La théorie (contestée) des 5% (191)

avocats0061.gifC’est sans doute un peu rapidement que Nicolas Sarkozy s’appuyant sur les travaux de Sébastien Roché avance que 5% des délinquants sont les auteurs de 56% des délits. Ils constitueraient le noyau dur sur lequel il faudrait concentrer les efforts judiciaires.
Le chercheur Grenoblois lui-même conteste avoir développé une telle donnée dans ses travaux fondés sur les enquêtes d’auto-confession des jeunes de 13 à 19 ans et tiré d’une intervention au Sénat de mars 2002. (Le Monde du 14 mars 2007)
Pour Sébastien Roché « D’après les jeunes auteurs de délits eux-mêmes il y a bien 5% qui pèsent 60% à 85% du total des actes ». Et de préciser qu’il a voulu parler de « 5% d’une classe d’âge et non 5% des délinquants ».
De telle sorte dit-il que  » si on prend ces derniers, 5% des auteurs sont responsables de 30% des délits ». 30% ce n’est pas 50 !
En d’autres termes il ne faut pas imaginer, que ce n’est qu’un tout petit lot de personnes qui commettent les délits de voie publique, et surtout ajoute le chercheur, il ne faut pas en déduire de cette idée de noyau dur qu’il suffirait de « détruire » ce petit groupe pour se débarrasser du problème. C’est sans doute l’idée essentielle : régulièrement spolier et justice s’attache aux ennemis publics n°1 du moment ,et immédiatement d’autres prennent la relève.
Mao Tse Toung ne disait pas autre chose quand en son temps il avançait (de mémoire) qu’il ne suffisait pas de couper les têtes mais qu’il fallait s’attaquer aux racines et au terreau.
Serge Portelis, vice président du TGI de Paris, ajoute – toujours dans Le Monde du 14 mars 2007 – que les extrapolations ,à partir des statistiques officielles sont faussées dès lors que le taux d’élucidation policier est à peine de 34%. Ce qui signifie que pour 64% des actes de délinquance on ne sait pas qui est l’auteur, mineur ou majeur, primo-délinquant ou récidiviste. Serge Portelis ajouta à juste titre qu’au sens juridique du terme la récidive ne se trouve pas dans plus de 5% des cas ; elle n’augmente pas.
Il est vraisemblable que certains passent souvent à l’acte qui sont vraiment inscrits dans la délinquance quand d’autres ne sont que des occasionnels : ils ont violé la loi, mais ne sont pas des délinquants au sens social du terme.
– C’est ce que je dis quand je conteste l’expression « jeunes délinquants multirécidivistes » par définition,et par expérience, un jeune délinquant est un multiréciviste.
C’est bien  ce qui explique et fonde son comportement délictueux, ce à quoi il faut s’attaquer. Et pour cela il faut disposer de moyens et de temps à la fois pour analyser et traiter quand aujourd’hui on veut une réponse immédiate qui extirpe le crime.
En tous cas de ces réflexions sur le noyau dur je trouve matière à regretter qu’une vraie politique de prévention de la délinquance n’a toujours pas été développée qui s’attaque aux causes et ne se contente pas de couper les têtes. (Conf. le texte que je viens de d’écrire comparant les deux lois du 5 mars 2007 Prévention de la délinquance et protection de l’enfance).

Les enfants autistes au rugby (190)

avocats0061.gifJ’étais parti pour réagir au placement en garde à vue et aux poursuites engagées contre quatre pères de famille pour non-exercice de l’autorité parentale (art. 227-17 du code pénal). Ces hommes encourent 2 ans d’emprisonnement et 35 000 euros pour ne pas avoir su empêcher leurs enfants de s’incruster dans la délinquance.

Chaque année environ 150 parents sont ainsi poursuivis; les sanctions ne sont plus symboliques comme ce fut un temps le cas : en 2006 dans 14 situations on a débouché sur des peines d’emprisonnement d’un ou deux mois.

On peut comprendre que le parquet soit choqué de ne pas trouver auprès des parents tout l’engagement souhaité. De là  à penser que les parents sont complices de leur enfant ou simplement démissionnaires, il y a une marge. Dans de nombreux cas les parents sont tout simplement dépassés par les évènements, incapables de gérer leurs propres problèmes. Dans d’autres cas ils sont tout simplement découragés après mille et uns efforts, parfois sans aucun relais ou soutien.

En tous cas ces poursuites doivent être maniées avec prudence. Elles font du parent un délinquant quand on entend qu’il contribue à désengluer son enfant de  son mode de vie. Elles donnent aussi le pouvoir au jeune de faire condamner leurs parents !

150 poursuites pour 150 000 mineurs mis en cause dans l’année. On demeure dans le symbolique. Heureusement !

Mais finalement, ce thème pour interessant devient recurrent et a déjà été abordé ici.

En revanche, dans l’actualité, j’ai été plus frappé aujourd’hui par ce reportage vu ce soir sur la 2 qui montre combien dans ce pays, des gens ont le souci d’offrir, autant que faire se peut, un univers le plus proche de la normale à des enfants autistes.

En l’espèce, il s’agit d’intégrer ces enfants dans des équipes de rugby, donc de les plonger dans un sport de contact  eux qui n’aiment pas a priori les contacts physiques et qui ont tendance à se refermer sur leur univers. Ca se passe à Rennes. Le gamin de 9 ans quitte l’établissement spécialisé où il est accueilli pour que sa mère le conduise au stade. Il s’en rejouit à l’avance et sur le terrain, il s’éclate comme on ne peut pas.

Il y a déjà de quoi se rejouir. Plus encore en entendant cet autre gamin, compagnon de jeu, se référer devant  la caméra avec  le plus de naturel possible, à la Déclaration des droits de l’Homme pour justifier ce qu’il appelle à juste titre un refus de la discrimination contre les enfants différents. Il faisait plaisir à voir ce loupiot d’un dizaine d’années à se réferer à ces grands principes au milieu de ses potes et sur son terrain de rugby.  

Comme cette mère de famille faisait joie à voir son fils prendre autant de plaisir au mieu de ses copains.

Tout cela n’est pas grand chose, mais en fait c’est beaucoup quand on se souvient de la manière dont effectivement les enfants autistes étaient tenus à l’écart il y a encore quelques années. J’ai notamment souvenir de ces incidents pour les empêcher d’aller sur les plages communes comme n’importe qui !

Ca bouge donc dans le bon sens.

On s’en rejouira.

Comme on doit attendre beaucoup de cette loi de 2005 qui vise à prendre en compte les besoin des enfants porteurs de handicap et notamment de veiller à ce que  dans la mesure du possible ils le soient en milieu normal. Notre pays a encore beaucoup d’efforts à développer pour qu’effectivemernt les discriminations s’estompent sinon disparaissent. Mais la démarche de Rennes, de ces éducateurs sportifs et de ces enfants compagnons de jeu du jeune autiste à de quoi rendre optimiste. 

