La réponse aux violences sexuelles à enfants : une question de société dépassant querelles partisanes ou institutionnelles (923)

 

La justice en marche

« Accablant »dixit Le Monde (9/10 aout 2026) visant le constat dressé par le Garde des Sceaux Gérald Darmanin sur le traitement des violences sexuelles sur enfant. On pourrait ajouter sévère, affligeant, dramatique et tant d’autres qualificatifs sur ce qui se dévoile désormais.

Et déjà, enfin lucide. Ce n’est pas le moindre mérite de la démarche engagée par le ministre de la justice à la suite du drame supporté par la petite Lyhanna, enlevée, violée et tuée en juin, certes contraint et force après l’émotion suscitée par les violences infligées a la fillette et les dysfonctionnements patents aux yeux de tous, même profanes. En ordonnant que soient passées en revue avant le 14 juillet les quelques 60 000 procédures enregistrées il en est résulté un mouvement sans précédent consistant notamment à réévaluer sensiblement nombre de d’affaires, avec l’engagement de poursuites jugées jusque-là impossibles ou inopportunes. Au final, pas moins de 945 placements en détention provisoires en un seul mois. Un chiffre faramineux ! Démonstration, s’il en fallait, des trous dans la raquette judiciaire : le classement sans suite volait haut jusqu’alors. Le plus souvent faute de « preuves » tangible au sens judiciaire permettant d’entrainer une condamnation. Incroyable quand nombre de ces faits bien sont bien réels.

Mais il y a pire: les Procureurs généraux ont découvert que nombre de plaintes déposées à la police, faisant ou non l’objet d’enquêtes, n’étaient pas connues de la justice. On parle même de procédures « fantômes » naviguant de service de police en service sans que le parquet en soit informé au mépris de la loi et même, parfois, sans avoir été enregistrées.

Au point où on peut désormais avancer qu’en réalité 85 000 procédures sont en cours. Soit 20% de plus que le chiffre diffusé par la Chancellerie au lendemain du drame. Une paille ! Comment mener une politique efficace sur un sujet sociologiquement mal connu ?

Saluons donc objectivement la démarche politique orignale de Gerald Darmanin qui l’a initiée en vrai politique qu’il est, conscient qu’une réponse forte s’imposait. 0n n’a pas mémoire d’avoir vu un Garde des Sceaux souffler un tel vent dans les bronches judiciaires. Il le fallait au regard des affaires connues ; en espérant que ce sera utile pour les affaites à venir.

Les rapports des 32 Procureurs généraux qui servent de base au courrier de 12 pages – non révélé in extenso – du Ministre à son homologue de l‘Intérieur démontrent ainsi que le dossier du traitement des violences sexuelles sur mineurs est, l’honnêteté intellectuelle veut de l’admettre, bien plus grave et déjà plus lourd que quiconque l’imaginait à travers les défaillances relevées. Tous l’admettront.

De telle sorte qu’en l’état il est inutile de donner la moindre instruction ou recommandation aux services de police ou aux juridictions : enquêteurs et magistrats sont sur le pont … en attendant une autre priorité nationale qui les remuera et les mobilisera comme la lutte contre le terrorisme, le narcotrafic ou les violences urbaines  ou tout simplement les féminicides. Le temps n’est plus aux ordres incantatoires, mais à la mobilisation et à l’action.

Il y aura un avant et un après Lyhanna comme il y a eu un avant et un après David, l‘enfant sorti en 1982 du placard où il était enfermé depuis deux ans. La France a découvert que ses enfants pouvaient être maltraités et que le rapport que venait de publier le dr Strauss reposait sur une dure réalité. Il en est résulté une première mobilisation interministérielle avec les instructions données en 1983 par le premier ministre Pierrre Mauroy. Aujourd’hui après le drame de Lyhanna le dossier « Violences sexuelles à enfants » ne peut plus se refermer.

C’est la première leçon à tirer.

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La démarche de l’ancien ministre de l’intérieur est aussi habile en envoyant la balle au loin possible de ses propres services actuels quitte à s’arroser lui-même pour ses responsabilités passées à l’Intérieur.

