Protection de l’enfance : on se réveille bordel? (889)

Indéniablement la dissolution surprise et déroutante de l’Assemblée nationale à l’orée de l’été n’aura pas eu que des conséquences institutionnelles. Nombre de chantiers en cours qui appelaient des réponses fortes, sinon urgentes, ont été paralysés. Non seulement les problèmes relevés n’ont pas été résolus, mais ils ont pu singulièrement s’aggraver. Plus grave encore des dynamiques laborieusement élaborées pour enclencher des reponses qui s’imposaient ont pu être brisées net et ne se reconstruiront pas par un simple claquement de doigt.

La protection de l’enfance est malheureusement dans ce lot des dossiers majeurs impactés.

Des constats préoccupants partagés

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces dernières années, à travers des reportages fortement médiatisés ; les interpellations des professionnels mais aussi des principaux intéressés, ou les rapports parlementaires ou d’instances autonomes (CNPE, DDE, HCPF, HCTS, CESE, etc.)  mettant en exergue des dysfonctionnements majeurs comme des violences dans des établissements de protection de l’enfance, la non-exécution de mesures de protection judicaire à  un niveau jamais atteint, la multiplication des retraits d’enfants par voie judiciaire notamment de très jeunes enfants, les difficultés à gérer la pression des Mineurs étrangers non accompagnés, tout simplement le sentiment d’abandon que nombre de jeunes accueillis par l’ASE  leur majorité civile quand la reconstruction est loin d’être achevée par eux. On multiplierait selon les sensibilités les signes d’inquiétudes ou du moins d’interpellation.

Autant de critiques fondées ou qui appelaient à remise en cause. Parfois injustes sinon fallacieuses comme de laisser à penser que l’ASE conduisait des enfants la mort ! Les entendre ne voulait pas réduire la protection administrative et judiciaire de l’enfance à ces critiques en niant tout ce qui dans le même temps se faisait au bénéfice des parents et des enfants en oubliant tout le chemin déjà parcouru et en occultant les succès obtenus.

Reste que l’on ne s’attache qu’aux trains qui n’arrivent pas à l’heure dispositif : ce dispositif était présenté pour être à bout de souffle. L’Etat était tenu pur démissionnaire ; les départements se voyaient reprocher leur incompétence sinon leur désintérêt pour la cause de ces familles concernées prétendument défaillants. Les mêmes appelaient à renverser la table et à revenir sur les lois de décentralisation de 1982-1984 pour appeler l’Etat à assumer en direct ce qui était désormais qualifié fonction régalienne. D’autres également conscients de ces lacunes sans remettre en cause le dispositif appelaient l’Etat déjà à assumer ses responsabilités propres sur les missions de protection de l’enfance qui lui restaient dévolues avant de prendre l’initiative d’une démarche de concertation entre les pouvoir publics d’Etat et territoriaux et le secteur associatif habilité.

On a aussi en mémoire les polémiques auteur de la gouvernance de la CIIVISE qui laissaient à penser que le gouvernement était insensible à la cause des enfants d’hier victimes de violences sexuelles et de ces 180 000 enfants qui chaque année y sont encore voués. On se souvient aussi des jugements à l’emporte-pièce du Président de la République et du Garde des Sceaux sur ces enfants présentés comme négligés par leurs parents censés être les protagonistes majeurs des évènements dramatiques de l’été 2023, diatribe alimentée par cette série monstrueuse de crimes auxquels des mineurs furent partie prenante avant l’été.

24 départements – à gouvernance de gauche – appelaient à des Etats généraux de la protection l’enfance. Le Conseil national la protection l’enfance également avec le souci non pas de se lancer dans de grands travaux ou analyses, mais de partir des acquis pour appeler à un plan Marshal, c’est-à dire à un effort exceptionnel au regard de la conjoncture pour notamment retrouver des femmes et des hommes en nombre et qualifiés pour accompagner sur la durée parents et enfants en grande difficulté.

Le gouvernement et l’ADF – majoritairement à droite – refusant de répondre positivement à cet appel avaient convenus de mettre en place 5 puis 7 groupes de travail sur les questions tenues pour essentielles avec une échéance en octobre 2024.

Dans le même temps l’Assemblée nationale avait multiplié les initiatives (FN, LFI, PS) pour déboucher sur une commission d’enquête sur la protection de l’enfance. La proposition avancée par Isabelle Santiago (PS Val de Marne) avait été adoptée et ses travaux engagés sous la houlette d’Isabelle Santiago élue rapporteur et sous le regard pressant notamment dans anciens de l’ASE avec là encore avec une échéance pour l’automne.

La dissolution a évidemment sabordé la commission d’enquête mais aussi paralysé les travaux ADF-Etat : si l’ADF sous la houlette de Mme Florence Dabin a progressé, l’Etat a été paralysé. Bien évidemment les échéances en sont reportées.

D’autres travaux comme ceux sur la parentalité menés notamment sous sa vice-présidence de Serge Hefez avaient été lancés ; on attendait la deuxième vague de proposition de la CIIVISE non pas pour mieux accompagner les victimes, mais pour faire en sorte que demain 5,5 millions personnes n’affirment plus avoir été victimes de violences sexuelles le temps de leur enfance : on espérait un effort spécifique pour les enfants ultra-marins.

Une démarche en crabe certes fréquemment teintée de scepticisme et qui aurait appelé à terme à être resserrée. Mais une réelle dynamique s’était enclenchée. La campagne électorale avec ses inquiétudes majeures pour la démocratie, les jeunes Olympiques avec leur euphorie anesthésiante en ont rajouté une couche.

La dissolution l’a frappé de plein fouet.  Quelle gabegie ! Depuis les problèmes ne sont pas améliorés. A preuve les annonces sur les enfants dormant dans la rue, la montée de la souffrance psychique de nombre d’enfants et de jeunes, le sort toujours préoccupant auquel sont voués les mineur  étrangers isolés, la montée de incarcérations  quoique la délinquance diminue avec le débat sur la prétendue violence des plus jeunes  qui les représentants  de l’Etat à appeler cet été – sincérité ou clin d’œil politique –  à une réforme de la justice juvénile oubliant qu’ils sont les auteurs du Code de justice pénale de mineurs qui n’a pas encore fêté ses trois ans d’application.

*

Dans ce contexte que faire ?

Beaucoup militent d’ores et déjà pour la mise en place d’une nouvelle commission d’enquête parlementaire sur la protection de l’enfance sachant que le temps est moins aux constats qu’aux décisions. Il s’agit de dépasser les dénonciations pour déboucher sur des propositions d’action concretes et réalistes et notamment sur ce qui relève de la compétence parlementaire, faire la loi et veiller à son application. Cette commission sera-telle réinstallée ? Avec quel mandat ? Avec quels acteurs ? Poursuivra-t-elle ses travaux comme il avait été envisagé avant été ? On relèvera en positif que plusieurs élus sont d’anciens professionnels du social sinon ont été accompagnés par l’ASE.

Reste qu’il faut déjà veiller à que l’Etat se dote de la capacité de jouer son rôle d’acteur et d’animateur garant que les échanges se noueront mai surtout se cristalliseront avec le cucu certes des mesures à long terme mais encore des décisions que l’urgence appelé. Il lui faut donc réaffirmer l’enfance comme un sujet de préoccupation politiquer à travers le maintien d’un département ministériel. Rien n‘est acquis y compris pour un président qui a déclaré vouloir faire de l’enfance la cause majeure de son deuxième quinquennat. Un ministre de plein exercice ? Un secrétaire d’Etat rattaché au premier ministre. Peu importe si celui-là a une capacité personnelle et institutionnelle pour mobiliser l’ensemble des champs ministériels et une autorité réelle morale auprès des acteurs territoriaux et du secteur associatif. Cela suppose pour l’Etat d’être crédible. L’annonce dans le cadre des mesures courantes de la suppression de 500 contrats d’éducateurs à la PJJ est problématique. Comment ne pas y voir un désengagement de l’Etat sur ses compétences propres quand le même entend appeler les CD à faire plus dans leur domaine ? Comment être crédible avec de telle attitude ?

Que va-t-il advenir de la démarche Etat/ADF ? Quelle réponse va être apportée à une question majeure qui conditionne la déclinaison des mesures décidées : la place réserver au secteur associatif sans lequel les administrations d’Etat comme territoriales seraient singulièrement démunies. Consultera-t-on pour avis un prestataire de service ? Ou mobilisera-t-on un partenaire à la cuture propre ?

Nous disposons d’ores et déjà du matériau utile à l’action. Le travail mené par le Conseil national de la protection de l’enfance au printemps sous l’autorité d’Anne Devreese reste d’une grande actualité. Des mesures s’imposent d’urgence comme de trouver les femmes et les hommes susceptibles d’accompagner parents et enfants en difficulté quand, comme tous les métiers de l’humain, la protection de l’enfance est en grande difficulté. Pour cela il faut revaloriser dans tous les sens du termes ces fonctions et leurs acteurs. Et déjà les reconnaitre quand on n’a pas su le faire au lendemain du confinement. Il faut maintenir ceux qui désespèrent et attirer de nouvelles générations. Il faut encore leur donner la foi dans ce qui est plus qu’un métier, mais un engagement. 

*

Le réveil doit sonner. Il est temps de relancer le processus de renouveau de la protection de l’enfance. Les énergies et les compétences mobilisables sont disponibles et n’attendent que de l’être.

Il y va de l’intérêt commun

Aura-t-on la lucidité de l’admettre. Il est temps de siffler la fin de la recrée. 

 

 

 

 

Elections/droits des enfants – Claude Romeo (888)

Conjoncture oblige, j’accueille aujourd’hui Claude ROMEO, ancien directeur Enfance Famille du 93 avec lequel je collaborais comme président du TE de Bobigny et   j’ai lancé l’Appel es 100 en 2006 pour le renouveau de la protection de l’enfance.

Il faut que certaines chose soient rappelées et des propositions avancées quand l’enfance, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas un thème de campagne mais se révèle un vrai enjeu.

DEVANT UN RISQUE MAJEUR

POUR LA PROTECTION DE L’ENFANCE

11 RAISONS POUR VOTER FRONT POPULAIRE

Il n’est pas habituel d’exprimer publiquement son vote dans le milieu professionnel. Aujourd’hui nous sommes dans un risque grave pour la protection de l’enfance avec l’arrivée possible d’un gouvernement d’extrême droite issu du rassemblement national.

C’est devant ce danger pour les 340 000 enfants pris en charge par la protection de l’enfance et pour les professionnels qui prennent soin d’eux que j’ai pris la décision pour la première fois d’exprimer publiquement les 11 raisons de mon vote pour le NOUVEAU FRONT POPULAIRE.

 

Dans l’ensemble de la précédente législature les Députés (ées) de gauches ont été à l’initiative de propositions de lois, d’interpellations du gouvernement, d’interventions auprès des Ministres, d’initiatives parlementaires comme celle de la Députée du Val de Marne Isabelle SANTIAGO pour obtenir récemment une commission d’enquête parlementaire sur les dysfonctionnements de l’Aide Sociale à l’enfance, décision unique depuis la Vème République.

J’attends en retour un engagement fort des Députés (ées) du FRONT POPULAIRE dans la mise en œuvre des propositions suivantes :

 

1- DÉVELOPPER UNE POLITIQUE GLOBALE ET AMBITIEUSE DE L’ENFANCE entre autre par un Code de L’Enfance pilotée par un Ministre de l’Enfance.

2-LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ DES ENFANTS

En faire une PRIORITÉ NATIONALE pour les 300 000 enfants vivants sous le seuil de pauvreté, dont 3 000 enfants sont sans abris.

3-FAVORISER et DEVELOPPER LA PRÉVENTION dans le cadre des missions de protection de l’enfance le plus précocement possible, par le développement du soutien à la Parentalité, les1000 premiers jours de l’enfant coordonnées avec des équipes pluri-professionnelles formées et spécialisées dans la PRÉVENTION en lien avec les acteurs, associations, institutions locales dans chaque territoire.

4- INVESTIR DANS LA SANTÉ DES ENFANTS PROTÉGÉS : une urgence nationale par la mise en place de parcours de soins coordonnés. Engager un plan de repérage, diagnostic, accompagnement adapté des enfants accueillis dans les structures de la protection de l’enfance. Mettre en place les 20 propositions du rapport pour les Assises de la Pédiatrie et la santé de l’enfant, mais aussi renforcer les liens entre la médecine de ville, le secteur public et l’hôpital, et garantir l’ouverture de lit dans les secteurs de pédopsychiatrie et de pédiatrie les plus exposés.

5-UN PLAN EXCEPTIONNEL, MASSIF, DURABLE DE RECRUTEMENT pour faire face aux
30 000 postes vacants en sachant que chaque année seulement 4300 sont diplômés. Cela s’intègre dans le plan Marshall du CNPE et du livre blanc du travail social qui doit engager l’Etat, les Régions aux côtés des Départements.