Divorces plus précoces, enfants plus jeunes ! (189)

avocats0061.gifUnis ou non par le mariage, les couples sont aujourd’hui plus fragiles que par le passé. La divortialité est en hausse régulière, sans que l’on puisse affirmer que les couples non mariés soient plus ou moins portés à la rupture que ceux consacrés devant Monsieur le Maire.

Mais le plus important tient à ce que ces séparations interviennent plus tôt que par le passé. Selon une récente étude de l’INSEE et du ministère de la justice, sur 134 000 divorces prononcés en 2004, près de 20 000 concernent des couples mariés depuis moins de 5 ans, soit 29% de plus qu’en 2000. Cette étude démontre que c’est autour de trois ans que les risques sont les plus grands : 24,5 divorces pour 1 000 unions (Le Monde du 1er mars 2007). Dont acte!

 

Une conséquence immédiate éclate aux yeux : comment prendre en compte les enfants dans ces conditions ? Il sera très difficile d’entendre directement ou indirectement des enfants par définition souvent très jeunes. On aurait tendance à tenir pour négligeable cette donnée dans la mesure où la décision au final sur le lieu de vie de l’enfant et ses relations avec les membres de sa famille revient aux adultes. Les enfants ne sont entendus  pour donner un avis. Certes, mais justement recevoir les enfants, percevoir leurs réactions sinon leur expliquer ce qu’il va advenir, tout cela peut contribuer à dédramatiser la situation surtout si on marque bien que rien n’est définitif.

 

Bref, c’est bien un paradoxe que les enfants soient moins fréquemment en situation d’être entendus dans le moment où le législateur dans la loi finalement adoptée le 22 février vient de consacrer le droit de l’enfant qui le demande à être entendu par le juge.

 

Pour ces très jeunes enfants il sera difficile d’envisager de les entendre à l’initiative du juge; pour autant faudra-t-il observer leur attitude pour apprécier leurs attachements et leurs attentes.

 

Autre difficulté pour un couple de jeunes parents le souci de ne pas être dépossédés de leurs responsabilités. On sait que la loi – depuis mars 2002 – a consacré la co-responsabilité parentale. Mariés ou non, vivant ensemble ou pas, s’entendant ou pas les deux parents exercent conjointement l’autorité parentale. Ils ont l’un comme l’autre autant de droits et … de devoirs. A l’égard des tiers de bonne foi ils se représentent l’un l’autre et chacun peut donc prendre les décisions qui s’imposent pour l’enfant. En d’autres termes, si le couple conjugal éclate, le couple parental doit en principe survivre dans l’intérêt de l’enfant.

 

On nous dit que le divorce a été rendu plus facile par la loi du 1er janvier 2005. Il faudra voir si ces dispositions ont effectivement des effets sur la divortialité. Rien n’est moins sûr puisque les couples ne se séparent pas parce que la loi le permet, mais bien parce que l’union tangue.

 

Bien évidemment la loi va être plus ou moins un frein au passage à l’acte. En tous cas, le fond du problème n’a pas changé : dans la période moderne le mariage a évolué, donc le divorce en est affecté. On se marie moins pour assurer l’avenir de la femme ou le statut de l’homme. Par leur travail les femmes assurent aujourd’hui en général leur sécurité sociale et on peut être dans cette société sinon même aspiré à de hautes responsabilités sans être mariés voire sans être dans une union hétérosexuelle. On s’en réjouira.

 

Conséquence : ces couples moins fondés aujourd’hui sur des intérêts matériels ou sociaux sont plus fragiles. Si l’amour ne se reconvertit pas en affection, la séparation se rapproche. D’autant qu’elle est aujourd’hui banalisée; ce n’est plus une tare sociale d’être séparé de l’autre géniteur de ses enfants ! Et puis tout simplement un échec affectif ne signifie pas l’entrée dans les ordres. La vie continue avec d’autres pages à écrire. Bref, le mariage n’est plus une prison ?

 

Et chacun est renvoyé à ses responsabilités. La loi de son côté veille aux droits de chacun, spécialement aux enfants.

Aujourd’hui quelques 2 millions d’enfants sur 13 millions vivent avec seulement l’un de leurs deux géniteurs. On voit bien l’enjeu : au surcroit des libertés conquises par les hommes et les femmes de ce pays doit correspondre un surcroit de responsabilités dans l’intérêt des enfants. Si l’on veut bien se souvenir des batailles épiques et courantes qui entouraient jusqu’aux années 90 les séparations, on va plutôt dans ce sens. On trouvera toujours des contre-exemples, mais la tendance est claire.

 

Reste maintenant à ne pas banaliser. Notamment avec comme argument que les enfants sont insensibles à tout cela et qu’ils sont capables de se récupérer très facilement ! Il ne faudrait pas exagérer sur l’aspect caoutchouc des enfants de la séparation.

 

Reste qu’il faudra de plus en plus faire sans leur parole.

 

voir dossier sur www.rosenczveig.com

Bonnet blanc et blanc bonnet (188)

 

avocats0061.gifOn connait l’expression « bonnet blanc-blanc bonnet » consacrée lors de la campagne électorale de 1969 par Jacques Duclos le candidat communiste de l’époque. Régulièrement on l’applique allégrement et un peu rapidement aujourd’hui à la droite et à la gauche sur de nombreux pans de leur programme politique. Ainsi aujourd’hui la tentation est grande de mettre dans le même panier ce que proposent N. Sarkozy et S. Royal pour aborder la délinquance juvénile. A l’appel à la répression entonné par le ministre de l’intérieur avec la préoccupation de supprimer l’excuse de minorité aux jeunes de 16 ans répond le souci de la candidate socialiste de « mettre les familles au carré » et de faire appel aux militaires pour encadrer les jeunes récidivistes.

De fait, si sur de nombreux points on trouve des analogies dans les deux approches, c’est bien que les responsables politiques ne peuvent pas négliger une réalité : l’opinion s’est durcie; son seuil de tolérance s’est certainement abaissé au fil du temps, elle incline ers des réponses coercitives tout en se défiant de la prison qu’elle tient encore pour criminogène. La violence au quotidien, celle que l’on vit mais aussi celle que l’on vous répercute à longueur de média est insupportable et incompréhensible. On sait en outre que ce thème de l’insécurité croise celui de l’immigration dans la mesure où on associé un peu vite certes, mais on associe violence et jeunes issus de l’immigration.

En tous cas, il est difficile de tenir un discours de raison, donc pondéré, sur ces sujets sauf à être rapidement taxé – j’en sais quelque chose – de laxisme. Un peu comme dans les années 70 il fallait condamner en préalable le terrorisme pour avoir ensuite le droit de s’interroger sur les méthodes développées en Allemagne pour sanctionner les terroristes de la bande à Baader détenus !

