléent les parents défaillants au sens large du terme. Ils sont en quelque sorte ses nouveaux parents. Comme tels ils devraient avoir l’obligation de pourvoir à leurs besoins jusqu’à ce qu’ils s’émancipent réellement!

L’enquête de l’ONED qui sera désormais annuelle contribuera à exercer cette vigilance.

 

1 -La situation des pupilles de l’État, enquête au 31 décembre 2022, ONED, sous la direction  de Flore Capelier

2 – Une personne homosexuelle déclarée pouvait déjà adopter

Deux lois sur la protection de l’enfance : sincérités successives ? (822)

Coup sur coup, le Parlement vient d’adopter deux lois qui touchent à la protection administrative et judiciaire de l’enfance.

L’une publiée au Journal Officiel le 7 février revendique cet objet après avoir ambitionné être une loi sur l’enfance ; l’autre adoptée par l’Assemblée nationale le 8 février en dernier ressort après échec d’une commission mixte paritaire s’attache à l’adoption avec pour souci d’en faciliter l’accès à ceux qui, mariés ou non, quelles que soient leur orientation sexuelle, sont en quête d’enfant.

On peut être surpris de cette double démarche quand l’enjeu affiché de ces deux instruments législatifs est de mieux prendre en compte les droits des enfants,  notamment le droit à être protégé et à vivre en famille.

Certes l’adoption n’est pas réservée aux enfants. Elle vise d’abord les adultes avec pour objectif de maintenir un nom ou une fortune. Il a fallu attendre 1923 pour que l’on puisse adopter un enfant. Certes aussi l’adoption ne vaut pas que pour les enfants délaissés ou abandonnés confié à l’Aide sociale à l’enfance. Elle peut être intrafamiliale.

Pour autant aujourd’hui on trouve un tronc commun à ces deux dossiers. La majorité des adoptions visent des enfants confiés à l’Aide sociale en France . Et en tout état de cause, point commun majeur, l’adoption est d’abord faite pour l’enfant privé de famille. Cette analyse n’a pas prévalu. Nous avons donc 2 textes parallèles qui ont plusieurs points communs. D’abord et fondamentalement trahissent une représentation relativement négative. des services de l’Aide sociale à l’enfance. A les decrypter les enfants accueillis par l’aide sociale à l’enfance sont délaissés par ce service qui néglige toujours  de former pour eux le projet qui s’impose et bien sûr un projet d’adoption quand dans le même temps plusieurs dizaines de milliers de personnes attendent d accueillir un enfant et souffrent de ne pouvoir y parvenir. Et une vision tronquée  l’ASE suit majoritairement des enfants qui vivent chez eux.

 Quitte à traiter séparément les deux dossiers nombre de dispositions de la loi Adoption avaient leur place dans la loi Protection de l’enfance. Le secrétaire d’État chargé de la famille, porteur d’un côté du projet de loi sur la Protection de l’enfance, soutient de l’autre de la proposition de loi sur l’Adoption, aurait dû y veiller. Au lieu de cela on accumule des dispositions redondantes les unes avec les autres. Visiblement elles n’ont pas toujours été réfléchies en cohérence. Par exemple le souci de la révision des situations ou l’interrogation sur le projet pour l’enfant. On néglige aussi les dispositions adoptées récemment dans la loi de 2007 et encore la loi 2016 qui veut que les pupilles de l’État, c’est à dire les enfants adoptables puissent être suivis spécialement avec le souci de ne pas rester par défaut dans ce statut  mais sur une décision délibérée adaptée à leur situation.

Ces deux textes devant être lui devront être lu conjointement tellement ils s’articulent l’un et l’autre. Nécessairement un toilettage devra intervenir pour harmoniser les dispositions introduites.

Nous avons proposé ici une analyse de la loi sur la protection de l’enfance dont on pouvait globalement approuver les termes. Je vous présente aujourd’hui la loi sur l’adoption avec un regard critique, plus critique, tant il est vrai qu’une fois de plus. aujourd’hui avec le Sénat on peut se demander si ces dispositions visent d’abord à répondre aux besoins des enfants en manque de famille. Évidemment l’idéal est que le processus d’adoption réponde aux uns et aux autres.

L’inquiétude fondamentale tient au projet pour l’ASE dont la loi adoption est porteuse. Doit-on faire de l’aide sociale à l’enfance un vivier d’enfants adoptables. Dit autrement d’une manière moins polémique l’adoption n’est elle que la réponse à un enfant en situation de danger ? La vocation de ces enfants n’est elle pas d’abord de mobiliser tous ses moyens pour qu’un enfant ne soit pas en danger ? Et s’il l’est, pour qu’il trouve où retrouve sa place dans sa famille.

Devons-nous dévier de cet axiome qui résume la politique de protection de l’enfance en difficulté depuis un siècle d’une manière implicite :  tout enfant a droit à une famille, a priori la sienne ; à défaut une autre, qui a vocation à devenir la sienne par l’adoption. Chacun  de ces termes est essentiel. Et bien sûr l’un après l’autre

Les dernières dispositions adoptées prennent le risque majeur de pervertir la mission de l’Aide sociale à l’enfance en voulant faciliter la rupture du lien parents-enfant quand le droit premier de tout enfant de vivre dans sa famille sauf à ce qu’il y soit en danger

On souhaite se tromper. Il faudra en convaincre les professionnels et leurs responsables

Un travail de pédagogie s’imposera. Il suppose déjà de sortir es postures et fausses représentations que peuvent receler ces deux textes.

Une loi (mauvaise) sur l’adoption 

Après l’échec de la commission paritaire provoquée devant les divergences majeures apparues entre les deux Chambres au cours du parcours parlementaire, le 8 février 2022, par 96 voix contre 15, l’Assemblée nationale a définitivement adopté la proposition de loi sur l’adoption déposée en 2020, par Mme Limon (LREM). En effet, pour les sénateurs qui n’en ont pas démordu le texte proposé, pour l’essentiel, est plus préoccupé des personnes en mal d’enfants que des enfants privés de famille !

Ce débat récurrent dans l’histoire du dossier Adoption. Il est exacerbé par le développement du recours à la PMA, sinon à la GPA, notamment l’étranger, sachant qu’entre-temps la loi Bioéthique de 2021 a légalisé la pratique de la PMA en France. On retrouve bien évidemment en arrière-fond ce qui en fait la modernité, à savoir la contestation du nouveau modèle de famille émergeant qui choque la majorité sénatoriale.

Qui vise-t-on ?

Sans partager cet arrière-fond idéologique, on peut trouver matière à s’interroger comme les sénateurs sur les objectifs visés. Qui plus est et surtout on peut penser que certaines des dispositions adoptées ne vont pas nécessairement dans un sens favorable aux enfants. Et on peut être perplexe sur les représentations erronées qui sous-tendent ce texte quand les services de l’Aide sociale à l’enfance sont soupçonnés de négliger les enfantsqu’ils ont en charge

Nombre d’associations et professionnels investis sur ce secteur et des institutions comme le Conseil National de la Protection de l’Enfance avaient émis des réserves, sinon des inquiétudes majeures, à ce qui était avancé sur la base du rapport remis en 2019 intitulé « Vers une éthique de l’adoption, donner une famille à un enfant », par la députée Monique Limon et la sénatrice Corinne Imbert. On avait même pu affirmer, sans être démenti, que dans le fond et même la forme qu’il était le plus mauvais et le plus préoccupant des rapports parlementaires qu’on ait jamais vu sur ce sujet par la méconnaissance qu’il trahissait de la protection de l’enfance et son souci affirmé de contribuer à consacrer un droit à l’enfant quand l’adoption est d’abord un droit de l’enfant (1)

  Où est la protection de l’enfance dans ce texte ?

On doit s’interroger quand Adrien Taquet, secrétaire d’État à l’enfance, vante des mesures permettant d’« ancrer fermement et définitivement l’adoption dans la protection de l’enfance et dans une modernité soucieuse du bien-être de tous les membres de notre société ».

Déjà le thème de l’adoption a un champ bien plus large que la protection de l’enfance en danger. De fait nombre de mesures contenues dans ce texte n’ont strictement aucun rapport avec les enfants accueillis par l’Aide sociale à l’enfance. Le  cœur du projet de ce texte est bien d’abord de faciliter l’adoption en général et, en particulier, l’adoption aux personnes ou aux couples homosexuels qui s’estiment victimes de discrimination dans leur droit à l’enfant sachant la loi dite sur le Mariage pour tous de 2013 a déjà permis l’adoption entre époux du même sexe. Nombre d’enfants peuvent être adoptés – généralement une adoption intra familiale – sans pour autant relever de la protection de l’enfance. On l’oublierait, mais l’adoption vaut aussi pour les adultes. En vérité ce n’est que depuis 1923 qu’elle a été ouverte aux enfants.

Relevons déjà sous un angle purement de technique législative que si l’enjeu est vraiment la protection de l’enfance on s’étonne encore que les dispositions introduites dans ce texte et visant les enfants confiés l’ASE n’aient pas été jointes au projet de loi sur la Protection de l’enfance porté par le secrétaire d’État lui-même et voté définitivement en janvier pour devenir la loi du 7 février 2022. Curieuse manière de faire la loi que de traiter du même objet en deux textes différents et parallèles avec deux regards affichés différents.

Concrètement on est donc surpris de relever dans cette loi Adoption tout une série de mesures visant à renforcer le statut de pupilles de l’État, enfants parmi d’autres des enfants suivis par les services de l’Aide sociale à l‘enfance.

Ainsi un bilan médical, psychologique et social est aussi prévu pour tous les enfants bénéficiant du statut de pupille de l’État, ainsi que la définition d’un « projet de vie », mais n’est-ce pas déjà l’obligation faite au service d’accueil par la loi de mars 2007 que de s’attacher au parcours dégênant qui peut être effectivement passer par un projet d’adoption ?

Les dispositions touchant le conseil de famille des pupilles de l’État relevaient typiquement de la loi Protection de l’enfance. Elles ont d’autant plus choqué que les rapporteurs ne cachaient pas leur souci de combattre les réticences de certains – ils visaient les UDAF- à l’adoption par des couples homosexuels. Elle supprime un membre de ces conseils au profit d’une personne qui devra avoir le souci du respect de l’éthique et de la lutte contre les discriminations des genres ! En vérité elle disqualifie les personnes qualifiées membres du conseils de famille qui ne seraient  pas aptes à garantir ces non discriminations  (2) On s’en réjouira si, à terme, on peut dire qu’un enfant qui n’aurait pas été accueilli comme il en avait le droit par les candidats hétérosexuels à l’adoption – on pense aux enfants âgés, de couleur ou souffrant d’affection – l’aura été grâce à cette « ouverture ».

De même de l’obligation d’un examen tous les six mois du statut des enfants de moins de trois ans confiés à l’Aide sociale à l’enfance par une commission pluridisciplinaire pour détecter les situations de délaissement parental. On flèche bien l’objectif de cette révision des situations instituée en 2016. On ne peut pas être plus clair.

Mais quelle est la valeur ajoutée par apport commissions pluridisciplinaires et pluri-institutionnelles d’examen de la situation des enfants confiés à l’ASE (également appelées Cessec) instaurées par la loi no 2016-297 du 14 mars 2016* relative à la protection de l’enfant est venue renforcer le suivi des enfants en cours de placement ?  Celles-ci doivent évaluer l’adéquation du statut des enfants lorsqu’il existe un risque de délaissement ou lorsque le statut ne paraît pas correspondre à ses besoins (article L. 223-1 du CASF). À l’issue de l’examen de la situation des enfants par ces commissions, un changement de statut peut s’avérer une meilleure réponse aux besoins des enfants et conduire à une demande en déclaration judiciaire de délaissement parental.

En vérité, « ingénument » le secrétaire d’État qui soutenait cette proposition émané de ses amis politiques n’a pas caché pas qu’il « s’agit de faciliter l’accès au statut de pupilles de l’État, donc d’enfants adoptables, à des enfants qui trop souvent pensent certains sont laissés par l’aide sociale elle-même qui ne va pas jusqu’au bout de ce qui pourrait être un projet pour enfant. »

Si ce n’est pas douter de l’Aide sociale à l’enfance (et en arrière-fond du tribunal pour enfants) pour former un vrai projet de vie pour l‘enfant, ça s’en rapproche !

On est bien sur la représentation d’une ASE qui rechigne à s’engager sur la voie de l’adoption en faisant déjà en sorte que l’enfant devienne pupille. A preuve la disposition à l’origine de fortes inquiétudes qui veut que l’on pourra passer outre à l’absence d’accord sur l’adoption des parents pour les enfants accueillis à l’Aide sociale à l‘enfance. Un parent pourra lui confier son enfant à  et au final se retrouver à le voir adopté !

Indéniablement le souci est de disposer de plus de possibilités de rendre des enfants adoptables. Le nombre d’enfants adoptables a singulièrement chuté (3) quand bien même le nombre d’enfants accueillis a augmenté, en tout cas est resté stable si on ne s’attache pas au MNA. Force est de constater qu’ils sont souvent âgés, d’origine non européenne, malades ou en fratrie. Ces enfants qualifiés de pupilles de l’État ont le droit d’être adoptés, mais ils ne répondent pas, à quelques centaines près, aux « critères » l’enfant recherché de par les personnes privées d’enfants : moins de trois mois, d’origine européenne, en bonne santé et seuls. Les chiffres sont éclairants : 3035 enfants sont pupilles de l’État dont 16 % ont moins d’un an quand 15 000 personnes environ cherchent à adopter. Dans le même temps pour d’autres raisons, complexes, l’adoption transnationale s’est effondrée.

Ce n‘est pas d’aujourd’hui que les services d’Aide sociale à l’enfance sont vécus comme des réserves d’enfants adoptables que l’on pourrait mieux exploiter si l’on dépassait les résistances des professionnels hostiles car pro familialistes ! Et on trouvera toujours – a posteriori – telle situation d’enfant dont on peut se demander pourquoi cette voie n’a pas être exploitée plus rigoureusement. De là à généraliser il y a un fossé.

L’ASE en danger

Le raisonnement touche une limite évidente et fondamentale : la mission moderne de l’aide sociale à l’enfance est d’éviter l’explosion de la cellule familiale et à permettre à l’enfant de vivre au mieux – en tout cas, mieux dans sa famille. Cette démarche prend du temps et contrairement aux Pythies réussit généralement. La plupart des enfants suivis par l’ASE n’auront pas à être accueillis physiquement et la plupart de enfants accueillis retrouveront finalement leur place auprès des leurs, à la satisfaction générale. La difficulté pour les professionnels surtout autour de 8-10 ans réside dans le fait d’identifier au mieux et au plus tôt, en temps réel, et pas a postériori, ceux des cas dans lequel ce ne sera pas possible.

Dit autrement faire fonctionner trop vite, trop fort la machine à déclarer pupille un enfant, donc à rompre le lien juridique avec ses parents, vaudrait sabotage de l’Aide sociale l‘enfance. On scierait la branche sur laquelle elle est assise ; un équilibre s’impose au travers d’une approche au cas par cas. (4)

Certaines mesures avancées peuvent être approuvée, mais devront généralement été maniées avec prudence. Comme par exemple le fait de pouvoir proposer une adoption plénière à un enfant de plus de 13 ans. Certains enfants entrer pleinement dans une nouvelle famille peut être« la réponse ». Le législateur vise notamment les enfants accueillis de longue date dans une famille d’accueil qu’ils considèrent comme leur famille. Pourquoi attendre leur majorité pour les faire entrer juridiquement dans cette famille qu’ils tiennent pour leur? En revanche il faut avoir en tête que l’adoption pléniere efface juridiquement toute trace de la première filiation et donc de la première famille. Cela peut être plus difficile à vivre pour un adolescent qui a la mémoire de ses parents que pour un très jeune enfant. Il reviendra au final aux magistrats d’être très prudents ;

On doute aussi et toujours que les enfants pupilles fassent l’objet d’un projet d’adoption. On fait donc le procès à l’ASE d’abandonner en son sein des enfants en se contentant de les héberger et de les nourrir. À preuve le souci légal d’un l’examen tous les six mois du statut des enfants de moins de trois ans confiés à l’Aide sociale à l‘enfance par une commission pluridisciplinaire pour détecter les situations de délaissement parental quand déjà la loi veut que la situation soit régulièrement revue et qu‘un projet pour l’enfant soit dressé ?