6-AUGMENTER LE NOMBRE DE CENTRES DE FORMATION des travailleurs sociaux pour engager un plan d’urgence de formations initiales. La mise en place d’une bourse contre une obligation à servir 3-4ans après le diplôme, une aide à la recherche de logements.

7-VALORISE LES PROFESSIONNELS DE LA PROTECTION DE L’ENFANCE par une augmentation substantielle des salaires des Éducateurs et Assistants sociaux. Fin de la discrimination du niveau des rémunérations entre professionnels du secteur public et ceux du secteur associatif. Amélioration des condition conditions de travail par la promulgation de normes d’encadrement.

8- INSTAURER UNE LOI DE PROGRAMMATION PLURIANNUELLE qui prenne en compte la scolarité obligatoire des enfants, particulièrement les enfants confiés à l’ASE, et les enfants à double vulnérabilité, une meilleure prise en compte de la justice des mineurs par une augmentation des magistrats. L’amélioration du statut des administrateurs ad hoc, la présence systématique d’un avocat en assistance éducative.

9-PRESERVER LES DROITS DE L’ENFANT POUR LES MINEURS NON ACCOMPAGNÉS Par l’abrogation de la loi immigration et du pacte Européen sur la migration et l’asile. Interdiction du recours à l’âge osseux de minorité. Aide de l’Etat aux Départements accueillant des MNA. Maintien de l’évaluation de minorité par les Conseils Départementaux.

10 – SORTIE DE LA PROTECTION DE L’ENFANCE à 25 ans pour les jeunes majeurs poursuivant des études où un projet professionnel.

11-NON À LA RECENTRALIATION DE L’ASE À L’ÉTAT. Les Départements depuis les lois de décentralisations ont assuré seuls les missions de la protection de l’enfance malgré l’absence d’implication de l’Etat. Aujourd’hui il doit assumer sa fonction de garant de la mise en œuvre des lois de protection de l’enfance. Il y a lieu de mettre en place en un interlocuteur unique de l’Etat au niveau du corps Préfectoral comme le recommandait la Cour des Comptes.

Claude ROMEO

Directeur Départemental honoraire

Enfance et famille Seine Saint Denis

Officier de l’ordre national de la Légion d’Honneur

 

Elections/Droits des enfants suite. C. Romeo (888)

Après DEI-France j’accueille aujourd’hui Claude Romeo, ancien directeur Enfance Famille du 93 quand j’étais président du TE de Bobigny avec lequel j’ai lancé l’Appel des 100 en 2006 pour la protection de l’enfance ou d’autres appels comme celui à un Code de l’enfance qui lance un coup de gueule avec des propositions pour le renouveau de la protection de l’enfance. En tout état de cause il faut que certaines choses soient dites et la flamme entretenue quand l’enfance n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un thème de campagne mais demeure un enjeu

DEVANT UN RISQUE MAJEUR POUR LA PROTECTION DE L’ENFANCE

11 RAISONS POUR VOTER FRONT POPULAIRE

Il n’est pas habituel d’exprimer publiquement son vote dans le milieu professionnel. Aujourd’hui nous sommes dans un risque grave pour la protection de l’enfance avec l’arrivée possible d’un gouvernement d’extrême droite issu du rassemblement national.

C’est devant ce danger pour les 340 000 enfants pris en charge par la protection de l’enfance et pour les professionnels qui prennent soin d’eux que j’ai pris la décision pour la première fois d’exprimer publiquement les 11 raisons de mon vote pour le NOUVEAU FRONT POPULAIRE.

 

Dans l’ensemble de la précédente législature les Députés (ées) de gauches ont été à l’initiative de propositions de lois, d’interpellations du gouvernement, d’interventions auprès des Ministres, d’initiatives parlementaires comme celle de la Députée du Val de Marne Isabelle SANTIAGO pour obtenir récemment une commission d’enquête parlementaire sur les dysfonctionnements de l’Aide Sociale à l’enfance, décision unique depuis la Vème République.

J’attends en retour un engagement fort des Députés (ées) du FRONT POPULAIRE dans la mise en œuvre des propositions suivantes :

 

1- DÉVELOPPER UNE POLITIQUE GLOBALE ET AMBITIEUSE DE L’ENFANCE entre autre par un Code de L’Enfance pilotée par un Ministre de l’Enfance.

 

2-LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ DES ENFANTS

En faire une PRIORITÉ NATIONALE pour les 300 000 enfants vivants sous le seuil de pauvreté, dont 3 000 enfants sont sans abris.

 

3-FAVORISER et DEVELOPPER LA PRÉVENTION dans le cadre des missions de protection de l’enfance le plus précocement possible, par le développement du soutien à la Parentalité, les1000 premiers jours de l’enfant coordonnées avec des équipes pluri-professionnelles formées et spécialisées dans la PRÉVENTION en lien avec les acteurs, associations, institutions locales dans chaque territoire.

 

4- INVESTIR DANS LA SANTÉ DES ENFANTS PROTÉGÉS : une urgence nationale par la mise en place de parcours de soins coordonnés. Engager un plan de repérage, diagnostic, accompagnement adapté des enfants accueillis dans les structures de la protection de l’enfance. Mettre en place les 20 propositions du rapport pour les Assises de la Pédiatrie et la santé de l’enfant, mais aussi renforcer les liens entre la médecine de ville, le secteur public et l’hôpital, et garantir l’ouverture de lit dans les secteurs de pédopsychiatrie et de pédiatrie les plus exposés.

 

5-UN PLAN EXCEPTIONNEL, MASSIF, DURABLE DE RECRUTEMENT pour faire face aux
30 000 postes vacants en sachant que chaque année seulement 4300 sont diplômés. Cela s’intègre dans le plan Marshall du CNPE et du livre blanc du travail social qui doit engager l’Etat, les Régions aux côtés des Départements.

 

6-AUGMENTER LE NOMBRE DE CENTRES DE FORMATION des travailleurs sociaux pour engager un plan d’urgence de formations initiales. La mise en place d’une bourse contre une obligation à servir 3-4ans après le diplôme, une aide à la recherche de logements.

 

7-VALORISER LES PROFESSIONNELS DE LA PROTECTION DE L’ENFANCE par une augmentation substantielle des salaires des Éducateurs et Assistants sociaux. Fin de la discrimination du niveau des rémunérations entre professionnels du secteur public et ceux du secteur associatif. Amélioration des condition conditions de travail par la promulgation de normes d’encadrement.

 

 

 

8- INSTAURER UNE LOI DE PROGRAMMATION PLURIANNUELLE qui prenne en compte la scolarité obligatoire des enfants, particulièrement les enfants confiés à l’ASE, et les enfants à double vulnérabilité, une meilleure prise en compte de la justice des mineurs par une augmentation des magistrats. L’amélioration du statut des administrateurs ad hoc, la présence systématique d’un avocat en assistance éducative.

 

9-PRESERVER LES DROITS DE L’ENFANT POUR LES MINEURS NON ACCOMPAGNÉS Par l’abrogation de la loi immigration et du pacte Européen sur la migration et l’asile. Interdiction du recours à l’âge osseux de minorité. Aide de l’Etat aux Départements accueillant des MNA. Maintien de l’évaluation de minorité par les Conseils Départementaux.

 

10- SORTIE DE LA PROTECTION DE L’ENFANCE à 25 ans pour les jeunes majeurs poursuivant des études où un projet professionnel.

 

11-NON À LA RECENTRALIATION DE L’ASE À L’ÉTAT. Les Départements depuis les lois de décentralisations ont assuré seuls les missions de la protection de l’enfance malgré l’absence d’implication de l’Etat. Aujourd’hui il doit assumer sa fonction de garant de la mise en œuvre des lois de protection de l’enfance. Il y a lieu de mettre en place en un interlocuteur unique de l’Etat au niveau du corps Préfectoral comme le recommandait la Cour des Comptes.

 

 

Claude ROMEO

Directeur Départemental honoraire

Enfance et famille Seine Saint Denis

Officier de l’ordre national de la Légion d’Honneur

 

Droits des enfants et élections (887)

C’est peu dire que le thème « Enfance » est absent des débats et engagements de campagne mis à part le souhait  de certains de s’attacher, sinon de s’attaquer aux Mineurs Etrangers non  Accompagnés taxés d’être à l’origine d’une grande partie de l’insécurité avec l’idée de recentraliser le traitement de leur situation au risque d’une protection de l’enfance l’enfance à deux vitesses , donc discriminatoires, dispositif  condamnable par les instances internationales.

En tout état de cause la situation politique originale générée par la dissolution impacte la réflexion et l’action en faveur de l’enfance, notamment de l’enfance en difficulté.

Déjà du simple fait qu’une dynamique laborieuse et douloureuse certes, mais réelle, riche d’espoirs, pour rénover le dispositif de protection de l’enfance a été arrêtée nette quand l’attente est immense pour que cette démarche se concrétise (voir billets précédents) . Que va-t-il advenir de la commission d’enquête sur la protection de  l’enfance dans la nouvelle législature? Sera-t-elle reconduite? Quid des travaux Etat/CD?  Quid des suites du rapport Woerth et du travail bientôt achevé du CESE ? Tout simplement, aurons-nous encore un ministre en charge de l’enfance, le 4° en 4 ans !

Et puis quel va être l’impact des politiques sociales, économiques, culturelle notamment à venir sur la prise en compte des droits fondamentaux de l’enfant?

Es-qualité de fondateur puis de premier président ,  président d’honneur et actuel administrateur de DEI-France, dans ce contexte particulièrement préoccupant pour l’avenir des droits humains, je crois opportun de publier son communiqué en rappelant que DEI  a tenu la plume de l’écriture la Convention internationale des droits de l’enfant, qu’elle s’est donné désormais pour vocation de veiller au respect de ses dispositions  et de son esprit et que plusieurs de ses membres ont été et sont encore membres  du Comité des Droits de l’enfance de l’ONU.

J ‘invite ceux qui partage ce combat pour la reconnaissance concrète des droits de l’enfant à nous  rejoindre, ne fut-ce qu’en adhérant et en donnant ainsi plus de poids et de légitimité à cette organisation originale qui s’attache au respect de TOUTES les dispositions de la CIDE.

 

 

 

Défense international des Enfants France

COMMUNIQUÉ

Élections législatives : les dangers pour les droits de l’enfant
Notre organisation DEI-France s’est donné pour mission de veiller au respect et de faire mieux connaître la Convention Internationale des Droits de l’Enfant du 20 novembre 1989 (CIDE). Elle donne à tous les enfants des droits essentiels que les États se sont engagés à respecter et dont les citoyens peuvent réclamer l’application. Cette convention est ratifiée pratiquement par tous les pays du monde, dont la France.

Par l’article 2 de la Convention, la France s’engage à ne discriminer aucun enfant présent sur son territoire. « Les États parties s’engagent à respecter les droits qui sont énoncés dans la présente convention et à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction, sans distinction aucune ». Peu importe leur situation administrative, leur nationalité, leur origine, tous les enfants peuvent légitimement réclamer, là où ils sont, les droits humains de base – protection, respect, défense, non-discrimination -, les droits ren- forcés – éducation, sécurité sociale, santé -, et les droits spécifiques tels que vivre avec leurs parents, notamment par le regroupement familial.

Les résultats des élections européennes accordant une part importante aux partis qui promeuvent la « préférence nationale » en tête de leur programme, la soudaine dissolution de l’Assemblée nationale, in- terrompant les travaux en cours sur l’enfance, avec des élections dès le 30 juin ont consterné tous ceux qui militent pour l’enfance, dans le monde politique et associatif.

On ne peut oublier la « loi pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration » adoptée par une majorité des députés en décembre 2023. Elle institue notamment une discrimination entre les enfants en conditionnant le versement des allocations familiales moyennant cinq ans de résidence du parent en France ou une durée d’affiliation à la sécurité sociale d’au moins trente mois au titre d’une activité professionnelle en France. Ces dispositions, sans lien avec le projet législatif initial, ont été censurées par le Conseil constitutionnel le 25 janvier 2024 (Décision n° 2023-863). Qu’adviendrait-il si les formes étaient respectées ?

Au terme du scrutin le 7 juillet prochain, l’arrivée d’une majorité d’élus ayant adopté ce type de dispositions constituerait un grave danger pour le respect des droits fondamentaux des enfants.

Parmi les formations politiques qui se sont engagées dans cette voie, certaines ne craignent pas les ou- trances, comme celle d’accuser systématiquement les enfants exilés d’être à l’origine d’actes de délinquance, de stigmatiser quantité de citoyens se situant soi-disant «hors de la République» en raison de leur origine ou de leur confession, de diviser les élèves en ne s’attachant qu’à leur seul niveau supposé de connaissances, de refuser l’accès aux soins aux personnes ne disposant pas des documents administratifs
« réguliers »…

Une telle perspective fait craindre les pires dérives à l’encontre de nombreux citoyens et citoyennes et des violations des dispositions de la CIDE au détriment des enfants.