Campagne électorale aidant, il n’en faut pas beaucoup pour qu’en plus nos candidats soient sur des réponses simplistes. Chacun sait que ce n’est pas l’ordonnance de 1945 qui est en cause que les moyens mis à disposition des juridictions; comme nul n’ignore que le recours à l’armée ne peut pas être autre chose que ponctuel et marginal. Tout cela est bien court et constitue pas une politique.

Par-delà ces affichages destinés à rassurer les français, sinon à ne pas les choquer, il faut quand même chercher la différence. Elle existe et on peut la découvrir même si les candidats sont portés à annoncer des préconisations qui sont très proches : aujourd’hui c’est la police de quartier pour succéder à la police de proximité abandonnée depuis 2002; hier le rapprochement portait sur les centres de sécurité pour mineurs avancés par L. Jospin comme par J. Chirac pour devenir les centres éducatifs fermés en 2002.

La différence aujourd’hui me parait résider sur un point fondamental : la prévention. Pour l’un elle doit être d’abord policière, pour l’autre elle est sociale. Mais je relève que l’un affiche dans ses discours une politique ferme mais étriquée quand l’autre – je vise le discours de Villepinte et la prestation sur TF1 – ne prononce même pas le mot mais en décline tous les pans comme Jourdain faisait de la prose sans le savoir.

Pour Nicolas Sarkozy la prévention est dans le registre de l’encadrement et de la répression. Son slogan tient d’ailleurs dans une idée : la meilleure prévention, c’est la répression! La loi dernière du nom qui vient d’être votée est de ce point de vue une remarquable illustration de cette approche. Pour cela il faut restaurer le respect de l’autorité, celle des parents, des enseignants, des policiers, des politiques.

A l’inverse j’ai été frappé en écoutant Ségolène Royal de relever qu’elle insistait sur toute une série de préconisations qui sont autant de pans d’une politique de prévention mais sans jamais globaliser et mettre en évidence combien ces politiques sectorielles pouvaient contribuer à prévenir des situations de délinquance. Je pense notamment à ce qui a été développé sur la nécessité de renforcer le service de santé scolaire ou de valoriser les compétences parentales.

En tous cas on regrettera que ces différences soient aussi peu visibles et somme toute peu mises en avant, preuve que la réflexion sur ces sujets de ceux qui aspirent à nous gouverner est encore à construire. On fonctionne aux raisonnements simplistes, à la recherche d’un  consensus sur un sujet tenu pour très glissant.

De quoi renforcer « le bonnet blanc, blanc bonnet » qui peut se décliner dans l’isoloir par des votes extrémistes .

Voir le dossier delinquance sur http://www.rosenczveig.com

 

Pan sur la toque! Merci à ceux qui  m’ont rafraichi la mémoire : l’expression date de 1969 et non 1974

Placé à défaut de maigrir! (187)

avocats0061.gifLes autorités anglaises ont donc renoncé aujourd’hui à retirer son enfant à une mère de famille au prétexte que ce garçon d’une douzaine d’années ne maigrissait pas suffisament. A priori on pouvait croire que cette femme nourrissait mal son enfant ou était négligente.  

En vérité le reportage télévisé diffusé hier soir donnait à voir un enfant qui faisait de gros efforts pour perdre du poids; il avait d’ailleurs perdu 10 kilos ces derniers mois. Incontestablement sans être « monstrueux » il est trop gros pour son âge et on peut craindre des ennuis de santé sérieux à bref délai. Apparemment on ne parle pas de déreglement hormonal; on laisse à penser que cette obésité est « culturelle », fruit d’un laisser-aller, d’habitudes alimentaires aberrantes, bref un manque d’encadrement éducatif.

Au risque de choquer, retirer l’enfant à sa mère se voulait une mesure de protection.

Finalement on a décidé de n’en rien faire en observant que la séparation d’avec sa mère aurait pu produire un effet contraire à ce que qui était recherché. Le gamin s’est vu fixer un nouvel objectif  de perte de poids mais reste chez lui !

Cette décision s’imposait sans doute dans le contexte qu’il nous a été donné d’entrevoir. Ne fut-ce que parce que la situation n’est pas bloquée; le gamin et sa mère sont d’accord sur l’objectif et objectivement, vue à travers le prisme télévisé,  l’obésité de cet enfant n’est pas dramatique. Pour autant ce gosse souffr de ce qu’il vit.

Reste au fond la vraie question dans une période où l’obsité devient un grand problème de  santé publique en France après d’autre pays où la « mal-bouffe » aura fini par faire son trou. Derrière l’absorption débridée d’une nourriture trop riche il y a certainement un relachement éducatif, un manque de présence d’adultes, des « repas » pris à tous moments à la volée faute de regroupements familiaux. Il n’est pas inexact de dire et d’affirmer que l’obésité peut être la signe d’une carence éducative. On aura certainement en France des velléités de retirer certains enfants de leur famille sous ce prétexte.

Là encore, il va falloir privilégier des démarches préventives dans le registre de l’éducation à la santé. On peut en rire, mais c’est dans ce sens que tire la campagne de communication qui se declenche ces jours-ci en mettant en évidence les produits trop caloriques. « Que choisir » a raison de relever que les mentions placées en bas à droite de l’écran des spots publicitaires sont illisibles, notement par les plus jeunes, mais sont-ce ceux qui sont visés ? Mais tout cela est naturellement perfectible !

Bien sûr la démarche a de quoi déclencher un phénomène répulsif tellement les leçons de vie se multiplient :  ne pas fumer passivement, ne pas fumer n’importe quoi, ne pas trop boire, ne pas conduire vite, ne pas consommer trop et n’importe quoi, monter 5 étages par jour, etc. On n’en finit pas. Aujourd’hui ce sont les enfants obèses, hier les mannequins trop filiformes.

Il va être temps de reéquilibrer par un discours plus positif en dépassant le registre des interdits :  affirmons que beaucoup de choses de la vie sont bonnes … quitte à ne pas en abuser.

Certes une stratégie de santé publique s’impose. Bien évidemment chacun est libre de choisir de mourir de telle ou telle manière sachant que la fin du film est inéluctable. Reste que certains sont partageux et coûtent chers à la collectivité. Tout cela est vrai, mais on va bientôt atteindre l’overdose si on n’y prend pas garde. Alors positivons.

En tous cas on retrouvera devant des tribunaux pour enfants la question tranchée aujourd’hui en Angleterre .

La Cour de Cassation pousse à la loi (186)

avocats0061.gifPar deux arrêts rendus le 20 février 2007 la Cour de Cassation vient de refuser l’adoption d’un enfant par des couples homosexuels. Il n’y a pas de quoi être surpris. En tous cas , je ne suis pas dérouté! Notre droit ne permet pas de créer deux liens de filiation concomitants qui accorderaient  l’autorité parentale à leur titulaire. L’adoption – simple ou plénière – transfert l’autorité parentale à l’adoptant de telle sorte que le parent biologique ne peut plus l’exercer.

