Le lien justice -psychiatrie (756)

Plus que jamais, notamment s’agissant des plus jeunes, la justice ne peut pas se contenter de réagir sur des faits. Elle se doit de les interpréter et de les ramener à la personne qui les a posés. Par ailleurs force est de constater que victimes, témoins ou auteurs de faits délictueux ou criminels, ces enfants et ces jeunes sont souvent en souffrance, en grande souffrance. Et que dire des enfants dits en danger en grande difficulté psychiques du fait des carences éducatives supportées.

Le juge des enfants, sinon le juge d’instruction, pour les affaires les plus graves, parfois même le procureur dans la décision d’orientation qu’il va prendre – classer ou poursuivre – auront besoin d’expertise pour comprendre et juger. On relèvera d’entrée de jeu que dans les affaires les plus graves – les procédures criminelles – les expertises psychiatrique et psychologiques sont obligatoires sans que cette obligation soit sanctionnée, dixit la cour de cassation, si elle n’est pas respectée. Ajoutons que les dossiers de personnalité peuvent être, sinon vides, du moins légers pour les affaires délictuelles. On le regrettera tout en affirmant qu’un juge, en quelconque matière, n’est jamais tenu par une expertise ; d’ailleurs il est des expertises contradictoires notamment sur l’état de santé mentale au moment des faits (conf. les affaires de parricides de Verdun et Versailles). Une expertise donne un éclairage ; au juge en intégrant éventuellement d’autres éléments d’en faire son miel.

Il est encore des cas en matière de violence sexuelle où cet avis médical est une condition sine qua non du prononcé d’une mesure de suivi socio judiciaire en complément de la peine principale prononcée.

Tout cela relève du bons sens.

Reste – c’est plus qu’un détail – à trouver l’expert pour donner cet avis et les intervenants pour prendre en charge l’enfant ou le jeune en besoin. Et là les choses se compliquent.

Vu comme ils sont traités – indemnisation au lance-pierre versée dans des délais aberrants, programmation hiératique des audiences pour la restitution de leurs observations et surtout mise en cause de leur responsabilité personnelle en cas de réitération des actes au risque de confondre une capacité à décrire avec un don de pronostiquer (conf. affaire de Marseille où une psychiatre a été condamnée pour son « erreur », etc.), on ne doit pas s’étonner de la difficulté que rencontrent les magistrats à trouver en heure, en lieu les compétences recherchées.

De même la prise en charge est de plus en plus délicate, les psychiatres ne cachant pas souvent que de leur point de vue souvent l’institution judiciaire se défausse de situations qui relèvent d’elle et d’elle seule. Les personnels de justice attestent pour leur part de la présence en milieu pénitentiaire de nombre de personnes malades qui devraient avoir leur place dans une institution thérapeutique. Rappelons les verrous posés voici quelques années pour l’hospitalisation contrainte de mineurs par la justice quand il est exigé un certificat médical préalable et un mois plus tard après un autre certificat d’une personne indépendante. Observons tout simplement que les moyens manquent au quotidien qui manquent encore plus pour les enfants et jeunes en grande difficulté.

On touche alors au fond avec ce constat que la pédopsychiatrie, sinon plus généralement la psychiatrie, est en manque. Par exemple, tout au plus dispose-t-on de dix « lits » en Seine Saint-Denis pour enfants et on est en manque de structures susceptibles d’accueillir ou d’accompagner des enfants souffrants de troubles de la personnalité pou du comportement.

Plus généralement ce qui caractérise notre époque est le manque de structures proches des familles pour leur venir en aide quand elles rencontrent des difficultés du fait avec leur enfant. De même pour les institutions pour enfants est-il difficile de trouver le relais psychiatrique qui leur est nécessaire quand elles accueillent des enfants fracassés, victime ou délinquants. Tous ces services de proximité sont en crise : de longue date le service social scolaire et le service de santé scolaire, désormais la PMI quand la Prévention spécialisée qui doit éviter qu’un jeune en danger bascule dans la délinquance a disparu de 17 departements et, bien évidemment, la psychiatrie, voire la pédiatrie souffre.

