Polisse : plus que des policiers au grand coeur, un service de la protection de l’enfance (439)

 C’est peu de dire que Polisse, le dernier film de Maïwenn, suscite de l’intérêt et appelle à débats.

Après Cannes, le succès auprès du public est incontestable si l’on s’en tient aux entrées enregistrées.

Comme tant d’autres je suis sorti de cette projection sans regretter d’être venu et pour une fois – critère ô combien essentiel pour mes proches – sans m’être endormi dans un cinéma. Sans avoir lu auparavant la moindre critique sur le film, à l’aune de mes critères, je conclue donc que ce film est un excellent spectacle.

Et je trouve excessif le jugement porté sur le film par Jean Déniel directeur de la cinémathèque Jean Vigo de Gennevilliers qui y a vu «une malhonnêteté fondamentale tant par sa forme que par son fond.».

Indéniablement cette cinéaste a du talent. Ainsi j’ai été médusé par la force de plusieurs séquences comme celle où une femme policière d’origine arabe rappele à un père musulman que le coran, pas plus que le code n’admet pas les mariages forcés. L’échange commence en français pour se terminer en arabe : pas besoin de traduction, en quelques minutes est restitué l’affrontement entre deux mondes dont nombre de jeunes filles de France sont les victimes. Certes, Polisse est l’occasion de numéros d’acteurs, et surtout d’actrices, de haut niveau portés par des dialogue incisifs et d’un grand réalisme. Indéniablement la réalisation est le plus souvent remarquable.

Le contenu – la vie d’une brigade des mineurs – lui-même fait réagir par nombre des scènes qui peuvent être d’une extrême violence. Il fait rire, souvent jaune.

Bien évidemment, étant professionnellement et de longue date au fait de ces drames dont les enfants et les adolescents sont les victimes et qui font le quotidien de la police, en allant voir le film de Maiwenn, j’avais a priori le souci de l’image qui serait renvoyée de ce service de police dans ce qui n’est pas un reportage journalistique, mais une fiction, avec tous les artifices de l’exercice.

Disons-le tout net, j’ai crains rapidement le pire avec l’ambiance installée de salle de garde, mais surtout la descente de police dans un camp rom au prétexte d’y retirer les enfants qui auraient pu être victimes de maltraitances. Le pretexte de cette descente : une adolescente dont les policiers avaient observé le dos zébré de traces de coups de lanières pour – c’est mon interpretation – n’avoir pas eu le rendement souhaité dans les vols qui lui revenaient de commettre. Outre que je n’ai pas souvenir d’avoir jamais eu connaissance d’une telle opération de police sous cet argument, cette séquence est d’une violence effroyable, à la limite du supportable en ce qu’elle rappelle d’autres époques et évoque certaines rafles d’enfants.

Les enfants censés être protégés par cette intervention nocturne et musclée de la DPM sont ici les premières victimes des forces de l’ordre. Au point où les policiers conscients eux-mêmes de ce qui leur est imposé demandent aux plus âgés de « rassurer » les plus jeunes. On ne comprend pas pourquoi on embarque ces enfants ; on ne sait pas où on les emmène en les faisant montant dans un bus de la police, sinon vers un mythique foyer. On ne sait surtout pas ce que seront les suites de cette opération de grande envergure. Tout cela au final pour nous montrer des enfants faisant la fête dans l’autocar policier qui les emmène : des enfants maltraités  qui font le cochon pendu, chantent et dansent pour compensent leur peur après avoir été arrachés à leur sommeil et aux leurs ? On reste abasourdis et perplexes. Ajoutons le cliché, sans doute maladroit dans cette période, et en tous cas sans défense en réponse, renvoyé de la communauté rom.

D’autres séquences peuvent aussi paraître comme du grand n’importe quoi comme celle où une adolescente admet avoir fait des fellations pour récupérer son téléphone portable et ne comprend pas l’étonnement des policiers par ses arguments qui se traduit par un fou rire irrésistible . Mais à y bien réfléchir, on frise ici la réalité. Il est évident que certains jeunes peuvent ne plus avoir la hiérarchie des choses. Sans doute est-ce pour cela qu’on rit jaune tellement comme le crache une autre adolescente du film à une femme policier : « Vous êtes coupés des réalités d’aujourd’hui ! »

Par un traitement classique Maiwenn prend la hiérarchie intermédiaire et supérieure comme tête de turc. Facile. Notamment quand s’agissant d’un bourgeois qui aurait abusé de sa fille, le commissaire vient rappeler que cet homme a des relations.

J’enlève toutes ces scories que je mets sur le compte de l’écriture cinématographique et de ses exigences pour aller à l’essentiel : Maïwenn a une bonne représentation de ces policiers. Oui ce sont des hommes et des femmes comme les autres, des pères et des mères de famille, mais des hommes et des femmes qui ne se satisfont jamais tout au long de leur affectation de ce qu’ils peuvent voir. Monsieur et Madame Tout Le Monde sont loin de pouvoir imaginer la charge affective que ressentent régulièrement ces policiers. Et, fort heureusement, jamais ils ne seront blasés. Oui, ils peuvent alors avoir la rage et péter les plombs. Il leur faut se maitriser, se contenir. Cet éclairage s’imposait et son rendu doit être salué.

Pour autant on touche rapidement à une critique fondamentale : on nous donne à voir un groupe de mercenaires de la « protection de l’enfance mal-traitée « fonctionnant en autarcie dans tous les sens du terme. Ils mangent ensemble, ils sortent ensemble, effectivement ils balancent des plaisanteries de salle de garde en permanence, parfois ils se draguent l’un l’autre, voire tombent amoureux ! On en oublierait qu’ils ont des comptes à rendre, non pas seulement à cette hiérarchie anesthésiante et inhumaine, mais au procureur de la République,  juges d’instruction et juges des enfants.