En l’espèce, il s’agissait de couples de lesbiennes qui entendaient former des couples parentaux au regard de la loi où chacun aurait autant de droits que l’autre. Dans la première affaire la cour d’appel de Bourges de 2006 avait autorisé l’adoption par la compagne de la mère biologique; l’autre faisait suite à un arrêt de 2004 de la cour d’appel de Paris refusant cette adoption.

On sait que, par ailleurs,  la cour d’appel de Paris a été amenée en 2006 à accepter de transferer à la compagne de la mère biologique une partie de l’autorité parentale, mais par définition les droits qui lui ont été accordés ont été dans l’instant retirés à sa compagne !

Bref, la Cour de Cassation met les pieds dans le plat. Il faut arreter de triturer notre droit pour lui faire dire des choses qu’il n’a pas voulu dire quand il a été écrit. Comme pour l’indemnisation des enfants nés avec des handicaps – arret Perruche – la Haute juridiction  appelle à  ce que le législateur assume ses responsabilités.

Il est vrai que plusieurs pays européens ont avancé dans le connaissance de la double filation homosexuelle, il y a donc nécessité de rechercher une cohérence dans l’espace européen qui se constitue. A défaut nous irions vers des difficultés inextricables.

Doit-on pour autant céder à l’effet de mode? L’adoption – je l’ai dit – n’a pas été faite pour les adultes mais pour les enfants ; il s’agit de repondre aux problèmes des enfants sans parents et non pas de répondre aux personnes désireuses d’être parents. J’entends et je partage le souci de permettre aux enfants de voir les deux personnes qui les élèvent à égalité de droits et de devoirs. Et des couples homosexuels ne sont pas a prioiri disqualifier pour élever des enfants; ils ne sont pas  plus pendables que des couples hétérosexuels qui dysfonctionnent. On doit pouvoir  arriver à trouver une réponse juridique qui leur donne des pouvoirs sur l’enfant comme la tierce personne qui élève un enfant en a et en aura bientôt plus. J’entends aussi qu’on veut assurer l’avenir de l’enfant au décès de l’un des deux « parents ». Rien de plus facile. Une disposition existe déjà dans le code civil qui permet d’organiser les choses en cas de de décès du parent qui élève l’enfant.

C’est autre chose que de créer un lien de filiation. Par-delà le cas individuel on vient dire que les filiations ne sont plus sexuellement identifiées. Dans ce cas, je l’ai dit et je repète, pourquoi se contenter de deux parents du même sexe? Pourquoi pas trois ou quatre puisque l’essentiel est que l’enfant soit aimé ? On parle de deux parents puisque jusqu’à présent il y avait un père et une mère mais pourquoi jouer petit bras ?

Il va donc falloir que les politiques se saisissent du dossier. On sait que c’est du bout des lèvres que Ségolène Royal a accepté la perspective de l’adoption par les couples homosexuels, N. Sarkozy reste hostile et la mission confiée à Luc Ferry par le président de l’UMP a volé en éclat, Fr. Bayrou est pour l’adoption simple.

Bref les enfants seront-ils une donnée d’adaptation du vote homo ou posera-t-on les vraies questions de société entraînées par la reconnaissance de cette forme de famille et les conséquences à venir sur la filiation qui structure notre société ?

A méditer pour ce vendredi soir.

Demain j’essaierai de revenir sur l’adoption le 22 février après commission mixte paritaire des deux lois sur la protection de l’enfance et sur la prévention de la delinquance.

Au passage, je n’ai pas vu passer mon 100 000° visiteur sur http://www.rosenczveig.com

Bravo à lui et à tous les autres. Allez on vise désormais 200 000 consultants!

Réaction à show (185)

avocats0061.gifLa difficulté de l’exercice proposé à nos politiques tient bien dans le fait qu’il leur faut répondre aux questions de français généralement passionnantes et de bon sens, mais ponctuelles et sectorielles, pour ne pas dire personnelles. La réponse est ciselée aux petits oignons, mais tout naturellement schématique. Si le candidat partait dans un tunnel, il serait repris par le passeur de parole de service, gardien du temps et du rythme médiatique.

Ségolène Royal s’est donc livrée à l’exercice ce soir sur TF1. Il ne l’aura guère surpris tellement le type l’expression qui lui était imposé correspondant à celui qu’elle privilégie. Chacun en pensera ce qu’il veut de son propos. Je n’ai pas plus de légitimité que d’autres à les commenter. Et donc je ne le ferai pas.

Je veux simplement m’attacher à une partie du propos qui touche à l’insécurité et à la justice.

Dans le commentaire, aujourd’hui plus que jamais, il faut être prudent et neutre sans pour autant s’interdire de penser. Quoiqu’on dise on sera critiqué. Je veux simplement réagir à chaud sur deux ou trois propos précis que j’ai entendu.

Ségolène Royal a raison de dire qu’il faut tenter d’éviter la prison aux jeunes car dans 80% il y aura récidive en sortant et retour à la case carcérale de départ. La prison appelle la prison comme un aimant. Elle n’a pas tort en insistant sur le fait qu’il faut préparer une sortie de prison et accompagner le sortant de prison. Le problème n’est pas d’aujourd’hui, mais ne se présente guère mieux que par le passé devant la réduction des moyens sociaux. Elle aurait cependant pu préciser si elle avait eu du temps que s’agissant des jeunes la présence de travailleurs sociaux en prison améliore un peu les choses. Elle aurait pu aussi avoir une réflexion sur le programme des Etablissements pénitentiaires pour mineurs qui arrive à échéance avec 7 établissements spécialisés à 60 places. Le contexte ne prêtait pas à ce propos.

A priori, on ne peut qu’adhérer à l’idée de développer des alternatives à l’incarcération. Encore que … S’il faut punir quelqu’un ou le mettre hors d’état de nuire, tel est le rôle de la prison. Il faut oser le dire et l’assumer. L’une des difficultés est bien que la prison donne aux jeunes la statut de caîd, mais d’un autre côté elle punit et met à l’écart !

Si le problème de la sécurité et de l’ordre public est reglé, on peut alors s’inscrire dans une démarche éducative. Il s’agit alors souvent de trouver non pas une alternative à la prison mais une alternative au retour en famille. Les solutions d’internats scolaires de quartier où les jeunes seraient encadrés par des enseignants et des étudiants avec les parents peuvent susciter le scepticisme. On voit tous les obstacles à vaincre.

Je reviendrai pas ici sur l’encadrement militaire porté haut et fort par la fille de militaire (voir la note 183 entre autres). La facilité serait de dire que la candidate se fait peu d’illusion sur les compétences des travailleurs sociaux, mais ce n’est pas sur ce point que je veux insister, les positions étant figées.