Aussi, DEI-France se joint à l’appel de nombreuses associations, syndicats et défenseurs des droits de l’Homme de ne pas accorder de suffrage aux partis et candidats qui ont fait preuve de leur mépris pour les droits fondamentaux de la personne et des enfants.

DEI-France

21, rue de Cujas 75005 Paris
http://www.dei-france.org
contact@dei-france.org
Reconnue d’Intérêt Général Articles 200 et 238bis du CGI

 

Avons-nous besoin d’un nouveau prophète en protection de l’enfance ? (J. Tremintin) – 886

LA CIIVISE reconduite – exception historique – avec une mission élargie et nouvelle direction rencontre des difficultés pour trouver son deuxième souffle. Au point où le débat sur les personnes peut l’emporter sur le fond quand, dans la dernière période, sous la pression des victimes, nous avons pris conscience non pas des violences sexuelles faites aux enfants mais de leur ampleur et surtout de leur impact sur le cour s de la vie des personnes concernées. Dans ce contexte pour éclairer et alimenter la réflexion, je crois opportun de mettre à disposition l’article de Jacques Tremintin, professionnel chevronné de la protection der l’enfance, référent ASE pendant 28 ans, journaliste à Lien Social et au Journal du droit des jeunes, auteur de « Fragments de vie d’un référent ASE » (Erès) www.tremintin.com.

 

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Avons-nous besoin d’un nouveau prophète ?

Le 8 juin, Edouard Durant, juge des enfants de son état, nommé co-président de la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIIVISE) en 2021, avant d’en être évincé en décembre 2023 était auditionné par la commission d’enquête parlementaire sur les manquements des politiques de protection de l’enfance.

Le discours est rodé, l’argumentation percutante, la conviction intense.

Qui pourrait contester que ce personnage médiatique ne soit pas élevé au rang de défenseur émérite de la cause des enfants maltraités ?

Et à entendre ses premiers propos, on ne peut être que séduit.

S’attaquant à l’idéologie familialiste longtemps dominante, il propose une distinction entre filiation, autorité parentale, lien et rencontre. Quatre modalités d’être parent que l’on mélange trop souvent alors qu’elles correspondent effectivement chacune à une démarche ne recouvrant pas la même réalité. Chaque parent peut cumuler l’une ou l’autre, voire les quatre.

Puis, de répondre aux coups de menton de notre premier ministre appelant au retour de l’autorité : la violence publique des jeunes ne pourra être vraiment combattue tant qu’on n’en fera pas autant avec celle, privée, qui sévit dans les familles… Tiens une corrélation (délinquance/maltraitance)  qui se transforme en causalité (la délinquance a bien d’autres racines).

Mais, très vite, Edouard Durand plonge dans ce qu’il sait faire le mieux. Car ce qu’il cultive avec un art consommé, c’est l’amalgame. Le sophisme de généralisation hâtive et abusive est devenu chez lui une seconde nature. Un exemple non représentatif lui suffit à en faire une réalité s’appliquant à l’ensemble de la problématique qu’il traite avec fougue et passion.

L’inceste ? Il est directement lié à l’obligation faite au père de reconnaître son enfant. Ce qui le transforme en prédateur destructeur. Que notre juge ait rencontré une telle situation est possible. Peut-il, pour autant, en faire une loi générale ?

Un enfant révèle les violences qu’il a subies ? « Dans la plupart des cas », on lui plaque sur le visage le masque du « manipulé ou du manipulateur » Que notre juge ait été confronté à ce type de réponse, pourquoi pas. Peut-il pour autant prétendre que ce sont celles qui sont données « dans la plupart des cas » ?

Après avoir révélé avoir été victime de violences dans sa famille un(e) adolescente est mise à l’abri dans les trois heures ? « Il est raisonnable de dire qu’au bout de huit jours il dise qu’il a menti » Que notre juge ait été témoin de ce type de revirement est imaginable. Peut-il, pour autant, en faire une règle générale « raisonnable » ?

Mais, heureusement, Edouard Durand est arrivé ! Jusqu’en 2022 (date à laquelle il fut nommé à la tête de la CIIVISE), « On disait aux enfants violés : « Taisez-vous » ». Ensuite, on leur a dit « On vous croit » C’est vrai que jusqu’à ce que notre sauveur survienne, toutes (absolument toutes ?) les victimes mineures de violences sexuelles furent bâillonnées. Et tous les professionnels (absolument tous ?) leur intimaient l’ordre de se taire. Interdiction de parler qui a disparu ensuite. Bon, en même temps, on comprend pas bien pourquoi on croit un(e) jeune qui révèle avoir été victime de violence dans sa famille et qu’on ne leur dit pas la même chose quand il revient sur sa déclaration, mais bon … Mais vous n’avez donc rien compris ? On sait que la première déclaration c’est toujours la VERITE, alors que toute rétractation est toujours faite sous la pression ou sous l’effet de l’emprise. Ahhh, je comprends mieux maintenant …

Heureusement, le livret de formation « Mélissa » a été publié pour apporter la solution. C’est vrai que c’est un document très complet et bien présenté. Il y a tout ce qu’il faut : les symptômes, les guides d’entretien, les bonnes réponses à apporter et celles à bannir : « même pour les enfants en situation de difficulté cognitive » nous rassure le bon Juge.

Il était prévu que les professionnels soient formés à appliquer les consignes de ce document. C’est vrai que depuis quarante ans, on attendait qu’Edouard Durand impulse cette formation totalement absente chez les professionnels, sans qu’il n’existe absolument aucun document sur cette question. Mais patatras, depuis début 2024 : rien. « C’est 88 000 enfants (la moitié des 180 000 mineurs victimes chaque année estimés par la CIIVISE) qui n’auront pu être secourus » déplore notre sauveur. La raison ? L’absence de formation. CQFD ! La boucle est bouclée… Et son public de parlementaires qui le félicite, le complimente, l’applaudit, reprenant à qui mieux mieux des exemples isolés qui démontrent la faillite de la protection de l’enfance.

L’action d’Edouard Durand a été lumineuse depuis 2021. Mais elle porte néanmoins ses zones d’ombre. Les professionnels de la protection de l’enfance seront enchantés d’apprendre qu’ils n’ont rien vu et s’ils ont vu, ils n’ont rien fait. D’ailleurs ils ne connaissaient rien à la maltraitance des enfants. Heureusement un juge des enfants est apparu pour leur apporter la lumière. Si l’on applique scrupuleusement son guide, en faisant sienne sa « doctrine », en suivant la voie qu’il a courageusement ouverte, tout ira enfin mieux dans le meilleur des mondes. La prévention fonctionnera avec efficacité, la protection interviendra en temps et en heure, la réparation portera ses fruits. Le nombre d’enfants violés diminuera d’année en année. Et l’on pourra ériger une statue avec tout l’argent économisé, en l’honneur de notre sauveur. Amen !

 

 

 

Violence des jeunes : une bonne et une très mauvaise nouvelle (885)

Les récentes annonces gouvernementales en réaction à l’accumulation sur quelques jours de faits particulièrement dramatiques mettant en cause des adolescents ont pu dérouter par leur contenu. On  se propose un durcissement des réponses pénales, répressives et éducatives à l’égard des mineurs deux ans à peine après l’entrée en vigueur du code de justice pénale voté par cette majorité et présenté comme l’outil ad hoc pour y faire face. Et bien évidemment quand on entend sanctionner foncièrement et pénalement les parents démissionnaires, les pères notamment (Voir billet 883).

Tout cela sent fort la campagne électorale avec le souci de s’inscrire sur le registre régalien. Déjà– en tordant le bras aux faits – on avait imputé la responsabilité imputée aux mineurs qui échappaient à leurs parents les émeutes particulièrement dévastatrices de l’été 2023.

Le tout en surfant sur l’émotion relayée et alimentée  à longueur de journée par certains médias et réseaux sociaux sensationnalistes.

En tout état de cause une fois les flonflons de la campagne éteint les annonces appellent à des rendez-vous qu’il va falloir honorer au risque de se ridiculiser.

Il faut donc revenir aux données dont nous disposons tant sur les chiffres de la délinquance juvénile que sur les réponses d’ores et déjà mise en en œuvre. On y trouve matière à satisfaction, mais aussi de réelles inquiétudes.

*

 Les faits d’abord avec la bonne nouvelle.

Plus que jamais pas question de nier la réalité de cette délinquance juvénile, y compris dans ce qu’elle a de plus grave, mais de raisonner sur des faits par-delà l’émotion qui elle-même doit être prise en considération.

Après avoir sensiblement cru quantitativement et relativement depuis 1980 et s’être avérée bien plus souvent violente, il est acquis que le chiffre des mineurs mis en cause par les services de police et de gendarmerie ne cesse de diminuer depuis plus de dix ans en France selon les données fournies par l’intérieur et la justice.[1]

Tous types d’actes confondus, du vol à la tire à l’homicide, il avait grimpé de 100 000 par an au début des années 1990 à 210 000 en 2011 avec notamment pour cause de delictualisation de certains comportements contraventionnels jusque-là. Ces dix dernières années, il a fortement diminué pour revenir à 121 000 mineurs poursuivables en 2023. Mieux, la part des crimes et délits commis par les mineurs qui avait cru des années 1990 à 1999 passant de 14% à 21%, elle a chuté franchement à compter et 2005 pour revenir à 12 % en 2023.

Voilà bien une bonne nouvelle qu’on a tue.

Autre constat (relativement) surprenant, mais rassurant : pour le ministère de l’Intérieur le nombre de mineurs mis en cause pour coups et blessures est stable (20 600 en 2023 pour 21 800 en 2016). Sur cette même période, la part des mineurs dans l’ensemble de ces actes a nettement baissé, de 13 % à 8 %. « Au bout du compte, dixit le Centre d’observation de la société, aucune statistique ne permet de parler de croissance de la violence des mineurs, contrairement à ce qui a été relevé par de très nombreux médias et élus.»

Comment expliquer ces constats partagés ?

Déjà une prudence s’impose qui amène à un élément de réponse : ces chiffres traduisent la délinquance révélée c’est-à-dire mise à jour par les services de police et de gendarmerie ; pas nécessairement la réalité. Le chiffre noir reste conséquent. Aussi la délinquance des mineurs peut avoir baissé comme l’efficacité policière somme toute déjà  faible  sous la barre des 30% – peut s’être s’effondrée. Où est la poule ou est l’œuf ? On peut même penser que la plus grande présence ces dernières années – attentats oblige – de force de police dans les rues et les contraintes des confinements ont pu impacter à la baisse les passages l’acte.

On peut quand même retenir l’hypothèse d’une baisse conséquente objectif de la délinquance juvénile eu égard à l’ampleur de l’évolution enregistrée. Tout en s’en réjouissant faudrait alors s’attacher à quantifier et surtout expliquer ce recul surprenant.

En tout cas on voit les précautions dont il faut faire preuve pour éviter d’en inférer des conclusions hâtives quand régulièrement des affaires dramatiques défraient la chronique – et encore aujourd’hui – mettant en cause de jeunes enfants ou des adolescents.

Relativiser ne veut pas dire estomper, a fortiori nier :  comme on pouvait l’imaginer voici 10 ans, nombre de jeunes sont aujourd’hui fortement préoccupant, souvent pour avoir grandi dans la toute-puissance faute notamment d’adultes responsables près d’eux, privés de perspectives – no future !-  sinon celles offertes par les mafieux ou les ayatollahs. Ils ne connaissent que la violence pour gérer les frustrations ou les résistances dont la vie fourmille. Comme le disait JP Chevènement ces « sauvageons »  sont souvent dans un autre un univers, celui du virtuel où la vie et la mort sont des chances informatiques, mais privées de sens réel.

S’agissant de ce jeunes les plus inquiétants on introduire la comparution immédiate qui permettrait à l’instar de ce qui se pratique pour les adultes de les condamner dans la fouée de leur arrestation et du déferement au tribunal, Bien évidemment, au regard de la nature des faits – souvent violents sans être pour autant criminels – et la proximité de la commission de ces faits, on en attend une peine de prison ferme immédiatement exécutoire.

On entend aussi réduire les possibilités de bénéficier pour le plus de 16 ans de l’excuse atténuante de minorité » qui veut qu’à acte égal l’auditeur de moine 18 ans encourt une peine de la moitié de celle encourue par un adulte à fait égal.

