
« Accablant »dixit Le Monde (9/10 aout 2026) visant le constat dressé par le Garde des Sceaux Gérald Darmanin sur le traitement des violences sexuelles sur enfant. On pourrait ajouter sévère, affligeant, dramatique et tant d’autres qualificatifs sur ce qui se dévoile désormais.
Et déjà, enfin lucide. Ce n’est pas le moindre mérite de la démarche engagée par le ministre de la justice à la suite du drame supporté par la petite Lyhanna, enlevée, violée et tuée en juin, certes contraint et force après l’émotion suscitée par les violences infligées a la fillette et les dysfonctionnements patents aux yeux de tous, même profanes. En ordonnant que soient passées en revue avant le 14 juillet les quelques 60 000 procédures enregistrées il en est résulté un mouvement sans précédent consistant notamment à réévaluer sensiblement nombre de d’affaires, avec l’engagement de poursuites jugées jusque-là impossibles ou inopportunes. Au final, pas moins de 945 placements en détention provisoires en un seul mois. Un chiffre faramineux ! Démonstration, s’il en fallait, des trous dans la raquette judiciaire : le classement sans suite volait haut jusqu’alors. Le plus souvent faute de « preuves » tangible au sens judiciaire permettant d’entrainer une condamnation. Incroyable quand nombre de ces faits bien sont bien réels.
Mais il y a pire: les Procureurs généraux ont découvert que nombre de plaintes déposées à la police, faisant ou non l’objet d’enquêtes, n’étaient pas connues de la justice. On parle même de procédures « fantômes » naviguant de service de police en service sans que le parquet en soit informé au mépris de la loi et même, parfois, sans avoir été enregistrées.
Au point où on peut désormais avancer qu’en réalité 85 000 procédures sont en cours. Soit 20% de plus que le chiffre diffusé par la Chancellerie au lendemain du drame. Une paille ! Comment mener une politique efficace sur un sujet sociologiquement mal connu ?
Saluons donc objectivement la démarche politique orignale de Gerald Darmanin qui l’a initiée en vrai politique qu’il est, conscient qu’une réponse forte s’imposait. 0n n’a pas mémoire d’avoir vu un Garde des Sceaux souffler un tel vent dans les bronches judiciaires. Il le fallait au regard des affaires connues ; en espérant que ce sera utile pour les affaites à venir.
Les rapports des 32 Procureurs généraux qui servent de base au courrier de 12 pages – non révélé in extenso – du Ministre à son homologue de l‘Intérieur démontrent ainsi que le dossier du traitement des violences sexuelles sur mineurs est, l’honnêteté intellectuelle veut de l’admettre, bien plus grave et déjà plus lourd que quiconque l’imaginait à travers les défaillances relevées. Tous l’admettront.
De telle sorte qu’en l’état il est inutile de donner la moindre instruction ou recommandation aux services de police ou aux juridictions : enquêteurs et magistrats sont sur le pont … en attendant une autre priorité nationale qui les remuera et les mobilisera comme la lutte contre le terrorisme, le narcotrafic ou les violences urbaines ou tout simplement les féminicides. Le temps n’est plus aux ordres incantatoires, mais à la mobilisation et à l’action.
Il y aura un avant et un après Lyhanna comme il y a eu un avant et un après David, l‘enfant sorti en 1982 du placard où il était enfermé depuis deux ans. La France a découvert que ses enfants pouvaient être maltraités et que le rapport que venait de publier le dr Strauss reposait sur une dure réalité. Il en est résulté une première mobilisation interministérielle avec les instructions données en 1983 par le premier ministre Pierrre Mauroy. Aujourd’hui après le drame de Lyhanna le dossier « Violences sexuelles à enfants » ne peut plus se refermer.
C’est la première leçon à tirer.
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La démarche de l’ancien ministre de l’intérieur est aussi habile en envoyant la balle au loin possible de ses propres services actuels quitte à s’arroser lui-même pour ses responsabilités passées à l’Intérieur.
C’est le moins qu’on puisse dire que le ministre de la justice rhabille pour l’hiver son ancien ministère, police et gendarmerie :
– des affaires en nombre qui n’ont pas l’objet du moindre acte d’enquête qu’adnés faits apparaissent d’évidence établis
– des procédures jamais transmises aux parquets quand cette information est obligatoire – des outils informatiques obsolètes, en réfection depuis … 10 ans, voire une informatique perverse apparemment à réimprimer des pièces de dossier quand elles avaient été dématérialisées pour gagner en efficacité.
– des enquêteurs non spécialises du fait des postes non pourvus dans les services ad hoc montés voici peu et au final non formes.
– des policiers et gendarmes ; plus que submergés, littéralement noyés. Comment un service de trois enquêteurs pourrait-il enquêter sur 300 dossiers dans le même temps
– et bien évidemment un manque d’intérêt partagé pour ces procédures délicates à tous points de vue et déjà sur le plan humain car elles ne laissent jamais indifférentes la femme ou l’homme, la mère ou le père qui est sous la carapace professionnelle.
etc.
Autant de constats consternants, avec exemples et chiffres incontestables à l’appui pour les services de police sous la signature d’une autorité majeure de la République qui pèsent sur la balance plus qu’on pouvait l’imaginer.