Je suis plus surpris d’entendre dire qu’il est nécessaire de punir dès le premier délit et que les tribunaux pour enfants ne le font pas.

Première remarque : la candidate veut sans doute parler de nécessité de réagir au premier fait plutôt que de sanctionner. On imagine difficilement qu’elle appelle à la prison ou à l’amende dès la première infraction. Peut être avait-elle en tête une mesure de réparation.

Or justement – et c’est ma deuxième remarque – de longue date maintenant – 1992 – dès le premier acte connu le parquet réagit, et en temps réel, sans perdre de temps. Parmi les mesures à disposition du Délégué du procureur qui reçoit le jeune et ses parents – avec la victime – est la mesure de réparation. Sans doute pourrait-on y recourir encore plus qu’on le fait. Mais il va de soi que le premier fait connu de la justice n’est pas nécessairement le premier fait commis !

Troisième remarque : dans plus de 8 cas sur 10 le jeune objet d’un remontage de bretelles dans le bureau du Délégué , éventuellement assorti d’une mesure de réparation, ne se retrouvera pas mêlé à des faits délictueux dans l’année suivante. Mais quel candidat le sait et le dit ? Aucun

En d’autres termes, d’ores et déjà, la justice si souvent dénigrée, intervient vite et intelligemment. Certes elle reste largement perfectible ! De là à dire qu’elle est nulle et absente il y une marge !!!

On devrait plutôt s’interroger sur ses limites, disposerait-elle de tous les moyens nécessaires. Car là aussi il faut oser le dire : pour nombre de jeunes il faut du temps pour reprendre les carences éducatives et affectives et la réussite n’est pas garantie. Les solutions simplistes sont hors de sujet, sinon on va vers les désillusions.

On voit donc bien les limites de l’exercice médiatique auquel nos candidats sont soumis. D’où la difficulté de faire preuve de pédagogie.

Pour dire vrai les solutions techniques pour répondre aux jeunes dejà délinquants avancées par Ségolène Royal ne m’impressionnent pas : c’est le prix à payer pour donner l’impression qu’on est ferme quand la gauche est – à tort – tenue pour laxiste. En revanche, le travail sur l’environnement des enfants et des jeunes me parait être la grande force de son discours, mais pourquoi ne pas en tirer plus de profit ? C’est bien de la politique menée en faveur des enfants , et notamment de la valorisation des responsabilités familiales, le soutien apporté aux parents, de la politique du logement etc, que la société sera mieux protégée. Bref, il y a là une vraie politique (implicite) de prévention de la délinquance. Ce serait bien de passer de l’implicite à l’explicite … sans oublier ce qui se fait déjà.

Et bien sûr évidemment, j’ai apprécié que la candidate dénonce l’amalgame entre émigration et délinquance j’ai relevé qu’elle tombait dans le deuxième panneau quand elle même en réponse assimile la délinquance à la délinquance juvénile. Preuve de la difficulté de l’exercice.

Voilà pour la réaction immédiate à un propos qui dépasse l’encadrement mllitaire.

PS : A 1 h du matin des fautes de frappe peuvent voler bas …

Grosse actualité sur l’enfance (184)

avocats0061.gifEn cette fin de semaine les thèmes sur l’enfance ne manquent pas, mais je commencerai s’agissant de la disparition de M. Papon parce que peu de commentateurs relèvent et qui m’est resté en travers de la gorge depuis depuis 2002. On se souvient que condamné pour crime contre l’humanité à 10 ans d’emprisonnement après tant d’années passées d’une vie paisible de fonctionnaire et d’homme politique, M. Papon n’en aura finalement effectué que 3 ans avant d’être libéré pour « raisons médicales » sur la base de loi sur les droits des malades dite loi Kouchner. Comme l’ancien ministre l’a exprimé ce matin, M. Papon a bénéficié d’une application bienveillante de la loi dans une histoire détestable. C’est le moins qu’on puisse dire !

Il faut en effet se souvenir que M. Papon nous aura permis d’accéder à une nouvelle conception du grabataire puisque chacun qui a suivi à la télévision sa sortie de prison aura été étonné de le voir gambader vers sa voiture sans la moindre assistance. Il sera donc mort 5 ans plus tard quand le diagnostic vital était alors en jeu pour justifier sa libération ! Depuis je doute plus que jamais de certaines expertises et de certains experts. Petit bout de la lorgnette me direz-vous, mais j’ai toujours en tête ce « rappel à la loi  » que les adultes veulent en permanence faire aux jeunes quand eux-mêmes tordent le cou à la loi. Il y a des limites à l’indécence.

Ceci dit haut et fort passons à l’actualité enfance. D’abord le fait passé quasiment inaperçu : à Saint-Fons le 13 février deux jeunes sont morts, un autre est dans un état critique dans un accident de voiture en tentant de s’enfuir pour échapper une interpellation policière. Ils étaient dans une voiture volée. La course-poursuite a été rude, les jeunes roulaient vite, les policiers eux-mêmes pour ne pas se planter ont du ralentir quand les jeunes roulaient à 110-120 km/h en agglomération nous dit-on. On devait retrouver une bouteille de vodka dans la voiture et ils avaient consommé du H. Apparemment et fort heureusement, tout démontre que les policiers conscients d’avoir affaire à des mômes ont été précautionneux – ils avaient sans doute en mémoire  l’affaire d’ Aulnay et de la mise en examen récente de leurs collègues pour non-assistance à personne en danger- sans pouvoir empêcher le drame. Quel gâchis pour ces gosses et leurs proches! Pertes et profits dira-t-on. On est déjà passé à autre chose sans chercher à comprendre l’itinéraire de ces enfants.Autre sujet qui lui monte en puissance : la mise en place d’un service de la petite enfance.

Le travail du Centre d’analyse stratégique ex-Plan et celui de  Mme Pécresse mettent une nouvelle fois en évidence la carence en place d’accueil de la petite enfance. Les places collectives sont passées de 292 000 en 2000 à 317 000 en 2005 mais elles n’accueillent encore qu’un enfant sur dix (Le Monde du 15 Février) . On voit émerger la même idée que pour le logement constatant que nombre de parents ont un droit à faire accueillir leur enfant mais pas de structures disponibles – à Paris, le manque est énorme malgré les efforts développés – d’où la question de savoir si ce droit à un mode d’accueil va devenir opposable. Opposable à qui ? et qui va payer ? Un peu comme pour le logement. En tous cas, ici comme ailleurs on sort petit à petit du droit formel pour s’acheminer vers le droit réel. Peut -être une manière de réconcilier les citoyens avec les politiques qui s’engagent et votent. Encore faudra-t-il tenir les promesses par-delà l’affichage.