Laissons de côté – pour l‘instant s’entend ! – que ce dispositif accentuerait le rapprochement engagé depuis 1997 de la justice pénale des mineurs de celle des majeurs.  Le Comité des droits de l’enfant s’inquiète déjà au fil de ses Observations et Recommandations de la régression en engagée. En arrière fond l’idée – avancée par Nicolas Sarkozy et Eric Ciotti – d’abaisser la majorité pénale à 16ans pour revenir à l’avant … 1906. Ne rappelons pas la position du Conseil constitutionnel qui veut que l’atténuation de responsabilité soit l’un des piliers non négociables  du droit pénal des mineurs. Observons simplement sur le plan juridique :

1° que d’ores et déjà le tribunal ou la cour d’assises peuvent retirer au mineur de 16 ans au moment des faits le bénéfice de l’excuse atténuante de minorité au regard de son développement psychique au moment des faits mais encore tout simplement déjà la nature des faits … par définition graves si la question se pose. Il sera alors jugé comme un adulte. Avec discernement, les juridictions ne s’en privent pas allant parfois jusqu’à condamner plus sévèrement le mineur que l’adulte impliqué dans la même affaire.

2° qu’il est aussi possible de prendre très rapidement une mesure de détention garantissant  la  présence de l’intéressé devant la justice, mais encore sa non-réitération (à court terme).

Si on est en matière criminelle le juge d’instruction  saisi sur déférement peut après mise en examen renvoyer vers le JLD pour l’incarcération immédiate. Ce qui a été fait dans toutes les affaires récentes.

Il est aussi possible avec le CJPM de saisir de saisir le tribunal pour enfants  pour un jugement en audience unique et d’ici là de mobiliser le JLD sur une mise en détention provisoire pour déboucher sur une audience au plus tard dans le mois. [2]

Et des inquiétude  majeures
Là-encore les données à disposition sont éclairantes devant le procès en laxisme fait aux magistrats. Une mérite toute notre attention et ne fait également l’objet d’aucune publicité malgré » sa gravité :  paradoxalement alors que les procédures baissent, le nombre de mineurs détenu atteint un chiffre record pour la période moderne… De 638 en juin 2022 il est monté ce mois-ci à 888 soit +35%, largement supérieur au « meilleur score » des années 2015. Et ce malgré ce qui nous avait été dit des effets à attendre du CJPM et  … la baisse des affaires poursuivables.

De quoi inquiéter. D’autant que si  les détentions provisoires sont plus courtes -environ 1 mois pour 3 auparavant – les peines prononcées sont plus longues.

Les jugements de condamnation  interviennent plus rapidement que par le passé. Apparemment au bénéfice des victimes. On s’en réjouira, mais quid de la mise en œuvre des mesures éducatives qui aux termes de la loi doit intervenir dans les 5 jours ? Avec quels effets sur le cours  de la vie des jeunes concernés ? Le taux de réitération et de récidive demeure important après la première interpellation, voire une condamnation. Mais comment pourrait-on prétendre y échapper, sauf à méconnaitre la réalité de la délinquance juvénile ? Pour autant c’est bien à une trajectoire de vie qu’il faut s’attacher par-delà les actes posés. Cela peut prendre du temps si on s’y attache mais en tout état de cause: il ne suffit pas d’interpeler un jeune ou même de le condamner pour avoir changé le cours de sa vie.

D’autres données récentes sont préoccupantes ou en tout état de cause doivent être intégrées au raisonnement

D’abord le taux de classement sans suite sec du parquet qui avait chuté à 6 % en 2006 (alors  à 12% pour les adultes) est remonté à 10,6 % en 2023. Certes on est loin de 40 à 60% (selon la nature de l’infraction) des années 60. Mais une régression s’est amorcée alors que d’expérience il est contre-indiqué de laisser un jeune ayant violé la loi sans la moindre mise en garde officielle, voire sans se voir supporter un remontage de bretelles. Manque de moyens pour tenir le rythme de la révolution des années 90 ? Politique pénale revendiquée ?

En tous cas le taux d’intervention du seul parquet dans les procédures ne varie pas : seules 35 % des affaites jugeables sont transmise à un juge, dont 1800 à un juge d’instruction.

Cette donnée doit être rapprochée d’une autre fournie là-encore par les études  du ministère de la justice : s’il est vrai que récemment  les procédures pénales ont chuté, de 2009 à 2019 le nombre de procédures d’assistance éducative devant les juges des enfants à l’inverse ont cru de 45%.  Sachant que la nouvelle procédure pénale issue du CJPM est chronophage les juges des enfants ont-ils vraiment le temps de « travailler « les situations pour s’attacher à la personne plus qu’au dossier ?

*

Il y a bien matière à perplexité  et à interrogations quand des politiques énoncent en quelques jours un programme clé en mains anti-violence des des jeunes en passant outre aux réalités concrètes et en négligeant le fonctionnement de instruments déjà disponibles  au risque de passer à côté d’évolutions positives ou préoccupantes

D’où l’intérêt de re-mettre une planche commune sous les pieds de chacun.

 



 

 

[1] Infostat Justice 2022, n°186 2000-2020 un aperçu statistique du traitement pénal des mineurs

Les chiffres clé de la justice 2022 et 2023

Centre d’observation de la société, juin 2024

Etant précise que si ces chiffres donnent des ordres de grandeur à la marge ils varient d’un document à l’autre voire dans le même document !

[2] Sous le couvert de l’ordonnance de 1945 la Procédure de présentation immédiate permettait de juger à la première audience utile l’enfant déjà connu de 13 ans si une peine de 5 ans était encourue, de plus de 16 ans s’il en courrait 3 ans à condition de renoncer au délai de 10 jours

 

Un rapport hors sol touchant la protection de l’enfance (884)

C’est peu dire que le rapport remis officiellement ce 30 mai au président de la République par l’ancien ministre Eric Woerth est décevant, sinon consternant. On ose espérer que sur ce qui touche aux autres sujets abordés il est d’une autre teneur que les quelques lignes consacrées à  la protection de l’enfance.

Difficile à leur lecture de se faire une idée  de l’opinion murement réfléchie que les rapporteurs portent sur ce dispositif. Et déjà de ce qu’ils en savent. On perçoit aisément aux quelques références citées qu’ils ne se sont pas dotés des vrais moyens de comprendre les enjeux.   

Quelles sont les missions de la protection de l’enfance ? Ses modes d’intervention ? Son public ? Ses résultats ? Ses difficultés ? Ses enjeux ? Sa trajectoire lourde ? Ils  semblent l’ignorer. Sans parler de l’intérêt qu’aurait eu sur ces questions institutionnelles une esquisse comparative avec des pays proches.

Tout au plus le rapport, argument fort et central de son approche, dénonce-t-il l’inégalité des réponses apportées sur le terrain aux enfants sans d’ailleurs donner la moindre illustration concrète de son assertion :  « La prise en charge de l’enfance diffère sensiblement d’un territoire l’autre ».  En quoi ? N’eut-il pas fallu préciser à problème identique ?  Disparité veut-il dire que tout est contestable ?  Sur quels critères ? Surtout en quoi est-ce un problème en soi quand la décentralisation opérée en 1982-1984 avait justement pour objet de permettre aux Conseils Départementaux de mener les politiques adaptées aux besoins territoriaux ? Pas la moindre référence à cette histoire des institutions sociales sachant que, si rien n’est figé dans le marbre – la loi peut revenir sur la loi -,  il convient de ne pas reproduire certaines erreurs.

Ces limites dans le raisonnement central interrogent. S’y ajoutent des limites explicites dans la maitrise du sujet  débouchant, sinon sur des contre-vérités, du moins contribuant à ne pas bien poser les termes des problèmes à résoudre.  Comme par exemple d’avancer que 19 370 – dixit l’ADF – ont été tenus pour mineurs étrangers isolés en 2023, sans rappeler l’historique de ce dossier, mais surtout en omettant que certes 34 500 mineurs et jeunes majeurs sur les 204 000 accueillis en fin d’année sont étrangers mais que le nombre d’enfants et de jeunes majeurs accueillis, bien de chez nous, a crû de 30 % ces dernières années. Pourquoi ? Du fait de certes carences administratives ou politiques ? Lesquelles ? Silence. Plus grave à la lecture rapide on peut croire que pour les rapporteurs les MNA sont sources de problèmes de l’ASE – discours des cadres de l’ADF -. Certes ces MNA posent un problème d’importance mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt.

Le langage ampoulé et administratif utilisé est révélateur d’un hors sol. « Cette politique (de protection de l’enfance) renvoie au principe d’égalité plutôt qu’au développement du territoire et est ainsi davantage portée politiquement par l’Etat que par les conseils departementaux ». Au passage l’emploi du présent rend difficile la compréhension du message. Décrit-on l’état des lieux, auquel cas on se demande quelles lunettes ont été chaussées ?  Exprime-t-on un souhait au point de le croire déjà exhaussé ?

Il est d’autres approximations, sinon erreurs d’analyse, qui discréditent le propos. Comme d’avancer que le GIP France Enfance protégée a été institué par la loi de 2022  « pour se doter d’une instance de la gouvernance nationale » de la protection de l’enfance ou de dire qu’il n’y a pas aujourd’hui d’administration centrale en charge de ce dossier !

En d’autres termes sur un dossier aussi délicat socialement concernant environ 500 000 enfants et environ 200 000 familles, impliquant autant d’institutions et de personnels, sur un sujet aussi sensible aujourd’hui que l’enfance maltraitée ou en danger, quand il y a le feu au lac, ces erreurs et lacunes dans les constats interrogent sur  une démarche qui entend être au cœur de la machinerie politique et administrative pour améliorer les réponses apportée à la société française. Certes à décharge la problématique n’était pas au coeur du travail mené mais se voulait une parmi d’autres des questions concernées. Les rapporteurs auraient pu se soumettre à une critique préalable.

*

Reste l’essentiel :  les orientations préconisées et les conditions à remplir.

Une lecture rapide conduirait dire que le rapport prône la recentralisation de la protection de l’enfance. C‘est peut-être aller vite en besogne. Si le rapporteur ne cache pas à titre son souci recentralisateur, le document est moins ferme. La recentralisation « pourrait se justifier » avance-t-on. Non pas « se justifie ».

Il envisage aussi d’intégrer la protection de l’enfance au service « service  départemental  des solidarités » préconisé en laissant si on comprend bien  le président du conseil départemental en responsabilités.

Le rapport ne choisit pas. Au vu des limites et difficultés de chacun des dispositifs il laisse ouvert le débat.

De fait les deux hypothèses développées en quelques lignes laissent singulièrement perplexe. Le flou l’emporte !

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L‘assertion est forte : « Le département comme l’échelon des solidarités aux côtés de l’Etat ».

Le « service départemental des solidarités » destiné à gérer les prestations légales est présenté comme une caisse alimentée par l’Etat, présidée par le président du conseil départemental avec comme co-adjuteur le préfet et la Securité sociale comme si  la protection de l’enfance était un dispositif qui distribue des prestations légales.  On semble ignorer qu’il doit mener une politique en s’attachant à apporter aux populations fragiles l’aide nécessaire pour éviter que leur situation ne se dégrade plus. La lo ne fixe pas de normes de base en cette matière à la différence des prestations légales. En quoi le dispositif propose dans cette hypothèse va-t-il permettre de hisser le niveau  quantitatif et qualitatif de prestations sur les territoires quand on affiche un objectif politique fort : « Neanmoins, il est clair que l’Etat doit participer plus activement l’élaboration des politiques sociales au regard des inégalités de traitement entre départements ». Participer ! C’est déjà admettre une co-responsabilité. Mais comment entend-t-on y parvenir ? Selon que les modalités ? Quels temps ?  Quels lieux ? Silence

Tout au plus, et cela n’est pas négligeable, a-t-on le souhait d’une meilleure répartition des dotations d’Etat pour tenir compte des besoins territoriaux et des politique menées. Cela va pour le coup dans le bon sens, mais reste n’admettra loin du sujet.

C’est peu de dire que cette hypothèse mériterait d’être précisée.

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L’hypothèse de recentralision interroge tout autant.

Les mots ayant un sens, pour le rapporteur, la protection de l’enfance est donc hors champ des solidarités !

En se référant à l’inégalité des politiques départementales, il appelle certes à une administration centrale, mais comment envisage-t-il que les situations soient gérées concretement au quotidien? Par un dispositif public territorial. On entend que le préfet retrouvera ses troupes d’avant 82-84 et son administration locale. On appréciera à sa juste mesure qu’une des conditions posées soit « le développement de services déconcentrés departementaux en cohérence avec le périmètre actuel et adapté à la structuration des acteurs locaux. Ce choix facilitera également (sic !) le transfert des collectivités vers l’Etat ». Qu’en termes élégants cela est-il dit ! Pas un mot sur la crise des personnels (fuite et crise de l’engagement) quand l’humain est nettement de l’avis général au cœur du dossier.

Au passage quitte à relever que l’Etat est privé aujourd’hui d’administration territoriale on aurait pu dater la disparition des directions territoriales en rappelant la RGPP menée sous l’égide de Nicolas Sarkozy dont Eric Woerth était le ministre en charge de la  réforme de l’Etat et de réduire le nombre de fonctionnaires. Mais on ne revisite pas l’histoire !