C’est le moins qu’on puisse dire que le ministre de la justice rhabille pour l’hiver son ancien ministère, police et gendarmerie :

– des affaires en nombre qui n’ont pas l’objet du moindre acte d’enquête qu’adnés faits apparaissent d’évidence établis

–  des procédures jamais transmises aux parquets quand cette information est obligatoire – des outils informatiques obsolètes, en réfection depuis … 10 ans, voire une informatique perverse apparemment à réimprimer des pièces de dossier quand elles avaient été dématérialisées pour gagner en efficacité.

– des enquêteurs non spécialises du fait des postes non pourvus dans les services ad hoc montés voici peu et au final non formes.

– des policiers et gendarmes ; plus que submergés, littéralement noyés. Comment un service de trois enquêteurs pourrait-il enquêter sur 300 dossiers dans le même temps

– et bien évidemment un manque d’intérêt partagé pour ces procédures délicates à tous points de vue et déjà sur le plan humain car elles ne laissent jamais indifférentes la femme ou l’homme, la mère ou le père qui est sous la carapace professionnelle.

etc.

Autant de constats consternants, avec exemples et chiffres incontestables à l’appui pour les services de police sous la signature d’une autorité majeure de la République qui pèsent sur la balance plus qu’on pouvait l’imaginer.

On comprend les réactions des syndicats de policiers convaincus d’être poignardés dans le dos par leur ancien chef qui oublie sa propre réforme de l’organisation départementale des services de police qui a contribué comme nombre le craignaient à déshabiller les services d’investigation pour tout simplement faire face aux problèmes de sécurité publique. Et d’ailleurs certains ne cachent pas d’y avoir succombé et l’assument vis-à-vis des parquets généraux. Un constat sévère qui pourrait dans l‘approche binaire qui commande souvent le débat politique escamoter tout le travail extraordinaire fait au quotidien par de milliers de policiers  et de gendarmes depuis les années 80.

Les défaillances judiciaires, toutes aussi énormes mises en évidence en direct dès juin 2026 ne peuvent pas être estompées : oubli de consulter les fichiers des antécédents, manque d’engagement fermes sur les procédures pour veiller à des investigations qui permettraient d’échapper au classement sans suite pour ne pas avoir su dépasser le parole contre parole favorable finalement au prédateur en recherchant des indices matériels comme les consultations de sites ou les téléphones, etc.

Les défaillances et les failles des  différents pans du dispositif sont bien partagées. Il serait de peu d’intérêt de compter les points ! Et tel est bien l’écueil à éviter : opposer les deux institutions quand en plus d’autres devraient aussi être interpellées comme l’Education nationale qui oublie de signaler au parquet des comportement « non appropriés ».

En vérité nous sommes tous responsables de ce qui peut apparaitre sinon un fiasco, mais au moins une lourde défaillance institutionnelle. Ce disant il ne s’agit pas de noyer le poisson pour éviter au final toute remise en cause. Bien au contraire : il s’agit d’éviter le piège dont personne ne sortira gagnant, notamment les victimes actuelles ou potentielles. Affirmons-le nettement à l’aune du travail lucide et sérieux même si on en connait les limites scientifiques qui vient d’être mené : le mal est profond quand certaines tolérances sociales perdurent à l’égard de ces violences faites aux enfants et que les réponses ne sont toujours pas à la hauteur

Nous les premiers sommes responsables qui avons dans les années 80 contribué à libérer la parole des enfants. Nous n’avons pas assez réfléchi alors à l’étape suivante, sans doute parce que nous-même sous évaluions le drame. Nous attendions de passer d’un ru à une rivière, c’est un fleuve qui s’est présenté, les victimes accentuant le processus (cf les violences révélées dans l’Eglise) . Et relevons lucidement que nous avons échappé au tsunami des 5,5 millions de personnes victimes comme mineures. C’eut été un sinistre institutionnel quand déjà 85 000 procédures nous mettent la tête sous l’eau !