Une nouvelle polémique – ou la ressuscitée de celle de l’an dernier sur les troubles du comportement- est en train de poindre autour d’un nouveau travail de l’INSERM concernant les enfants présentant des troubles du comportement. Une nouvelle fois, pour expliquer certains échecs scolaires avec difficultés pour apprendre les fondamentaux notamment celui de la lecture on mettrait trop en exergue des troubles génétiques au détriment de la prise en compte de facteurs sociaux et éducationnels. On parle de « rhétorique scientiste » pour camoufler cette idée que l’enfant en difficulté – ou mettant l’autre en difficulté – est malade et qu’il faut donc l’inscrire dans une démarche de soin quand d’autres avances qu’il faut valoriser ses compétences et son environnement. Derrière la querelle d’école, des stratégies différentes ! L’ex-professeur H. Montagner, spécialiste des rythmes de l’enfant insiste lui sur la carence affective pour expliquer ces troubles de l’apprentissage. Le Monde du 17 février

Carences affectives toujours : un grand article du Monde met bien en évidence que ce qui caractérise les jeunes aujourd’hui incarcérés c’est bien les carences affectives ce qui me fait dire depuis des années que ce que ce dont ces gosses ont besoin pour rompre avec leur mode de vie c’est bien des adultes qui partagent avec eux et qu’ils identifient comme pouvant faire un bout de route essentiel avec eux. On retrouve ici le débat sur l’encadrement militaire et ses limites … et la vanité des approches comportementalistes. (Le Monde du 14 février). Si on oublie que ces gosses sont d’abord des enfants on protégera jamais efficacement la société on sera dans l’exorcisme et dans l’incantation avec ce qui en découle comme injure à l’encontre de ceux qui ne croient pas à cette approche. En d’autres termes, oui il faut des réponses fermes et rapides, mais à condition au fond de répondre à la carence de ces jeunes, de les réconcilier avec eux-mêmes et avec les autres, de leurs offrir des perspectives crédibles. La limite majeure des politiques qu’on nous propose de tout bord est bien qu’elles sont limitées à la contention et au sens de cette contention. C’est court et erroné comme réponse. Je n’ignore pas que ce que je dois est désormais difficile à entendre, mais on a eu raison voici quelques siècles de continuer à affirmer qui la terre était ronde et qu’elle tournait …..

Actualité parlementaire : La loi sur la protection de l’enfance a été adoptée « non-conforme » au sénat; elle doit repasser à l’Assemblée. Mme Pécresse n’a pas voulu renoncer à ses amendements donnant le sentiment de ne pas souhaiter que la loi soit votée; elle a donc renoncé à rapporter. Le député Dubernard a pris le relais pour faire en sorte que le texte soit adopté in extremis mais soit adopté le 22 février. Restera à pondre les décrets d’application. Le ministère des affaires sociales ne devrait pas traîner, il a déjà préparé les documents d’application pour les professionnels. Au passage j’entends que sur cette législature le nombre de texte voté sans décret d’application faible. On en serait à presque 200 pour l’année 2006 ! On comprend pourquoi nos compatriotes ont le sentiment que l’on promet, que l’on brasse du vent et qui rien ne change!

La loi sur la prévention de la délinquance continue à s’alléger. Elle a perdu son volet psychiatrique cette semaine. Sera-t-elle pour autant adoptée en termes conformes d’ici le 22. Il ne semble pas ; en tous cas les décrets ne seront pas prêts. De deux choses l’une : ou Mme Royal est élue et elle devra revoir ce texte; ou M. Sarkozy est président et ce texte n’aura été qu’un tour de chauffe avant la « révolution ». Bref, c’est bien une bataille symbolique qui est menée sur ce texte.

J’en reste là pour la pâture du jour.

Je vous laisse réagir en vous indiquant que ces pages continuent à être de plus en plus lues ( +26 % le mois dernier me dit-on)et à un mois prêt chaque mois dans la dernière année la hausse a été de ‘ 6points. C’est encourageant. Les commentaires sont souvent d’un très très bon niveau, les prisses à partie et les polémiques restent limitées, je « censure » très rarement et il ne me déplairait pas qu’on publie le tout comme cela avait été envisagé. Je peu difficilement répondre à chacun et tel n’est pas le jeu. Quand je le voudrais je n’ai pas toujours le mail pour le faire.

Et n’oubliez pas d’aller au site de base : http://www.rosenczveig.com.

Pour ceux de PACA qui le souhaiteraient je ferai une intervention sur les deux projets de loi le 5 mars à Gardanne de 18 à 20 h avec le souci de créer localement une délégation de Défense des Enfants International-France.

Ceux qui veulent faire un beau cadeau d’entreprise pour 2008 peuvent pré-commander ma boite de jeu « Place de la loi «  , trivial pursuit sur la loi et les institutions qui en déridera plus d’un. Un cadeau original. Un petit chef-d’œuvre en toute modestie et un cadeau très « in ».

Ségolène, les jeunes et l’armée (183)

avocats0061.gifParmi d’autres choses, la candidate à la présidence de la République officiellement investie par le PS a donc repris comme proposition emblématique de faire appel à des militaires pour encadrer des jeunes délinquants.

Comme lors de l’entame de son parcours cette idée a fait sauter au plafond ceux qui se font une autre idée de la manière de gérer les problèmes d’intégration de la jeunesse en grande difficulté, ceux qui pensent que les enfants ne se dressent pas, mais s’élèvent dans tous les sens du terme comme le pater familias élevait son enfant devant ses pairs pour bien montrer qu’il le faisait sien et allait pourvoir à ses besoins.

Plus prosaïquement, avec une approche un peu politique, certains trouvent dans cette approche une nouvelle illustration de ce que gauche et droite , c’est du pareil au même et que les projets de Ségolène Royal valent bien ceux de Nicolas Sarkozy dans le registre de l’ordre et de la loi au point où partout on se dit qu’il faudra donc voter pour un « troisième homme » de gouvernement.

Alors au risque d’être mal compris car dans cette période électorale tout argument rationnel est taxé de parti pris partidaire ou anti-partidaire et au risque aussi de me répéter car j’avais déjà réagi sur ce sujet dans une précédente note, je voudrais réagir comme professionnel un brin expérimenté, un peu idéologue, mais en tout cas pas totalement à côté de ses pompes si j’en juge le débat au Parlement sur la loi Protection de l’enfance où quelques propos ont pu être retenus et la majorité des propositions avancées inscrites dans la loi votée la nuit dernière.

1° remarque : ce n’est pas d’aujourd’hui que les pouvoirs publics feraient appel à l’armée.