On s’accroche quand il est avancé comme autre condition qu’il faudra « maintenir (sic) un dialogue (re-sic) avec le conseil départemental qui interviendrait toujours sur des politiques fortement imbriquées avec la protection de l’enfance.  (PMI  insertion, etc.) ».  Dialogue ? Sur quoi ? Le type même d’énoncé politique creux. Quand c‘est une politique territoriale cohérente et efficiente, mobilisant toutes les compétences publiques et civiles qu’il s’agit d’élaborer – un schéma ? -, de suivre au quotidien – quelles instances ?- , puis d’évaluer.

Rien en revanche sur la proposition de réunir dans une même main l’action sociale, la PMI, l’ASE, le service de santé des élèves et le service social scolaire afin d’avoir une cohérence territoriale d’une politique de l’enfance. A-t-on même vu le problème ?

La DGCS appréciera à sa juste mesure que l’on puisse poser comme autre condition  « la création d’une administration nationale chargée de cette poïétique publique dans ses dimension ministérielles et interministérielles : il n’existe pas aujourd’hui une administration dédié  au pilotage nationale la protection de l’enfance ». Faux ! Simplement les lois de 1982-1984 en transférant aux départements la mise en œuvre des politiques de protection de l’enfance on reduit le champ de responsabilité de cette direction, puis on l’a épurée dans la sérieuse taille imposée à toutes les administrations centrales.

Reste que l’Etat est moins nu qu’il l’était voici quelques années pour définir une politique et en dégager les moyens (conf. billet 883). Ajoutons qu’une interministérialité politique a été initiée par Charlotte Caubel, secretaire d’Etat à l’enfance profitant de son  rattachement à la première ministre et qu’une délégation interministérielle à la famille a existé un temps.

Pour autant il est vrai que l’Etat peine à mener  à bien sa mission d’animation générale, de promotion de la connaissance, de promotion des bonnes pratiques, d’aide aux évolutions. (1) 

Ces responsabilités  récemment identifiées sont été confiées au GIP « France Enfance Protégée » installé le 1er janvier 2023, mais en l’état nul ne sait comment elles seront réellement assumées au regard des difficultés que rencontrent cette jeune institution pour trouver une démarche sereine et étant observé que son pilotage  échappe à l’Etat. La DGCS a aujourd’hui pour mission en s’appuyant notamment sur le Conseil National de Protection de l’Enfance de contribuer à soutenir le Ministre en charge.

Il est donc erroné de dire que l’on part de rien ou presque. Reste qu’une recentralisation de cette compétence justifierait un effort conséquent pour se doter d’une administration à hauteur, et là plus question de prendre aux departements !

Reste un détail (récurrent) : comment, depuis le 40 de l’avenue de Ségur – Paris 07 définir et mettre en œuvre les 101 politiques adaptées aux besoins de familles de chaque territoire par-delà les prestations basiques qu par ailleurs ne sont pas quantifiées  ?

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On voit par ces quelques remarques combien ce travail est lacunaire sur ce qui nous intéresse. Il a fait fi des informations qui ont pu lui être fournies notamment par le Conseil national de la protection de l’enfanc. Il est simpliste, volontairement vague. Indéniablement ce passage sur la protection de l’Enfance n’était pas au coeur des préoccupations d’Eric Woerth. C’est peu dire que cela se ressent.

Le résultat est là. Désolant. En vérité ce travail bâclé aura pour résultat de donner un atout à ceux qui tels des cabris prônent sans nuance « Recentralisation, recentralisation, recentralisation ! » en méconnaissance du passé quand la question à poser est celle de manière dont l’Etat peut inciter, accompagner, obliger quand cela est nécessaire les collectivités territoriales à exercer les missions qui leur ont été confiées, notamment en fournissant les prestations de base que la loi impose et en abondant au surcroit d’investissement attendu.

Dans un moment où la pression est si forte sur le dispositif avons nous du temps et de l’energie à perdre à un grand bouleversement institutionnel au risque par ailleurs de casser des dynamiques positives – car il y en a. Le rapport en est lui-même conscient qui appelle à y veiller.  « Néanmoins un grand nombre departements – coup de chapeau nécessaire aux proches de l’ADF – parvient aussi à offrir un service public de qualité qu’une éventuelle réforme doit s’attacher à préserver. »

Transfert aux collectivités ne voulait pas dire abandon de poste pour l’Etat ou qu’il se contente de faire la loi. C’est pourtant ce qui s’est passé … à la satisfaction première de tous : Etat comme Conseils Départementaux. Et on ne parlait pas de fonction régalienne. L’enjeu est bien aujourd’hui devant les failles identifiées que chacun exerce réellement ses responsabilités comme y invitaient les lois de décentralisation quitte à investir un peu plus sur les temps et les lieu de coordination à l’instant de la démarche de comités departementaux de protection de l’enfance que le rapport salue comme une innovation intéressante à promouvoir.

A omettre l’histoire et la géographie avec son langage technocratique et creux le rapport Woerth parait hors sol. Très politicien. A suivre donc puisqu’on nous annonce des initiatives en octobre. On observera notamment comment la Commission parlementaire d’enquête sur la protection de l’enfance abordera cette question infiniment politique sur laquelle elle a reçu mandat. Nul doute qu’avec la culture de ses membres et ses auditions, ses préconisations dans un  sens ou l’autre seront plus élaborées. Sans doute en viendra-t-on à observer qu’il ne s’agit pas de renverser la table institutionnelle – recentraliser- ou se contenter du statut quo décentralisateur, mais de mieux allier les compétences publiques en veillant à maintenir en vie le secteur associatif.

(1) Observons là encore, illustration du hors sol, que le rapport Woerth n’évoque même pas la politique des ressources humaines quand il s’agit de la question essentielle du moment.

 

 

 

La protection de l’enfance en crise (883)

Indéniablement  la protection de l’enfance supporte une nouvelle et forte interpellation avec un relais médiatique évident : le sujet est sensible et suscite rapidement de l’émotion, sinon de l’indignation.

Force est de reconnaître que nombre de critiques développées méritent l’attention et ne peuvent pas être balayées d’un revers de main, mais dans le même temps on ne peut pas ne pas relever nombre d’excès, sinon d’injustices, à l’égard des institutions sociales et judiciaires – et leurs acteurs –  rarement créditées de leurs réussites. Classiquement on s’indigne des trains qui n’arrivent pas à l’heure en négligeant les acquis d’un dispositif que nombre de pays nous envient. On oublie ainsi la qualité de la prestation quotidiennement fournie à des parents en difficulté pour exercer leurs responsabilités et aux enfants et jeunes majeurs suivis pour mettre en œuvre les réponses qui s’imposent : soutien financier et/ou accompagnement à domicile, accueil physique pouvant aller jusqu’à la séparation physique, voire juridique ouvrant la voie à une adoption.

Ce dispositif s‘est constamment amélioré. En veut-on une preuve ? En 1900 pour 26 millions d’habitants la France dénombrait 150 000 enfants pupilles de l’Etat, c’est-à-dire juridiquement privés de parents aujourd’hui avec 68 millions ne sont que 4 000. Plus souvent que par le passé nous parvenons donc à garantir le droit de l’enfant de vivre en famille, dans sa famille, à défaut une autre. La rupture n’est plus une fin en soi – loi sur la déchéance de 1889 – , mais est réservée aux situations qui le justifient même si on doit relever que dans nombre de cas on aurait pu clarifier la situation de l’enfant pour lui permettre d’aller vers une adoption. D’autres avancées indéniables sont intervenues au fil du temps comme de considérer l’enfant et ses parents comme des personnes directement concernées ( loi du 6 juin 1984) ou le fait de s’attacher au parcours à venir de l’enfant par-delà sa mise à l’abri dans l’instant ( loi de 2007 revue 2016)  Pour autant ce dispositif ne sera jamais achevé et on ne peut que relever fréquemment un fossé entre la loi et les faits, a fortiori avec ce qui est vécu et ressenti par les intéressés parents et enfants en souffrance.

Quelques signes du malaise méritent d’être relevés.

Leur nombre et leur diversité trahissent son acuité.

Nombre de personnalités, de mouvements ou d’institutions comme le Conseil national de la protection de l’enfance ou Haut Conseil de la Population, de l’Enfance et de l’Age, et 24 conseils departementaux ont appelé à des « Etats généraux » débouchant sur un « Plan  Marshall »  c’est-à-dire sur un effort exceptionnel en faveur de la protection de l’enfance. En réponse, fin 2023, inquiets de la démarche, l’Etat et l’Assemblée des departements de France (ADF) se sont accordés pour la canaliser en mettant en place 5, puis 7 groupes de travail co-gérés avec un échéancier initialement fixé en juin pour être reporté du fait de l’Etat  pour cause de remaniement à l’automne.

Une commission d’enquête parlementaire  a été décidée et installée en mai 2024 à l’initiative du PS avec comme rapporteur Isabelle Santiago après plusieurs propositions émanées de différents groupes dont LFI et le RN. Là-encore, l’échéance est prévue pour octobre.

A la demande du Sénat le Conseil Economique, Social et Environnemental travaille à voir en quoi, dans la foulée du rapport sénatorial du 4 juillet 2023 (rapport Bonne) les récentes lois sur la protection de l’enfance ont été mises en œuvre ou pas.

Un rapport remis le 30 mai au président de la République par Eric Woerth avec pour projet d’alimenter les réformes projetées avant la fin du quinquennat  condamne le statu quo et prône soit la recentralisation  la protection de l’enfance, soit son intégration dans un pôle Solidarités départementales.

Le Livre Blanc rédigé sous l’autorité de Mathieu Klein et rendu récemment public sur les métiers de l’humain confirme la crise majeure que nous traversons avec des travailleurs sociaux en souffrance, mal considérés, sous-payés et eux-mêmes souvent désenchantés sur leur travail et son impact. Aux démissions répondent les difficultés pour les organismes de formation d’attraire des étudiants tant est réelle la crise de l’engagement. Les vacances de postes sont nombreuses et la surcharge indéniable pour les présents.

Situation d’autant plus  grave – où est la poule, où est l’œuf ? – que les institutions médicales, sociales et judicaires en surchauffe sont en difficulté pour exercer leurs mandats. Cela n’est certes pas d’aujourd’hui – cf Appel des juges des enfants de Bobigny de 2017 -, mais s’accentue.  Selon ses investigations le Syndicat de la Magistrature avance que 3 350 mesures judiciaires d’accueil d’enfants en danger n’étaient pas exécutées en fin 2023 auxquelles s’ajoutent les mesures d’accompagnement à domicile et les mesures éducatives pénales, étant précisé que tous les juges des enfants n’ont pas répondu au questionnaire. La République se discrédite ! Comment appeler les victimes et les témoins à parler dans ces conditions ?

On dénonce régulièrement la disparité des réponses selon les territoires quitte à mettre en cause l’Etat qui n’aurait pas su jouer son rôle régalien pour inciter, soutenir, étayer, financer les Conseils departementaux désormais mandatés.  La décentralisation ne se voulait pas démission de l’Etat. Il s’est contenté jusqu’à peu de faire la loi quitte au passage à hisser le niveau d’exigences à l’égard des services sans leur apporter ad hoc les moyens d’y faire face.

Ajoutons, et ce n’est pas la moindre des nouveautés que les anciens de l’ASE sont désormais explicitement critiques  à l‘égard des institutions sociales et leurs acteurs. Ils  dénoncent les violences subies et à  tout le moins le manque de protection, les « sorties sèches » vécues comme un rejet, le manque d’accompagnement des jeunes majeurs perçu comme un nouvel abandon, quand ils ne contestent pas la qualité des soins et de l’instruction délivrés. Ils interpellent frontalement les institutions sur leur difficulté à s’attaquer à des scandales majeurs comme les violences sexuelles, spécialement l’inceste. Ces victimes ont joué un rôle majeur dans la mise en œuvre de la CIASE puis de la CIIVISE. L’interpellation des parents demeure diffuse et peu organisée

Ces critiques sont développées sur fond d’une meilleure connaissance de toutes les formes de maltraitances faite aux enfants et d’une plus sensibilité à la souffrance infligée. Ainsi, si on a toujours su l’existence de ces violences, aujourd’hui on peut les quantifier. L’INSERM relève que 5 millions de personnes avancent avoir été victimes de violences sexuelles le temps de leur enfance, dont 3 millions d’inceste soit 10% de la population. Une ampleur non soupçonnée interpelant la société elle-même dans ses ressorts profonds ! Mieux en écoutant les principaux concernés  devenus adultes on mesure aujourd’hui l’impact réel de ces violences sur leur vie quand trop longtemps elle aura été négligée.