Là encore les chiffres parlent. Le tiers des pupilles sont en accueil aux fins d’adoption. Certes le nombre de pupilles accueillis sans pour autant l’objet d’un projet d’adoption augmente : 1583 en 2018 pour 926  en 2008.L’explicaton est toute simple et ne tient pas à une mauvaise volonté mais simplement au fait que ces enfants sont plus âgés pour avoir fait majoritairement l’objet d’une déclaration judiciaire  de délaissement. Ils sont donc dans la catégorie des enfants les moins « recherchés ».

Bref, le législateur pro adoption n’a pas confiance dans le travail engagé par les departements. Il insiste pour que soit vérifié qu’il n’y a pas d’enfants – de jeunes enfants – susceptibles d’être « donnés » à l’adoption et oubliés. Ce ne sont pas les enfants qui préoccupent sinon le souci des demandeurs « non servis ».

Toutes ces dispositions auraient dû être débattues dans la loi Protection de l’enfance et être examinées explicitement en cohérence avec la dynamique de ce texte.

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A cœur du projet, l’élargissement les possibilités                                                               d’adopter

Ce souci de faciliter l’accès au statut de pupille ouvrant sur une adoption avec pour l’enjeu  d’offrir plus d’enfants à l’adoption n’est pas d’aujourd’hui. Pour ne prendre que cette seule illustration, la réforme de 2016 de la procédure de délaissement judiciaire ne visait rien d‘autre. Les chiffres démontrent que son impact est réel : 462 déclarations judicaires en 2018 pour 275 en 2015. On a le sentiment que le législateur n’a pas eu accès aux travaux de la DRESS qui perçoit l’effet des dispositions juridiques sur le délaissement et le travail de CESSEC en annonçant qu’une dynamique est lancée.!

On vise déjà, et à juste titre, à lutter contre les discriminations liées aux orientations sexuelles. À juste titre

On assouplit les exigences pour adopter. La loi franchit une étape majeure avec la disposition affichée comme la plus importante ce texte: un couple non marié pourra adopter. Pour Coralie Dubost (LREM) « Il s’agit de mettre fin aux discriminations relatives aux règles d’union et d’homoparentalité »

Où est la novation ? Aujourd’hui une personne célibataire peut adopter. Il arrive que des pupilles soient confiés à des personnes vivant seules. Il faut simplement rappeler au passage que dans la mesure où nombre de couples sont désireux d’accueillir un enfant, et en tout cas plus que d’enfants adoptables, le tuteur et le conseil de famille privilégient pour l’enfant un couple sur les candidats célibataires. La démarche n‘est pas dirigée contre ces derniers, mais entend repondre au mieux aux besoins de l’enfant sans famille.

Deux personnes vivant ensemble peuvent se marier et l’un adopter l’enfant de l’autre même dans un couple homosexuel. Il s‘agit désormais, visant les personne homosexuelles, de permettre à deux hommes ou deux femmes d’adopter un enfant indépendamment du mariage ou donc du Pacs.

On est donc en cohérence avec la loi de 2013 dite sur le Mariage pour tous avec en arrière-fond une autre approche de la famille et de la filiation. Celle qui heurtait nombre de sénateurs. Il était acquis que le dossier mariage devait précéder le dossier Adoption. On le complète.

Reste que cette disposition profitera donc aux personnes de sexe différents formant un projet de vie ensemble hors du mariage. Le législateur tire ici la conséquence, eu égard au taux de divortialité, que le mariage n’est pas gage de stabilité conjugale. On peut l’entendre.

La loi reduit le temps de vie commune pour demande à adopter à deux. C’est clair là encore qu’on vise une nouvelle fois les couples homosexuels qui n’ont pas nécessairement à devoir attendre longtemps pour savoir qu’ils ne parviendront pas naturellement à concrétiser leur  projet d’enfant commun. En revanche on peut aussi penser que deux ans, a fortiori un an est un délai court, quelle que soit l’orientation sexuelle du couple, pour démontrer un projet de vie solide … dans l’intérêt de l’enfant qui sera accueilli pour qui on peut penser qu’il serait intéressant de lui offrir un cadre  de vie ayant quelques perspectives solides de stabilité.

Plus préoccupant le fait que s’agissant de la conception d’une famille avec PMA on entend passer outre à la volonté du parent biologique. Là encore il reviendra au final au juge d’apprécier où est l’intérêt de l’enfant.

On approuvera l’interdiction des adoptions entre ascendants et descendants et entre frères et sœurs : l’adoption ne doit pas venir remettre en cause, au risque de jeter la confusion, sur l’ordre biologique. Un frère est un frère. Il peut venir aider son frère ou sa sœur puinés sans changer de statut tout en disposant des pouvoirs à cet effet avec une délégation d’autorité parentale. De même un grand-parent qui accueille son petit-fils ou sa petite-fille doit rester dans son rôle..

Exiger un écart maximal de 50 ans entre adopté et adoptant relève a priori du bon sens. Il est des moments où faut rappeler crument qu’un enfant n’est pas un animal  de compagnie présent pour satisfaire celui qui l’accueille. Il faut se préparer à assurer son développement pendant et par-delà sa minorité. On peut s’interroger sur une personne de 60 ans qui voudrait adopter un très jeune enfant. Le verra-t-il devenir majeur ? On ne peut pas interdire à un homme de concevoir un enfant à cet âge ; on peut s’interroger; en revanche, on peut s’interroger, pour l’enfant concerné, sur le fait de lui confier une telle responsabilité.

Bien évidemment on ne contestera pas  l’assouplissement des modalités au recours au congé adoption avec un délai porté de dix à 16 semaines.

On approuvera, mais avec des réserves que la loi nouvelle proscrive les démarches individuelles d’adoption transnationale et obligatoirement en passer par une association spécialisé. D’abord certaines œuvres ne sont pas nécessairement de parangon de vertu – on a des exemples célèbres -, mais surtout on aurait pu là encore laisser les magistrats trancher. Quelqu’un peut très bien adopter un enfant à l’étranger par des démarches individuelles sans nécessairement être un danger pour lui ou s’être livré à des pratiques illégales. Bref cette disposition rassure, mais est-elle réellement pertinente ? En revanche dans l’intérêt général on ne peut qu’approuver l’idée de renforcer les contrôles de la puissance publique sur les associations intervenants dans ce domaine. C’est l’intérêt de tous, et déjà de la France et des enfants concernés.

Pour autant on sera perplexe devant l’obligation faite dans la nouvelle loi que l’enfant venant de l’étranger doit être suivi pendant un an à compter de son adoption. Sauf erreur les departements ont déjà l’obligation de suivre pendant 6 mois. Le font-ils réellement ? Et s’ils ne le faisaient pas ne devait-on pas commencer par s’interroger sur les blocages avant d’allonger ce délai de suivi ?

Plus généralement on saluera le fait d’appeler à mobiliser des associations spécialisées dans l’adoption pour accompagner et préparer les personnes qui souhaitent adopter et de leur offrir la possibilité de se nourrir de l‘expérience acquise pour éviter des erreurs et tout simplement mieux murir le projet d’accueillir un enfant pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’on souhaite qu’il soit.

De même on ne peut que se réjouir de voir le législateur appeler plus que jamais à ce qu’i y aient bien préparation des candidats à l’adoption aux « enjeux de l’adoption et aux besoins des enfants adoptables. Pour le coup le législateur souhaite qu’on se projette sur ce qui sera réellement proposé à l’enfant et sur les réponses à apporter à des questions qui peuvent délicates s’aborder et a fortiori de traiter. Comme, par exemple, d’accompagner l’enfant qui recherchera ses géniteurs biologiques et déjà s’interrogera sur le simple fait d’avoir été délaissé dans un premier temps de sa vie.

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A ce survol de la nouvelle loi votée en catimini, en tout cas sans le débat public qu’elle méritait, on voit combien il y a matière à partager le jugement global porté par les sénateurs sur ce texte. La Constitution veut que l’Assemblée ait eu le dernier mot. Dont acte !

Observons déjà que, tous comptes faits, à terme on augmentera peut être le nombre d’enfants adoptables, mais pas à la proportion  de l’augmentation du nombre de personnes qui souhaitent accueillir un enfant. Le différentiel risque même de s’accentuer avec la frustration qui en résultera. Une nouvelle fois le mot adoption aura suscité de vains espoirs et engendré de la souffrance. La faute à ceux qui n’ont pas tenu dans ce débat le langage de vérité et de réalisme. Dont acte encore si au passage, en tout état de cause, tous les enfants qui en relèveront auront pu accéder à une famille qui deviendra la leur.

Avec ce texte, plus que jamais l’Aide sociale l‘enfance est soupçonnée de négliger les enfants qu’elle suit et demain le sera à nouveau comme c’était le cas avant la loi du 6 juin 1984  de vouloir de rapter leurs enfants aux familles les plus fragiles pour les confier à ceux qui sont en quête d’enfants … à tout prix.

On a là malheureusement une des plus mauvaise loi votée des 40 dernières années sur le sujet. Un de plus mauvais coups porté à l‘Aide sociale à l‘enfance au regard de sa mission fondamentale.

Où il est démontré que ce qu’on faire dire à l’intérêt de l’enfant pour satisfaire les adultes. Le législateur est cohérent quand il entend consacrer totalement le droit à l’adoption des personnes homosexuelles. Peu importe l’orientation sexuelle de ceux qui accueillent un enfant ou veulent en accueillir un : ils peuvent être tout aussi aimants et compétents pour élever un enfant que d’autres, voire plus. Toute discrimination doit être combattue ; celle-ci comme d’autres. Cette posture est respectable, mais pas au risque de nous faire régresser : en revanche l’Aide sociale à l’enfance ne doit pas être vécue comme un réservoir potentiel d’enfants à adopter.

Nous avions raison de nous méfier du rapport Limon/Imbert.

 

1 – Voir sur jprosen.blog.lemonde.fr

2 – Claire Brisset, ancienne défenseure des enfants, a démissionné sur ces bases du conseil des pupilles de Paris. Disqualifiée elle quitte le conseil !

3 – 150 000 en 1900 pour 40 millions d’habitants ; 40 000 en 1960, moins de 3000 aujourd’hui pour 68 millions d’habitants. On doit se réjouir de la diminution des abandons : l’enfant est plus désiré» que par le passé, les aides sociales aux familles fragiles se sont améliorées et le statut des mères célibataires n’est pas infamant. Au cours de l’année 2018, 4 140 enfants ont bénéficié du statut de pupille de l’État (dont 948 en famille d’accueil en vue d’adoption) avec un solde de 3035 au 31 décembre 2018. Le chiffre augmente pour la sixième année consécutive. Au cours de cette année, 1 357 enfants ont été admis comme nouveaux pupilles et 1 105 enfants ont quitté ce statut. Au 31 décembre 2018, les pupilles de l’État étaient au nombre de 3 035 (DRESS 2020) : le chiffre remonte un peu depuis 6 ans, notamment sous l’effet de la loi de 2016 qui facilite les délaissements judiciaires

4 – Les dispositions introduites dans la loi du 7 février 2022 vidant à obtenir du juge des enfants la possibilité d’autorisés plusieurs actes relevant de l’autorité parentale participe de cette même idée : consacrer la rupture parents- enfants en négligeant de mobiliser les compétences parentales

 

 

2021 : des perspectives en demi-teinte (798)

Nous avons tous hâte de tourner la page 2020. Certes la France, le monde, en ont connu d’autres, mais admettons que celle-ci restera dans les mémoires millésime hors normes. Déjà bien évidemment, pour les morts d’une pandémie planétaire et pour tous ceux qui, en ayant réchappé, en garderont les séquelles pour une durée plus ou moins longue.
Le cours de la vie sociale, économique, culturelle en aura été sérieusement impacté. Dans tous les domaines nombre de projets sont tombés à l‘eau et même dans la meilleure des hypothèses, à savoir la victoire rapide sur la pandémie, on s’attend à une vague de difficultés sociales majeures dans les temps à venir sans compter ce que l’on va découvrir sous les décombles de 2020 !
Bref, 2021 s’annonce dans tous le sens du terme comme l’année du souhait – de l’espoir ? – de voir cette page sombre être bien tournée, mais aussi inéluctablement comme une période politique délicate, voire de tous les dangers si les mauvaises étoiles – crise, défiance dans les institutions, complotisme, nihilisme, etc. – s’alignent.

Une génération sacrifiée?
Visant les enfants et les jeunes on parle communément de génération sacrifiée oubliant un peu vite que les premières victimes sont quand même les anciens. Nombre sont passés de vie à trépas dans des conditions peu en phase, c’est le moins qu’on puisse dire, avec les standards de fin de vie décente, souvent privés des leurs et accompagnés dans cet instant que par les seuls soignants ou les personnels des EHPAD.
Reste, admettons-le, que les plus jeunes ont vécu et vivent encore pour beaucoup d’entre eux une période délicate et déroutante. Ne sont-ils pas régulièrement présentés comme dangereux pour les autres au point où le gouvernement « recommandait » il y a peu qu’ils restent à la maison avec les fêtes ? Dans la famille les rapports avec les anciens ont été réduits au minimum et aseptisés; dans les structures scolaires enfin rouvertes, les protocoles sanitaires compliqués ne peuvent pas ne pas rejaillir sur l’ambiance générale et sur la pédagogie. Et que dire des tous petits, accueillis ou non en crèche, qui n’auront souvent vu le monde qu’à travers des adultes masqués ?

Le bilan de la pandémie, notamment du confinement, reste à faire
Chacun s’efforce de faire le bilan de cette période marquée notamment par un confinement strict sur plusieurs semaines et le recroquevillement des relations. La présence de parents au domicile fréquemment conduits à télétravailler tout en s’occupant de leur progéniture, quand ils n’étaient pas conduits à s’improviser enseignants ou le travail scolaire via le net, a pu profiter à nombre d’enfants, certainement pas à tous. Il est aisé de concevoir que cette période a plutôt accentué la fracture sociale dans l‘accès au savoir à l’aune de l’inégalité dans la maîtrise d’internet et tout simplement sa mobilisation. A cela somme toute rien de fondamentalement irréversible. Qu’on se souvienne de la débâcle de 1940 qui n’a certainement pas permis aux enfants de l’époque de bénéficier d’une scolarité harmonieuse !