Là, pour le coup, l’éclairage donné aux spectateurs sur le dispositif de protection de l’enfance dont la Brigade des mineurs est un maillon important est tronqué et donc raté. Il n’aurait pas fallu grand-chose. Par exemple, dans cette scène très forte et très vraie où une femme africaine vient remettre son enfant à la police – donc à la République – pour qu’il quitte enfin la rue. Tout feu, tout flamme les policiers sont convaincus de parvenir à éviter la séparation à laquelle la mère se résignait. Ces mêmes policiers, penauds et choqués doivent annoncer leur échec : l’enfant ira en foyer … sans sa mère. La bonne volonté a  touché ses limites. Aucune allusion à l’aide sociale à l‘enfance, au procureur ou au juge des enfants qui auraient pu être mobilisés par des professionnels. Ca n’empêchait pas cette scène forte là-encore et pathétique de la séparation où le policier Joey Starr retrouve la haine, mais en montrant auparavant que l’on avait réellement fait le nécessaire pour mobiliser le dispositif, et donc qu’on en connait l’existence. Les policiers de la vraie BPM savent mobiliser ces dispositifs car ils ne sont pas que des hommes et des femmes au grand cœur. Un coup de fil à l’ASE ou au tribunal, même d’attente et la BPM s’inscrivait dans la réalité de la protection de l’enfance, par-delà un pathos pour le coup  un peu … racoleur.

Un peu à l’image de l’ensemble du film on est bien évidemment dans l’empathie avec ces policiers au grand cœur, mais méconnus, de la Brigade des mineurs. Il eut été encore plus fort, et plus réaliste de montrer qu’ils sont aussi de grands professionnels, que derrière le groupe il y a une institution – la police des mineurs – spécialisée sur les enfants victimes, maillon important d’un dispositif plus vaste de protection de l’enfance.

Des policiers, professionnels de la protection de l’enfance, de cette veine j’en ai connu comme la capitaine de police Carole Mariage ou le lieutenant Thierry Terraube qui ont mis en place dans la décennie 90 les techniques d’audition des enfants victimes de violences sexuelles et leur enregistrement pour qu’il leur soit enfin rendu justice. Cette démarche, inspirée de ce qui se pratiquait au Québec, était alors révolutionnaire.

Maiwenn, pour préparer son film,  a pu séjourner deux mois dans une brigade du Nord de Paris, mais je crains qu’elle n’en ait vu que le côté affectif et émotionnel.

On peut lui reprocher de n’avoir traité que superficiellement les situations qui émaillent le film. Mais était-ce l’enjeu ? Le parti pris du film est subsidiairement de traiter des toutes ces formes de maltraitance infligées à des enfants dans notre société développée du XXI° siècle. La plupart des situations esquissées aurait mérité un traitement spécifique : on aurait voulu toucher aux causes et savoir ce qu’il advenait de ces cas après l’intervention de la DPM. Mais d’évidence il ne pouvait pas être question d’aborder l’exploitation des enfants, la délinquance organisée des mafieux qui exploitent les enfants, les maltraitances à enfants, les violences sexuelles et les attouchements, la maladie mentale des parents, le racket, les mariages forcés, etc. En revanche, Maïwenn restitue bien l’ampleur et l’hétérogénéité de ces situations de toutes sortes, dramatiques à l’extrême ou moins graves, qui tombent sans désemparer sur le service. Il faut aux policiers s’y plonger par-delà leurs états d’âme personnels.

Bien évidemment le propos est dénonciateur mais aussi optimiste. Ce sont des enfants que l’on sauve, ce sont de futurs adultes que l’on protège au final ainsi que leurs propres enfants. Maiwenn ne le dit pas, mais dans un passé encore récent – et sans doute encore aujourd’hui dans une moindre proportion – nombre d’enfants ont été victimes d’attouchements sinon de viols sans oser en parler, y compris à leurs proches parents, enfermés dans une culpabilisation ravageuse alors même qu’ils sont victimes et pas coupables. Dans les années 85, la parole des enfants victimes a été libérée et les oreilles des adultes se sont débouchées, leurs yeux ont mieux vu les messages qui leur étaient adressés. Des policiers comme ceux que j’ai cités ont contribué à ce mouvement dont on peut penser qu’il a permis éviter nombre de drames – mais nous n’avons pas d’instrument de mesures pour l’affirmer – et, en tout cas, de mieux assurer que les coupables soient punis et les victimes engagées sur la voie de la résilience.

Le propos de Maïwenn est donc finalement plein d’espoir. Pourquoi pas. Reste à demeurer vigilants car je ne suis pas convaincu – doux euphémisme – que dans les orientations policières modernes résultant du débat politique et des contraintes financières de l’institution, la formation des policiers à l’écoute des enfants pour contribuer à leur rendre justice aient été maintenus. En tous cas, il y a menace.

Il ne me déplairait pas d’être démenti.

Tout cela pour confirmer que Polisse mérite d’être vu malgré ses limites car ce film peut donner le prétexte de connaître ceux qui ont en charge au quotidien le sort des enfants meurtris et indirectement à ces meurtrissures qui sont encore infligés aux enfants de notre pays. Ce n’est pas le moindre mérite de cette jeune réalisatrice de talentueuse.

Les mineurs étrangers isolés rendent fou … (432)

Le bras de fer engagé depuis des années entre l’Etat et le conseil général de la Seine Saint-Denis autour du sort à réserver aux enfants étrangers non accompagnés qui tous les jours arrivent à Roissy ou sont trouvés en errance est entré dans sa phase « armée ».