Indéniablement on constate une hausse sensible (+ 30% en quelques années) des situations dont les institutions fréquemment au taquet ont à connaitre. Ainsi 304 000 mesures (désormais plus d’accueils que de suivis) sont en cours en fin d’année calendaire (sans compter les mesures d’aide à domicile : TISF, AVS, AESF eu autre AFBF et les aides financières). On relèvera que se multiplient l’accueil de très jeunes enfants dont on se demande ce qui va leur advenir. Sont-ils voués à devenir et à demeurer des « enfants de l’ASE » ? Retrouveront-ils leur domicile ? Avec quel suivi ?

On mesure à l’aune de ces critiques que la crise est sérieuse au point de justifier une mobilisation exceptionnelle. Comment on a pu en arriver là ?

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Bien évidemment les causes sont multiplies. Aucune à elle seule explique ces constats préoccupants.

Très rapidement, ici comme ailleurs, en reflexe, sont mis en cause les phénomènes migratoires prétendument cause de tous les malheurs . En l’espèce la nécessité depuis les années 1995 d’accueillir nombre d’enfants, ou de personnes se présentant comme tels, inscrits dans un parcours migratoire et soucieux de profiter de la non expulsabilité des mineurs et de la mise à l’abri puis de l’accompagnement social et scolaire fourni aux plus jeunes. 

Ce dossier, mis à part la période de la pandémie, va s’épaississant – comme pour l’ensemble de l’Europe –  avec  environ 34 400 enfants et jeunes majeurs accueillis. Indéniablement cette problématique – avec au passage nombre de satisfactions –  pèse sur les institutions sociales et judicaires. Pour autant on ne peut pas s’empêcher de relever que 170 000 enfants et jeunes majeurs accueillis au 31 décembre sont nés en France pour 130 000 en 2000. La prise en charge de ces Mineurs Non Accompagnés mobilise beaucoup de moyens humains et financiers, étant relevé au passage que l’Etat a pris du temps avant d’admettre qu’il avait une part de responsabilité sur ce dossier sans pour autant en assumer sa part financière, au grand dam des Conseils departementaux.  Reste que l’arbre ne saurait cacher la forêt. Plus de familles de France sont en difficulté. Pourquoi cette hausse à une telle échelle des accueils d’enfants et plus généralement des enfants suivis qui ne répond pas à une augmentation de la population jeune ?

Une hausse des violences en tous genres ? Faute d’éléments scientifiques gardons-nous de répondre positivement. Seulement s’autorisera-t-on à penser en référence à l’évolution globale du pays qu’il n’y a pas augmentation des violences, mais une meilleure visibilité : comme nous y invitions la parole des victimes et des témoins s’est libérées, les yeux des professionnels et plus largement de la société se sont ouverts et leurs oreilles se sont débouchées.

Du fait aussi d’une plus grande sensibilité aux violences faites aux enfants ?  Indéniablement même s’il a fallu attendre 2019 pour consacrer la condamnation des châtiments corporels.

Tout simplement cet accroissement de la mobilisation tient à une meilleure capacité de décryptage des situations. Les outils se sont sophistiqués et on échange entre professionnels.

Une autre explication s’impose aussi qui a de quoi préoccuper : on peut voir dans la cristallisation de nombre de situations appelant à des réponses fortes la conséquence de l’abandon dans lequel sont trop de familles fragiles. En effet tous les services de proximité – santé scolaire, service social scolaire, PMI, pédiatrie, Maison du Handicap, Prévention spécialisée –  sont au rouge, parfois de longue date, d’autres plus récemment. Trop de parents et d’enfants privés d’un soutien de la famille élargie sont abandonnés à eux-mêmes ave ces enfants souffrant de graves négligences ; la crise finit par éclater avec des violences aux conséquences souvent dramatiques, appelant à des réponses institutionnelles dures et fortes. 

Il y a quelque chose de ces explications diverses.

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Reste l’essentiel : comment sortir de cette crise ?

Certains avancent que le système est à bout de souffle et proposent de renverser la table par des réformes institutionnelles fortes comme la recentralisation de la protection de l’enfance au nom d’une fonction régalienne désormais affirmée quand elle ne l’était pas en 1982-1984. Pourquoi pas !

Certains comme le sénateur Xavier Iacovelli suggèrent que l’on expérimente cette recentralisation. Mais comment l’Etat pourra-t-il demain répondre aux attentes dans ce champ à la hauteur des attentes quand il est défaillant dans tant d’autres domaines – accès aux soins, à l’éducation, etc. – ? Et avec quels moyens quand les préfets sont aujourd’hui, RGPP oblige, démunis de toute administration sociale ?

A l’inverse on voit  – proposition sénatoriale –  suggérer de mettre dans la main du président du Conseil général la santé scolaire et le service social pour y rejoindre l’action sociale, la PMI et l’ASE. Une politique cohérente pourrait en découler et on faciliterait la coordination au quotidien pour tendre, pourquoi pas, vers « un guichet social unique ». Pour combattre le surcroit de juridicisation régulièrement dénoncé, ne faut-il pas s’orienter pas plus que jamais vers une justice à l’anglo-saxonne qui se contente de donner un mandat global aux administrations sociales sans se soucier de la qualité de la prestation apportée. D’aucuns avancent encore l’idée d’une agence régionale sociale style ARS pour garantir des ressources sur objectifs aux prestataires de service …

Bref, un débat institutionnel est ouvert. Il risque de nous engager dans un processus long et destructeur de dynamiques positives actuellement en cours.

La co-responsabilité
La réponse n’est-elle pas de demeurer dans la répartition actuelle des compétences, mais en faisant en sorte que chacun exerce réellement et pleinement ses responsabilités ? Cela implique déjà de faire et de partager un constat fort : en matière de protection de l’enfance et d’éducation on est dans le domaine de la coresponsabilité : la croissance  la protection, l’éducation  d’un enfant dépend d’abord de responsabilités privées mais également de responsabilités publiques qu’il convient d’articuler avec dans chacune de ces sphères des acteurs divers. Sans compter le partage de responsabilités entre  parents, enfants et professionnels.

Dès lors l’enjeu semble bien de mettre chacun en situation de jouer son rôle et de faciliter les articulations.

Ajoutons qu’il s’agit moins de changer la loi, même si certaines adaptations s’imposent encore – par exemple dans le champ des responsabilités familiales – que de réunir les conditions pour l’appliquer. Sur le papier notre dispositif est, sinon parfait, du moins bon et conforme au droit international de l’enfance ! Au quotidien, on dispose d’une réelle marge d’amélioration.

Dans la sphère privée, au regard de l’évolution des modes de vie familiaux, il convient de clarifier les rôles des adultes en charge étant observé que si nombre d’enfants débordent d’adultes prétendant être en responsabilité à leur égard, trop d’enfants n’ont pas concrètement deux parents dans leur univers.

Il convient de veiller que chaque enfant ait des adultes – a priori ses géniteurs ou ceux qui l’ont accueilli – exerçant pleinement leurs responsabilités qu’ils vivent ensemble ou pas, qu’ils soient unis ou non par le mariage. Le discours incantatoire du président de la République sur l’obligation d’exercer leur droit de visite à faire aux pères séparés est le petit bout de la lorgnette par lequel on prétend entrer dans la problématique (voir billet précédent). Etre parent ce n’est pas que visiter son enfant ; c’est s’en préoccuper et être disponible en permanence pour lui !

Il faut aussi faire en sorte que les adultes qui vivent avec un enfant qui n’est pas biologiquement le leur soient en droit et en devoir d’exercer les responsabilités quotidiennes à son égard.

On peut concevoir d’accentuer la responsabilité pénale des parents négligents en allégeant les termes de l’article 227-17 du Code pénal, mais la menace d’une sanction pénale n‘a jamais vraiment effarouché un père démissionnaire. En revanche, on peut envisager de faire évoluer les termes de la responsabilité civile des parents du fait de leur enfant et remettre dans le cercle le parent qui ne vivant pas habituellement avec l’enfant l’aura délaissé. On s’attachera ici à la décision que doit rendre en juin la Cour de cassation mobilisée par son procureur général Remy Heitz sur les termes de la responsabilité du parent séparé du fait des actes dommageables commis par son enfant. Prendre les pères au portefeuille peut (à terme) contribuer à les remobiliser.

Reste qu’on ne doit pas négliger une dimension essentielle : les parents se séparent comme ils ont vécu. Celui qui n’exerçait pas ses responsabilités quand tout baignait ne le fera pas plus le jour de la séparation. C’est bien au quotidien qu’il faut que chacun soit investi. Des démarches s’imposent pour avancer toujours plus dans ce sens.

Dans la sphère publique il faut là-encore remobiliser chacun. Et déjà l’Etat qui se doit de mieux assumer ce qui relève de ses compétences propres. Ne fut-ce que pour retrouver une légitimité à jouer son rôle d’animateur général qui s’impose avec le souci de l’équité dans l’accès aux droits sur l’ensemble du pays, mais encore parce qu’il doit rendre des comptes à l’international sur les engagements souscrits par la France.

Un dossier est sur table qu’il est urgent de traiter tant il impacte le dispositif de protection de l’enfance comme on l’a dit supra : revivifier le soutien médico-social de’ proximité aux familles. C’est un enjeu majeur que de mieux remplir ces missions. C’est à ce prix qu’on fera baisser en fin de parcours la pression sur le dispositif social et judiciaire aujourd’hui embolisé. Or certains de ces services hier en flèche sont aujourd’hui en souffrance comme la PMI ou la Prévention spécialisée, d’autres n’ont toujours pas décollé (la psychiatrie infantile), d’autres enfin ne sont pas dotés à la hauteur des attentes (ex. : les maisons départementales du Handicap). Cet objectif implique de coordonner l’Etat et les collectivités locales à l’échelle territoriale.

L’enjeu est d’amener l’Etat à jouer son rôle négligé depuis 1983-1984. La volonté semble exister. Reste à se doter des outils adaptés : la contractualisation avec les Conseils départementaux ; l’augmentation des moyens financiers affectés, la promotion nationale des bonnes pratiques, le soutien et l’accompagnement des territoires aux changements, etc.). La démarche est enclenchée depuis quelques années, Il s’est musclé nationalement avec

  • Un ministre en charge de l’enfance – et en outre de la famille et de la jeunesse, cohérence oblige – pouvant désormais activer un comité interministériel: il doit piloter y compris en proposant des mesures audacieuses comme d’en finir avec le seuil des 21 ans,
  • Une delégation à l’Assemblée nationale – à défaut du Sénat qui s’y est refusé –  aux droits des enfants mobilisable en tant que de besoin 
  • Un GIP « France Enfance protégée » avec notamment pour missions d’éclairer les bonnes pratiques et d’accompagner les acteurs au changement et qualifié – à tort-  dans le rapport Woerth du 30 mai 2024 d’avoir reçu une compétence en matière de gouvernance nationale,
  • Des instances comme le Conseil National de la Protection de l’Enfance et le Haut Conseil de la Population, de l’enfance et des âges pour l’éclairer, le l’conseiller, l’interpeller et lui tracer des pistes,
  • Un Défenseur des enfants auprès du Défenseur des Droits pour rappeler à la loi et fixer des bornes,

Pour autant l’Etat reste loin du compte et sans troupes sur le terrain. L’expérimentation sur la base de la loi du 7 février dans 10 departements de conseils de protection de l’enfance mobilisant tous les acteurs territoriaux en articulation avec les ODPE est lancée . Le préfet esseulé pourra-t-il y tenir la place de l’Etat ?

Interpeller l’Etat ne suffit pas : la posture de nombre de departements supporterait aussi un questionnement. Par exemple sur la disparition de la Prévention spécialisée ou encore le refus de s’engager dans la démarche du Projet pour l’enfant (lois de 2007 et 2016) ou un strict cantonnement des secours d’urgence et des allocations mensuelles

Il nous faut avoir l’intelligence de dépasser ces interpellations croisées pour construire une valeur ajoutée tant au plan national que territorial.

Bien évidemment, en amont, plus que jamais il faut s’attaquer à la grande pauvreté ou à l’autre bout du spectre, non seulement répondre aux violences faites aux enfants en leur rendant justice, mais prévenir ces violences en rappelant l’interdit et en traitant les auteurs potentiels. On avance en ce sens, mais trop lentement.

Reste un détail majeur à gérer en urgence absolue : disposer des troupes, en nombre et en qualification, pour accompagner parents et enfants. Il faut recruter et déjà redonner du sens à l’engagement sur cette mission. Recruter dans et hors le champ social, mais déjà garder ceux qui sont présents.

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Dans ce contexte quelles démarches s’imposent ?

Sous l’égide du gouvernement il faut déjà (re)nouer un dialogue fort et constructif Etat-Conseils departementaux en dépassant les invectives et autres procès d’intention. Non pas tant pour faire le point sur l’état des lieux et revenir sur les causes – tous les éléments où presque sont sur table -, mais pour décider d’un plan d’actions avec un échéancier. Il s’agit donner des perspectives et programmer en s’attachant déjà gérer les urgences.