  En revanche on peut craindre que pour certains – combien ? – cette année bouleversée aura cristallisé ou précipité une rupture d’ores et déjà singulièrement engagée avec l’univers scolaire et la formation. Il va falloir en prendre la mesure et développer si cela est possible les efforts nécessaires pour réduire au mieux cette rupture.
Tout simplement nombre d’enfants auront été privés sur toute cette période de cantine et d’un lieu de protection. Plus grave, sans s’attacher spécifiquement aux effets psychologiques du confinement, on doit s’attendre sur la durée à découvrir l’ampleur des violences, sous toutes les formes possibles, physiques et sexuelles, qui ont pu se développer durant la période du confinement, celle où les enfants – comme les femmes – ont pu être prisonniers de contextes violents. D’expérience on sait qu’il faudra du temps avant que les langues se délient et que l’abominable émerge.
Certains pourraient penser qu’on exagère. Malheureusement des voyants lumineux se sont allumés au rouge comme le nombre d’appels au service téléphonique pour l’enfance en danger – le 119 -, les remontées d’informations préoccupantes vers les cellules ad hoc positionnées dans les départements ou encore les hospitalisations qui se sont multipliées. Il faut s’attendre à ce que le gros de la vague atteigne demain les services sociaux pour toucher les services de police avant d’arriver à la justice.
Pour boucler la boucle, comment ne pas avoir en tête que la crise économique prévisible ? Même si toute la machine de production n’était pas et n’est pas à l’arrêt et si des politiques publiques hors du commun visent à estomper l’impact du coup les prochains mois ne manqueront pas pour les familles les plus fragiles par se traduire par une montée de la grande pauvreté et de la précarité.
En d’autres termes des situations et des dossiers sociaux déjà délicats en 2020 seront encore plus délicats à gérer 2021. La pandémie aura à tout le moins accentué des tendances lourdes. Certes, en positif, on peut se dire que la question financière, plus que jamais prégnante, ne sera pas rédhibitoire come elle le fut quand on voit avec quelle facilité a sauté le pacte des 3% de l’Union Européenne phare trop longtemps éclairant les politiques publiques. La France comme les 26 va bénéficier du plan européen sans précédents complétant les efforts nationaux d’ores et déjà mobilisés. Reste que si l’argent est une dimension essentielle – surtout quand on en manque-il ne résout pas tout quand il existe. Il faut encore trouver les femmes et les hommes pour concevoir et mettre en œuvre des programmes sociaux ou éducatifs – les recruter et les former – étant observé au passage que secteur associatif de solidarité déjà en manque de bras va pâtir de l’indisponibilité des plus âgés condamnés à se protéger.

L’imagination au pouvoir?
En vérité les chantiers ne vont pas manquer qui pour être bien traités vont sûrement appeler à mobiliser de l’imagination et de nouveaux savoir-faire sinon à revisiter d‘anciennes pratiques ou pérenniser des postures imaginées dans la crise. Il ne suffira pas de s’appuyer sur l’argent facilement mobilisable ; il faudra mettre ces fonds au service de stratégies plus pertinentes.
L’enjeu majeur sera bien sûr d’éviter que ne se creuse la fracture sociale déjà bien profonde entre ceux qui sont sur la bonne rive et somme toute n’auront été privés que du surplus – en encore pas nécessairement ! – avec sur l’autre bord, sans beaucoup de passerelles pour franchir le fosse, des familles, des quartiers, des communautés abandonnés à leur sort. Ainsi il faudra une vigilance extrême avec le relais de la société civile pour ne pas laisser basculer dans la grande pauvreté des familles entières avec tous les risques inhérents à ce drame comme l’explosion de l’univers familial, au mieux la prise en charge des enfants des enfants par les services sociaux. Tout doit être fait pour aider matériellement et financièrement les familles – secours d’urgence et allocations mensuelles de quelques centaines d’euros versés par l’ASE – pour éviter ces ruptures qui sur le plan strictement économique auraient un coût bien plus important quand l’accueil en foyer peut engendrer une dépense nette de 150 ou 200 euros par jour et par enfant. Il n’est pas nécessaire d’insister pour reprendre la formule de Mao Tse Toung que la démarche doit être moins de livrer le poisson que d’apprendre à chacun à se servir d’une canne à pêche ! En d’autres termes la politique de l’enfance doit plus que jamais s’articuler avec la stratégie d’intégration sociale des parents tenant compte du marché de l’emploi.
Les services sociaux et judiciaires, en lien avec le tissu associatif prestataire de service, gagneront certainement à articuler régulièrement leurs informations et leurs interventions plutôt que de continuer à travailler comme c’est le cas encore trop souvent chacun de son côté et en silo … au point de s’ignorer dans le cœur de la crise.

Les services de proximité plus que jamais nécessaires pour prévenir les crises et leur gestion à la hussarde
Reste à avoir la volonté d’engager les moyens nécessaires dans une démarche prospective et déjà de prendre la mesure de l’état des lieux! Et ici rien n’est acquis. Il ne faut pas oublier l’alerte rouge déclenchée ces dernières années (voir mes billets précédents) sans grand écho avouons-le pour interpeler les pouvoirs publics d’Etat et territoriaux sur le fait qu’était en crise la plupart des services sociaux et médico-sociaux de proximité (PMI, pédiatrie, psychiatrie infantile, service social scolaire, santé scolaire, Maison du handicap, Prévention spécialisée, etc. ).
Les timides efforts développés pour remonter la pente sont loin, très loin d’être à la hauteur. Demain il leur faudra faire encore plus avec des moyens quasi équivalents. D’où plus que jamais l’impérieuse nécessité de se coordonner et de s’articuler territoire par territoire pour intervenir au plus tôt dans la vie des enfants afin d’accompagner ou d’étayer les parents. On en forme le vœu.
Plus que jamais il faudra donc être vigilants à ne pas sanctionner les familles pour cause de pauvreté en mobilisant les moyens humains et financiers adaptés quand déjà on pouvait s’interroger par rapport à d’autres pays – l’Allemagne – sur l’importance des accueils hors famille!
Il sera ici intéressant de voir comment se déclinera le programme des « 1000 premiers jours » porté par la commission animée par Boris Cyrulnik. L’allongement de la durée du congé de paternité pour emblématique ne suffisant pas. Comment passera-t-il l’épreuve administrativo-budgétaire ? Qui pilotera et comment ?

La gouvernance de la protection de l’enfance en question pour remettre l’Etat en selle
La question de la gouvernance domine aussi le dossier Protection de l’enfance avec l’arrivée à échéance via une proposition de loi. En arrière-fond ces ratés sur le terrain fortement et légitimement médiatisés à l’origine de la nomination du ministre, le constat de politiques territoriales très dissemblables débouchant sur des disparités jugées anormales, le sentiment d’un éparpillement sinon dispendieux, du moins inefficace des instances nationales techniques (Téléphone vert, Conseil National d’Accès aux Origines Personnelles, Agence Française de l’Adoption etc.) ou politiques (Haut Conseil de la Population, de la Famille et des Ages, Conseil National de la Protection de l’Enfance), surtout le sentiment qu’il n’y avait pas de pilote dans l’avion.
L’idée a donc germé de regrouper toutes ces instances avant de s’apercevoir qu’une vérité chacune avait sa spécificité, qui de prestataires de service, qui de collecte de données, qui d’instance de réflexion politique. Les regrouper débouche en l’état sur une structure ayant le statut de GIP qui s’apparente à une usine à gaz co-gérée par l’Etat et les Départements qui interroge sur son possible fonctionnement.
En vérité, la vraie question est moins celle de l’appui à la gouvernance via une Agence nationale plus ou moins performante que de la mise en œuvre des termes mêmes de la décentralisation qui n’ont pas été respectés par l’Etat, faute de jouer son rôle. Il s’agit pas de revenir sur l’orientation majeure de 1982-1984, mais de veiller à ce que chacun, l’Etat, à Paris comme dans les departements, les collectivités territoriales dans leur espace, et le réseau associatif assume ses responsabilités. L’Etat doit par ailleurs jouer un rôle d’animateur général dans la mesure où il lui revient de rendre des comptes aux instances internationales sur les engagements souscrits par la France.
L’Etat réalise depuis deux ou trois ans qu’il n’a pas vraiment assumé ses propres responsabilités, par-delà des impulsions ponctuelles – tel plan sur la violence à enfants ou telle loi -, pris qu’il était par les fonctions régaliennes et convaincu que les departements dans l’esprit de la décentralisation étaient maitres du social. Il en a oublié qu’il avait lui aussi des responsabilités y compris sur les territoires via le préfet et la justice. Faute de s’être doté d’instruments permettant, dans le respect de l’autonomie des territoires, il s’est privé de viser des objectifs nationaux par-delà l’incantation.

Plus grave on se méprend encore sur les termes de la décentralisation : la différence des politiques territoriales n’est pas un défaut mais un moyen pour promouvoir l’accès de tous aux droits fondamentaux. L’inégalité pour la justice ! Chaque collectivité s’adapte aux problématiques locales et l’Etat joue son rôle de correctif, d’incitateur, de promoteur de bonnes pratiques et déjà fait fonctionner les services qui relèvent de sa propre compétence (service social scolaire, psychiatrie infantile, justice notamment). Il y a va de sa crédibilité.
Il a récemment enclenché une dynamique pour se doter de d’une feuille de route nationale; il lui revient maintenant plus que jamais de concrétiser les instruments ad hoc notamment le dispositif de contractualisation (une trentaine de contrats pluri annuels en 2020 un peu plus de 2021).
Bref dans l’année qui s’engage, il lui faut s’installer vraiment dans le siège dont il dispose depuis 1984 : avoir une stratégie nationale et la décliner sur les territoires en articulation avec les collectivités territoriales ; reste plus que jamais à donner toute sa place aux Services Associatifs Habilités dans l’exercice de la mission de service public.
Encore faudra-t-il qu’il dispose des moyens d’évaluer les politiques menées à travers des études et des recherches et d’instances politiques permettant de mettre ses données en perspective sur la durée sans redouter l’interpellation qui ne peut être que galvanisante. Le débat public sur l’Agence protection de l’enfance (si l’actualité parlementaire le permet) devrait clarifier les termes de ce débat. On forme ici le vœu que les pouvoirs publics développe les efforts nécessaires pour revenir sur la mauvaise image de l’ASE aux yeux de la population. Elle est certes perfectible, mai si on la compare à d’autres – y compris des pays nordiques – elle n’a pas à rougir !

Une régression du droit de l’enfance
Dans le même temps, il revient au gouvernement de parachever sa tentative de substituer un code de justice pénale des mineurs à l’emblématique ordonnance du 2 février 1945 sur l’enfance délinquance. Le texte adopté le 13 décembre 2020 par l’Assemblée doit désormais être travaillé au Sénat en janvier 2021 avant une éventuelle commission mixte paritaire pour une entrée en vigueur fin mars. Il donne le sentiment de quitter le terrain de la protection de l’enfance pour celui de l‘insécurité. Plus ordre public à court terme que social. Les garde-fous qui s’imposent pour éviter la dérive vers une justice des majeurs style comparution immédiate seront-ils introduits quand l’Assemblée les a refusés? Les moyens humains pour exercer à coup sûr et rapidement – une vraie révolution ! – les mesures éducatives feront-ils enfin réunis ? Se sera-t-on vraiment assuré de la possibilité d’installer cette réforme très lourde dans des juridictions exsangues du fait de la pandémie ? Autant de questions, et quelques autres, dont les réponses éclaireront le tout prochain avis donné par le Comité des droits de l’enfant sur la manière dont la France décline la Convention internationale du 20 novembre 1989.
Plus largement à l’aune du rapport commis en 2020 par la Cour des comptes les pouvoirs public doivent se réinterroger sur ce que produit le dispositif de protection de l’enfance pour 8,2 M d’euros. L’ASE ne peut plus se contenter d’accueillir un enfant. Dans toute la mesure du possible avec l’intéressé et ses parents elle doit former pour lui un projet et lui garantir un parcours par-delà son accueil. C’est là-encore une vraie révolution à laquelle l’institution est appelée. La sortie de l’ASE à la majorité doit être revisitée. En arrière-fond reste posée la question du statut des « jeunes majeurs » sachant que le seuil des 21 ans hérité de la décision du président Giscard d’Estaing d’abaisser la majorité civile en 1974 n’a plus de sens aujourd’hui. Cette réflexion va de pair avec l’introduction ou non du revenu de solidarité avant 26 ans ! Là encore l’incantation en rappelant la loi ou en l’adaptant ne peut plus suffire. Il faut accompagner au changement

Bien d’autres sujets demeurent pendants. Au point où on a le sentiment d’être au point-mort.
Le débat sur les violences sexuelles faites aux enfants continuera certainement à interpeller le landernau. La commission Sauvé sur les « abus sexuels » dans l’Eglise dont les travaux ont été fortement impactés par la COVID rendra son rapport avec des préconisations en fin 2021; la commission Guigou dont le champ précis reste à préciser commencera les siens ! Ne nous leurrons pas le Parlement quoique désormais conscient – Rapport Louis – des limites de la loi Schiappa de 2018 ne reprendra pas son travail sur ce sujet dans le cours le cette législature. Ce temps pourrait être mis à profit pour réfléchir à une harmonisation des réflexions civils et pénales sur le discernement et le consentement. Comment tenir un enfant potentiellement discernant pour lui demander de rendre compte pénalement de ses actes – et le CJPM ne change rien de fondamental sur ce point! – et estimer qu’avant 13 voire avant 15 ans il ne donne pas un consentement libre et éclaire à un rapport sexuel avec un adulte ? Questions on ne peut plus délicate et complexe à aborder sereinement. Pourquoi pas en 2021 pour … 2022. Encore un vœu pieux?

D’autres sujets doivent trouver en 2021 une réponse ou un traitement plus satisfaisant.
On se contentera de relever sans s’y arrêter le dossier Mineurs étrangers non accompagnés (MENA). Il a été l’objet en octobre 2020 d’un référé de la Cour des comptes appelant à une meilleure connaissance du sujet, à évaluer l’impact des politiques menées et à clarifier les responsabilités entre Etat et Départements en s’inscrivant bien dans le dispositif de protection de l’enfance quand la tendance lourde est d’aller vers la logique de gestion des flux migratoires sinon vers une gestion d’ordre public. On emettra le voeu d’une conférence de consensus sur ce dossier qui touche aujourd’hui tous les territoires et a ses spécificités et ses exigences.

Une proposition de loi adoptée à l’Assemblée doit être examinée au Sénat pour consacrer l’adoption par des couples homosexuels dans la dynamique du Mariage (dit) pour tous. Elle completera la loi Bioéthique en asse d’être aditée. Reste que nombre de dispositions de ce texte amènent les spécialistes et les associations de l’adoption à être vent-debout : on continue à considérer l’ASE comme une banque-ressource d’enfants adoptables. Quelle méconnaissance ! Sans compter que concernant les plus jeunes, l’adoption est là pour l’enfant sans famille quand trop de parlementaires notamment la vivent encore et d’abord comme un dispositif permettant à une personne ou à un ménage à faire famille en répondant à un désir d’enfant !

Autre sujet qui fâche : trouvera-t-on le courage politique à une encablure de la présidentielle de régler par le haut le dossier des enfants français de parents djihadistes ? 200 environ sont concernés qui vivent dans des conditions déplorables. La France leur doit sa protection come à tous ses ressortissants. Elle y joue sa réputation internationale. Rapatriera-t-elle ces enfants vivants, accompagnés parfois leurs mères qui devront rendre de leurs actes devant la justice, ou accueillera-t-elle leur cercueil ? La France doute-t-elle de la capacité de ses services sociaux d’accompagner ces situations ? L’Etat prendra-t-il réellement en charge le surcoût d’une démarche nationale assumée par tel département? Mais déjà tiendra-t-il un langage de vérité aux français ? Plus qu’un voeu, une obligation morale et juridique ! On sait que parti avec de bonnes intentions le président Macron s’est bloqué en avril 2019 devant les sondages d’opinion après qu’on eut qualifié ces enfants de « bombes à retardement ».