Comme il l’avait menacé au début de l’été dans un courrier adressé au Garde  des Sceaux, le Conseil  Général se refuse depuis le 1 er septembre à accueillir les enfants qui lui sont confiés par la justice ou qui se présentent à ses services. Il estime que l’Etat en refusant de supporter le poids financier de l’aide apportée à ces enfants contribue à « plomber » les finances de la collectivité territoriale ; surtout il vit mal le sentiment d’être abandonné pour gérer un problème qui est national et non pas séquanodionysien.

Quelques 500 enfants sont désormais confiés chaque année au Conseil Général de la Seine Saint –Denis par la justice qui les estime en danger faute de parents près d’eux susceptibles d’exercer l’autorité parentale. D’autres départements – Paris, le Pas-de- Calais, les Bouches-du-Rhône – ressentent ce même sentiment. (Voir mes différents posts  sur le sujet)

Certains de ces jeunes fuient les persécutions politiques, communautaires ou claniques. Leurs parents sont souvent décédés ou ont veillé à organiser la fuite des plus jeunes ; certains ont eux-mêmes été persécutés. S’ajoutent les jeunes filles victimes de mariages forcés, parfois consommés, enceintes ou jeunes mères. Mais la plupart viennent tout simplement en France pour y être scolarisés, travailler et pouvoir ainsi envoyer de l’argent au pays afin de nourrir la famille ou le village. Ils arrivent de nombreux pays ; aujourd’hui moins de Chine que d’Afghanistan, du Sri Lanka, et bien sûr d’Afrique sub saharienne.

Pour l’ensemble du territoire national on évalue à 5- 000 ces enfants qui arrivent ainsi chaque année. Bien évidemment, ce phénomène qui va en croissant et a pris une importance majeure depuis le début des années 2000, ne concerne pas que la France. L’Europe à des échelons divers comme l’Amérique du Nord ou l’Australie sont confrontées au problème posé par ces « enfants non accompagnés ».

La première des difficultés est déjà que nombre – un tiers environ – des personnes qui se prétendent mineures pour bénéficier de la règle de la non-expulsabilité ne le sont pas. Il faudra, avec la difficulté de l’exercice, le démontrer. Par-delà parfois des papiers plus vrais que les vrais, dont l’encre sent bon l’imprimerie parisienne !

Ces jeunes avides d’apprendre pour travailler au plus vite vivent une aventure personnelle souvent difficile mais au fond posent moins de problèmes éducatifs qu’administratifs. Il faut faire la preuve de leur identité, veiller à organiser l’exercice de l’autorité parentale, obtenir un titre régulier de séjour, veiller à leur orientation. Deux courses de vitesses s’engagent, l’une pour la régularisation à 18 ans, l’autre pour l’autonomie. Le temps est compté car quoiqu’il arrive à 21 ans l’Aide sociale à l’enfance – et les établissements privés qui la relaient – devra arrêter son travail alors que certains arrivent à 17 ans ou même plus sans avoir jamais pu être scolarisés, sans papiers, dans un état délicat et fréquemment sans parler français.

Les services sociaux déjà déroutés par ce travail  spécifique à entreprendre ne sont jamais assurés de parvenir à régulariser ces jeunes pour lesquels ils se seront investis. Tout bonnement les structures sinon les départements susceptibles de les accueillir par-delà leur majorité se réduisent comme peau de chagrin. Sans compter que de nombreux jeunes n’hésitent pas, une fois requinqués, à fuguer pour trouver une terre supposée plus accueillante ou poursuivre leur route.

Bref, les mineurs étrangers isolés mobilisent beaucoup d’énergie, appellent des compétences spécifiques, amènent à faire un travail d’autant plus ingrat que la communication avec eux est souvent limitée, la barrière de la langue n’expliquant pas tout. Par-delà la langue ces enfants ne livrent pas tout de leur histoire ; ils sont dans une obligation de loyauté à l’égard de leur famille, sinon de discretion à l’égard des passeurs professionnels qui n’hésitent pas à user de la menace, voire de la violence.

Nombre de travailleurs sociaux, notamment en Seine Saint-Denis vivent mal l’exercice de cette responsabilité qui indéniablement pèse fortement sur le dispositif de protection de l’enfance qui n’est pas extensible sans limite ni quant au  places d’accueil, ni financièrement, ni sur le plan humain. 

Confronté à un fort mouvement de contestation au sein de son administration sociale, constatant la charge toujours croissante qui embolise singulièrement sa capacité à venir en aide aux enfants en danger déjà présents sur son territoire en début d’année 2011 le Conseil général avait décidé de réagir très fort.

A défaut d’avoir reçu une réponse à son dernier courrier, il a tenu parole en cette rentrée. Il a ainsi refusé un jeune confié par le juge pour enfants de permanence. Ce jeune qui, par ailleurs, était dans un état particulièrement préoccupant a été confié en catastrophe par le procureur de la République à un foyer de la PJJ, donc à une structure publique relevant du ministère de la justice.

La Chancellerie informée a immédiatement contre-attaqué en demandant à son service éducatif installé au tribunal de ne plus prêter la main à ce que des enfants non délinquants soient ainsi confiés à des structures PJJ. Elle est même allée jusqu’à lui interdire de faire la moindre recherche d’informations ou démarches au bénéfice des magistrats en charge de ces situations. Elle n’hésite pas à dire dans son écrit pour que les choses soient claires que la PJJ n’a pas vocation à intervenir pour des enfants en danger !

Faute d’avoir pu se mettre autour d’une table pour traiter le problème qui leur est commun avec un responsable politique de l’Etat et adopter sous son autorité les réponses qui s’imposent, réponses avancées par de nombreux rapports officiels dont le rapport Landrieu de 2004 et le rapport d’Isabelle Debré de 2010,  on  se trouve ainsi dans une position intenable.