Quelle place réserver au secteur  associatif ? Doit-il être auditionné comme sachant du fait qu’il est prestataire de services ou plutôt comme associé et partie prenante aux politiques publiques ?

Autre défi : embarquer les professionnels avec leur culture et leur expertise et la société civile avec son humanité et sa capacité inventive.

On l’a vu des instruments publics existent désormais pour agi. Bien évidemment les grandes fédérations et regroupements des institutions porteurs de projet doivent contribuer à nouer le débat et à y ternir leur place.

Nous disposons de savoirs et de travaux (ex. depuis peu d’un bilan budgétaire consolidé) utiles à la décision même s’ils sont à compléter (ex. qui sont les familles suivies en protection de l’enfance ? quel impact a l’intervention sociale) avec la nécessité d’identifier aux yeux de tous l’objectif : qu’est-ce que protéger un enfant ? Prévenir, mais que veut-on prévenir ?

De l’argent?
Il en faudra nécessairement par-delà les 10 à 11 milliards hors dépenses de personnels publique budget consolidé de la seule Aide sociale à l’enfance. Mais pourquoi faire ? Il convient de revaloriser singulièrement le statut des personnels, mais pas seulement. Le dossier sur les normes minimales d’encadrement ne pourra pas rester plus longtemps en jachère. Il est révélateur de la démarche qui s’impose ; il constitue un test indéniable de la volonté d’agir des pouvoirs publics et de leur sincérité tant il est vrai que des engagements devront être pris et tenus.

L’Etat doit veiller à faire adopter la feuille de route et suivre son déroulé avec pour objectif d’améliorer le dispositif, mais il doit  aussi s’engager à mettre la main à la poche pour qu’il soit décliné réellement au plus tôt et au mieux sur le terrain car d’évidence il entrainera des dépenses supplémentaires.

Au passage il lui reviendra d’adapter à leurs besoins les budgets departementaux, mais aussi de sécuriser le dispositif associatif porteur au quotidien de l’action en n’oubliant pas combien la puissance publique d’Etat et territoriale serait elle-même à la peine si ces associations venaient à disparaitre ou à tomber dans une escarcelle monopolistique comme cela s’esquisse. La liberté  et les droits des plus faibles suppose la dialectique !

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Le chantier est donc de taille. D’où la nécessité de mobiliser largement et de programmer ses avancées dans le temps. Les priorités sont identifiées. Reste à entrainer. Pour cela il faut rapidement des propos et aussi des  actes positifs et valorisant à destination des acteurs qui au quotidien sont mobilisés.

On attend le coup d’envoi réel de la partie. Le CNPE a singulièrement déblayé le terrain avec ses propositions pour des Etats généraux. En vain ?

 

Un devoir de visite ? (882)

Dans ses préconisations sur la famille énoncées dans le magazine « Elle » Emmanuel Macron fait un constat juste, mais dérape rapidement.

Le Président observe en effet que nombre d’enfants sont à la charge effective d’un seul de leurs deux parents, souvent la mère. Avec des enfants en bas-âge, la séparation intervenant généralement très tôt.  Avec des pères qui, au mieux versent la pension alimentaire, si tant est qu’il en ait été décidé d’une par justice, nombre de femmes se refusant à solliciter quoi que ce soit : « Je ne lui demande rien. Qu’il me laisse en paix ! «  et négligeant ainsi que cet argent est destiné à répondre aux besoins des enfants.

La mère travaille souvent à des horaires ne permettant pas une présence auprès des enfants à des moments-clé (lever, retour d’école, etc.). Un statu quo s’installe. A priori souvent confortable pour tout le monde. Au moins dans un premier temps. Il peut très rapidement dégénérer. Petit à petit, sans bien évidemment  de  systématisme, l’enfant peut s’installer dans la toute-puissance. Palliant seul les carences parentales très tôt il croit savoir ce qui est bon pour lui et refuse toute autorité. En tout cas il vit mal les limites posées par sa mère, l’école ou … la police.

Fort de ces constats le président de la République veut donc imposer aux pères défaillants une obligation d’exercer leurs droits. On regrettera cette approche conceptuelle. Une approche moderne aurait dû l’amener à vouloir garantir à tout enfant son droit à voir ses deux parents exercer leurs responsabilités à son égard et entretenir des relations avec eux. Passons, l’essentiel est de concrétiser.

Si on partage l’intention, on peut douter de la pertinence et de la faisabilité du dispositif envisagé.

Qui vise-t-on ? Les pères démissionnaires ? Ceux qui déjà se sont vu retirer l’exercice conjoint des responsabilités parentales pour voir l’autre parent mandaté à titre principal. On peut imaginer que déjà des difficultés existaient pour attendre beaucoup d’eux. Bien évidemment sont exclus ces pères privés par justice d’un droit de visite ou d’un droit d’hébergement du fait de leurs comportements ou de leurs attitudes à l’égard de l’enfant ou de la mère.

Surtout comment envisage-t-on de parvenir à mobiliser  ces pères absents ?

Par la sanction pénale ? L’article 226-17 CP prévoit déjà des peines de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000€ d’amende pour les parents qui, par leurs carences dans l’exercice de leur responsabilité, compromettent l’éducation de leur enfant. Désormais dixit le Garde des Sceaux, chaque année on enregistre environ 300 poursuites. Au regard des objectifs présidentiels une réforme s’impose ici pour supprimer l’élément de gravité. Ne pas exercer ses responsabilités parentales serait en soit punissable. Pourquoi pas ! Il faudra simplement songer à doter la police et la justice des moyens ad hoc et d’être vigilant pour éviter les dérapages, mais ne doutons pas qu’un équilibre s’imposera sur la durée’.

Une autre piste mérite d’être explorée : faire en sorte dans la loi que le parent séparé soit a priori pleinement responsable des conséquences dommageables causées par son enfant, sauf bien évidemment la faute personnelle du parent chez lequel l’enfant réside habituellement. Même si physiquement il peut se trouver chez un autre membre de la famille pour une durée plus ou moins longue ou dans une institution scolaire  celui chez lequel est fixé juridiquement sa  résidence est civilement responsable. Le parent séparé est déchargé du devoir de réparation quoi que le comportement dommageable de l’enfant résulte fondamentalement de ses propres carences. Une réforme législative, avec une forte médiatisation, serait certainement de nature à remobiliser les pères menacés ainsi d’être frappés au portefeuille. Elle aurait du sens et de la cohérence : quand on fait un enfant on l’assume par-delà vicissitudes de la vie conjugale.

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Reste qu’on est dans le registre de la sanction, une fois le mal fait. Comment le prévenir ?

Par des menaces comme la crainte de poursuites pénales certes, mais plus encore par une pédagogie des responsabilités parentales et des enjeux pour les enfants, et pour la société dans son ensemble.

Et c’est là où le bât blesse dans le discours présidentiel où on est d’abord sur le registre de la peur et de la menace et de la répression. Surtout il trahit une approche réductrice des responsabilités parentales.

L’échec d’un couple conjugal ne met pas fin au couple parental. Il a fallu des décennies pour l’affirmer dans la loi : juridiquement on continue à être parent pleinement par-delà la séparation de fait ou juridique d’avec l’autre parent.

Désormais la coresponsabilité est même de droit que le couple soit uni ou non par le mariage, séparé de fait ou droit. Exceptionnellement l’un des deux est désigné pour exercer à titre principal ces responsabilités. Encore faut-il sur tous les actes importants non seulement informer, mais associer l’autre parent aux décisions. Quitte à celui-ci à exercer un véto et à saisir le juge aux affaires familiales. Mieux : le parent chez lequel l’enfant réside habituellement se doit de mettre l’autre en situation d’exercer ses responsabilités.

Force est d’observer que tous ne sont pas loyaux.  Certains multiplient les obstacles avec pour enjeu d’exclure l’autre parent. Au point de mettre des limites. Par exemple le parent qui a la résidence et a le souci de déménager au risque, pour des raisons valables ou malveillantes, de mettre objectivement une distance avec l’autre parent en rendant les droits de visite et les droits d’hébergement plus délicats se doit d’informer l’autre de son projet.  Celui-ci pourra s’y opposer via le juge aux affaires familiales.

En tout cas être parent séparé ne se réduit pas à visiter une fois tous les 15 jours son enfant ou à l’héberger sur la moitié des petites vacances ; il pèse sur lui une obligation alimentaire dont nombre se déchargent au point où il a fallu mettre en place un dispositif qui garantisse le versement de ces ressources via la caisse d’allocations familiales.  Participer à l’éducation de son enfant exige d’être présent dans son univers sur tous les actes, petits ou majeurs qui peuvent le concerner. Avec la difficulté que la relation personnelle entre les parents n’est désormais plus la même et que la séparation physique rend l’exercice plus difficile. Les modes de communication moderne par-delà la facilité les transports, permettent d’éviter de creuser le fossé. Encore faut-il des deux côtés un minimum de volonté !

La présence d’un tiers –  le beau-parent – peut s’avérer un nouvel obstacle avec parfois  des relents de conflit personnel entre adultes.

Très concrètement le droit et l’obligation du parent séparé de veiller à l’éducation de son enfant suppose que celui-ci soit régulièrement tenu informé des termes de la scolarité de son enfant, voire puisse être présent dans l’univers scolaire et pourquoi pas symboliquement candidat aux élections de parents d’élèves. On est fréquemment loin de tout cela. Nous avons échoué dans les années 80 à poser l’obligation à l’établissement scolaire d’informer les deux parents séparés sur la scolarité de l’enfant au prétexte que l’Education nationale ne devait pas s’ingérer dans les conflits parentaux .

Ainsi s’il est audible le discours sur l’obligation faite au père d’exercer leur droit de visite peut s’avérer bien plus compliqué qu’on l’imagine depuis l’Élysée. Il faut en créer les conditions, tout simplement en affirmer la légitimité.

On se doit déjà de relever que nombre d’enfants n’ont pas dans leur univers un père juridique. Certes bien plus que par le passé les pères biologiques hors le mariage d’avec la mère n’hésitent pas à reconnaître volontairement leur enfant (8 sur 10) et donc à disposer les droits et devoirs à son égard. Mais l’explosion des naissances hors mariage fait que bon an, mal an, 50 à 70000 enfants naissent sans père légal. Certes fréquemment le nouveau compagnon ou mari de la mère reconnaitra cet enfant et le fera sien sur le plan juridique. Reste qu’entonner l’hymne aux responsabilités paternelles suppose déjà d’avoir fait le nécessaire pour que tout enfant ait dès la naissance un père légal. Bien évidemment dans un domaine aussi délicat il faut prévoir les limites à ce principe. On ne va pas engager des enquêtes de police systématique pour rechercher l’homme à la base de la fécondation !

Le souci légitime du Président est que tout enfant ait des adultes en situation de responsabilité qui l’encadrent, le protègent afin autant que faire il ne s’installe pas dans un comportement de toute-puissance du fait de la défaillance du monde adulte.

Dès lors dans les annonces qui sont faites comment négliger que 2 millions d’enfants vivent au quotidien avec un beau-parent sans que celui-ci soit dans la loi actuelle investi de la moindre responsabilité quand son statut de beaux-parents sera une circonstance aggravante s’il violente l’enfant avec lequel qui est sous son autorité de fait. Il est grand temps d’affirmer que « celui qui vit habituellement avec un enfant est en droit et en devoir d’exercer à son égard les actes de la vie quotidienne. »

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Alors une nouvelle fois avançons. Evitons les approches réductrices. Mettons déjà à jour notre logiciel discursif. Ainsi en ne parlant plus de famille monoparentale, mais de foyer monoparental : le parent séparé fait partie de la famille et l’enjeu est d’amener chacun, notamment le principal intéressé,  à ne pas l’oublier

Nous avons tous les éléments pour mettre à jour la loi et de mener le débat notre société qui sous-tend cette évolution juridique… Une nouvelle fois nous ne perdons pas de temps.

 

 

 

Le droit de l’enfant à une autorité responsable pour prévenir (881)

Dans son très long entretien donné à la Tribune Dimanche du 5 mai, concernant les plus jeunes, le président de la République annonce au nom de la cohésion sociale des mesures dans le registre préventif et répressif. On se souvient que dans la dernière ligne droite de sa deuxième campagne électorale le candidat Macron avait annoncé qu’il ferait de l’enfance sa priorité. Le glissement de cette approche sur le registre de la cohésion sociale est loin d’être neutre !