On le voit les sujets d’importance ne manquent pas pour 2021 qui souvent sont reliés les uns aux autres (enfance en danger, délinquance, adoption, etc. ) . Sans compter des problématiques transversales qui rejaillissent régulièrement comme les interrogations sur la réponse à la crise de l’autorité, le dénigrement courant des institutions sociales et scolaires et le doute qui en découle, plus généralement une atmosphère complotiste, l’influence négative des réseaux sociaux, et surtout l’absence de perspectives positives. L’enjeu demeure bien d’assurer les enfants d’une présence protectrice et structurante – a priori leur parents – et de leur donner des espoirs dans l’avenir.
Traiter sereinement ces dossiers dans cette dernière partie de quinquennat avec un temps nécessairement retreint ne sera pas chose aisée d’autant que personne ne maitrise les déclinaisons à venir de la pandémie. Et pourtant ….
Bon courage.
Et vive 2021 ! D’ici un an on fera le bilan de ces vœux.

Les besoins de l’enfant et le droit 762

Comme juriste praticien – juge des enfants durant trois décennies -, mais également comme militant appelé à critiquer la loi et son application et à suggérer des évolutions législatives, voire même à les porter – loi du 6 juin 1984 sur les droits des usagers de l’ASE -, il me revient de tenter de donner un éclairage juridique et institutionnel sur les besoins de l’enfant  énoncés par le de Martin-Blachais suite à son rapport. (1)

Il m’apparait que d’ores et déjà le droit prend fréquemment en compte les besoins de l’enfant. Pour autant il peut certainement mieux faire. Et bien évidemment, ici comme ailleurs, le fossé reste majeur entre le droit et la réalité au quotidien ce qui amène nombre d’entre nous à fustiger notre dispositif ; souvent à l’excès en oubliant ses réussites comparé à l’Histoire et à ce que d’autres pays proches peuvent développer. Globalement le sort des enfants de France est enviable, mas on ne peut pas oublier notamment que 3 millions vivent sous le seuil de pauvreté dixit la ministre des solidarités.

Quelques considérations liminaires s’imposent avant d’entrer dans le vif du sujet

Mme le dr Martin-Blachais a bien évidemment légitimé son souci d’identifier les besoins de l’enfant par ces carences et ces manques criants. Elle a raison sur ces constats. Pour autant sachons raison garder ! Je vais essayer de vous éviter de tomber tout entiers dans la bassine des neurosciences qui aujourd’hui sont censées éclairer l’ensemble de notre réflexion. Il ne s’agit nullement de nier leur apport, mais comme il y a un demi-siècle nous avons su résister au tout psy il nous faut aujourd’hui garder un sens critique au regard des neurosciences – notamment au regard des excès que d’ores et déjà on peut relever en son nom (conf. USA). Elles expliquent « techniquement » des phénomènes inconnus. Plus souvent elles confirment nos observations ou raisonnement de bon sens  – la petite enfance marque singulièrement le développement de tout un chacun- ; en aucun cas elles doivent être La référence monopolistique. Beaucoup se joue dans les 1000 premiers jours comme l’affirme Boris Cyrulnik en s’appuyant sur les fruits des neurosciences, mais le même a su installer l’idée de la capacité de résilience de tout un chacun ! Quitte j’ajouterai, j’y reviendrai plus loin, à en créer les conditions.

Pour autant en aucun cas les neurosciences doivent être La référence monopolistique. L’avertissement n’est pas vain quand on observe aujourd’hui le souci des professionnels au nom de leur potentielle responsabilité, y compris pénale à rechercher des cadres et des normes, des bonnes pratiques, qui leur garantiraient de ne pas avoir d’ennuis. La diminution des militants de social convaincus que travail social rime avec prise de risques pour permettre à chacun, notamment les plus fragiles, d’accéder à ses droits s’accentue. Le travail social se robotise : en dénonçant son refus de l’arbitraire il peut être injuste.

Certes on doit être conscient que trop souvent le subjectivisme et au final l’arbitraire, ont pu dominer. Il est important comme l’a proposé le dr Martin-Blachais d’objectiver certaines pratiques ou postures à condition de ne pas s’en rendre prisonniers.

En deuxième lieu je constate pour m’en réjouir que cette démarche se justifie par le souci de mieux prendre en compte l’enfant au quotidien, a fortiori dans le dispositif de protection de l’enfance.

Deux observations ici

D’abord on avance que la loi du 12 mars 2016 a introduit une révolution en mettant l’enfant au cœur du dispositif. Nouvel épisode de l’affrontement déjà ancien entre droits de l’enfant et droits des familles. Certes comme il a été rappelé la loi du 5 mars 2007 donnait pour objectif à la protection sociale de venir en aide aux familles. Nous proposions même, sans être suivis, de parler désormais de l’aide sociale aux familles et non plus à l’enfance. C’était déjà une avancée que de définir les objectifs assignés à une institution tricentenaire. Pour en venir au fond on oublie fréquemment que l’enfant fait la famille. Ce n’est pas d’un côté l’enfant et de l’autre la famille . L’INSEE ne s’y trompe pas : pas d’enfant, c’est un ménage. Par ailleurs, revisitons l’histoire de notre droit et son actualité : le droit premier des enfants sous nos cieux est de vivre en famille : tout enfant a droit à une famille, d’abord la sienne, à défaut une autre ayant vocation à devenir la sienne par l’adoption.  Ainsi peut-on résumer notre droit. Il est donc simpliste d’opposer enfant et famille. En revanche je comprends que certaines estiment que trop souvent l’Aide sociale et la justice prennent en compte les droits des parents plus que les droits de l’enfant. Sous-entendu hésite trop souvent à rompre le lien enfants-parents défaillants J’y reviendrai. Reste que l’enfant a droit à ses parents et aux siens, et que ce droit n’est pas toujours respecté, en tout cas on ne peut pas y porter atteinte allégrement ! Qu’on se souvienne de ces enfants pris en charge systématiquement dans des agences de la DASS a des centaines de kilomètres des leurs et que dire des enfants de la réunion envoyés en métropole pour leur bien !

J’observe encore que la prise en compte des droit de l’enfant dans l’action sociale ne date pas de 2007 complété 2016. En vérité,  c’est la loi du 6 juin 1984 sur les droits des usagers dans leur relation avec l’aide sociale à l’enfance qui a marqué le véritable revirement. Elle y consacrait notamment le droit de l’enfant d’exprimer son point de vue sur ce qui le concerne et d’être accompagné de la personne de son choix. On l’oublierait.

Troisième constat : la difficulté qu’ont les politiques ou comme les professionnels à parler des droits de l’enfant, donc de concevoir l’enfant comme une personne. On se gargarise à tout bout de champ de l’intérêt de l’enfant et de leurs besoins.

Je constate que si une mission a été donnée par la ministre Laurence Rossignol au dr Martin-Blachais afin de déboucher sur un référenciel national pour servir de guide aux professionnels, le même gouvernement a fait en sorte que le rapport que nous avons commis avec Dominique Youf et Flore Capelier en 2014 à sa demande à la ministre de la famille – « De nouveaux droits pour les enfants ? Oui dans l’intérêt de la société et de la démocratie » – cale un meuble du ministère ! Derrière le mauvais humour le constat est fort et amer. On commémore le 30° anniversaire de la CIDE et dans le même temps on a du mal à parler des droits des enfants au quotidien. On est même plutôt porté ces derniers temps du droit à l’enfant !

Quatrième constat : Quand on parle d’enfant dans le champ médical on vise essentiellement les bébés et les jeunes enfants quand pour le juridique citoyen l’enfance s’écoule de la naissance à la majorité civile, 18 ans depuis 1974. Bien évidemment cette période appelée enfance est scandée par des étapes, mais elle ne s’arrête pas à 12-13 ans comme trop le pensent implicitement. Les jeunes eux-mêmes ont des difficultés à entendre qu’à 15 ou 16 ans ils sont encore juridiquement des enfants.

Enfin, n’oublions pas que nous parlons en référence aux enfants qui nous environnent. Je ne suis pas sûr que nos grilles d’analyse, en tous cas quant aux conséquences qu’on en tire, soient valables sous d’autres cieux. Le mot universel pour qualifiés les besoins de l’enfant m’inquiète. La science se veut souvent totalitaire et devrait être plus modeste ! Encore plus si on entend graver dans le marbre ce qui doit être souvent référé à une époque.

Ces constats majeurs faits j’en viens au cœur du sujet

Parler des besoins de l’enfant est une réelle avancée.

Si je peux être critique – au sens universitaire du terme – sur le concept de besoin de l’enfant, je préfère encore cette approche à celle régulièrement avancée depuis 4 décennies de l’intérêt de l’enfant.

Avec l’intérêt de l’enfant on est totalement dans la subjectivité qui permet et justifie tout de la part du décideur. On s’en gargarise a fortiori s’il est qualifié de supérieur comme dans l’article 3 de la C IDE qui comme vous le savez est tenu d’application directe par la Cour de cassation.

Personnellement de longue date je n’utilise jamais ce concept. Je préfère parler des besoins de l’enfant.

Comme il a été rappelé elle a été introduite dans la loi de 2016 sur la protection de l’enfance comme fondement du dispositif de protection, mais vous aurez aussi relevé que l’intérêt de l’enfant y est aussi. Preuve que tout n’est pas clair dans l’esprit du législateur par-delà une référence obligée à la CIDE.

L’intérêt de l’enfant fait partie de ces concept-cadres que notre droit n’hésite pas à utiliser et dont le contenu s’enrichie et s’affine au fil des temps : le discernement, le danger, la santé, la chose qu’on a sous sa garde etc.

On en chercherait en vain la définition précise que d’aucuns appellent. Nombre de commission ministérielles ou associatives se sont cassé les dents sur cet objectif. Tout au plus, peut-on a posteriori dire que ce qui a été ténu pour relevant de l’intérêt de l’enfant. D’ailleurs aurait-on une grille de référence qu’elle serait vite obsolète.

En vérité force est de constater que l’intérêt de l’enfant sert de couverture à une approche subjective : ce que chacun en situation estime comme devant être bon pour lui. Or il peut y avoir un fossé entre l’intérêt de quelqu’un et son droit !

J’observe aussi avec votre confrère Pierre Verdier qu’au final, quand le législateur invoque l’intérêt de l’enfant, c’est pour restreindre le droit qu’il lui a reconnu plus tôt. Par exemple, il consacre enfin le droit de l’enfant d’être entendu en justice s’il le demande (loi du 5 mars 2007) … sauf si son intérêt s’y oppose ; il retient le droit d’entretenir des relations avec ses frères et sœurs … sauf si son intérêt si oppose. On multiplierait les exemples. Intérêt contre droit

Fort de ce constat, avec DEI-France, plutôt que de chercher une définition hypothétique universelle et immuable nous avons proposé de dire que l’intérêt de l’enfant aura été pris en compte si l’on s’est imposé une démarche où la situation a été analysée et vue du côté de l’enfant comme la check -list que suit un pilote d’avion avant de décoller. Si ces questions sont traitées, le décideur pourra allégué qu’il a pris en compte d’intérêt de l’enfant.

Au passage ne nous trompons pas : quand on parle de « l’intérêt supérieur de l’enfant » on ne signifie pas qu’il doit l’emporter sur tout autre, mais qu’il y a été confronté à d’autres enjeux. Supérieur s’entend par le fait qu’on prend en compte cette considération par rapport aux enjeux du moment.

Parlons enfin des besoins de l’enfant et du droit.

Le travail de la conférence de consensus animée par le dr Martin-Blachais a donc mis en exergue 7 besoins fondamentaux de l’enfant dont le méta besoin de sécurité, le besoin affectif, le besoin de protection, les besoins psychologiques, l’ estime de soi, le besoin de cadre et de limites, le besoin d’expérimentation.

On se réjouira de cet effort de rationalisation. En vérité l’intérêt de la démarche est que l’on passe de l’implicite à l’explicite.

A y regarder de près notre droit, avec ses forces et ces limites, sans s’en rendre compte répond plus ou moins à ces recommandations. Au fil du temps le législateur a plus ou prou pris en considération cette dimension

Je vais m’efforcer de vous le démontrer en identifiant bien évidemment les marges de progression soit dans la loi soit dans les pratiques

En vérité il est assez aisé de retrouver ces besoins fondamentaux si l‘on s’en tient à l’assertion de Française Dolto selon laquelle l’enfant est une personne.

Je préciserai tout simplement que chacun d’entre nous est une personne avec différentes phases dans sa vie : l’enfance et ses étapes, la jeunesse, l’âge mûr ; le troisième ou quatrième âge avec des constates comme celle d’être respecté protégé et d’avoir prise sur les décisions qui nous concerne. Bref, je veux dire par là que l’enfant n’est pas un être singulier.

Je vais revenir à ma manière sur ces 7 besoins.

Premier besoin toute personne : être consacré socialement

De là décline plusieurs attentes.

Déjà faire en sorte que l’enfant soit doté d’une identité : ce qui implique que sa naissance soit être déclarée, a priori dans les 5 jours. Il existe aux yeux de tous. L’assertion n’est pas si théorique quand on veut bien se souvenir qu’avec la politique de l’enfant unique 60 millions de chinois n’existaient pas juridiquement et déjà administrativement ou quand on observe qu’en Afrique nombre d’enfants sont privés d’existence juridique pour n’avoir pas été déclarés. Il faut commencé par les doter d’une identité.

La personne – en l’espèce l’enfant – doit voir consacrée son inscription dans une famille ou une communauté, dans une lignée. Sous nos cieux c‘est la famille. Or force est de constater que la loi ne garantit pas enfant le droit à sa double filiation biologique. On pense immédiatement à l’accouchement sous « X » (produit bien français partagé avec le Luxembourg) consacré comme le droit de la mère de ne pas assumer son enfant qui l’emporte sur le droit de l’enfant à voir établie son origine biologique. Plus généralement la loi n’oblige pas des géniteurs à établir leur filiation à l’égard de leur enfant. En d’autres termes si la mère et le père se liguent pour ne rien faire l’enfant sera privé de filiation. Il deviendra pupille de l’Etat après qu’on lui aura donné un nom et un prénom. Il sera adoptable.

Le besoin de relation caractérise tout être humain. Françoise Dolto l’a excellemment démontré : le bébé émet et reçoit des messages.

 L’enfant est un être en relation. On doit respecter ce besoin. Le laisser à lui-même en se contentant de le nourrir et de le loger débouche sur des enfants devenus autistes du fait de ce manque de relation. Que l’on se souvienne des enfants de Ceausescu   dont nombre sont morts dans ces « camine spitale » roumains où ils avaient été abandonnés ou laissés par leurs parents généralement roms incapables de les assumer. En France une telle démarche serait pénalement punissable

Ici que je rejoins encore le propos du dr Martin-Blachais sur le besoin de l’enfant à voir reconnu ses différentes affiliations : génétique, gestative, sociale, juridique et affective comme nous le proposions dans notre rapport « De nouveaux droits pour les enfants ? Oui dans l’intérêt de la société et de la démocratie ». Chacun d’entre nous est un mille-feuilles dont toutes sont respectables et plus ou moins importantes aux yeux de l‘intéressé. Par exemple, un enfant peut être attaché à son deuxième beau-père ou à sa belle-mère. On en est encore loin aujourd’hui. L’ex-beau-parent peut demander à entretenir des relations avec lui , mais on ne consacre pas encore le droit de l’enfant à voir respecté ce lien affectif.

On verra plus loin l’importance de ne pas opposer mais d’articuler les différentes responsabilités établies sur l’enfant.

Être socialement c’est aussi rendre des comptes.