Qu’on en juge !

Un président de conseil général qui refuse d’’exercer les mandats donnés par les magistrats – procureur et juge des enfants – dans le champ de la protection de l’enfance alors qu’il s‘est vu rappelé en 2007, à sa demande, qu’il est le chef de file de la protection de l’enfance.

Un ministre de la justice qui demande à son administration de ne plus répondre aux mandats donnés par ses propres magistrats sachant qu’il s’est vu qualifié en 2011 de chef de file sur le dispositif de réponse aux mineurs étrangers isolés. Le chef de file refuse de mettre la main à la pate, et tout simplement d’apporter des informations utiles aux magistrats pour protéger des enfants tenus pour être en danger pour des enfants !

Si on pousse à l’extrême, dans l’hypothèse – ce que personne ne souhaite affirmons le très fort – un drame surviendrait – une jeune fille violentée, des gamins retrouvés dans les ateliers clandestins ou dans un squat vivant des choses délicates – le parquet aurait le choix entre faire mettre en garde à vue le président du conseil général ou le directeur territorial de la PJJ pour mise en danger d’un enfant ! Le  » 20 h » assuré !

Tout cela est absurde et ne peut pas durer. D’autant que la France, toutes causes confondues, Etat et collectivités locales, fonctionnaires et professionnels associatifs, n’a pas à rougir de ce qu’elle apporte comme réponse à ces enfants destinés pour beaucoup à devenir de « bons français ». A preuve ils fuguent moins que par le passé

D’évidence le dossier est délicat par toutes ses dimensions humaine, politique, économique. Indéniablement nous sommes instrumentalisés dans le rapport Nord-Sud par des personnes – des adultes – qui violent les règles sur l’entrée sur le territoire européen et jouent de notre dispositif de protection de l’enfance. Pour autant, il y a derrière des milliers d’enfants d’abord victimes de la violence et de la pauvreté.

La question n’est pas d’aujourd’hui et durera des décennies. Il est certain que les politiques – de tous bords – quand ils sont au pouvoir ont peur de mettre en place des dispositifs faisant appel d’air et dès lors de donner l’impression de ne plus maîtriser les flux migratoires.

Reste que ces enfants étrangers et ceux qui les manipulent ne doivent pas au final nous mettre en contradiction avec nos principes et nos valeurs. Pas plus qu’on ne peut pas les laisser mettre en péril notre dispositif de protection de l’enfance. Il nous faut donc trouver des réponses équilibrées.

Il faut déjà admettre que la compétence est partagée entre l’Etat et les conseils généraux. L’Etat a la responsabilité de surveiller les frontières et d’admettre ou pas sur le territoire national ; il doit aussi s’occuper des personnes sans domicile fixe présentes en France. Il le fait déjà d’une manière avec des lieux d’accueil spécialisés comme le CAOMIDA géré par France Terre d’Asile ou le LAO de la Croix Rouge situé à Taverny – dont d’ailleurs il menace régulièrement de se retirer -, mais aussi à travers la justice (tribunaux pour enfants, PJJ). Il a su prendre en 2005 une circulaire Villepin sur l’octroi du titre de séjour à ces jeunes. Pour leur part, les conseils généraux ont vocation à apporter une aide aux enfants en danger quelle que soit leur origine, leur nationalité, leur couleur de peau, etc. Les règles sur la protection de l’enfance sont d’ordre public. Peu importe que l’enfant soit en situation régulière ou pas ; il est non expulsable du fait de sa minorité. Il doit être protégé s’il est tenu pour être en danger.

En d’autres termes, l’Etat et les conseils généraux sont condamnés à s’entendre sur le dispositif applicable à ces enfants qui doit s’inscrire dans le droit commun de la protection de l’enfance même s’il est parfois besoin- notemment dans la phase d’accueil initial – de personnels dédiés. L’Etat n’a pas envie que des enfants errent dans les rues et commettent des délits sachant, je peux en attester, qu’actuellement il est rarissime qu’ils le fassent. Un temps, l’Etat – Charles Pasqua étant alors ministre de l’intérieur – déniait toute compétence en avançant que le département touchant des royalties sur Roissy se devait d’assumer seul les conséquences de l’implantation de l’aéroport ! C’était faire bonne mesure des responsabilités politiques de l’Etat sur le dossier et des comptes qu’il doit en rendre à la communauté internationale.

Le rapport Landrieu avait repris la clé de répartition des compétences et donc des financements que nous proposions : tant que les enfants n’ont pas été régularisés au regard du séjour, et certains ne le seront jamais, leur charge financière doit être supportée par l’Etat ; une fois réglé le problème du séjour ils deviennent des enfants de France et doivent donc être pris en charge par le conseil général sauf à être repartis dans leur pays. Dans la première phase l’Etat peut s’appuyer sur les services de la protection de l’enfance quitte à rembourser aux conseils généraux la dépense engagée pour lui.

Il fallait un ministère-responsable. Le rapport Debré a préconisé la Justice qui a été désignée quand, peut être, il eut fallu choisir les Affaires sociales, mais à la limite peu importe aujourd’hui. Il faut que les collectivités locales ne se sentent pas abandonnées par l’Etat pour porter un dossier délicat qui engage la France.

Une circulaire interministérielle s’impose ici pour unifier les pratiques disparates dans les 20 et quelques départements concernés.

On en est rendu à un point absurde aujourd’hui où chacun viole la loi.

Cela ne peut pas durer. L’Elysée a pris  conscience vendredi qu’il y avait le feu au lac. Une réunion interministérielle se serait tenue dans l’après-midi, le Garde des Sceaux a lui-même annoncé une loi au président du conseil général sans qu’on en connaisse la teneur. On veut croire que chacun joue l’apaisement.