L’amiral Brac de la Perrière, gaulliste devant l’Eternel, a fait un travail de très grande qualité avec ses camarades de la Royale – c’est drôle! – pour faciliter la sortie de prison d’adultes ou de mineurs à travers l’association JET. C’est paradoxalement la majorité actuelle qui finalement lui aura coupé les moyens et notamment conduit à fermer le centre de La Souchère (Loire) qui accueillait des jeunes délinquants mineurs dans une ambiance formellement militaire, mais qui ressemblait plus à un camp de scouts.

Les jeunes qui y sont passés n’en ont pas été meurtris et certains ont même souhaité y revenir , même si on ne doit pas retenir cet argument car il demontre à l’excès la solitude de ces gamins.

En tous cas force a été d’observer que JET-Junior avec une alliance PJJ-Armée n’était pas une « réponse » aberrante à certains jeunes : il offrait un sas débouchant sur une réorientation intéressante pour les jeunes concernés. Ce n’était pas une fin en soi mais un temps de recomposition et de réconciliation du jeune avec lui même et avec le monde adulte.

La gauche au pouvoir en 1982 dans le cadre des Opérations d’été « anti-été chauds »- inscrites au IX° plan – devenues ensuite opération VVV a fait appel plusieurs années durant au centres de formation de l’armée pour accueillir dans le cadre d’une démarche de prévention de la délinquance des jeunes particulièrement difficiles afin de leur offrir des activités à risques… sans risques.

En 1982 sur 20 000 jeunes pris en charge 300 ainsi étaient partis à l’armée qui faire de l’escalade, qui de la plongée qui de la moto avec des encadrants militaires mais aussi des civils volontaires. Toujours en 2002, le camp « Trigano » monté à la demande de Gaston Deferre dans le cadre des opération anti été-chaud était encadré par l’armée.

Je peux témoigner de tous cela car j’étais le concepteur et l’animateur général du dispositif. C’était mon idée à partir d’un raisonnement simple : on ne monte pas le Mont Blanc avec des baskets et avec des travailleurs sociaux d’un club de prévention inexpérimentés sur le thème Haute Montagne. On risquerait d’avoir un coefficient de perte inacceptable !

Première conclusion : une fois de plus l’Histoire, l’Histoire, l’Histoire, n’oublions jamais l’Histoire. On invente rarement.

2° remarque : qu’attend-on de l’armée ?

Elle peut apporter son savoir-faire technique. Elle sait mener, je l’ai rappelé, des activités à risque au moindre risque. Sur les premières années des opération d’été il n’y a eu qu’un accident ! Les guides de l’école de haute montagne de Chamonix savent emmener des personnes avec eux avec de très fortes chances de les voir revenir intacts, les parachutistes de Pau savent apprendre à sauter en parachute sans casse, etc. Cette sécurité à un coût : une certaine organisation, une discipline minimum, des relations de base, des codes, etc. Bref un cadre qui somme toute rassure et assure, ce qui n’est pas rien pour nombre des jeunes que nous connaissons et qui pour beaucoup sont sans cadres formalisés depuis longtemps et en pâtissent. Beaucoup le disent.

En revanche il n’est pas question que l’armée assure la sécurisation des lieux éducatifs ni remplace les travailleurs sociaux. Ce serait une injure à ces derniers que de prétendre que les militaires vont assurer l’éducation dans des centres éducatifs fermés. Et je rappelle que la légalité – conf. la décision du conseil constitutionnel du 2 aout 2002 des centres éducatifs fermés dont on ne pourraient pas sortir librement – est contestable. La prison est là pour priver de liberté quitte à avoir aussi un objectif éducatif – les premiers établissements pénitentiaires pour mineurs ayant une vocation d’éducation vont bientôt être opérationnels.

Bref on a trop accusé ce gouvernement de tomber dans la confusion pour douter de chacun , pour ne pas souhaiter que ceux qui aspirent à former le prochain retombe dans le panneau.

Si on doit faire appel à des militaires ce n’est pas pour mater des têtes de bois mais pour faire ce que les travailleurs sociaux ne peuvent pas faire ; c’est pour apporter un plus et pas pour remplacer les éducateurs.

Au passage il faut que les bourgeois de tout poil, de gauche comme de droite, assument la prison comme les professionnels et comme les jeunes l’assument : elle est là pour punir, mais à l’inverse une démarche éducative suppose la liberté ce qui ne veut pas dire la démission des adultes. Comme à la maison il faut une autorité dans un établissement éducatif : il y a une autorité et une sanction s’il y a violation de la règle. Mais on ne doit pas demander aux militaires de faire plus que ce qu’ils savent faire et peuvent faire.

3° remarque : oui certains jeunes sont très durs et refusent toute autorité un peu comme des chevaux sauvages, et je conçois que la comparaison puissent choquer, refusent la selle que l’on veut leur imposer.

Il faut qu’ils se heurtent à une autorité qui leur permettent de se structurer. Ils vont la combattre puis ils vont s’y faire car ils vont en voir les bénéfices. Oui on aurait aimé que dans le discours de Ségolène Royal il soit dit que si les enfants doivent obéir à leurs parents, à leurs maîtres ou aux adultes qui sont dans des relations éducatives c’est bien que cette loi et cette autorité allaient les protéger.

L’ordre n’est pas respectable en tant que tel mais parce qu’il est juste et vécu comme tel comme à l’inverse sait que c’est une aberration historique d’affirmer que la résistance sinon le terrorisme sont a priori contestables. Que saurions-nous devenus sans nos Résistants ?

En d’autres termes, il faut approfondir le Pacte proposé en affirmant qu’il faut convaincre les enfants et les jeunes de ce pays qui sont à la marge , ailleurs, sans espoir et dans le nihilisme, qui sont donc dangereux pour autrui et pour eux-mêmes que la société va les protéger par la loi. Il faut aussi un discours positif – et les actions come les REAPP créés par Ségolène Royal en sont temps- en direction des familles les plus fragiles, celles qui seraient tentées de laisser filer leur enfants.

Si on y regarde bien le discours et la démarche vers les jeunes est la quintessence même du discours et de la démarche en direction des adultes de France !Un sacré pari ! En tous cas la bataille de l’insécurité ne se gagnera pas par des mouvements de menton, mais par la justice ressentie ! Et de ce point de vue il y a dans le discours-pacte de Villepinte les éléments d’une politique de l’enfance et de la jeunesse qui sont intéressants.

A l’inverse je n’y ai pas trouvé la loi sur le « bien-être des enfants » à laquelle j’appelle avec bien d’autres, mais déjà nombre d’éléments qui pourraient la nourrir -: le service public de la petite enfance, le renforcement du service social scolaire, la gratuité des soins jusqu’à 16 ans, l’effort renforcé pour la scolarisation et les soins en direction des enfants porteurs de handicaps, etc.