C’est bien parce que je suis que je dois rendre des comptes. J’engage ma responsabilité morale, disciplinaire, civile, pénale dans les actes. Des droits découlent des obligations. On retrouve ici le débat sur le droit de vote des étrangers !

Je me dois de revenir sur les annonces concernant le futur code de justice pénale des mineurs

J’observerai déjà le cynisme qui veut que l’on pose pour principe qu’avant 13 ans l’enfant ne peut pas être délinquant faute de discernement sauf … si le parquet en juge autrement sous contrôle d’un magistrat. On pourra afficher auprès du Comité des droits de l’enfant que l’on respecte l’article 37 de la CIDE mais l’exception est énoncée suit immédiatement l’affirmation du principe.

Et au final en quoi en pratique cela différera-t-il de la situation actuelle où le discernement est censé acquis à 7/8 ans sans que la parquet soit obligé de poursuivre. De fait il le fait rarement mais il le fait.

Question subsidiaire : si la justice ne tient plus le jeune enfant pour délinquant – c’est une avancée incontestable qui rejoint 1912 complété 1945 – qui va se préoccuper de cette situation ? N’introduit-on pas subrepticement un transfert de charges vers les collectivités territoriales ?

Je relève surtout que cette réécriture du texte fondamental ne répond pas au problème posé : garantir en toute circonstance la mise en œuvre des mesures éducatives indispensable pour change le cours de sa vie. L’enjeu n’était pas de changer la loi, mais de l’appliquer. Qu’on se souvienne il y a un an de l’Appel des juges des enfants de Bobigny relayé par 250 juges. Une mesure éducative prononcée après condamnation non exécutée demain ou une mesure pré sentencielle comme c‘est le cas aujourd’hui non exécutée reste une mesure non exécutée ! On ne s’attache pas à repondre au besoin d’éducation de l’enfant qui est à l‘origine de sa délinquance.  On se prive de restaurer l’estime de soi identifiée comme un besoin de l’enfant et souvent au plus bas chez ces jeunes nihilistes.

En vérité on n’a toujours pas identifié la justice pénale des mineurs comme de l’action sociale sous mandat judiciaire et non pas d’une sous-justice des adultes qui se doit d’être moins sévère ! Face à la décision du Conseil constitutionnel de 2011 il aurait fallu revendiquer la partialité du juge des enfants au nom du droit à la continuité de la démarche éducative qui lui est dû au regard justement de ses besoins – un juge, un avocat et un éducateur à défaut de parents exerçant pleinement leurs responsabilités – inscrite sur la durée car il faut du temps pour en terminer avec cette séquence de vie d’asocialisation .

Pour preuve je constate là l’absence de reprise de l‘article 12-3 de l‘ordonnance de 1945 introduit en 2012 qui veut que dans les 5 jours une mesure éducative soit distribuée. Ce faisant l’Etat admet qu’il ne sera pas en état d’assumer sa mission. Il préfère donc supprimer cette contrainte ! Un aveu éclatant de sa résignation.

J’en viens au besoin de stabilité affective : on sait depuis longtemps que l’enfant n’est pas un objet que l’on peut se disputer voire s’arracher (conf. la coresponsabilité parentale dans et après l’union conjugale). Il a besoin de sécurité au sens qu’il ne doit pas craindre en permanence de voir sa situation remise en cause et de rompre avec ceux de sa famille dont il ne partage pas la vie quotidienne.

Bref, quitte à légiférer et associer son nom à un texte majeur, si on avait été conscient des besoins de l’enfant, de tous les enfants, ce n’est pas un code de justice pénale des enfants qu’on aurait entrepris, mais un code de l’enfance avec son statut civile d’où découle ses responsabilités.

On perçoit mieux aujourd’hui le besoin d’un cadre juridique protecteur

L’enfant doit savoir qui fait quoi pour lui. Quels sont les adultes en situation de responsabilités à son égard. Parfois il en manque ; souvent il en déborde !

Au passage pour rebondir sur ce qui a été développé par le Dr Martin-Blachais je refuse de réduire le rapport de l’enfant aux adultes à l’autorité parentale. On devrait plutôt parler de responsabilité : quelle est la mission confiée à l’adulte et quels sont les pouvoirs mis aux service de ces missions. Il est exact que loi – article 371-1 C. civ – identifie une mission. L’autorité est confiée aux parents POUR veiller à la sécurité, à l’hygiène ou la santé ou l’éducation de l’enfant … Elle n’est pas une fin en soi. D’où les contrôles effectués et les sanctions civiles et pénales possibles en cas de défaillances.

Je reviens un instant sur les familles recomposées (6 millions d’adultes concernés pour 2 millions d’enfants). Les responsabilités du père et du beau-père ne sont pas identiques. On attend toujours la loi qui viendrait dire que le beau-parent doit assumer les responsabilités de la vie quotidienne (se laver, se coucher, manger, dormir, apprendre ses cours, etc.) tandis que le parent juridique doit prendre les grandes décisions (orientation scolaire, soins importants, sortie de territoire, etc.). Avec des cas-limites. Par exemple la pratique du saut à l’élastique. Nous proposions dans notre rapport un article simple : « Celui qui vit habituellement avec un enfant est endroit et en devoir d’exercer à son égard les responsabilités de la vie courante ». Histoire de rassurer les adultes, mais aussi les enfants. Avec comme souci que l’adolescent en rébellion ne joue l’un contre les autres. Il faut éviter que des enfants s’inscrivent dans une démarche de toute puissance en se jouant des adultes.

Beaucoup souhaiteraient que le législateur fixe dans un texte ce que sont les actes courants et ce que sont les actes importants. Là encore on ne peut pas enfermer la vie dans les murs de la loi. Un peu de bon sens s’impose. Accepteriez-vous que votre fils parti en colonie de vacances pratique le saut à l’élastique sans que l’on vous ait consulté ou demandé votre autorisation ? Non. Conclusion : ne faites pas aux autres ce que vous n’aimeriez pas qu’on vous fasse ! Cette question aussi se pose dans les rapports administration sociale et parents d’enfant accueillis à l’ASE ; le juge intervient si, sur un acte important, les parents sont défaillants ou abusifs

Le besoin de sécurité comme l’a développé Mme Martin-Blachais se décline sur plusieurs plans. J’en retiendrai deux.

D’abord la sécurité physique.

Rappelons qu’il aura fallu attendre juillet 2019 pour que la France condamne enfin les châtiments corporels sur l’enfant quand le Conseil de l‘Europe y appelle depuis 2009. Nous aurons été les 28° à nous engager dans cette voie. Et encore parle-t-on de « violence éducative ordinaire « pour ne pas choquer avec gifle et fessée. Ajoutons que l’on a voté une loi sans mener le débat avec l’opinion sur l’éducation sans violence.

Nous savons que les maltraitance à enfants compris sexuelles sont encore une réalité forte avec un mort tous les 5 jours. Là encore si la loi ne fait pas tout, il faut régulièrement »muscler» nos textes. On s’y efforce mais pas toujours avec succès. Qu’on se souvienne de l’épisode de la loi Schiappa qui entendait envoyer un discours clair et fort en direction des adultes portés à entretenir des relations sexuelles avec les mineurs de moins de 15 ans. Tout compte fait la loi d’aout 2018 n’est ni claire ni forte. On s’est finalement maintenu dans la voie de la correctionnalisation quitte à accentuer les sanctions. On a échoué dans l’idée de poser une présomption irréfragable de non-discernement pour le mineur de 15 ans qui a des relations sexuelles avec un majeur. De fait on s‘est enfermé dans une voie sans issue au regard de la jurisprudence du Conseil constitutionnel sur les éléments constitutifs d’une infraction. Il aurait fallu adopter une infraction pacifique : le crime de violence sexuelle à enfant et consacrer l’idée « Touche pas à l’enfant sinon c’est la cour d’assises !». Message clair et fort

Nous avons un droit pénal et un droit procédural élan qui prennent en compte les spécificités de l’enfant.

Nous pouvons certainement mieux faire encore.

Sur le registre civil il est important d’adapter pour les enfants accueillis par l’Aide sociale à l’enfance l’habit juridique adapté. On ne peut plus rester confié jusqu’à ses 18 ans à l’Aide sociale à l ‘enfance sur décision prise dans le cadre de l’assistance éducative. Si un retour en famille n’est pas possible il faut aller vers une délégation d’autorité parentale, voire une procédure de délaissement ouvrant sur un projet d’adoption. La révision régulière des situations ordonnées par les lois de 1984, 2007 et 2016 doit y contribuer.

  Le besoin pour les enfants d’un cadre sécurisant est évident. Il faut et déjà d’affirmer que les responsabilités parentales sont premières quitte comme je l’ai dit à clarifier qui fait quoi.

Je relèverai un paradoxe. Durant trois décennies nous nous sommes évertués à amener le législateur à consacrer la co-responsabilité parentale quand trop de pères avaient tendance à s’en abstraire. Et, d’un coup, en 2019 le législateur, dans le débat sur la loi Bioéthique, en consacrant le droit des adultes – aujourd’hui les femmes avec a PMA – à être parents quelles que soient leurs raisons en l’espèce, prive l’enfant de l’assurance d’une filiation juridique établie ! Qu’en diront les neuro sciences ?

Pour moi prolongeant ce que je relevais plus haut : tout enfant a le droit – pas l’obligation – de voir reconnu ses différents lien de filiations dans leur réalité. Le législateur a adopté une demi-mesure dans cette loi Bioéthique puisque l’enfant né d’une PMA pourra avoir droit à la connaissance du donneur, mais pas à ce que la filiation paternelle soit établie à son égard. On aurait pu établir cette filiation et comme pour l’adoption simple sans en faire découler l’autorité parentale. Des beaux procès en perspectives pour vous avocats et les magistrats !

J’observe ici un point essentiel : s’il est important de permettre aux enfants de trouver une place pleine et entière dans sa famille force est d’observer que nombre de familles sont en difficulté. Si elles ne trouvent pas un soutien, un étayage, extérieur, on aura souvent vers une situation de crise qui appellera à une réaction forte comme la séparation et souvent en urgence. Or tous les services de proximité offerts aux familles – parents et d’enfants – sont aujourd’hui en crise (voir post précédent).

De longue date – années 70 – le service social scolaire et la santé scolaire ; classiquement la psychiatrie infantile mais désormais la pédiatrie ; la PMI est maintenant frappée par des difficultés majeures comme le reconnait le rapport Peyron de l’été 2019. Que dire des manques de la Maison du Handicap pour consacrer en 2005 le droit opposable de tout enfant à être scolarisés qui amènent nombre d’enfants à prendre chemin de la Belgique.

Cerise sur le gâteau : 17 departements ont d’ores et déjà renoncé à la Prévention spécialisée et ses clubs et équipes de prévention qui entendent éviter qu’un enfant en danger bascule dans la délinquance.

Les familles les plus fragiles sont donc abandonnées à leur sort par l’Etat et les departements. Le patronat paternaliste du XIX° siècle était plus social que l’Etat libéral du XXI°. On doit être inquiet pour les années à venir. Mais nous disposerons d’un nouveau code de justice pénale !

Le besoin d’un projet de vie et de s’inscrire sur la durée caractérise tout un chacun

C’est ce qu’offre implicitement la plupart des familles de France en laissant aux enfants le temps de se construire à leur rythme. Certains seront plus précoces, d’autres joueront les Tanguy.

Là encore on doit s’attacher à ce qui se joue pour les enfant accueillis à l’Aide sociale à l’enfance même s’il faut éviter l’erreur de résumer l’ASE comme le fait le rapport de la parlementaire Mme Goudet à une structure d’accueil des enfants : sur 450 000 suivis seuls 150 000 sont accueillis physiquement sur l’année .

 Accueillis et non pas placés ! Là encore les mots ont leur importance. On accueille un enfant ; on place un objet. L’enfant est une personne.  ; dans les milieux populaire placement signifie déchéance d’autorité parentale. Demain vieillissant je veux être accueilli et pas placé dans un EPAD !

Dans le souci de prendre en compte le besoin de sécurisation des enfants sur la durée, la loi de mars 2007 confirmée 2016 sur ce point, entend que l’Aide sociale à l’enfance ne se contente pas d’accueillir un enfant mais doit au plus tôt, en lien avec les parents et l’enfant, dégager un « projet pour l’enfant » (le PPE). Ce projet sera mis régulièrement à jour à l’occasion des révisions de la situation. Bref on entend éviter que l’enfant soit abandonné au sein de l’ASE comme ce fut le cas trop souvent dans le passé et on a le souci de fixer un cap qui permettra régulièrement de s’interroger sur son suivi ou son inflexion.

L’enjeu est de combattre les sorties sèches sans aucun suivi quand il y a eu un accueil physique sans qu’un retour en famille soit possible. Cela vaut avant la majorité et bien évidemment à la majorité. L’actualité a montré la difficulté pour le législateur d’aborder sereinement cette question. En effet on a vu être pervertie la proposition de loi Bourguignon qui entendait imposer aux département une obligation de repondre positivement à la demande d’un jeune majeur issu de l’ASE. Sur amendement déposé avec l’accord du gouvernement les députés ont imposé certes cet accueil dans l’hypothèse où le jeune avait été accueilli 18 mois dans les 2 ans qui précèdent la majorité. Il ne fallait pas être très spécialiste pour voir le compromis passé avec les departements de France : l’obligation d’accueillir les MENA avant leur majorité mais soulager autant que faire se peut pour les plus de 18 ans arrivés après 16 ans. Une grosse gaffe politique. La loi est bloquée à l’Assemblée.

En fait est posée la question de l’appui à apporter aux plus de 18 ans, issus ou non de l’ASE ou de la PJJ. On ne doit plus viser le seuil des 21 ans qui n’a plus aucune consistance sociologique aujourd’hui contrairement à 1974.

Ajoutons le souci explicite porté par la loi de mars 2016 de rompre le lien parent-enfant au nom du droit de l’enfant de tracer sa route hors ses parents tenus pour défaillants. Reste qu’il ne faut pas se raconter de balivernes : le souci de la loi de mars 2016 est de rompre le lien parents-enfant pour clarifier la situation avec pour objectif de faciliter l’adoption ceux qui n’ont pas la chance d’être naturellement passants.

J’en viens pour finir au besoin d’être acteur de sa vie dans ces journées consacrées à la citoyenneté de l’enfant. Très tôt la personne humaine a des affects, des sentiments, un point de vue sur ce qui le concerne. Il décide pour lui. Il est important lui parler mais tout autant de l’écouter et de l’observer dans l’expression ces attentes.

C’est le cœur de la CIDE – art. 12 à 15 – avec la consécration de la liberté de conscience – croire ou ne pas croire, la liberté d’expression de ses convictions quitte à respecter les règles d’ordre public, individuellement ou collectivement.

On sait ce qu’il en est concrètement sous tous les cieux et les milieux de la liberté de son conscience. Nombre d’enfants auront des difficultés pour s’abstraire de l’éducation religieuse donnée par la famille, la communauté ou la société. Parfois c’est même ingérable sauf à mettre sa vie en danger comme l’illustre une actualité cruelle.

C’est aussi l’expression sur les affaires le concernant dans la famille – loi de 2001 – ou en justice confirment à l‘article 12 de la CIDE quitte à ce que la loi sur le divorce de 20176 par consentement par dépôt d’un dossier devant le notaire en shunte formellement le droit de l’enfant d’être entendu sur les conséquences pour lui de la séparation parentale consacré en 2007. Les parents doivent l’informer de son droit d’accéder au juge. Quels parents le feront ? Qui contrôle cette obligation ?