Des efforts énormes ont été déployés à tous les niveaux (budget, personnels, formation, protocoles de recueil de la parole des enfants comme le procédure NICHD; équipement comme les salles MELANIE et les UEPAD. Dernière illustration en date : le recours à des chiens pour apaiser les enfants victimes. Outre l’augmentation des moyens mobilisés, les lois ont été régulièrement adaptées sinon bouleversées comme en 2021 en posant l’interdit aux adultes plus qu’en s’attachant au consentement de la jeune personne supportant une relation sexuelle  ou en s’attaquant à la prescription de l’action publique avec aujourd’hui en débat l’adoption de l’imprescriptibilité. On a travaillé les articulations inter-institutionnelles pour les améliorées même si on reste loin du compte et s’il faut remettre sans arrêt l’ouvrage sur le métier avec le turn over des professionnels et la modernisation des techniques.

Dès lors tout en conservant un regard critique- très critique même – donnons acte objectivement de ces efforts tout en constatant que d’évidence pas ils n’étaient pas au niveau des attentes, mais surtout des besoins que nul n’avait énoncé.

La responsabilité n’est donc pas celle des policiers, gendarmes ou magistrats par-delà les défaillances personnelles, mais celle de nos sincérités successives, individuelles et collectives, et de notre manque de rigueur et de sérieux dans le traitement du sujet.

De la même manière il faut dépasser l’approche partisane. Je peux témoigner qu’il y a eu une cohérence et un engagement de chacun depuis 40 ans, chacun apportant sa pierre en toute bonne foi, mais sans réellement toucher au problème. Il a manqué un plan fondé sur une analyse fine et un pilote. Conscients désormais de cette faille politique il nous faut passer à une autre échelle.

C »est la deuxième leçon à tirer de l’affaire Lyhanna

Il s’agit désormais de tirer les conséquences : à problème politique, réponse politique avec notamment un constat partagé et une programmation concrétisant un accord trans partisan sur les objectifs. En n’omettant pas que l’enjeu est certes de mieux répondre, mais aussi dans le même temps de prévenir de nouvelles situations donc en s’attachant à extirper autant que faire se peut ce cancer.

Le ministre de la justice invite le ministre de l’intérieur à aborder les questions techniques   d’articulation des deux administrations. Il en est d’autres plus délicates  délicates comme la tolérance à l’inceste. D’autres administrations doivent être mobilisées comme l’Education nationale, la culture ou les affaires sociales et la santé. Il faut mobiliser les travaux des sociétés savantes, les observations des victimes et des professionnels et utiliser des structures para admistratives comme le CNPE ou la CIIVISE. Au point où serait opportun que le premier ministre coordonne la manœuvre en associant les autres institutions et les membres du corps social – les médias notamment – concernés. Le Haut-commissariat institué en 2025 à l’enfance pourrait jouer ce rôle de fil rouge sur la durée.

Bref, un programme conséquent pour une cause d’envergure quand on mesure plusieurs décennies après les ravages causés par les prédateurs. En sera-t-on capables ? Je ne le parierai pas ! Mais paradoxalement la conjoncture politique peut le permettre.

 

Lyhanna : rendre justice aux enfants victimes et prévenir de nouveaux drames (92O)

L’effroi, bien sûr, en réalisant ce qu’a pu vivre Lyhanna et le drame qui s’abat sur ses proches.

La compassion naturellement.

La colère, aussi. Mais sans perdre la raison et l’incompréhension. Comment peut-on commettre de tels faits mais en l’espèce comment ne pas avoir pu empêcher au regard de ce que nous avons tous pu rapidement apprendre.

Nous nous posons tous des questions sur les dysfonctionnements apparents des service de l’Etat en charge

Deux inspections sont engagées. Leur travail sera rendu public. Attendons d’avoir les matériaux qu’elles vont recueillir, leurs analyses, sinon leurs conclusions pour être définitif.

Les interrogations sont nombreuses et massives. Des comptes devront être rendus Encore faut-il identifier les fautes pour engager ces responsabilités, mais aussi pour prévenir de nouveaux dysfonctionnements en prenant les dispositions adaptées

De multiples interrogations à percer.