On le voit ce n’est pas l’émotion relevée par les commentateurs chez la candidate quand elle évoquait ces sujets qui me fait réagir, mais la lucidité. L’histoire – eh oui encore la mémoire qui fonctionne ! – enseigne que si Ségolène Royal n’avait pas été ministre de l’enfance et de la famille aucune des grandes lois de 2001 et 2002 – accès aux origines, autorité parentale, nom familial notamment – n’auraient été votées sans compter la loi médico-sociale de 2022.

Ce rappel objectif permet en toute lucidité de cerner les limites de certains propositions à l’ordre et à la loi : on comprend l’objectif, on peut s’interroger sur les déclinaisons et marquer des limites pour éviter de dérapages (ex. le passage sur le souci d’une sanction ferme à la première incartade qui reprend le discours de Nicolas Sarkozy sur le flagrant délit et qui reprenant des poncifs éculés néglige ce qui se fait sur le terrain).

A l’inverse on ne criera pas au loup sur la simple évocation de certaines fonctions ou de certaines institutions.

Bouter les enfants roumains de France ? (182)

avocats0061.gifPassé presque inaperçu du simple quidam dans cette pré-campagne électorale actuellement très bas de gamme et franchouillarde, l’accord signé par le premier ministre avec le gouvernement roumain sur le raccompagnement vers leur pays des enfants qui se trouveraient isolés en France. (Dépêche AFP du 8 février 2007)

L’expert lui est a priori perplexe, dubitatif ou inquiet.

Perplexe car il y a déjà eu un accord de cette veine signé par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy en 2002 avec ses interlocuteurs roumains. Ce dispositif n’a pas généré de grands effets par-delà l’effet d’annonce de l’époque. Pour avoir travaillé un an en Roumanie sur le thème enfance en danger  je n’en attendais pas grand chose. Une soixantaine de mineurs seulement selon une étude récente auraient été rapatriés. C’est peu au regard des centaines d’enfants qui séjournent  régulièrement en France sachant que nombre naviguent régulièrement entre la Roumanie et la France. Et de fait comment pourrait-il en être autrement ?

Le différenciel économique demeure tel entre nos pays que le peu que les enfants roumains grapillent en France est énorme pour leur pays.  Je les vois défiler tous les jours dans mon cabinet, souvent – masi pas toujours – auteurs de petits vols (hier un pantalon et un sweet chez « A fond la forme » ou des lames de rasoir chez « Rond-point »). Une délinquance souvent de survie qui dégage un minimum pour être envoyé à la mère restée au pays!

Bien sûr il y a aussi derrière des réseaux d’exploitants que nous avons plus ou moins mis en évidence. Ainsi toutes ces bouteilles de champagne ou de vin volées ne le sont pas pour faire la fête en France avec des copains ! La plupart de ces vols ne sont pas importants, mais au final doivent drainer beaucoup pour la Roumanie.

Je ne néglige pas la prostitution dans laquelle se trouve souvent embarqués ces garçons quand les parcmêtres font défaut.

En tous cas ces enfants sont d’une tristesse effroyable. Ils portent leur malheur dans leur yeux et sur leur épaule voutée. Ils sont privés d’enfance.

Ils ne sont ni tous des voleurs ni voués à voler. Quand on arrive à gagner leur confiance il est possible de les extraire de leur squatt et des dangers dans lesquels ils se meuvent au quotidien pour survivre. A Montfermeil comme dans quelques autres lieux, en alliant moyens publics et associatifs, on sort ces jeunes de la délinquance et on les amène à une formation professionnelle solide. 95% ne sont plus delinquants avance Hors la Rue pour ceux qu’elle suit. Nombre sont régularisés, certains qui en expriment le souhait deviennent même français.

Le retour volontaire en Roumanie est rare. Ils sont en mission familiale en France. Ils viennent souvent pour étudier. Tous et de loin ne sont pas voleurs.

Tout un temps ces enfants étaient quasiment tous issus de la communauté rom ou tsygane. Ils rejoignaient les roms de l’ex-Yougoslavie et d’autres partie de l’Europe de l’est. Bien évidemment on retrouve toujours parmi ceux que nous croisons aujourd’hui  de jeunes rom, mais le fait nouveau est bien que s’y ajoutent des jeunes roumains essentiellement issus de la region du Muramures (préfecture Satu Maree – au Nord Ouest du pays et de l’est du pays. On doit ajouter des Moldaves (venus de Chishinu). En d’autres termes nos jeunes ne sont pas tous et de loin des roms.

 Ils vivent de petits travaux ou de la charité avant de trouver une bonne filière de protection. On peut craindre malheureusement que certains ne la trouvent jamais ou la refusent comme ce jeune de 13 ans qui ce matin a fugué quelques minutes après que je l’eus confié à l’AEPC en prenant le soin de lui faire rencontrer de ces jeunes compatriotes. J’avais pourtant mis le paquet pour le convaincre, y compris le menacer d’une peine de prison lorsqu’il sera jugé au début mars prochain.

S’ils reviennent en Roumanie à quel sort sont-ils voués? On sait que les filles repartiront souvent vers d’autres lieux de prostitution. Les garçons sont aujourd’hui sans perspectives. Les services sociaux en Roumanie restent très peu developés. Certes quelques investigations se font aujourd’hui qui ne se faisaient pas avant mais rien n’a fondamentalement changé sur les prises en charge proposées. La France a mis 150 ans pour en arriver là où elle en est !

Alors le nouveau protocole qui confie le soin au parquet d’organiser le retour est inquiétant. Comment entend-on pratiquer? Par la force  quand aujourd’hui on s’efforce à la conviction, avec des succès limilités, mais réels ? Au mépris de l’inexpulsabilité des mineurs ?

Pour autant force est de reconnaître que le problème auquel nous sommes confrontés est important. Ces enfants arrivent par vagues. Ils vivent dans des conditions dures – on l’a dit – souvent exploités ou en passe de l’être. Ils ont leur famille en Roumanie, souvent extrèmement pauvre, ils sont en relation avec elle et ils attendent que nous leur offrons une scolarité ou une possibilité de travail. Certains pris en charge demandent à revenir au pays pour visiter leurs parents ou pour un événement grave comme s’ils vivaient à l’autre extrémité du même pays. Difficile de leur faire entendre qu’il y a encore des frontières et que normalement s’ils venaient de Marseille nous devrions les faire raccompagner à Marseille, ils sont en France, bénéficient de l’inexpulsabilité, ils ne peuvent donc pas circuler librement entre les deux pays s’ils sont pris en charge au titre des enfants étrangers isolés en France.

Les professionnels que nous sommes sont donc au coeur de contradictions que j’ai déjà developpés ici dans plusieurs notes. Il faudrait certainement les percer publiquement un jour sachant qu’à terme le developpement économique aidant le problème se dissoudra de lui-même. Le nouvel accord de Bucarest ne traite pas le fond du sujet. En attendant nombre de ces jeunes sont voués à devenir de bons français d’origine roumaine.