Avec les annonces du Premier ministre Gabriel Attal on sait à peu près à quoi on doit s’attendre dans le registre répressif sachant que c’est sous l’autorité du président Macron qu’a été adopté et est entré en vigueur depuis moins de 3 ans le Code de justice pénale des mineurs qui visait à garantir des réponses pénales rapides et fermes à l’encontre des jeunes délinquants. Entre autres, nous propose aujourd’hui  une réforme sensible du statut pénal des plus de 16 ans avec le recours à quelque chose qui équivaudrait à la comparution immédiate des adultes, mais encore une restriction sensible du bénéfice de l’excuse atténuante de minorité qui veut qu’un mineur, à fait égal, ne soit pas a priori puni comme un adulte. Attendons donc la consultation qui doit s’ouvrir sur ces vieilles lunes visant à réduire la spécificité du droit pénal des mineurs comme le préconisait notamment Eric Ciotti.

C’est donc plus dans le registre de la prévention qu’on attend les pouvoirs publics quand à travers les propos des plus hauts responsables sur les émeutes de l’été 2023 et après une série de faits divers dramatiques mettant en cause des adolescents, on taxe les enfants d’être les principaux responsables de l’insécurité.

Il n’est pas question de contester que depuis les années 75 /80 on assiste à une montée sensible des comportements violents des plus jeunes. Nous relevions alors que nombre de mineurs ne se contentaient plus de dérober nuitamment une moto ou une voiture en brisant le Neman ou cisaillant la chaîne de sécurité ; aujourd’hui ils n’hésitent plus, de jour, à déloger le conducteur de son véhicule pour l’emporter. Surtout on ne peut qu’être inquiet de ces actes de violence fréquemment qualifiés de gratuits – parce qu’apparemment incompréhensibles -,  de ces guerres de territoire sur fond de trafic de drogue ou encore de ces vengeances individuelles ou collectives, avec des conséquences tragiques pour les victimes après des passages à tabac et l’usage d’armes blanches.

Comme nous le prédisions, nous nous trouvons désormais confrontés à nombre d’adolescents et de jeunes majeurs très tôt installés dans des comportements de toute-puissance, incapables d’accepter l’inéluctable contrainte de l’éducation et  de l’instruction et déniant fréquemment à quiconque la possibilité de faire autorité sur eux, voire de représenter l’autorité. Nous touchons donc les bénéfices de l’abandon dans laquelle nous avons laissé les familles les plus fragiles, faute notamment de soutien social et éducatif avec des enfants laissés sans perspective qu’un jour leurs conditions de vie puissent s’améliorer dès lors qu’ils respecteraient les règles sociales,

Reste qu’entonner l’hymne à la violence des plus jeunes n’est pas d’aujourd’hui. On trouve trace dans toutes les périodes de l’histoire de France de la dénonciation d’une jeunesse tenue pour déraper, ne pas respecter les règles et les personnes, n’hésitant pas à s’inscrire dans des démarches de toute-puissance. Ce furent le plus récemment les Apaches, les blousons noirs pour ne pas rappeler la séquence des sauvageons dénoncés par Jean-Pierre Chevènement.

On en oublierait que l’ordre naturel des choses veut que la vie soit violence, appelant au combat, voué tout compte fait à être perdu, pour la survie, combat plus ou moins discipliné à travers l’éducation à vivre en société donnée explicitement ou pas par les plus proches, la famille et la communauté, mais également par l’ensemble du corps social.

Et c’est précisément là où le bât blesse aujourd’hui pour nombre de jeunes très tôt n’ont privé du soutien et de l’accompagnement d’un milieu  proche protecteur qui facilite cette socialisation quitte à poser des limites et à générer des frustrations. Une autorité supportée non pas seulement parce qu’instituée – on doit obéir à ses parents, à son maître, à la police, sinon à un Dieu et plus généralement respecter tout un chacun et les institutions ! – mais parce respectable car elle procure des avantages, elle protège et offre des perspectives positives.

S’il faut à travers des démarches judiciaires et sociales parfois coercitives pallier la carence éducative initiale à laquelle la plupart des jeunes « en conflit avec la loi «  ont été confrontés – et la sanction participe de la démarche éducative -, c’est bien dans le champ de la prévention qu’il faut investir afin de faire en sorte que de nouvelles vagues de jeunes en danger et dès lors dangereux ne lèvent pas.

Au regard de l’expérience acquise, des constats faits, des moyens mobilisables, on peut, on doit relayer le discours appelant à « un sursaut d’autorité » dès lors que l’autorité n’est pas présentée comme une fin en soi, mais comme un moyen au service de la protection des personnes et, pourquoi pas, au final, de la société, quitte à être conscient des limites de la démarche et sous réserve d’une approche cartésienne et complète sur la durée et donc nécessairement exigeante.

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La première condition à réunir consiste, on ne cessera de le répéter, à identifier dans la loi de la République les adultes en situation de responsabilité à l’égard des enfants.

Dans notre société ce sont a priori les géniteurs ou ceux qu’on peut identifier qualifier de parents juridiques à travers l’adoption. Pour autant on est loin du compte. Nombre d’enfants n’ont pas dans leur environnement leurs deux parents biologiques.

Déjà, à la naissance, entre 50 à 70 000 enfants ne voient pas leur filiation paternelle établie même si, par la suite, un compagnon ou époux de leur mère pourra les reconnaitre comme leurs. Or c’est un droit fondamental de tout enfant de voir sa double filiation biologique établie. Notre droit consacre, non pas un droit de l’enfant à son affiliation, mais le droit des adultes d’être ou de ne pas être les parents juridiques.

Il faut ensuite veiller à ce que les parents exercent l’un comme l’autre leurs responsabilités par-delà leur personnalité ou les accidents de la vie dans l’union comme dans la désunion. La loi a consacré la co-responsabilité parentale, que le couple soit uni ou pas par le lien du mariage, que les deux parents vivent ensemble ou soient séparés. Ils sont a priori également responsables à l’égard leur enfant, sauf décision judiciaire confiant l’exercice de l’autorité parentale à titre principal à l’un ou à l’autre. En cas de séparation celui qui ne vit pas habituellement avec l’enfant a certes le droit d’entretenir des relations avec son enfant, mais aussi l’obligation d’exercer ses responsabilités à son égard. Pas seulement de pourvoir à ses besoins matériels. Reste que trop souvent des parents et là encore souvent des pères négligent leurs obligations matérielles. Certes un dispositif a été mis en place qui apporte au parent isolé – souvent la mère – le soutien de la CAF. Force est de reconnaître que la charge financière est souvent très lourde pour le parent chez lequel réside l’enfant. 

Faut-il, plus souvent que ce n’est le cas, faire une piqûre de rappel à l’égard des parents défaillants à travers des poursuites pénales symboliques ? La loi le permet qui qualifie d’abandon de famille le non-versement des prestations dues pour l’enfant. On sait également que l’article 227-17 du code pénal permet de condamner à des peines pouvant aller jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 35 000 € d’amende les parents qui n’exercent pas leurs responsabilités au point de mettre leur enfant en situation de danger. Des poursuites sont plus fréquemment engagées à ce titre – 300 vient d’annoncer le Garde des Sceaux – débouchant sur des condamnations. Mais pour symboliques et pédagogiques  ces démarches répressives ne changent guère le cours de la vie pour les enfants concernés et le parent isole.

Être parent séparé ne se réduit pas à verser une pension alimentaire ou à recevoir son enfant 2 ou 3 week-ends par mois ou sur la moitié des vacances. C’est bien une présence constante et profonde à laquelle appelle la loi. Des rappels argumentés s’imposent ici dans le cadre d’une communication sociale de masse.

Ajoutons à nouveau qu’un élément essentiel de la vie familiale moderne n’a toujours pas été pris en compte par le législateur : 2 millions d’enfants vivent – souvent durant de longues années  – avec un seul de leurs parents biologiques, mais aussi une tierce personne. Le silence de la loi sur les responsabilités de ce beau-parent et leurs articulations avec l’autre parent biologique est à l’origine de singulières difficultés au quotidien pour des adultes qui peuvent se trouver en rivalité au sujet des enfants quand ils l’ont déjà été sur le plan affectif. Difficulté surtout pour les enfants qui profitant de conflits négatifs ou positifs entre adultes, tout simplement de leur malaise, s’installent rapidement dans une affirmation excessive.

Nous sommes toujours dans l’attente de la loi qui clarifiera les responsabilités à l’égard des enfants. Il est temps d’y affirmer comme nous n’avancions en 2014 dans notre rapport à la ministre de la famille que « toute personne qui vit légalement et habituellement avec un enfant est en droit et en devoir d’exercer à son égard les actes de la vie quotidienne ». En revanche, c’est bien aux parents juridiques de décider des actes majeurs comme l’orientation scolaire, la sortie de territoire ou les pratiques sportives à risque.

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Le deuxième terme d’une démarche de prévention tient dans le fait de pouvoir venir en soutien en étayage aux parents en difficulté pour exercer leurs responsabilités, mais également aux enfants en carence d’autorité parentale, soit par déshérence, soit par abondance d’adultes revendiquant d’exercer des responsabilités.

Pour cela il faut repérer au plus tôt les situations qui appelleraient à soutien. Le service social scolaire est le mieux placé – quasiment tous les enfants de France fréquentant  l’école – pour identifier ces situations et mobiliser en tant que de besoin les dispositifs sociaux ou judiciaires. Mais de longue date l’Etat n’a pas assumé à hauteur ses responsabilités. Faut-il l’en décharger ? On préconise à nouveau que déjà des conventions soient signées entre l’Etat et les départements, pour habiliter les circonscriptions d’action sociale à tenir des permanences en milieu scolaire afin d’être à disposition des enfants, mais aussi des enseignants.

C’est encore dans la rue à travers les Equipes de prévention spécialisée que l’on peut repérer des enfants en danger en risque de basculer dans la délinquance. Là-encore force est de constater que les départements sont de plus en plus tentés de déserter cette responsabilité alors même qu’elle vient d’être légalisée explicitement en 2015 à travers la loi NOTRe. Après les attentats de 2015, quitte à en supporter les coûts qui seraient découlés, l’Etat aurait dû faire pression sur les conseils départementaux pour qu’ils renforcent leur investissement dans ce domaine. Il n’en a rien fait. Depuis, 18 départements ont d’ores et déjà supprimé les Clubs et Equipes de prévention spécialisée et un 19e – la Loire Atlantique – réduit de manière conséquente les moyens affectés. On devrait également développer le recours à la présence de travailleurs sociaux dans les commissariats. Que dire de l’intérêt d’une police de proximité qui retrouverait le contact des jeunes sans jouer les robocops ?

Et comment ne pas appeler à redoubler d’efforts pour offrir un accompagnement aux jeunes en souffrance psychologique ou psychiatrique. La relance semble engagée. On saluera aussi la prise de conscience de l’impact négatifs des réseaux sociaux et des écrans en général avec le souci, non pas d’en interdire l’accès, mais de l’encadrer pour en prévenir les mauvais côtés.

Dans le même temps, on l’a déjà dit ici en plusieurs circonstances, la société ne peut pas faire le constat d’une situation de danger notamment d’une carence dans la protection parentale et ne pas réunir les moyens pour mettre en œuvre les réponses qui s’imposent et ont été prises au plus haut niveau. Trop de mesures judiciaires d’accompagnement familial ou même de prises en charge physique d’un enfant hors de son domicile – 3 500 au 1er novembre 2023 dixit le Syndicat de la magistrature  – ne sont pas exercées ou le sont tardivement. Au risque de voir les situations s’aggraver singulièrement et devenir quasiment irréversibles. Dans le même temps, force est de constater que les services sociaux submergés n’arrivent plus à offrir aux familles en difficulté qui les sollicitent un soutien les prestations qu’elles seraient en droit d’attendre – accompagnement éducatif ou aide matérielle – pour résoudre mieux les difficultés auxquelles sont confrontées.

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Une démarche de prévention est toujours exigeante.

Par-delà la posture de principe, elle  impose déjà d’identifier ce que l’on entend prévenir. En l’espèce, le sentiment de désespérance et d’injustice, le nihilisme, le ressenti d’abandon, la défiance d’une certaine jeunesse de ce pays en la société et dans l’avenir.

Elle appelle aussi à une large mobilisation. Des compétences familiales plus que jamais premières avec notamment la famille élargie, mais encore des compétences publiques d’Etat et territoriales avec le souci de les coordonner pour réduire les trous trop souvent observés dans la raquette sociale. Là-aussi, en mobilisant les moyens matériels et humains qui font aujourd’hui défaut, il faut remonter une pente descendue inexorablement depuis des années par négligence et inconscience ; il convient aussi, mais pas seulement, de tenir en direction des plus jeunes un discours d’espoir qui soit positif et mobilisateur quand encore trop souvent on est dans la dénonciation, la menace et l’incantation.

A regarder de près, en garantissant à tous les enfants le droit à la protection et à l’éducation, en affirmant leur droit à des adultes responsables, en faisant en sorte que chacun ait le sentiment d’y avoir sa place demain, mais déjà aujourd’hui, la société assurera la cohésion à laquelle elle aspire.

On attend désormais que le gouvernement donne de la chair à la ligne tracée par le président sur le préventif.