Notamment

1 – Pourquoi n’a-t-on pas cerné au plus tôt – dès la troisième plainte reçue – le profil de prédateur du mise en cause. Il suffisait de consulter les deux fichiers de police et de justice à dimension nationale disponibles (le TAJ et CASSIOPPEE). Tout y est enregistré même les victimes . C’est le reflexe pour un parquetier ou un policier de les consulter. Pourquoi cet oubli ? Pourquoi la défaillance de l‘un des acteurs n’a pas été corrigée par l’implication de l’autre ? Etaient-ils mal renseignés ? On a raté l’occasion de rééclairer les faits de 2022 classés sans suite pour faute d’éléments probants?

2 – Pourquoi en 2025 le diagnostic de viol a-t-il tardé quand on avait la parole forte et nette de cette enfant de 11 ans relayé par sa mère, les examens médicaux attestant d’une pénétration par définition anormale. Un juge d’instruction pouvait déjà être saisi et des mesures d’ordre public prises. Certes l’enfant concernée était à l’abri du prédateur, mais d’autres enfants pouvaient être en danger. A preuve ce qui s(est passé.

3 – Pourquoi en 2025 faisant le diagnostic de nouveaux faits gravissimes devant être traités par un autre parquet ne pas l’avoir dans l’instant informé par téléphone ou par mail pour définir avec lui une stratégie plutôt que de lui envoyer le dossier par courrier parmi d’autres? Là encore peut être n’y avait-il pas de risque de réitération sur la victime, mais le prédateur – et cela a été le cas – pouvait s’attaquer à d’autres.

4 – Pourquoi finalement mandater une simple brigade de gendarmerie et pas un service d’enquête spécialisé sur ce type d’affaire délicate ? Pourquoi cette Brigade a-t-elle accepté cette mission sans réagir ? Là-encore on aurait dressé un premier profil du mis en cause qu’on n’aurait pas attendu pour l’interpellation et l‘audition comme on le fait a priori dans des situations plus linéaires

D’évidence, par-delà chaque à procédure, traitée à son rythme et séparément, la situation et la dangerosité du mis en cause n’a pas été appréhendée comme il eut fallu. Des magistrats et des services de police submergés, le nez collé à la vitre et gérant les urgences quotidiennes ? Une manque d’intelligence individuelle et collective ? Négligence ou incompétence ? les risques de la gestion à l’urgence ?

D’autres interrogations sont possibles

En 2021 l’Education nationale n’aurait pas informé le parquet du fait qu’elle licenciait son agent après une procédure disciplinaire pour « comportement inapproprié » sur une jeune fille.  Comment avancée aujourd’hui que ces fiats n’étaient pas d’une gravité justifiant le suivi de l’article 40 du CPP! Là-encore une occasion manquée pour recoller avec les faits de 2017 !

Et que penser de ceux qui désormais s’expriment pour dire qu’ils avaient à l’époque observé des faits et comportements préoccupants, qu’ils avaient eu des doutes au point  pour certains de mettre leurs enfants à l’écart. Il ne s’agit pas ici d’incriminer ces personnes, mais de relever combien, en temps réel, on peut facilement passer à côté de voyants lumineux à faible intensité qui après coup apparaissent comme évidents.

Une gendarmerie, service public par excellence, a-t-elle pu maltraiter des parents qui demandaient à savoir ce qu’il advenait de leur plainte?

Des responsabilités multiples

En vérité, sans en noyer une, les responsabilités dans ce fiasco dramatique sont nécessairement plurielles. Chacune doit être mise en cause sans que l’autre la justifie ou l‘excuse, tout au plus l’explique.

En premier lieu bien sur celle des acteurs dans la justice ou les services d’investigation avec leurs éventuelles failles personnelles.

S’ajoutent Indéniablement aussi des responsabilités institutionnelles avec la charge de travail exponentielle de la justice et des services d’enquête. 70 000 plaintes pénales par pour violences sexuelles sur enfants en 2024. 24 000 procédures ouvertes devant les juridictions pour atteinte sexuelle sur enfant, 12 500 pour viols sur mineurs. Combien à Toulouse, Agen et Auch ? Indépendamment de tout le reste du contentieux gérer ou du travail de parquet à traiter pour certains parquets en sous effectifs affichés.