A n’en pas douter, en n‘intervenant pas et en tardant à le faire on se prépare pour ces enfants et pour la société des année délicates quand ils auront grandi et présenteront à n’en pas douter pour beaucoup d’entre eux des troubles majeurs.

L’inquiétude est accrue quand on a le sentiment que les pouvoirs publics territoriaux et d’Etat, non pas sont inconscients sur l’état des lieux, mais en tous cas ne sont pas mobilisés à la hauteur du problème pour réagir et s’engager résolument dans une démarche dite de prévention qui passe par une aide au plus tôt à ces enfants et à ces parents. Et quand on le décide on ne la met pas en œuvre. Ainsi dans le Pacte pour la prévention et la protection de l’enfance présenté par le secrétaire d’Etat A. Taquet on est dans l’incantation sur la PMI. Les moyens mobilisés pour aider à la scolarisation des enfants porteurs de handicap doivent être relevés, mais ils ne sont pas à la hauteur. La loi de 2005 sur le droit opposable à la scolarisation n’est pas respectée. Que dire des mesurettes – pourtant indispensables – pour rattraper le retard accumulé sur plusieurs décennies comme la formation de pédopsychiatres.

On a le nez collé sur la vitre du fait de la difficulté de l’exercice sans doute de l’absence de moyens disponibles, mais la politique c‘est aussi de faire des choix. On sait trouver les milliards d’euros quand il le faut ! On manque surtout de de pensée réfléchie et concertée gage d’une action sur la durée.

Faut-il inviter psy et magistrats à occuper les carrefours pendant les week-end pour susciter intérêt et engagements publics ? Ou attendre la survenue d’un ou deux drames bien sanglants ?

   En tous cas, malgré ces difficultés et les bouts de ficelle, ces professionnels collaborent au quotidien. Ce serait dangereux pour la cause que de les opposer. Ils sont naturellement en dialectique au nom des libertés et cela suffit. Leur engagement (militant) touchera inéluctablement ses limites.

 

 

 

La protection de l’enfance : en-jeux ? 752

Les initiatives font florés sur le thème de la protection de l’enfant , le 20 novembre 30° anniversaire de la CIDE se profile. On frise l’activisme. Pourquoi ? Avec quels objectifs ?

1
La protection de l’enfance en danger en mouvement

On peut se réjouir de cette mobilisation exceptionnelle en faveur des enfants les plus fragiles de France ; on doit aussi s’interroger sur le sens de cet activisme ; il faut encore s’efforcer d’entrevoir ce qu’il va en résulter concrètement. Pourquoi une telle mobilisation ?

On peut partager beaucoup de constats inquiétants qui sont faits ; on peut agréer à certaines dispositions techniques avancées (sur les assistants familiaux, sur les droits au quotidien des enfants suivis) quand d’autres sont purement démagogiques (ex. confier aux anciens de l’ASE de contrôler les structures d’accueil, relèvent de l’incantation ou sont d’ores et déjà inscrits dans la loi. Reste l’essentiel : 3 ans après la loi du 14 mars 2016 on se doit d’identifier les questionnements majeurs qui traversent le sujet sur lesquels, par-delà là les postures médiatiques, les pouvoirs publics d’Etat et territoriaux vont devoir se positionner à bref délai, explicitement ou en creux.

1 –Compléter, affiner, rationaliser les informations sur les enfants, les parents et les réponses apportées. De quoi parle-t-on ?