La sortie de crise – à court terme – est simple : un courrier du premier ministre ou du ministre de la justice adressé aux présidents de conseils généraux rappelant que l’Etat entend pleinement assumer ses responsabilités sur ce dosser, donc admettant explicitement qu’il a des responsabilités, et qu’ayant entendu les difficultés des collectivités territoriales, il entend participer au coût de la prise en charge de ces jeunes et veiller à lever les blocages administratifs à leur régularisation dès lors qu’ils sont bien insérés en France.

Le problème ne sera pas totalement résolu, mais au moins les institutions françaises arrêteront de se déchirer entre elles pour s’attacher à l’essentiel. Répondre à ces enfants, développer la coopération et l’éducation permettant à ces enfants de vivre chez eux, avoir un accueil maitrisé, sinon organisé, de jeunes, etc. Et en tous cas sortir de la pression que font peser les filières au point de rendre fou tout un chacun.

 

 

L’ASE n’est pas une reserve d’enfants adoptables (416)

 

avocats0061.1238625074.gifPar-delà l’intérêt légitime qu’ils suscitent les événements gravissimes qui animent la planète écrasent certaines informations et annihilent des débats sociétaux pourtant importants. Ainsi, au-delà des cercles professionnels et militants, on aura peu parlédu rapport sur l’adoption entériné par Académie de médecine en février.  

Le titre « Faciliter l’adoption nationale » est tout un programme et rappelle des musiques déjà largement entonnées dans ce pays quasiment par tous les bords politiques. 

Les auteurs (Jean Marie Mentz, Adeline Marcelli et Francis Watter) surfent sur la compassion naturelle qu’inspirent les enfants maltraités et ces adultes qui demeurent sans possibilité de déverser leur trop-plein d’amour! Comment ne pas partager la conclusion consistant à vouloir faire d’une pierre deux coups : satisfaire les uns et les autres en recourant à une adoption ?  

Rapidement on dresse bien évidemment le procès de la loi, des administrations sociales et de leurs acteurs, de la justice et des juges qui, sans cœur, ni humanité, multiplient les obstacles à l’adoption. Il suffit de combattre ces résistances pour faciliter l’adoption nationale qui s’effondre d’année en année (1). Le bon sens y invite tout logiquement ! 

Une nouvelle fois le rapport illustre parfaitement le scientisme qui aujourd’hui plus que jamais prévaut dans le champ des questions sociales. Le fait de brandir l’intérêt supérieur de l’enfant, concept clé de la Convention internationale du 20 novembre 1989 sur les droits de l’enfant ne suffit pas à absoudre de toutes approximations ou des erreurs. Ainsi il n’y a pas 20 000 à 30000 candidats à l’adoption, mais 15 000 d’après le ministère lui-même. Et quel manque de culture institutionnelle que de négliger la décentralisation en souhaitant que le Conseil supérieur de l’adoption gère depuis Paris une question intrinsèquement liée à celle des politiques locales de protection de l’enfance menées par les Conseils généraux. On ne peut pas laisser passer ces approximations de la part de personnes qui critiquent nos institutions et prônent une réforme. 

On peut admettre qu’un rapporteur ne connaisse pas un sujet ; c‘est même souvent une bonne démarche que de confier l’analyse d’une question délicate à un œil neuf. Encore faut-il que celui–ci lise, renoue les fils de l’histoire, auditionne, repère les vrais blocages et s’interroge sur les résistances à une politique présentée comme évidente, rencontre des acteurs de terrain dans leur diversité et, tout simplement, teste les bonnes idées qu’en chambre chacun peut élaborer pour résoudre un problème. Rien de cela dans ce travail de l’Académie de Médecine.  

Pour ne prendre qu’un exemple tiré de ce document, comment imaginer que les conseils généraux puissent se doter d’un réseau de familles d’accueil bénévoles, choisies parmi les familles soucieuses d’adopter et différentes des familles d’accueil classiques rémunérées de l’aide sociale à l’enfance afin d’accueillir les enfants adoptables ? L’argument est de poids : « Cela permettrait aux candidats de montrer la priorité qu’ils accordent au bonheur de l’enfant et donnerait à l’adoption son véritable sens : donner une famille à l’enfant et non l’inverse ». Rapport scientifique ou discours de convenance ? Chacun appréciera. 

Mais il y a bien sûr bien plus grave comme le fait de prétendre que les 260 000 enfants objets de mesures de protection de l’enfance sont, d’une manière ou de l’autre, adoptables. Juridiquement c’est bien évidement faux, mais même socialement et psychologiquement c’est également tout autant erroné. Pour l’immensité d’entre eux y compris d’entre eux y compris pour les 140 000 qui chaque année sont accueillis physiquement par les services de l’Aide sociale à l‘il n’y a pas de maltraitance, mais des difficultés pour les parents à exercer leurs responsabilités d’une manière passagère ou chronique. Et si l’on s’arrête spécialement sur les 140 000 enfants accueillis ils ne sont pas délaissés, en tous cas, ils sont rarement abandonnés, loin de là : pour la plupart ils vont retrouver rapidement leur place chez eux, auprès de leurs parents.  

En rupture avec l’assistance publique de Saint Vincent de Paul qui recueillait les enfants des rues, mais aussi avec la DDASS de la première partie du XX° siècle qui se contentait trop souvent d’accueillir un enfant sans se préoccuper de l’essentiel, les relations parents-enfants, le service moderne de l’Aide sociale à l‘enfance vise à éviter l’éclatement de la cellule familiale par des aides à domicile, à empêcher la rupture du lien enfant-parents avec le souci au contraire de le faire fonctionner au mieux en aidant les parents à exercer leurs responsabilités au nom du droit de l’enfant d’être élevé par ses parents. Oui tout enfant a droit à une famille, d’abord la sienne, à défaut une autre qui éventuellement a vocation à devenir la sienne par l’adoption si sa famille biologique est défaillante. 