Et que dire de  la responsabilité du politique lui-même qui à travers plusieurs dizaines de circulaires chaque année définit au gré de l’actualité – et de la dimension politique des sujets – des priorités successives avec une sincérité inexpugnables au 20 H devant la France prise à témoin: la sécurité urbaine, le narcotrafic, la pédocriminalité et l‘exploitation sexuelle des enfants ; les violences intrafamiliales, la délinquance économique, la pollution ou la délinquance financière, sans compter le terrorisme etc. Au quotidien les parquets, puis les juges, tentent de tout traiter au moins mal, effectivement en urgence le plus souvent, 24 h sur 24 365 jours l’an quand d’autres dorment.

Question au passage : le ministre de la justice – pas seulement l’actuel- -qui fixe ses priorités depuis la place Vendôme mobilise-t-il les moyens nécessaires à la mise en œuvre de ses instructions et les suit-il quitte à les réadapter comme il exige à juste titre que les magistrats de terrain suivent les instructions qu’ils donnent. Ou se complait-il à un affichage, une priorité chassant l’autre ? Sur cela aussi il faut réinvestiguer

Pour être en charge le pouvoir politique a bien compris qu’il allait lui -même répondre à l’opinion, qui plus est à l’orée d’une campagne électorale majeure. A fait exceptionnel posture originale. Les pouvoirs publics ont eu une réaction forte, rapide, exceptionnelle : réunion auprès du Premier d’entre eux des ministres concernés y compris celui des finances ;  prise de parole depuis l’étranger du président de la République réfutant tout débat sur  les moyens, et bien sûr les excuses publiques présentées au nom de l’Etat par le Garde des Sceaux.

Poussant le raisonnement, certains parleront de la nécessaire démission du Garde des Sceaux qui admet que l’administration dont il est responsable a principalement failli. Le chef doit assumer ! Sous d’autres cieux cette démission irait de soi. Appeler comme il se doit à la responsabilité personnelle oblige à la cohérence !

On se donnerait bonne conscience à bas prix quand il faut d’ores et déjà se tourner vers l’avenir.

Là encore attendons les rapports d’inspection pour distribuer les responsabilités

Et il sera intéressant d’entendre l’épouse du mise en cause sur ce qu’elle savait notamment   sur ces soirées pyjama ou ne savait pas du comportement de l’homme qu’elle côtoie.

Que se joue-t-il dans et par-delà cette affaire ?

Nous devons sans doute assumer les conséquences du grand mouvement engagé dans les années 80-90- pour libérer la parole des victimes (enfants, femmes violentées etc.) et déboucher les oreilles des acteurs du dispositif de protection. La vague déclenchée est plus importante que prévu

Indéniablement Beaucoup a été fait depuis 1981 où on s’est réveillé grâce au dr Pierre Srauss aux violences faites aux enfants et depuis avec la Parole libérée et le mouvement Me Too. Avec succès. Les moyens ont été augmenté d’une manière très significative mais, somme toute, pas à la hauteur au regard de l’ampleur des situations dévoilées et de ce qu’elles exigent pour être bien traitées. La faute majeure est sans doute là.  

Depuis 1980 on a collectivement pris conscience de l’ampleur et de l’impact des violences notamment sexuelles infligées aux enfants. Quantitativement on en appréhende désormais l’importance réelle avec notamment l’enquête de l’INSERM (2020) qui relève que 5,5 millions d’adultes soit quand même 10% de cette population affirment avoir été victimes de violences sexuelles dans leur enfance, dont 3 millions en famille. Mieux on a enfin pris conscience de l’impact que ces violences pouvaient avoir sur l’ensemble de l’itinéraire de vie et même sur ceux qui l’environnent

Sans attendre ces travaux et bien d’autres, instinctivement, depuis 1980, a durci notre droit avec des peines bien plus sévères notamment en cas d’atteinte sexuelle et bien sur le viol. On a introduit –bataille difficile – le mot inceste dans notre code pénal. Surtout – loi de 2021 acquise de haute lutte après l’échec de 2018  – on a posé le principe que tout acte de pénétration sexuelle d’un adulte sur un enfant de moins de 15 ans était un viol quelle qu’ait pu être l’attitude ou la posture prise par l’enfant. Fini du débat sur le discernement avant 15 ans quand l’auteur est majeur. Par définition c’est un crime.