On comprend les réactions des syndicats de policiers convaincus d’être poignardés dans le dos par leur ancien chef qui oublie sa propre réforme de l’organisation départementale des services de police qui a contribué comme nombre le craignaient à déshabiller les services d’investigation pour tout simplement faire face aux problèmes de sécurité publique. Et d’ailleurs certains ne cachent pas d’y avoir succombé et l’assument vis-à-vis des parquets généraux. Un constat sévère qui pourrait dans l‘approche binaire qui commande souvent le débat politique escamoter tout le travail extraordinaire fait au quotidien par de milliers de policiers et de gendarmes depuis les années 80.
Les défaillances judiciaires, toutes aussi énormes mises en évidence en direct dès juin 2026 ne peuvent pas être estompées : oubli de consulter les fichiers des antécédents, manque d’engagement fermes sur les procédures pour veiller à des investigations qui permettraient d’échapper au classement sans suite pour ne pas avoir su dépasser le parole contre parole favorable finalement au prédateur en recherchant des indices matériels comme les consultations de sites ou les téléphones, etc.
Les défaillances et les failles des différents pans du dispositif sont bien partagées. Il serait de peu d’intérêt de compter les points ! Et tel est bien l’écueil à éviter : opposer les deux institutions quand en plus d’autres devraient aussi être interpellées comme l’Education nationale qui oublie de signaler au parquet des comportement « non appropriés ».
En vérité nous sommes tous responsables de ce qui peut apparaitre sinon un fiasco, mais au moins une lourde défaillance institutionnelle. Ce disant il ne s’agit pas de noyer le poisson pour éviter au final toute remise en cause. Bien au contraire : il s’agit d’éviter le piège dont personne ne sortira gagnant, notamment les victimes actuelles ou potentielles. Affirmons-le nettement à l’aune du travail lucide et sérieux même si on en connait les limites scientifiques qui vient d’être mené : le mal est profond quand certaines tolérances sociales perdurent à l’égard de ces violences faites aux enfants et que les réponses ne sont toujours pas à la hauteur
Nous les premiers sommes responsables qui avons dans les années 80 contribué à libérer la parole des enfants. Nous n’avons pas assez réfléchi alors à l’étape suivante, sans doute parce que nous-même sous évaluions le drame. Nous attendions de passer d’un ru à une rivière, c’est un fleuve qui s’est présenté, les victimes accentuant le processus (cf les violences révélées dans l’Eglise) . Et relevons lucidement que nous avons échappé au tsunami des 5,5 millions de personnes victimes comme mineures. C’eut été un sinistre institutionnel quand déjà 85 000 procédures nous mettent la tête sous l’eau !
Des efforts énormes ont été déployés à tous les niveaux (budget, personnels, formation, protocoles de recueil de la parole des enfants comme le procédure NICHD; équipement comme les salles MELANIE et les UEPAD. Dernière illustration en date : le recours à des chiens pour apaiser les enfants victimes. Outre l’augmentation des moyens mobilisés, les lois ont été régulièrement adaptées sinon bouleversées comme en 2021 en posant l’interdit aux adultes plus qu’en s’attachant au consentement de la jeune personne supportant une relation sexuelle ou en s’attaquant à la prescription de l’action publique avec aujourd’hui en débat l’adoption de l’imprescriptibilité. On a travaillé les articulations inter-institutionnelles pour les améliorées même si on reste loin du compte et s’il faut remettre sans arrêt l’ouvrage sur le métier avec le turn over des professionnels et la modernisation des techniques.
Dès lors tout en conservant un regard critique- très critique même – donnons acte objectivement de ces efforts tout en constatant que d’évidence pas ils n’étaient pas au niveau des attentes, mais surtout des besoins que nul n’avait énoncé.
La responsabilité n’est donc pas celle des policiers, gendarmes ou magistrats par-delà les défaillances personnelles, mais celle de nos sincérités successives, individuelles et collectives, et de notre manque de rigueur et de sérieux dans le traitement du sujet.
De la même manière il faut dépasser l’approche partisane. Je peux témoigner qu’il y a eu une cohérence et un engagement de chacun depuis 40 ans, chacun apportant sa pierre en toute bonne foi, mais sans réellement toucher au problème. Il a manqué un plan fondé sur une analyse fine et un pilote. Conscients désormais de cette faille politique il nous faut passer à une autre échelle.
C »est la deuxième leçon à tirer de l’affaire Lyhanna
Il s’agit désormais de tirer les conséquences : à problème politique, réponse politique avec notamment un constat partagé et une programmation concrétisant un accord trans partisan sur les objectifs. En n’omettant pas que l’enjeu est certes de mieux répondre, mais aussi dans le même temps de prévenir de nouvelles situations donc en s’attachant à extirper autant que faire se peut ce cancer.
Le ministre de la justice invite le ministre de l’intérieur à aborder les questions techniques d’articulation des deux administrations. Il en est d’autres plus délicates délicates comme la tolérance à l’inceste. D’autres administrations doivent être mobilisées comme l’Education nationale, la culture ou les affaires sociales et la santé. Il faut mobiliser les travaux des sociétés savantes, les observations des victimes et des professionnels et utiliser des structures para admistratives comme le CNPE ou la CIIVISE. Au point où serait opportun que le premier ministre coordonne la manœuvre en associant les autres institutions et les membres du corps social – les médias notamment – concernés. Le Haut-commissariat institué en 2025 à l’enfance pourrait jouer ce rôle de fil rouge sur la durée.
Bref, un programme conséquent pour une cause d’envergure quand on mesure plusieurs décennies après les ravages causés par les prédateurs. En sera-t-on capables ? Je ne le parierai pas ! Mais paradoxalement la conjoncture politique peut le permettre.