Se pose la question de l’expression de la parole de l’enfant. Généralement représenté car tenu pour incapable l’enfant doit pouvoir s’exprimer personnellement quitte à être assisté. C’est la question de la défense et déjà de l’administrateur ad hoc pour faire le choix d’une stratégie pour garantir les droits de l’enfant.

C’est encore une question de la portée de la parole de l’enfant. Au minimum un avis qui amène les adultes à décider en connaissance de cause ; parfois un droit de véto (adoption à 13 ans, IVG) – ou un droit propre (porter plainte, saisir un juge des enfants).

C‘est encore le droit de s’exprimer collectivement à travers des associations. La loi de 1901 n’interdit pas les mineurs d’adhérer ou d’animer des associations. L’article 15 de la CIDE le consacre mais une loi de 2016 s’avère très restrictive pour les moins de 16 ans.

On le voit par ce survol la loi prend déjà implicitement en compte les besoins de l’enfant. Je renverrai ci à la consultation de l’opuscule «  les Droits de l’enfant pour les Nuls » qui vient de paraître chez First.

Reste que notre droit fondamentalement est adulto-centré.

On peut sans doute améliorer nos lois. Nous le proposions en 2014 notamment en développant la capacité de faire des enfants avec une échelle dans l’accès à l’exercice des droits qui serait le pendant de l’échelle de l’engagement de la responsabilité.  Il faut surtout veiller à qu’elles soient respectées en pratique. On est loin du compte.

Sans compter que tous les enfants ne sont pas nécessarien pris en compte comme tels. Par exemple, les enfants roms sont invisibles : roms avant d’être enfants ; les mineurs étranges isolés sont trop souvent tenus pour être d’abord des étrangers et subsidiairement des enfants. Et que dire des enfants français partis ou nés au djihad ? La France leur doit sa protection comme français, comme enfant avant d’être nés de djihadistes.

Conclusion de ma conclusion : le concept de besoin de l’enfant constitue incontestablement une avancée. Il faudra en préciser régulièrement le contenu. En cas de conflit le juge sera appelé à trancher en tenant compte déjà des droits propres de l’enfant. Mais il convient ici de conserver une approche critique à l’égard de tout ce qui pourrait enfermer la vie dans une rationalité neurosciences ou déterminisme social ! La référence pure et dure aux droits est souvent incontournable. Le droit au quotidien sait intégrer la vie. Il saura prendre l’évolution des besoins de l’enfant quitte à ce qu’on lui donne quelque coups de pouce.

(1) Texte de l’intervention aux 20° assises nationales des avocats d’enfants de Tours le 6 décembre 2019

Chronique d’été (5) : les enfants fabriqués au nom du droit à l’enfant

La rentrée sera chargée, sinon chaude, sur le thème de la protection de l’enfant : les initiatives font florés sur l’Aide sociale l‘enfance – ASE – qu’il faudra décanter et coordonner tellement ça part dans tous les sens – ; une réforme du droit pénal des enfants par voie d’ordonnance  sans vrai débat ; la PMI en crise appelle à des décisions, la sensibilité au sort des jeunes majeurs sortants de l’ASE est première avec en arrière fond la question des MNA dont le dossier est toujours aussi mal-traité, les mineurs français de Syrie appellent à la protection de la France pour peu qu’ils soient encore vivants ; cerise sur le gâteau, la loi sur la bioéthique avec l’extension du droit des femmes à être mères, sans oublier le 20 novembre le 30° anniversaire de la CIDE avec des grandes messes sur les droits de l’enfant dans la patrie auto-proclamée des droits humains sans compter la lutte contre la grande pauvreté, l’échec scolaire ou l’abandon à leur sort de trop d’enfants porteurs de handicap. Bref on frise l’activisme. Pourquoi ? Avec quels objectifs ?
Quelques posts sur tous ces sujets permettront peut-être à ceux qui ne veulent pas bronzer idiots à s’y préparer. Le ton est volontairement engagé ; il appelle à des répliques.
Après les enjeux autour de l’Aide sociale à l’enfance en général (Post1) et des sortants de l’ASE et des jeunes majeurs (Post 2) la réforme de l’ordonnance du 2 février 1945 (Post 3) , les Mineurs étrangers isolés (Post 4) aujourd’hui l’enfant fabriqué ?

Post 5 :
Des enfants fabriqués, la filiation en morceau, dans l’intérêt de qui ?

L’échéance est donc arrivée : la nouvelle loi sur la bioéthique  sera présentée au parlement pour être examinée en 2019 . Elle consacre notamment le droit à toutes les femmes qui le souhaiteraient de recourir à une procréation médicalement assistée avec donneur, qu’elles soient stériles ou non.

Il n’est pas aisé de tenir un discours « critique » au sens universitaire du terme sur ce sujet sans être immédiatement taxé de rétrograde – je ne pense pas à pouvoir supporter beaucoup de critiques sur ce chapitre – ou tout simplement d’être homophobe (1). La question posée n’est pas celle de la capacité des personnes à élever un enfant au regard de leur orientation sexuelle – il faut le dire et je l’affirme – , mais bien ce qui se joue par-delà ces personnes via les pratiques autorisées pour les enfants et sur le registre de la filiation pilier social.

Tentons une nouvelle fois l’exercice. On m’accordera déjà la constance et la cohérence dans le fait de pas avoir varié d’un iota dans la prise en compte des droits de l’enfant sur ce sujet depuis 40 ans. Je constate, et je n’en peux mais, que nombreux sont ceux qui d’un bord totalement opposé, reprenant mon argumentaire, militent désormais en avançant les droits de l’enfant. Avec mes quatre co-rédacteurs du premier document officiel sur le sujet (2), j’appelais avec mes le législateur à dire clairement les règles du jeu, le permis et l’interdit et, bien évidemment, les sanctions qui en découlent. Pour beaucoup on était dans la sphère privée alors qu’à nos yeux la société allait en être impactée avec le souci de protéger les enfants à naitre.

Pour couper court au débat on avance désormais que le sort fait aux enfants d’ores et déjà nés de ces pratiques oblige au nom de la justice et des droits des enfants à faire fi de ces illégalités et à ne pas à les légaliser pour l’avenir. On met les enfants en avant pour couvrir ce qui est d’abord un désir et une démarche d’adultes ! Certes ces enfants n’ont pas à être sanctionnés des illégalités commises par ceux qui les ont désirés (3). Admettons quand même que l’argument est particulièrement fallacieux : on viole ostensiblement la loi et on fait reproche ensuite à ceux qui rappellent la règle de punir et de discriminer les enfants. Certes il convient de ne pas sanctionner ces enfants, mais d’ores et déjà pour donner sa crédibilité à la loi actuelle et future de sanctionner ceux qui l’ont enfreint et s’en targuent. On l’a vu notamment pour ces hommes français qui ont recouru à la GPA Outre-Atlantique (4).

De fait aussi, le combat peut paraitre vain que de résister à ce qui se prépare pour « repondre à l’attente des français ». La dynamique de l’histoire  de consacrer ce droit des femmes serait inéluctable ! Beaucoup, célibataires ou en couples homosexuels, y ont déjà recouru et ont violé l‘interdit légal , y compris de parlementaires actuels. Autant maitriser le processus et déjà couper l’herbe sous le pied de ceux qui profitent financièrement de la prohibition.

Pour autant, au prétexte que beaucoup le souhaitent et que l’avancée juridique est inscrite dans le cours des choses, faut-il renoncer émettre des réserves, sinon simplement à poser des questions sous prétexte que bien avant les possibilités offertes par la science procréatique, nombre de pratiques familiales étaient déjà choquants ( come pour une mère célibataire de priver un enfant de son père ou d’aller acheter un enfant à l’étranger en le déclarant à l’ambassade de France de la femme adoptive, etc.)  ? J’incline à penser que l’exercice s’impose encore plus pour éviter des dérives, mais encore pour réunir quelques garanties.

Première remarque dont je m’étonne qu’elle soit si peu prise en compte par le corps médical lui-même, se joue une mutation majeure de la médecine qui n’est plus consacrée aux soins – en l’espèce la stérilité -, mais à se mettre délibérément au service de pratiques de convenance. Ne rentre-t-on pas dans une ère où l’on demande aux « sorciers de la vie » de fabriquer de l’humanité. Là encore le fait que certains s’y soient engagés sans vergogne ne dégagent pas les autres d’exprimer leurs interrogations sur cette révolution, voir leur refus de la cautionner.
Où s’arrêtera-t-on si on s’engage dans cette voie ? On risque déjà de voir des « clients », insatisfaits du produit livré – on pense à un enfant porteur de handicap ou « malencontreusement » de couleur – , ramener l’enfant commandé comme aux USA on l’a vu de la part des familles d’adoption ! Tout bonnement, à partir du moment on décroche du naturel on peut imaginer toute les manipulations génétiques possibles. On l’a déjà vu avec ces velléités de banque du sperme des Nobels et autres fariboles du même registre. A d’autres époques, certains avaient des projets sur la « fabrication » d’une race pure. On l’a déjà oublié ?

Une autre question fondamentale se pose : si l’on décroche de la nature – l’enfant né de relations entre un homme et d’une femme – comment justifiera-t-on demain d’autres pratiques volontaristes comme d’accueillir juridiquement un enfant à plusieurs ? Comment refuser à des personnes aimantes et équilibrées d’adopter ensemble un enfant ? La question n’est pas théorique, elle a déjà été posée notamment au Brésil. Après tout, on peut bien acheter un appartement à plusieurs ; pourquoi ne pourrait-on pas adopter à plusieurs ?

Troisième remarque de base : par la PMA pour célibataire ou couple homosexuels on prive délibérément un enfant de père; avec  la GPA on prive délibérément un enfant de mère. Bien  évidemment cela a déjà pu exister. Le géniteur mort pendant le temps de la grossesse ou qui refuse de reconnaitre son enfant, la mère qui meurt en couche, etc. Autant d’accidents de la vie auxquels il fallait faire face et pas toujours aisément. Le fait qu’on vienne affirmer que maternité et maternité sont relatives et que l’important est d’avoir des parents peut ne pas satisfaire, voire être singulièrement contesté sans passer pour un ringard.

Je releve qu’avec succès nous nous sommes battus pour promouvoir dans la loi la co-responsabilité parentale qui consistait à mettre à remettre les pères dans le jeu parental au nom du droit de l’enfant à ses deux parents.  Aujourd’hui avec la caution de la loi on prive un enfant de père. Comprenne qui pourra !

Dans cette irrationnelle quête d’enfant qui amène souvent les protagonistes soulever des montagnes – peu importe le prix, peu importe de violer la loi !-, et on entend et comprend ce désir d’être parent, soyons pragmatiques : la digue naturelle a déjà cédé avec la loi de 2013 sur le Mariage pour Tous qui admet qu’un enfant ait deux parents du même sexe et que l’autre parent biologique soit éliminé.

Deux questions me semble-t-il vont dominer le débat : la crainte de voir se profiler la GPA et le souci d’autoriser l’accès à ses origines biologiques pour l’enfant né de procréation assistée.

La GPA en ligne de mire
On voit sans mal se profiler, sinon même sera-t-elle d’ores et déjà recherchée sous voie d’amendement au texte gouvernemental, la légalisation de la Gestation pour autrui pour deux hommes d’être pères, pourquoi pas pour un homme seul – après tout un célibataire peut adopter -, avec le soutien d’une femme mobilisée au seul effet d’être gestatrice, avec ou sans ses propres ovules. Là encore rien vraiment neuf. Rien n’empêche aujourd’hui un homme d’avoir un enfant d’une femme, de veiller à ce qu’elle ne reconnaisse pas l’enfant pour sien et de poursuivre son chemin pour élever seul l’enfant (4)!

L’hypothèse de la GPA est un peu plus complexe car a priori elle serait notamment  utilisée par deux hommes dont l’un sinon les deux donnera du sperme pour qu’une femme choisie ensemble soit fécondée. Dans le contrat, pour ce qu’on en sait, cette femme ne voit pas sa filiation établie à l’égard de l’enfant qui est ainsi délibérément privé de mère juridique au nom d’une double filiation masculine.

Deux arguments incitent « classiquement » à résister au recours de la GPA.

D’abord le fait de concevoir – c’est le cas  de le dire –  la femme comme un simple ventre – à louer ou non-, mais souvent reconnaissons- contre rémunération. Faut-il insister pour dire combien cette image est régressive au regard mené pour ne plus identifier les femmes à cette seule fonction ? Et quelles femmes accepteront ce deal ? Le plus souvent celles n’ayant guère d’autres ressources que de mobiliser leur corps pour survivre. Les exemples ne manquent pas.

Il est intéressant de relever que désormais on n’hésite pas à développer que puisque cette femme a décidé qu’elle donnerait son enfant la gestatrice n’est rien pour l’enfant. Souvenons-nous de ce discours psys des années 70-80 où on nous serinait l’importance de la vie intra utérine, on insistait sur l’attachement mère-enfant, du lien qui se créait entre la mère et l’enfant et d’une manière générale entre l’enfant et son environnement. « Chéri Mets lui du Mozart pour qu’il devienne musicien ! ». « Touche mon ventre pour qu’il sente ta présence! «. Puisqu’il a été dit désormais que cette vie intra utérine serait neutre – le vendeur n’a pas d’état d’âme à l’égard du produit dont il se sépare – cette période est dirons-nous stérilisée ! Fragilité des vérité dites scientifiques. Exemple même de l’argument réversible.

On sait aussi que l’on refuse l’idée de l’enfant objet d’un contrat. Le corps humain en particulier, la personne en général ne peuvent pas, ne doivent pas faire l’objet de conventions. Qu’on veuille bien ici visiter l’histoire. On est déjà choqué de voir des couples candidats à l’adoption choisir du sperme sur catalogue ; on ne peut pas ne pas s’empêcher d’être perplexe devant les potentialités qui vont être offertes pour repondre à l’imagination fertile -c‘est le cas de le dire – de ceux qui ambitionnent d’être parents avec des projets bien ficelés.

Parmi les questions iconoclastes posées, que fera-t-on là encore de l’enfant livré qui ne répondra pas à la commande explicite ou implicite ? Qui sera responsable ? Comment réparera-t-on « la faute » ? Le client est roi et sera en droit d’exiger d’être satisfait puisqu’il paie. Bien sûr les assurances interviendront … Que faire si la mère se rebelle, reconnait finalement son enfant et revendique de l’élever. En l’état le contrat étant illégal la réponse est simple, mais demain ? Faut-il prévoir une clause libératoire ? Un remboursement ? Sur quelle base ? Question idiote : l’argent que touche la mère porteuse est-il imposable ?

Ne nous racontons pas d’histoires : la loi Bioéthique annoncée ouvre franchement la boite de Pandore déjà entre-ouverte avec la loi sur le Mariage pour tous en ce qu’elle autorise l’adoption par des homosexuels mariés : on se rapproche de la légalisation de la GPA. On l’a dit : il n’est pas impossible qu’un amendement-test soit déposé pour mesurer la résistance, voire qui sait pour passer en force.

De fait l’extension du droit à l’enfant à toutes les femmes sera portée au nom de l’égalité, mais alors pourquoi les femmes verraient-elles leur droit à l’enfant consacré tandis que les gays en seraient privés et encore contraints de contourner la règlementation française ? Le droit reconnu à toutes les femmes d’être parents doit nécessairement valoir pour les hommes. A défaut on criera à la discrimination. Revanche de l‘histoire : pour une fois les hommes seront les victimes. Et ce seront encore les homosexuels qui seront punis !

On commence d’ailleurs à avancer qu’il y a plusieurs modèles de GPA dont l’un maintient la mère porteuse dans l’univers de l’enfant. On est quasiment sur le mariage à trois. Pourquoi pas puisqu’il y va de l’intérêt de l’enfant et que les adultes seront heureux, donc irradieront pour l’enfant !