Tous relèvent – enfin – l’absence de données fiables permettant de mesurer la réalité des besoins, mais aussi la qualité ou les failles des réponses apportées. On fonctionne encore trop souvent au doigt mouillé ou aux assertions non démontrées : sur le nombre d’enfants suivis, sur la nature de leurs difficultés, sur les financements engagés où un budget consolidé de l’effort public consenti à la protection de l’enfance stricto sensu, voire largo sensu serait opportun. On répondrait à l’attente du Comité des experts de l’ONU.
Il nous faut enfin mesurer l’efficience du travail engagé, notamment notre capacité à rompre la chaine de l’exclusion. Notre appareil scientifique est faible et les institutions publiques ne jouent pas le jeu. La recherche leur apparait superfétatoire et du gaspillage de temps et d’argent.
Or derrière ces informations se jouent, non seulement les adaptations de notre dispositif dont les termes des formations à délivrer, mais encore l’image qu’en a l’opinion, voire les professionnels toujours prêts qui écopent sans fin. Combien aujourd’hui ont une image négative, démesurément de l’ASE dont ils participent.
Un programme de recherche s’impose avec les grands organismes de recherche et les laboratoires universitaires. On doit développer les DU Protection de l’enfance pour que par-delà une meilleure formation des professionnels émerge une littérature grise – mémoires et thèses – base d’une indispensable pensée sociale.

2 – La question de la gouvernance revient au goût du jour : on ose poser la question de la recentralisation de la protection de l’enfance notamment à travers une agence nationale.

En arrière-fond se joue la nécessaire clarification des responsabilités et de leurs articulations à laquelle nous appelons depuis des années.

Qui fait quoi au sein de la sphère privée entre parents, beaux-parents et grands parents ? Comment articuler ces compétences ? Qui fait quoi au sein de la sphère publique entre Europe, Etat, région, département, métropole, intercommunalité, municipalités ? Comment articuler ces compétences ? Cerise sur le gâteau comment articuler la sphère privée et la sphère publique : l’ordre public pénètre l’univers familial (vaccinations, protection physique ou morale, scolarisation, etc.).

L’ASE a été décentralisée en 1984-1986 avec comme souci que les politiques sociales se conçoivent et se déclinent au plus près des terrains. Le président du conseil départemental a donc reçu mission de développer l’Aide sociale à l’enfance. Des moyens financiers – la Dotation Globale Financière – et humains lui ont été dévolus. Libre à lui de s’organiser, liberté d’administration des collectivités locales oblige.

L’Etat a conservé des pans importants de la protection de l’enfance comme l’enfance handicapée, la santé scolaire ou le service social scolaire, la psychiatre infantile et bien évidemment la justice – appuyée sur les services de police – pour garantir les droits des enfants maltraités ou négligés.

Le paradoxe voulait que l’inégalité induite par des politiques territoriales nécessairement spécifiques était recherchée pour garantir les droits des personnes. Elle devait être corrigée par un rôle d’impulsion et d’arbitre de l’Etat – à travers la loi – sur des sujets aussi divers que les règles applicables, le statut des personnels et la formation, les contrôles et la recherche, la diffusion de bonnes pratiques et la mise au point de référentiels en articulation avec les acteur de terrain.

Cela supposait que chacun joue le jeu. Or nombre departements ne respectent pas la loi et l’Etat lui-même est souvent défaillant .

Devant ce qui peut s’analyser comme émiettement confus et de fortes inégalités de traitement injustifiées selon les territoires, les députés et les sénateurs n’hésitent pas à poser la question de la recentralisation tout en refusant de revenir à l’avant 1984. D’ailleurs l’avant 1984 était-il aussi positif?