Mme Nadine Morano, éphémère ministre en charge de la famille, faisait déjà des amalgames en estimant que les 26 000 enfants confiés par justice à l’ASE étaient adoptables. 

Au lieu de pleurer sur le fait que le nombre d’enfants adoptables baisse régulièrement – 2200 pupilles de l’Etat en 2010 pour 150 000 en 1900 , 40 000 en 1960, 20 000 en 1980  -on devrait se réjouir du fait que les 820 000 enfants qui naissent désormais chaque année sont plus souvent désirés qu’imposés par les circonstances de la vie, que les aides aux familles, spécialement aux mères célibataires, permettent d’éviter nombre de délaissement, et que les soutiens apportés aux familles est performant. La maitrise de la contraception, les politiques d’accueil de la petite enfance, le statut des parents au-delà la vie commune, tout se conjugue pour réduire les rejets d’enfants et la maltraitance. 

En d’autres termes, pousser les feux de l’adoption comme réponse avec un grand R aux enfants en difficulté reviendrait à scier la branche de l’aide sociale à l’enfance sur laquelle repose la protection de l’enfance .  

J’entends que certains y sont enclins pour réduire les dépensées des départements en matière d’ASE qui nationalement et en données consolidées s’élèvent à quasiment 6 milliards d’euros. Plus vite et plus souvent adoptés, moins onéreux ils seraient pour les finances publiques… D’autres veulent avant tout répondre aux adultes – leurs électeurs – en quête d’adoption en leur faisant « servir » l’enfant qui leur fait défaut.  

Reste que l’attente des adoptants potentiels – un enfant de moins de trois mois, de type européen et en bonne santé – ne répond pas aux caractéristiques des enfants sans parents qui sont plus âgés, pas toujours en bonne santé, fréquemment de couleur et en fratrie. En d’autres termes les deux questions contenues dans le terme adoption – offrir une famille à un enfant qui en manque et donner un enfant à des gens qui veulent fonder ou développer une famille – ne se recouvrent pas totalement  sauf dans un millier de cas par an.

 

Tout cela ne signifie pas que notre dispositif ne doit pas encore et encore être amélioré dans son fonctionnement. Ainsi plus dans l’esprit et la lettre de la loi du 5 mars 2007 plus on suivra de près la situation d’un enfant accueilli à l’ASE, plus on s‘efforcera de faire vivre le lien parents-enfant, et plus vite et au mieux on constatera qu’un enfant est délaissé ou en passe de l’être : un projet d’adoption pourra alors être formé rapidement pour lui.  

Notre droit civil et notre droit social constituent un équilibre subtil qui ménage toutes les possibilités en tenant compte de l’évolution des comportements de adultes, sinon des besoins enfants. Regardez le cas de la petite Cindy – traité dans mon blog 413 – quand en entame de la prise en charge de l’enfant alors âgée de 2 mois les parents étaient hors jeu- la mère malade, le père n’ayant pas reconnu l’enfant. Dans ces conditions, la famille d’accueil a pu légitimement se poser la question de l’adoption même si initialement elle ne l’avait pas envisagé. L’Aide sociale à l‘enfance elle-même était sur ces bases avant de devoir rétropédaler. Le temps ayant passé avec le réinvestissement des parents, l’adoption – en tout cas l’adoption plénière – n’est plus apparue d’actualité. Reste qu’entre temps des liens s’étaient noués entre l’enfant et sa famille d’accueil … comme avec ses parents biologiques. 

C’est bien à l’une des décisions les plus délicates à laquelle ils puissent être confrontées que le  président du conseil général du Gers et ses services doivent aujourd’hui se colleter : il leur revient de faire fonctionner au mieux les relations de l’enfant avec ses parents biologiques et dans le même temps de lui assurer une certaine sécurité et de veiller au respect de ses attachements. 

Comment imaginer des réponses simplistes et linéaires à des sujets aussi complexes ? 

L’intérêt de l’enfant ne peut pas se définir dans l’absolu, mais au cas par cas. 

En revanche, si la loi met en exergue les différents droits de l’enfant qu’il faut concilier il ne va pas jusqu’à affirmer, au grand dam de certains, le droit de chacun d’adopter. D’ailleurs je le répète ici, comment pourrait-t-on gager ce droit s’il était consacré légalement ? De la même manière que l’ASE n’est pas un réservoir d’enfants adoptables, on ne peut-pas laisser croire que tous les enfants qui souffrent dans le monde peuvent être voués à une adoption trans nationale et que la fin justifie les moyens comme on l’a vu parfois se dire ou se pratiquer à travers les trafics d’enfants. 

Pour couper court à ces rapports nullissimes et dangereux par ce qu’ils véhiculent il serait temps que sur cette question un discours raisonnable et public soit tenu qui évite de faire souffrir ceux qui sont en quête d’enfant et croient à chaque annonce que leur problème va être résolu.  

Non, contrairement à ce que déclare l’Académie de Médecine, après nombre de ministres, l’ASE n’est pas une réserve d’enfants adoptables. Ce n’est qu’à la marge que des enfants pourraient se voir proposer l’adoption qui aujourd’hui passent à travers cette réponse.  

Tout simplement, il doit être affirmé que l’adoption n’est pas là pour satisfaire le désir d’enfant de quiconque, jeune ou vieux, célèbre ou pas, hétéro ou homosexuel. 

Quel(le) responsable politique aura le courage de tenir ce discours ?  