Plus sérieusement, qu’on le veuille ou pas, ce droit à l’enfant enfin consacré nous conduit à régresser considérablement sur l’idée qu’on se fait de la femme et de l’enfant comme des personnes, pour revenir à l’idée d’objets pour faire plaisir. il nous avait fallu quelques décennies pour privilégier les droits de l’enfant sur le droit à l’enfant et contenir les droits sur l’enfant (5).

A propos du droit de l’enfant la deuxième question à traiter par le parlement sera bien celle de voir recueilies des informations nominatives sur le donneur en permettant à l’enfant– une fois devenu majeur, pourquoi s’il a le discernement ? – s’il le souhaite ou si cela est nécessaire d’y accéder. Précisons  : sans que cela puisse déboucher sur l’établissement de la filiation juridique avec le géniteur.

On ne peut qu’approuver cette démarche suggérée notamment par le Comité national d’éthique. Elle rejoint la proposition dans notre rapport « De Nouveaux droits pour les enfants … « de 2014 : il faut permettre à l‘enfant qui le souhaite d’accéder la connaissance et à la reconnaissance de ces différentes affiliations : biologique, juridique, sociales, affectives. Il ne s’agit pas a priori de les hiérarchiser. Elles auront une place adaptée et spécifique pour chaque enfant.

On commence à voir pointer les réserves à l‘encontre de cette disposition qui répond à l’esprit de l’article 7 de la CIDE – tout enfant a le droit de connaitre ses parents- tellement les futurs parents ne veulent d’aucune manière se voir dépossédés d’une partie de l’enfant, y compris sa conception qui pourtant lui appartient. On peut difficilement contester le  droit de l’enfant à connaitre son histoire. Certains s’y risquent sans état d’âme comme ces psychiatres qui estiment tout à fait contre-indiqué pour un enfant de savoir qu’il est né d’une procréation assistée et de vouloir connaitre son géniteur. Au nom de quoi cet oukase ? Des mêmes théories fumeuses de jadis sur l’attachement.

En vérité la crainte est de voir se réduire le nombre de donneurs quand on s’attend à une explosion de la demande. D’abord si la loi est adoptée il y aura une période intermédiaire où il faudra bien ne pas utiliser du sperme recueilli sous le sceau de la garantie de la confidentialité quand la loi permettra de la lever. Il faudra donc attendre que les stocks se reconstituent. Combien de temps cela prendra-t-il ? Les donneurs sollicités et informés de la levée possible de l’anonymat seront-ils aussi nombreux ? On en doute. Bref, la situation risque d’être tendue sur quelques années au grand dam de femmes pressées de concrétiser leur projet. D’où le souci de faire pression pour faire sauter cette disposition.

Et comment s’organisera-t-on – et le peut-on ? – pour ne pas avoir un même homme qui en s’en targuant arrosera son univers de sperme dont résultera des multitude d’enfants comme cela s’est déjà vu avec tous les problèmes que cette pratique peut laisser entrevoir ?

Il sera intéressant d’être vigilant sur cette question de la levée de l’anonymat lors du débat parlementaire. Les pressions seront fortes pour amener le gouvernement à renoncer son idée initiale … au nom de la paix des familles et bien entendu de l’intérêt de l’enfant.

Tous ces débats sont délicats. On est entré dans une phase de déconstruction-reconstruction de la filiation. Elle était d’abord fondés sur le biologique et subsidiairement sur la volonté – rappelons que rien n’oblige des parents biologiques à reconnaitre leur enfant – et l’affectif. Bien évidemment dans le vieux débat du sang et du cœur il fallait savoir privilégier le cœur, sans négliger le sang, avec la question essentielle en arrière-fond pour tout un chacun : « Qui suis-je ? D’où viens-je ? Ou vais-je ? ».

On se dirige vers une ère où chacun pourra satisfaire son besoin d’enfant par-delà les difficultés naturelles ou les tendances personnelles.
Là encore se justifie le slogan auquel je me réfère depuis 40 ans : des droits oui, mais des responsabilités à la hauteur des droits ! La science libère ; elle oblige à assumer ses choix. On ne peut pas faire n’importe quoi et la puissance publique au nom de la société doit aussi fixer des interdits et sanctionner leur violation.

  Aura-t-on un débat serein sans invectives et accusations définitives d’être anti ou pro sachant qu’il est piquant de voir – on aurait aimé qu’ils se manifestent plus tôt – les conservateurs de tous poils et ultra conservateurs militer aujourd’hui pour les droits des enfants.

Une des difficultés de l’exercice tient au fait que plus que jamais les frontières nationales sont abaissées, que l’on peut circuler facilement ou commander facilement via internet tous les produits possibles de telle sorte qu’une législation nationale répondant aux valeurs collectives peut facilement être contournée par ceux qui décident de faire leur loi, de prendre ce qui leur plait quand ils en ont besoin dans les pays qu’ils fréquentent et de ne pas se soumettre aux règles communes de l’un ou l’autre. La tendance peut alors être d’abdiquer de prendre elle plus petit dominateur commun. Mais pourquoi dans le seul domaine de la procréatique ?

Maintenant pour en terminer parlons deux secondes politique en réference aux droits de l’enfant : où est l’urgence de légiférer sur le droit à l’enfant via la procréatique ou l’adoption qu’on veut faciliter en « produisant plus d’enfants adoptables (7) quand dans le même temps on s’avère incapable consacrer dans la loi les responsabilités des adultes en direction des enfants d’ores et déjà charge de parents, grands-parents ou beaux-parents en compétition. Quasiment 2 millions d’enfants vivent avec un adulte qui n’est pas le parent biologique. Quels sont les droits et devoirs de celui-là ? les enfants et les adolescents ne s’y trompent pas. « Tu n’es pas mon père. Tais-toi ! «. 8 millions d’enfants et d’autres sont concernés, sans compter les conséquences sociales du fait d’enfants dans la toute-puissance et le non-respect de l’autorité. Combien sont concernés par les procréations assistées ? Tout au plus quelques dizaines de milliers, respectables au demeurant. Pourquoi la priorité n’est-elle pas là où on la met aujourd’hui, promesse électorale oblige.

En d’autres termes, au droit à l’enfant et à l’enfant à naitre je privilégie délibérément l’enfant né ici et présent. On ne se refait pas !

Là encore le vrai débat politique devrait être d’identifier les urgences et les priorités – et souvenons-nous que F. Hollande avait fait ici une erreur massive se privant, une fois le Mariage pour Tous adopté, de toute possibilité d’évolution sur le droit de la famille (8). Aurons-nous ce débat ou cédera-t-on à un groupe de pression en reconnaissant une liberté majeure- mais à quel prix – pour compenser les nombreuses reculades sur les sujets économiques et sociaux ?

Malheureusement il n’y a même pas matière à parier. Les mêmes causes ….

1 – Là encore je rigole quand tout jeune je combattais ceux qui parlais des PD !
2 – Rapport rendu en 1986 au premier ministre Laurent Fabius sur les procréation artificielles comme on disait à l’époque
3 – On a déjà eu ces débats avec les enfants kidnappés et élevés de longue années durant par d’autres que leurs géniteurs ou encore ces enfants de détenus politiques confiés à l’adoption à l’étranger par les pouvoirs publics
4 – Comme rien n’empêche une femme de « se faire faire un enfant » et de ne pas en prévenir géniteur
5 – La circulaire Taubira accorde un passeport français aux enfants nés aux USA d’une GPA illégale en France à la demande de français
6 – Ce n’est que depuis 2018 qu’on condamne les châtiments corporels et les atteintes à l’intégrité physique de enfants restent multiples.
7 – Voir le rapport Goulet sur l’ASE qui souhaiteraient que les enfants accueillis par l’ASE soient rendus adoptables les plus facilement
8 – La loi Famille promis et travaillée par Mme Bertinotti devait exploser au décollage après une nouvelle manifestation contre le Mariage pour Tous déjà adopté

L’adoption en chute libre : comment – et déjà faut-il? – répondre au désir d’enfant ?

Qu’elle vise des enfants de France ou des enfants venus de l’étranger, sur une période longue, le recours à l’adoption est en chute libre. On comprend dès lors l’attente démesurée à l ‘égard des procréations assistées, y compris avec donneur, et la vigueur développée pour faire bouger les lignes.

En 2015, 716 enfants, pupilles de l’Etat ont  été confiés à l’adoption quand 16 000 personnes sont officiellement dans l’attente d’accueillir un enfant.

Il est de fait que le corps des pupilles de l’Etat, c’est-à-dire des enfants remis au service de l’Aide sociale à l’enfance par leurs géniteurs aux fins d’être adoptés ou encore privés de parents sur décision de justice, et là  encore confiés à l’ASE, se rétrécit même si on relève une très légère hausse d’une année à l’autre.  Au 31 décembre 2015 ils étaient 2615 pour 2435 un an plus tôt. (1)

En 2016 1 106 enfants ont obtenu le statut de pupille, soit un peu plus d’ 1 admission pour 1000 naissances. Cette proportion varie de 0 à  4 selon les départements. A l’inverse, 986 enfants ont quitté en 2015 le statut de pupille par l’adoption ou la majorité.

On a certes retrouvé l’étiage des années 2003-2004, mais on reste loin des 3459 de 1995, a fortiori on est à des années-lumière des 150 000 pupilles de 1900 pour une population de 26 millions d’habitants, des 40 000 de 1960, et des 20 000 de 1980.

Déjà , de moins en moins d’enfants sont abandonnés. En 2015 on dénombre 600 accouchements avec demande de secret (pour 625 en 2014). Le fait que plus souvent qu’auparavant l’enfant soit désiré plus que subi, le statut fait aux mères isolées, les aides sociales fournies aux jeunes familles, mais surtout le fait que l’Aide sociale à l’enfance travaille depuis un siècle sur l’instauration ou la restauration du lien parents-enfant plutôt que sur sa rupture, tout contribue à  la baisse des abandons d’enfants .

Par ailleurs , moins de parents sont sanctionnés civilement par la justice : on privilégie, dans l’intérêt de l’enfant le soutien à la parentalité. 140 000 enfants sont accueillis physiquement chaque année directement ou indirectement par l’ASE, environ 120 000 en temps réel , mais dans l’immensité  des cas les parents sont présents dans l’univers de leur enfant et la famille est étayée par le service social pour exercer ses responsabilités. Le plus fréquemment l’enfant pourra retrouver sa place en son sein.

On s’en félicitera, même si l’on doit admettre que dans certains cas, par définition restreints, il faille rompre, et au plus tôt, une relation sans perspectives positives pour l’enfant (conf. la loi du 14 mars 2016 avec la révision régulière, voire tous les 6 mois, pour les moins de 2 ans, du statut de l’enfant).

Ajoutons que la majorité des personnes, mariées ou non, qui postulent à  accueillir un enfant par l’adoption, recherchent un enfant de moins de trois mois de type européen, en bonne santé quand, dans leur majorité, les 2615 enfants adoptables recueillis par l’ASE sont âgés de plus de 3 ans – 7ans et demi en moyenne -, porteurs de handicap ou en fratrie.

On conçoit alors que ces personnes aujourd’hui officiellement en quête d’accueillir un enfant  envisagent de se tourner vers l’international. Dans les années 80-90 pour un enfant français adopté en France, 4 à  5 venaient de l’étranger (Roumanie, Chine, Corée, etc.). Là  encore, depuis une vingtaine d’années, les difficultés se sont accumulées.

Nous avons tous la représentation,  alimentée quotidiennement par les médias, que le monde regorge d’enfants délaissés, abandonnés, victimes de tous les conflits possibles et sans famille pour les protéger. La réalité est bien celle-là , mais dans le même temps il y a un fossé pour faire de ces enfants des enfants adoptables légalement.

En effet, et là  encore on s’en réjouira pour les enfants du monde, de plus en plus de pays d’origine ont ratifié la Convention de La Haye du 29 mai 1993 qui veut notamment que les enfants doivent être en priori élevés dans leur famille ou adoptés dans leur propre pays. Dans de nombreux pays en voie de développement traditionnellement pourvoyeurs d’enfants adoptables, les efforts déployés pour aider les familles à élever leurs enfants portent leurs fruits. Par ailleurs les pays d’origine fixent leurs propres critères : âge des adoptants, nombre d’années de mariage, etc. . Last but not the least, la plupart refusent l’adoption par des personnes homosexuelles et ont tendance à  se fermer à l’adoption par les célibataires quand ces verrous ont sauté en France.

Tous comptes faits, au minimum les délais d’attente s’allongent -  3-4 ans en moyenne et 6 ans pour la Chine ! Quand l’attente n’est pas purement vaine par les voies officielles avec à la clé une grande souffrance pour ceux qui ont investi affectivement et financièrement sur un projet d’enfant.

Alors qu’en 2011 2 000 enfants venant de l’étranger avaient été adoptés par des familles françaises, seulement 1 569 l’ont été en 2012. En 2005, on en dénombrait 4136.

Ces chiffres ont encore baissé en 2016 : l’adoption internationale concerne 956 enfants avec une augmentation par rapport à  2015 liée au déblocage de la  situation en RDC. On a donc retrouvé en 2015 le chiffre – 935 –  de 1990.

Ajoutons que jusqu’en 2005-2006, on pouvait adopter des enfants encore petits, mais que désormais, la plupart des pays font adopter les bébés en bonne santé chez eux et proposent à  l’adoption internationale des enfants plus grands et aux besoins spécifiques, c’est-à-dire des fratries, des enfants malades ou handicapés. Si nombre de nos compatriotes se mobilisent pour répondre à cette attente, on peut comprendre que la démarche ne soit pas aisée pour tous.

Certains – c’était le ressort initial de ce qui devait devenir la loi Protection de l’enfance-adoption du 14 mars 2016 – demeurent convaincus, par méconnaissance de l’institution, que l’Aide sociale à  l’enfance recèle nombre qui pourraient être adoptés si on les rendait juridiquement adoptables. Régulièrement on relève des velléités de faire fonctionner la machine à  déclarer délaissés les enfants de l’ASE afin de « les proposer » à  l’adoption. Ainsi on satisferait les candidats à  l’adoption et, au passage, inconscience mais réalisme ,  on réduirait les coûts de prise en charge physique pour des services de l’ASE qui commencent pour la première fois depuis des décennies à  tirer la langue (2).

En vérité, ce n’est qu’à  la marge qu’on pourra, plus souvent que ce n’est le cas aujourd’hui, faire un projet d’adoption pour un enfant accueilli par l’ASE. Qui plus est, s’agissant d’enfants âgés, il faudra imaginer recourir à l’adoption simple qui ne rompt pas le lien avec la famille biologique, mais ajoute une filiation à l’enfant. Cette solution ne répondre pas toujours à l’attentes des « candidats » qui attendent que l’enfant devienne le leur. On peut envisager que quelques centaines d’enfants seront ainsi adoptés qui ne l’ont pas été jusqu’ici.

Tant mieux a priori pour ces enfants-là , mais le problème des adultes qui entendent accueillir un enfant restera entier. Ne nous berçons pas d’illusion et ne pervertissons pas la mission de l’ASE pour ce fol objectif. L’enjeu de l’ASE demeure les enfants ; pas les adultes en quête d’enfants.

Si beaucoup d’aspirants-parents renoncent à  leur projet d’adoption, on comprend que d’autres jouent la carte de la procréatique en France ou à l’étranger quitte à  tutoyer la loi française. Certains, et pas seulement en France, sont même prêts à  soulever des montagnes, à  engager de grosses sommes, voire carrément à  passer dans l’illégalité pour satisfaire leur aspiration à être parent.