En vérité ne faut-il rester dans la clé actuelle – à l’Etat les fonctions régaliennes ; aux collectivités territoriales le social. Il revient à l’Etat de veiller, par des dispositifs d’animation permanents, à mobiliser les différents sources d’interventions publiques et privées, caritatives et professionnelles. Encore faut-il qu’il apparaisse légitime et crédible. Et pour cela … que lui-même remplisse ses missions légales. Or il est loin du compte. Le service social scolaire et le service de santé scolaire sont sinistrés ; la psychiatrie infantile en très mauvaise passe et nombre de familles ne trouvent pas la réponse à la prise en charge et à scolarisation de leur enfant porteur de handicap sinon à l’étranger malgré la loi de 2005 qui instaure un droit opposable. Comment exiger que les departements dégagent les moyens pour les mesures de milieu ouvert quand il ne dote pas les juridictions des moyens éducatifs nécessaires?
Reste un troisième larron sans lequel la puissance publique serait démunie : le secteur associatif habilité avec ses forces – sa souplesse relative mais réelle de gestion indispensable dans ce domaine ne fut-ce que pour développer de nouveaux projets – et ses faiblesses – la dépendance de l’argent public faute de fonds propres-. Porteur d’une mission de service public ou d’intérêt général – la nuance est de taille pour les institutions d’origine religieuse- , le secteur associatif n’est pas, n’est plus souvent qu’un simple prestataire de service dépendant du bon vouloir des politiques

Reste à savoir si ce secteur associatif survivra et sur quel modèle économique. Force est de constater la faiblesse de ce secteur à mener des actions hors de tout mandat faute d’avoir su se doter de l’autonomie financière nécessaire. Et où trouver des administrateurs bénévoles ayant compétence et envie de gérer ces PME du social avec plusieurs mimions de budget des centaines de salariés ?

On ne coupera pas à la nécessité de relégitimer la décentralisation, non comme un dogme, mais comme une disposition concrète de gouvernance, qui suppose de remplir certains conditions pour repondre aux attentes.
Il n’est pas choquant que les departements aient des politiques différentes dès lors que l’essentiel est garanti sur tous les territoires. Reste à dire ce qui est cet essentiel et comment le garantir ?
L’Etat doit renforcer les moyens mis à disposition de collectivité territoriales, et déjà les émanciper celles-ci de la règle de la barrière des 1,2% d’augmentation de leur budget pour la protection de l’enfance,

3 – Clarifier les objectifs de l’ASE sans arrière-pensées

L’intervention de l’ASE ne se réduit pas à « placer » des enfants comme on le présente régulièrement, parfois à l’excès comme le font tous ceux qui débarquent sur le sujet. Le récent rapport Goulet illustre ce propos en négligeant que l’action sociale se déroule pour l’essentiel dans un soutien au quotidien à l’exercice des responsabilités parentales, mieux dans la prévention des difficultés.
Certes on doit développer le dispositif des assistants familiaux au nom d’une prise en charge à dimension familiale aujourd’hui insuffisant dans de nombreux endroits et qu’en général il traverse une crise des vocations et un vieillissement inquiétant. Et on peut développer le recours aux tiers dignes de confiance à condition que ce ne soit pas un pis-aller pour trouver des accueils à moindre coût.
Et on doit avoir le souci de mettre en oeuvre le projet pour l’enfant, une feuille de route régulièrement adaptée pour tout enfant accueilli. C’est une véritable révolution à laquelle est appelée l’ASE. Mais avant de le réaffirmer en 2016 il aurait été intéressant de s’interroger sur l’échec sur ce point de la loi de 2007.
Oui, il faut évaluer au plus près ce qu’apporte chaque type de prise en charge à chaque enfant au regard des objectifs initiaux.
Oui, on a raison dire que souvent l’accueil d’un enfant – quand il se met en place ! – se fait moins au regard de ses besoins que des capacités d’accueil disponibles du fait de la réduction de l’offre de service (on ferme des structures sans développer les accueils familiaux).

Reste que l’on doit dans le même temps se demander s’il n’est pas des alternatives au départ des enfants de leur domicile. Pourquoi 170 000 accueils chaque année ? On était jusqu’à peu à 140 000. L’impact des mineurs étrangers isolés (17 000) pour réel n’explique pas tout.