Ici comme sur d’autres sujets; nous allons payer l’absence d’un ministre à part entière de l’enfance sinon de la famille. 

 

(1)   Si l’adoption des enfants confiés à l’ASE baisse, en revanche l’adoption, intrafamiliale dans les familles recomposées se développe.

Arrêtons de parler adoption pour les enfants d’Haiti (357)

avocats0061.1238625074.gifCe qui devait arriver est arrivé. Des personnes – américaines en l’espèce – viennent d’être interpellées pour avoir voulu faire sortir une dizaine d’enfants d’Haiti aux fins de les adopter sans être titulaires des autorisaitons nécessaires certains de ces enfants n’étant d’ailleurs pas orphelins. Il est possible qu’ils aient eu les meilleures intentions du monde. On conçoit même qu’ils aient été choqués de ce que malgré tout ce qui a été déployé par les autorités locales et par la communauté internationale,  l’effort ne soit pas à la hauteur du problème posé.

Pour autant la fin ne peut pas justifier tous les moyens.

Il y a besoin de l’aide publique comme il y a besoin de  la mobilisation de la société civile, mais il faut aussi respecter certaines regles du jeu si l’on ne veut pas demain se retrouver confrontés à des difficultés inextricables, et tout simplement si l’on ne veut pas laisser se développer tous les trafics possibles.

Les pouvoirs publics garants du respect de ces regles accepteront d’autant plus l’aide venue de la société civile, les ONG ou les particuliers, que celle-ci sera reellement désinteresée et perçue comme telle. Or aujourd’hui on peut parfois douter de ce désinteressement. L’arrivée médiatisée de l’avion de la Scientologie est une illustration parmi d’autres.

Il est clair que l’adoption vient ici polluer le traitement du cas des enfants. Pourquoi mettre cette réponse en avant sinon parce que des personnes – et je l’entends parfaitemernt bien – sont en quête d’enfants à accueillir.

Tout le monde s’accorde et je l’ai dejà développé ici pour affirmer qu’ il n’y a aucune raison de ne pas tenter d’accellerer les procédures déjà en cours. C’est ce que font avec un grand dévouement les fonctionnairres du ministère des affaires étrangères qui contribuent à faire venir les 400 ou 600 enfants qui étaient concernés … dans la mesure où ils sont encore vivants. Plus ou moins discretement – sauf quand telle ministre convoque la presse à  4 heures dui matin pour être filmée ou photographiée avec un enfant dans les bras -, ils sont présents à Roissy ou Orly. Cette tache délicate est en train d’être menée à bien. La chose est malaisée notemment parce que beaucoup de documents ont disparu dans le séisme. Mais elle suit son cours.

Reste que des milliers et des milliers d’enfants se retrouvent orphelins après ce drame exceptionnel où ils ont perdu leurs parents

Il va falloir les repèrer, les prendre en charge, voir si des membres de leur famille élargie peut les accueillir.

Et il y a fort à parier, malheurereusement,  que nombre ne trouveront pas de réponse adaptée en Haiti en sachant que s’est ouverte  une période plus ou moins longue d’incertitude et donc d’insécurité juridique (identité, survie ou non des parents, etc.).

Mettons en place des réponses pour ces enfants de nature à leur prodiguer les soins médicaux et autres nécessaires, leur garantir l’environnement affectif nécessaire. Mais prenons le temps de bien évaluer leur situation. Si l’adoption doit venir elle viendra en son temps. Aidons dans le même temps à la reconstruction du tissu haitien.

Mais on ne devrait plus parler adoption avant longtemps. 

Je reprends le raisonnement developpé dans mon précédent post sur le sujet (numéro 353).

Il y aurait 15 000 candidats à l’adoption en France. Ces derniers temps, chaque année, un millier de foyers français s’ouvrait à des enfants haitiens. 

S’il y a 30 000, 40 000 enfants privés de familles à aider, aidons ces 30 000, 40 000 enfants.  Il faudra éventuellement chercher des familles qui, à terme, deviendront éventuellement leurs familles d’adoption. Mais l’heure n’est pas venue de penser en terme d’adoption. Bref, pensons aux enfants et pas à nous ! Beaucoup de gens ne voient leur intervention que pour adopter un enfant quand il y a tant de modalités d’aides possibles. 

Deconnectons notre aide humanitaire des adoptions. Il faut ici un discours public ferme. A défaut nous allons apparaitre comme des rapaces qui fondent sur Haiti pour résoudre notre problème – repondre aux personnes en quête d’enfants – et non pas pour répondre aux enfants en quête d’aide.

Identifions la puissance publique comme seule légitime à parler de projet d’adoption en conformité avec la convention de la Haye de 1983. Fustigeons et condamnons si nécessaire ceux qui passeraient outre comme cela vient donc d’être relevé en Haiti.

Si nous tenons aujourd’hui un discours ferme, demain nous pourrons  dire aux français – et aux autres qui de par le monde ont une capacité d’accueil d’enfants – :  » « X » enfants ont besoin d’une famille d’accueil : ouvrez vous à eux; non pas pour vous qui avez votre compte d’enfants, mais pour eux qui sont privés de famille ».

Plus que jamais il faut clarifier publiquement le sujet de l’adoption

Banlieues : alerte rouge avant l’explosion annoncée (351)

avocats0061.1256119056.gif A une première page du Monde près (dans la parution datée du 2 décembre 2009)  le rapport annuel de l’Observatoire des zones urbaines sensibles (ONZUS) remis au gouvernement le 30 novembre dernier aura laissé la France avec un encéphalogramme plat. Les conditions de libération de Roman Polanski, les mosquées avec ou sans minaret ou la burqa, Copenhague et quelques autres sujets d’importances variées et sans doute réelles come la main de Thierry  Henry ou le tirage au sort de la France pour la Coupe du Monde de football ont tout écrasé.