On doit entendre ce désir d’enfant. Il reste pour autant difficile de consacrer un droit à l’enfant. D’ailleurs comment la puissance publique pourrait-elle le gager ? L’enfant à  tout prix ne peut être qu’une stratégie dangereuse où la fin justifie les moyens, y compris des enlèvements d’enfants ou certaines pratiques procréatiques comme la PMA sans limites ou la GPA avec ce qu’elle véhicule comme représentation de la femme-ventre à louer  et de l’enfant-objet.

(1) Etudes de l’ONPE sur les pupilles de l’Etat au 31 décembre 2015

(2) L’augmentation du budget ASE n’est que de 40 millions de 2015 à  2016 sur un budget global de 7 milliards 250 millions

Une chance pour la politique publique de protection de l’enfance d’être reconnue (636)

avocats006_17_1Après un parcours de quelques 18 mois la proposition de loi relative à la protection de l’enfant sera parvenue à bon port en sauvegardant l’essentiel de son substrat premier malgré les résistances rencontrées, notamment du Sénat, sur ses dispositions les plus politiques. On s’en réjouira malgré ses lacunes dans la mesure où elle offre enfin l’opportunité à cette politique publique essentielle d’être visible et de retrouver une dynamique pour contribuer à ne pas laisser sur la route une partie des enfants de France (loi du 14 mars publiée au JORF le 15 mars 2016).
La mise en œuvre de la loi s’inscrira dans le travail engagé par gouvernement à travers sa « Feuille de route sur la protection de l’enfance ».

Un brin d’histoire
Le soudain abandon en janvier 2014 suite à une n IIème manifestation des opposants au « Mariage pour tous » du projet de loi Famille promis par le président de la République et impulsé par Mme Bertinotti, alors même qu’il n’avait pas encore été rédigé, devait ouvrir la voie, dixit le premier ministre Jean Marc Ayrault à un travail parlementaire. Il n’était pas question de renoncer au travail mené jusque-là en laissant le dernier mot à la rue !
La première initiative parlementaire porterait sur « Autorité parentale et intérêt de l’enfant » Mme Chapdelaine s’y colla avec M. Binet en improvisant un texte adopté rapidement en première lecture le 27 juin 2014 par l’Assemblée pour … rester depuis en cale sèche. Pourtant ces dispositions, certes largement perfectibles, sont attendues puisqu’elles s’attachent notamment à définir qui exerce et en quoi les responsabilités parentales sur l’enfant. Les droits sur les actes de la vie courante à reconnaitre aux beaux-parents concernent 6 millions de personnes : 1 million et demi d’enfants et 4,5 millions d’adultes.
L’autre proposition de loi devait porter sur « La protection de l‘enfance et l’adoption » à l’initiative de la sénatrice Mme Michelle Meunier qui s’appuyerait non seulement sur le travail impulsé par Mme Bertinotti, mais aussi tout logiquement sur le rapport rédigé avec sa collègue Mme Muguette Dini.
C’est donc au Sénat que la loi « Protection de l’enfance » engagea son parcours pour être rapidement détricotée par l’institution de palais du Luxembourg, spécialement sur les dispositions portant sur la gouvernance.
Il fallut l’opiniâtreté de Laurence Rossignol, nouvelle secrétaire d’Etat, succédant à Mme Bertinotti et promue ministre de plein exercice en 2016, pour que le texte trace sa route avec le soutien des députés et finalement parvenir vaincre les résistances sénatoriales.
Ce texte est donc d’origine et d’écriture parlementaire. Le gouvernement a entendu y introduire des novations, mais il a été contraint par les termes même de l’exercice. D’où ses limites.

Quels étaient les principaux enjeux?
Au cœur de ce texte le souci de sécuriser le parcours des enfants accueillis par l’aide sociale à l’enfance en prenant en compte leurs besoins par-delà les droits des parents et donc rééquilibrer un dispositif jugé trop pro-famille. Mais par-delà ces enjeux « techniques » non négligeables, l’intérêt de cette loi est d’abord politique : créer les conditions d’un débat public régulier et efficient sur les politiques suivies en matière de protection de l’enfance. (Conf. le commentaire sur http://www.rosenczveig). C’est sur ce point que le Sénat c’est systématiquement opposé durant tout le parcours parlementaire.

copy-Petitjuge.jpgPourquoi ?
On sait qu’en 1982-1984 la compétence sur l’aide sociale à l‘enfance – avec la PMI, et l‘action sociale – a été déléguée aux conseils alors généraux. Pour autant l’Etat n’a pas été dépossédé de sa compétence en matière de protection de l’enfance.
Le transfert des compétences n’a pas été total. On est dans un régime de coresponsabilité. Si on a affirmé la primauté de l’administratif sur le judiciaire, donc du conseil départemental et de son président sur l’Etat loi du 5 mars, ce dernier n’est pas dépossédé. Il lui revient ainsi de fixer les règles du jeu générales valables pour tous, y compris pour les autorités décentralisées. Il assume le contrôle de l’égalité et s’il le fallait, on l’oublierait, à travers le préfet, il pourrait inscrire au budget départemental les financements nécessaires aux dépenses obligatoires si le département avait un oubli.
Surtout la protection de l’enfance reste au sens large une compétence conjointe dans laquelle l’Etat a notamment conservé le service social scolaire et la santé scolaire sans compter la psychiatrie infantile, la police et la justice de mineurs. Et puis qui rend des comptes à l’international sur le dispositif de protection de l’enfance, sinon l’Etat ?
Bref, l’Etat n’est pas illégitime à souhaiter qu’il y ait au plan national une démarche d’évaluation, de réflexion et pourquoi pas de définition d’objectifs, démarche valable pour l’ensemble du pays dans le respect des politiques territoriales spécifiques et des efforts particuliers qui peuvent y être faits dans le cadre de la liberté d’agir dont disposent les collectivités locales. Les départements sont libres de s’organiser et de mettre l’accent sur tel plan, mais l’Etat est tout aussi légitime à avoir le souci des actions développées ; il peut suggérer et inciter, il peut évaluer.
C’est au final ce point de vue que l’Assemblée nationale a pu faire prévaloir dans le processus parlementaire, la commission mixte paritaire ayant échoué, en rétablissant régulièrement les dispositions que le Sénat supprimait de la proposition de loi Meunier. On s’en réjouira.
L’article L. 112-3 du code de l’action sociale et des familles est donc ainsi enrichi :
« Il est institué auprès du Premier ministre un Conseil national de la protection de l’enfance, chargé de proposer au Gouvernement les orientations nationales de la politique de protection de l’enfance, de formuler des avis sur toute question s’y rattachant et d’en évaluer la mise en œuvre. Ce conseil promeut la convergence des politiques menées au niveau local, dans le respect de la libre administration des collectivités territoriales. Ses missions, sa composition et ses modalités de fonctionnement sont définies par décret. »
D’autres secteurs ont su se doter de cette organisation qui respecte les missions des uns et des autres, mais conduit dans l’intérêt de l’objectif à s’asseoir régulièrement autour d’une même table. C’est déjà le cas pour l’exclusion avec le conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) et le secteur du handicap avec le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNDPH).
Le dispositif adopté par la loi du 14 mar 2016 répond aux attentes du secteur associatif habilité et professionnalisé – le SAH -, mais aussi des associations militant pour les droits de l’enfant – et encore du Comité des droits de l’enfant de Genève. Reste à voir comment ce dispositif se mettra en place et l’influence qu’il jouera sur l’évolution concrète de notre dispositif de protection de l’enfance.

avocat_jeuneDemain ?
On doit attendre de ce dispositif qu’enfin on parle de la protection de l’enfance autrement qu’à travers ses dysfonctionnements qui réels ne la résument pas.
Qui sait que l’ASE suit quelques 300 000 enfants chaque année : 140 000 environ sont accueillis physiquement – dont 110 000 à un instant T – et 150 000 vivant avec leurs parents sont accompagnés par les travailleurs joviaux dit de milieu ouvert. Ajoutons – même s’il peut y avoir des recoupements – les 150 000 enfants qui bénéficient d’aides financières (secours d’urgence ou allocations mensuelle).
Le budget consolidé consacré par les départements – eux-mêmes bénéficiaires de la dotation globale de fonctionnement versée par l‘Etat – est de 7,3 milliards d’euros l’an. Une paille ! Jusqu’à peu ces budgets étaient non seulement sanctuarisés, mais en augmentation. Il faut bien évidemment y ajouter le financement de la PMI, soit un peu moins d’un milliard d’euros
Effort majeur de la collectivité nationale qui n’empêche pas l’image négative que trop souvent ces services sociaux ont. On se représente encore trop souvent l’aide sociale à l’enfance à travers la DDASS d’avant décentralisation, sinon derrière l‘image de l’Assistance publique de Saint Vincent de Paul avec ses foyers-châteaux dissimulés derrière des hauts murs et ses enfants en capotes bleues à boutons dorés.
Pourtant on est loin aujourd’hui de ces représentations. Avec la loi de 2007 on voit même des enfants confiés juridiquement à l’ASE désormais responsable de leur protection et de leur éducation demeurer à plein temps dans leur famille ! D’autres enfants sont pris en charge dans des lieux d’accueil collectifs comme des appartements ou pavillons fondus dans le milieu urbain. La plupart sont accueillis dans des familles d’accueil professionnalisées à 100 000 lieues des Tenardier. Demain, avec la nouvelle loi, ils pourront être confiés par président du CD à des tiers digne de confiance comme le juge des enfants le pratiquent déjà.
On imagine toujours que l’ASE regorge d’enfants abandonnés en attente d’être adoptés. Les pupilles de l’Etat étaient 150 000 en 1900 pour 26 millions d’habitants ; ils sont aujourd’hui 2300 pour une population passée à 68 millions.
Plus que jamais la loi de 2016 entend veiller à ce qu’un projet personnalisé soit formé pour chaque enfant pris en charge par l’ASE avec le souci si l’enfant ne peut pas rejoindre le domicile de ses parents qui légalement est aussi le sien, de voir sa situation clarifiée à travers un projet de vie formé pour lui et avec lui qui passe peut être par une adoption mais peut prendre d’autres formes.
Bref on se réjouira qu’avec le futur Conseil national de protection de l’enfance on puisse 1) avoir des bilans régulièrement dressés de notre dispositif, 2) dégager des objectifs prioritaires dégagés et 3) évaluer les actions menées au regard des objectifs précédents dégagés.
On devra en arriver à définir le standard de base des politiques publiques de protection de l’enfance. Des recherches et des travaux alimenteront cette démarche ; les formations des professionnels seront adaptées par les instituts spécialisés et les universités. Les médias en seront informés et pourront suivre régulièrement ces évolutions et remettre en perspective les défaillances qui pourront survenir.

Une visibilité pour un regard critique, mais ensuite ?

Pour reprendre l’objectif de Laurence Rossignol la protection de l’enfance a enfin une chance de « sortir de l’angle mort des politiques publiques » là où personne ne regarde faute de s’intéresser réellement à ces enfants.
En se réjouissant de ce travail parlementaire de nombreux sujets n’ont été qu’abordés dans ce texte qui doivent demain être traités.
Par exemples,
-la situation des 18-21 ans issue de l’abaissement de la majorité civile de 21 à 18 ans par le président Giscard d’Estaing appelle à abroger les textes de 1975 pour adopter un dispositif vidant 18-…. 25 ans ;
– la remise à plat du dispositif de prise en charge des mineurs étrangers non accompagnés (MEMA) après la circulaire Taubira de mai 2013 ;
– l’adoption doit être revisitée pour à la fois créer un lien sécure pour l‘enfant qui entre dans une famille sans pour autant gomme son histoire ; l
– la question du partage d’informations après les deux lois de 2007 partiellement contradictoires doit être clarifiée quand les éducateurs de la Prévention spécialisée – par ailleurs menacée dans son existence – appelés à se rendre aller de l’autre côté de la fracture sociale sont interpellés par les maires et les policiers sur ce qu’ils y ont vu. (Arrive bientôt le texte sur la commununication par la justice à l’education nationale des informaitons sur enseignants mis en cause dans des affaires pénales sur enfants.
– la condamnation des châtiments corporels
A peine effleurés par la loi nouvelle les sujets doivent être traités au fond ne manquent pas.
On peut y ajouter la nécessité de sortir de l’ornière le texte adopté le 27 juin 2014 sur « autorité parentale et intérêt de l’enfant » qui tente de clarifie les responsabilités entre parents et beaux-parents – 6 millions de personnes dont concernées –

Reste l’essentiel : ne pas perdre les acteurs professionnels de la société civile
La puissance publique d’Etat et territoriale est démunie sans troupes sociales.
Il lui faut déjà restaurer aux yeux de l’opinion et des politiques l’image des travailleurs sociaux, ces nouveaux fantassins de la République. Leur travail est méconnu. Ils y sont certes pour quelques chose rn ne communiquant pas comme il le faudrait. Il faut déjà mieux les prendre en compte notamment par leur statut pour qu’ils s’inscrivent pleinement et sur la durée dans leurs responsabilités.
Il faut encore s’attacher à créer les conditions de survie du secteur associatif habilité qui gère l’essentiel de la mission de service public sur délégation. Or elles sont souvent étranglées et asphyxiées financièrement ; elles ne trouvent pas toujours les volontaires pour les gérer surtout quand elles deviennent de petites PME avec de dizaines et des centaines de salariées et des millions de budget. Ce secteur civil est essentiel au ciment social auquel nous aspirons et à la paix sociale. Le négliger serait une erreur massive.

On le voit le chantier est important mais aussi vital quand l’enjeu politique – plus encore depuis 2015 – est b ien d’éviter qu’une partie de la jeunesse de France bascule vers les mafieux ou les djihadistes qui le exploiteront. Dans le temps où il faut répondre en terme de sécurité à tous les dangers que présentent ceux qui ne sont embrigadés avec les uns ou les autres ou sont en passe de le faire, il faut – c’est une démarche de prévention primaire – ne pas laisser décrocher les plus jeunes qui demain pourraient nourrir ces réseaux qui se constituent devant nos yeux.
Si une mesure s’imposait ce serait plus que jamais que mettre du social à l’école quand nul n’ignore que le secteur de la santé scolaire et le service social scolaire sont sinistrés et que la situation de la PMI et de la Prévention spécialisée est aujourd’hui menacée. Ouvrons les yeux. Tous les services sociaux de première proximité avec les populations fragilisées ou en doute avec la République sont en difficulté quand on attend plus d’eux. Réveillons-nous. A défaut le risque est majeur d’un immense apartheid qui nous sera fatal.

1 – http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/feuille de route protection enfance 2015-2017-3pdf
2 – Dès l’intitulé étaient affichées les limites politiques du texte incapable de concevoir qu’il faut désormais parler de responsabilités parentales et non plus d’autorité parentale – l’autorité est inhérente à la responsabilité et sa condition.– et en se refusant à parler des droits de l’enfant, thème préempté par la manifestation anti mariage homosexuel pour lui préférer ce concept régressif sur le plan juridique d’intérêt de l’enfant !
3 – L’improvisation était d’autant plus réelle que les parlementaires ne disposaient pas officiellement des quatre rapports remis à Mme Bertinotti. 1) A. Gouttenoire « 40 propositions pour adapter la protection de l’enfance et adoption », 2) I. Théry sur La filiation, 3) C. Brisset sur La médiation, 4) JP Rosenczveig-Diouf sur « Les nouveaux droits des enfants », janvier 2014
4 – Rapport n° 655 du 25 juin 2014