On va jusqu’à combattre l’exploitation sexuelle – le safari sexuel – d’enfant à l’étranger commis par des français ou des étrangers résidant habituellement en France. On condamner la représentation pédocriminelle en dessin de l’enfant.

Les techniques d’audition (cf le travail du centre de la police de Gy sur Yvette mené par Carole Mariage et Thierry Terrauba)ont progressé. On a introduit et généralisé la procédure MELANIE venue du Québec via la Réunion, puis le protocole international NICHD applicable tant devant les services de police que les juridictions. On s’est mis en place des services spécialisé. Dernière illustration en date : le recours des chiens d’accompagnement qui apaisent les enfants et facilitent leur expression. On a mis des antennes judiciaires spécialisées dans les hôpitaux – UAPED – pour recueillir les données médicales indispensables, etc. Surtout on a formé nombre de professionnels à l’écoute des enfants victimes et facilite leur coordination. On a amélioré l’accompagnement (avocats, psychologues, compensation financière, etc.) des victimes souvent esseulées ne connaissant par leurs droits comme celui de passer outre à un classement sans suite du parquet…

Bien évidemment il y a des trous dans la raquette avec des disparités territoriales ou le manque de structures de suivi et de soin du trauma étant observé ici que l‘ensemble du dispositif de protection de l’enfance traverse une crise majeure liée à une augmentation singulière (+40%)  depuis 2000 du nombre de situations à traiter

On a facilité l’exercice de l’action publique en reculant le départ du délai de prescription à la majorité de la victime. Déjà le délai de prescription a été singulièrement allongé (30 ans pour les enfants victimes de crimes pour 20 quand la victime est adulte). On a mis en place un dispositif de « prescription glissante » pour mieux s’attacher au prédateur en série. La circulaire Dupont-Moretti de 2021 invite les parquets à diligenter des enquêtes de police alors même que l’on qu’il ne pourra pas avoir de poursuites pénales afin que justice de «combattre un éventuel droit à l’oubli ». Il sera établi que l’un est le prédateur, l’autre la victime.  On s’est engagé sur une justice hors les murs des tribunaux, la justice restaurative. Ne parlons pas des procès médiatiques dans la foulée de Me Too qui n’ont de justice que le mot !

On ne compte plus les instructions ministérielles, les guides, les formations, les instances type CIIVISE et les coordinations mises en place pour mieux réagir à cette pédocriminalité. Des débats sont ouverts comme celui de l’imprescriptibilité qu’il nous faut percer.

Pourtant force est d’observer que tout cela reste encore largement insuffisant. En proportion, peu d’affaires débouchent sur une condamnation et surtout les faits révélés croissent.

Tous s’accordent pour dire que l’affaire d’Outreau aura contribué à faire régresser la prise en compte de la parole des enfants alors même que tus les enfants concernés avaient été victimes de violences. Ils ont dit leur vérité, mais le mauvais traitement de leur témoignage par non-respect du protocole applicable à conduit à mettre en cause certaines personnes innocentes

Rendre des comptes ?

Alors il faut demander les comptes à ceux qui ont pu commettre des fautes personnelles sur plusieurs registres. Déjà aux professionnels impliqués en engageant si nécessaire leur responsabilité disciplinaire pour négligence, mais aussi parfois leur responsabilité pénale (ex. pour non-assistance à personne en péril ou non dénonciation de crime, etc.), voire leur responsabilité civile avec l’obligation de réparer financièrement le dommage causé sachant que sur l’employeur – et déjà l’État – doit prendre le relais.  Sans compter la responsabilité morale bien évidemment qui pèse et pèsera sur chacun d’entre eux.

Sans que l’un exclue l’autre – pas question d’une culture de l’excuse – les responsables institutionnels – l’Etat en premier lieu – devront rendre compte de leurs propres défaillances.