Pourtant 5 ans après la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine du 1er aout 2003, quatre ans après les émeutes urbaines qui ont objectivement fait trembler le pouvoir politique de l’époque  avec un impact planétaire,  ce rapport aurait du faire  l’effet d une véritable bombe quand il est démontré, données officielles à l’appui,  que  la pauvreté et le chômage ne sont pas en recul, bien au contraire, dans les 751 quartiers objet de l’étude publique.

Certains constats font froid dans le dos et on s’étonnera que mis à part le maire de Clichy-sous-Bois –  certes directement concerné  – et président de l’Association de maires « Villes et Banlieues »,  le silence ait été quasiment unanime dans la classe politique et journalistique.

Particulièrement les jeunes et, plus préoccupant  encore, les enfants sont les  victimes de cette situation.  Ce constat méritait quand même d’être relevé dans la semaine où l’on «fêtait» le 20° anniversaire de la CIDE.

Deux chiffres majeurs – données de 2007 –  explosent à la figure.

Tout d’abord 44,3% des moins de 18 ans, soit quasiment un enfant sur deux, vivent sous le seuil de pauvreté fixé à 908 euros par mois.  Le chiffre est de 33,1 % pour l’ensemble de la population de ces zones quand il est de 12 % en moyenne sur le territoire national. Effrayant ! Le mot n’est pas trop fort.

Deuxième constat : un jeune sur 4 est au chômage ou en inactivité  dans les zones  « politique de la ville «  contre un jeune sur 8  dans les autres quartiers des mêmes agglomérations.  On parle de l’effet repoussoir que suscitent  ces «  jeunes garçons à capuche » des banlieues auprès des patrons qu’ils sollicitent. Les filles seraient moins touchées.

Un point apparemment positif cependant : le taux de réussite au brevet des collèges est en légère hausse. On est passé de 67,2% à 71,9% en 2008 mais avec une sacrée nuance : le taux de réussite s’est encore plus amélioré dans les autres territoires. Le fossé se creuse encore et encore.

En d’autres termes, la fracture ne se réduit pas, bien au contraire, entre ces zones et le reste des territoires urbanisés.

Claude Dillain dont la ville a été l’un des territoires particulièrement touché par les événements de novembre-décembre 2005 ne s’y est pas trompé qui s’inquiète de la seule approche sécuritaire à court terme des pouvoirs publics. Et les policiers qui cette semaine manifestaient sur l’évolution des conditions de leur intervention en rajoutaient une couche en parlant pour qualifier leur travail au quotidien dans ces banlieues d’une intervention à caractère plus militarisé que policier.

Certains diront que les résultats de cette étude ne pouvaient pas être différents

Et pour cause, on attend toujours le  plan Marshall pour les banlieues qu’il eût fallu mettre en place. Le plan Amara, dont on sait combien, il a eu de mal à être boucle n’est d’évidence pas à la hauteur quand il aurait fallu investir fort et sur la durée pour transformer les conditions  de vie des habitants.  En revanche Claude Dillain salue le programme Borloo de rénovation urbaine qui se traduit par une amélioration visible et sensible de l’habitat pour les habitants.

Si  l’on résume le propos du maire de Clichy, plus que jamais on alimente des ghettos qui se referment sur eux et  qui deviennent d’immense poches de pauvreté et de précarité comme si l’on faisait l’impasse sur eux. Du ghetto à la cocotte minute il y a qu’un pas !

Il n’en reste pas moins qu’on attendait quand même un frémissement positif. Non seulement il n’en est rien mais au lieu de cela on a droit à une véritable douche froide qui aura eu un effet de tétanisation, de sidération

Et la crise financière avec son impact social qui n’aura certainement pas amélioré les choses dans l’année 2009 n’a pas été intégrée dans les données collectées.

Dans ce contexte  ne faut donc pas s’étonner si certains de ces jeunes sans emploi et sans perspectives de quitter un jour  la « zone » soient « en conflit avec la loi ». A y regarder de près ils sont même étonnement calmes , sans doute eux aussi anesthésiés. Il faut dire qu’à part un sentiment d’injustice régulièrement ravivé ils n’ont guère de revendications car, et c’est là le drame, ils n’imaginent même pas que les choses puissent changer. Ils sont même souvent nihilistes en se laissant complètement aller. Ils sont dormants : il suffirait d’une étincelle pour les embraser, mais sans autre perspective que le cri poussé dans l’instant présent. Quel gâchis !

A juste titre Le Monde peut parler de génération sacrifiée en visant les jeunes  de 16 à 24 ans de  ces zones de relégation sociale. Malheureusement à lire ce rapport  il y a matière à s’inquiéter pour les générations qui montent car rien dans ce que nous observons n’entraine au moindre optimisme.

Le président de « Villes et Banlieues » fait le constat que cette situation satisfait tout le monde ou presque dans la  classe politique. C’est la conclusion de l’entretien de Claude Dillain  qui devrait inquiéter les responsables politiques : si les banlieues explosent demain  comme il faut s’y attendre pas question pour les maires de  venir éteindre l’incendie comme ce fut le cas en 2005. Les maires se disent las et découragés par l’absence de relais de l’Etat.

Ce rapport de ONZUS et l’analyse lucide d’un élu aussi respectable et pondéré que Claude Dillain, professionnellement pédiatre, auraient mérité et méritent toujours un débat national volontaire autant que celui de l’identité national qu’en vérité il dépasse. Liberté, égalité et fraternité : encore faut il en avoir les moyens ! C’est plutôt un silence assourdissant qui leur a fait écho. Il va être nécessaire de hausser le ton à l’occasion de  la campagne pour les élections  régionales.