Rendre justice et prévenir

Reste qu’on ne sera pas quitte si on ne s’interroge sur l’ensemble des moyens et dispositifs mobilisés, non seulement pour rendre justice à ceux qui d’ores et déjà ont été victimes, mais pour prévenir autant que possible de nouveaux passage à l’acte sans imaginer – réalisme humain oblige – pouvoir éradiquer ces crimes.

Il faut déjà rappeler publiquement, haut et fort l’interdit légal et le relégitimer au regard des violences infligées quand il y a encore trois décennies certains – Gabriel Matzneff notamment – prétendaient rendre service aux enfants qu’ils initiaient dans leur droit à la sexualité

Il faut plus que jamais améliorer notre dispositif de recueil et de traitement des faits préoccupants qui, sans être à eux seuls condamnables, inquiètent au regard des personnes concernés ou du lieu. Tout simplement tenir un viol ou des attouchement sur enfant comme des faits gravissimes en soi.

Bien évidemment il faut s’attacher aux antécédents de ceux qui sont au contact des enfants. La loi de 2022 est perfectible ; il sera revu d’ici la fin de cette législature pour être singulièrement complété.

A l’autre bout de la chaine il faut s’attacher aux prédateurs dont nombre – pas nécessairement – sont malades et appellent à une aide médicale et psychologique pour contenir leurs pulsions. Quels dispositifs développe-t-on ? La sortie sèche de prison est à proscrire quand il est évident que de nombreux acteurs repasseront à l’acte. Un suivi socio-judiciaire s’impose quand certains en appellent à une rétention à vue. Ira-t-on vers la castration médicamenteuse ou physique ?

Plus largement un plan pluri institutionnel et une programmation pluri partisane s’imposent en mobilisant les moyens humains et financiers nécessaires, mais déjà en  installant un pilote politique et les instances de pilotage nationale et territorial avec une stratégie d’évaluation et d’adaptation.

Les services de police et de justice sont aujourd’hui sous tension. Il faut également intégrer que le besoin de droit et de justice dépasse cette question aujourd’hui essentielle de la protection physique des personnes, mineures ou majeures. Il convient aussi d’y répondre, donc d’accroitre encore plus les moyens mobilisés pour tenir toutes ces priorités. Des crédits supplémentaires pour utiles ne suffiront pas si on ne se dote pas des professionnels et des conditions de travail adaptées.  Enfin rendre aux victimes d’hier ou d’aujourd’hui mais de réduire les risques de passage demain. Tout ce qu’on vient de dire là est sur table de longue date ( cf notamment « 12 propositions pour mieux protéger encore les enfants contre les violences sexuelles » billet n°797 de 2006 repris in extenso en 2020 sur ce site toujours d’une grande actualité). Incontestablement des avancées, mais dans une approche globale s’imposent principalement pour améliorer les compétences des professionnels et des institutions à repérer les situations, mais dans le même temps en augmentant notre capacité à les traiter ces révélations. Attention aux fausses réponses (électorales). Comme l’idée d’un grand parquet national qui devrait mobiliser des quantité de magistrats quand c’est localement qu’il faut traiter ces procédures. Ou encore la création d’une cour disciplinaire des magistrats avec des  citoyens quant  à tort le CSM est dénoncé comme corporatiste avec en arrière fond le risque majeur d’une justice révocable dont de fragiliser notre état de droit. Créer des postes de procédures sans augmenter à due proportion les postes de juges et de greffiers et se doter des mètres carrés judiciaires nécessaires. Etc.

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On le voit une nouvelle fois s’indigner, déplorer, dénoncer, condamner est facile, mais pour utile ne suffit pas. Un tsunami est enclenché. Avec en arrière-fond le risque d’un nouveau discrédit de la puissance publique d’Etat et de ses acteurs. Personne n’a à y gagner. Il faut donc réagir sereinement avec méthode et sérieux. La vie politique française est ponctuée de sincérités successives avec son lot de paroles ou de gestes démagogiques. On saura d’ici l ‘été  si ce dramatique épisode est d’un autre registre.