Relayant la contestation d’ »idéologie familialiste « qui ambitionnait somme toute à ce que toutes les familles de France aient les moyens de vivre sans éclater, on part désormais du raisonnement que les parents sont souvent néfastes aux enfants et qu’il va falloir les en séparer. On retrouve la théorie des familles dangereuses du XIX° siècle dont il fallait extirper la bonne graine par la déchéance.
Le rapport Goulet là-encore est révélateur du glissement opéré avec la loi de 2016 où la réponse aux besoins de l’enfant est désormais affichée comme objectif majeur de l‘ASE en oubliant que si l’enfant a besoin de protection, de sécurité, d’attachement il entend d’abord le plus souvent voir son histoire et ses liens fondamentaux respectés.
En vérité comme nous le développions dans le rapport de 1984 « De nouveaux droits pour les enfants ? Oui dans l’intérêt de la société », il nous faut garantir à tout enfant les différents liens d’affiliation, pour ne pas dire d’attachement de l’enfant, ses liens biologiques comme ses liens affectifs.

A y regarder de près se joue avec un style moderne une nouvelle version du film classique depuis 1923 date de l’instauration de l’adoption pour les enfants : savoir couper un enfant de ses mauvais parents pour lui offrir une famille aimante … en manque d’enfants. On rejoint rapidement le débat sur le droit à l’enfant. On affiche de privilégier les droits de l’enfant qu’on n’hésite pas à qualifier d’intérêt supérieur avec comme préoccupation, explicite ou implicite, d’offrir aux enfants d’autres point de référence que leurs parents biologiques. On ne doit pas hésiter à rompre avec cette famille biologique pour aller vers une autre famille – une famille d’adoption – et répondre – bingo ! – aux besoins des adultes en recherche d’enfants.

De fait il faut au cas par cas trouver la bonne attitude. Parfois un retour en famille est possible. La place d’un enfant est d’abord chez lui auprès des siens. Si une séparation est nécessaire, elle n’est pas une fin en soi ; s’il faut la maintenir, on doit s’interroger sur le maintien des liens avec la famille biologique tout en sécurisant l’enfant. Ce peut être une délégation d’autorité parentale , une adoption simple voire en dernière hypothèse une adoption plénière.

On le voit là encore une question fondamentale qui pour être traitée exige de dépasser les approches primaires ou les non-dits : dépasser la représentation de l’ASE à travers ses seules structures d’accueil.

Toutes ces questions délicates – et d’autres que nous avons négligées – ne trouveront pas de réponses par des démarches simplistes.

Elles supposent que chacun soit bien identifié dans ses missions, et déjà les personnes qui exercent les responsabilités parentales.

Cela implique une confiance réciproque et de sortir des représentations et des procès d’intention en n’oubliant pas que notre dispositif pour critiquable fonctionne plutôt bien pour l’immense majorité des enfants dont il a à connaître chaque année. On ne le dit pas assez!
Des lieux, des temps s’imposent pour échanger, évaluer les pratiques.

Plutôt que changer de la loi il s’agit ici comme ailleurs veiller à en réunir les conditions d’application. Et soyons lucides, on doit craindre de nouveaux textes législatifs révolutionnaires qui nous orienteraient vers un système à la norvégienne ou à l’anglaise qui développent des ravages au sein des familles quand un enfant peut se voir retirer des siens – au nom des droits de l’enfant bien évidemment – par décision administrative, cautionnée généralement par une justice au fonctionnement tout aussi tout aussi administrative.

Attention danger ! L’aspiration au meilleur peut susciter le pire.

2
Que faire des « jeunes majeurs » sortants de l’ASE ?

23% de jeunes clochardisés, donc vivant à la rue, sont issus de l’Aide sociale à l‘enfance.
Cette donnée interroge bien évidemment sur les conditions dont les jeunes, majeurs ou non, sortent de l’ASE et met en cause les compétences d’un dispositif décentralisé, relevant d’une logique plus administrative que d’un service social (voir supra). Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la lutte contre la pauvreté des enfants, va jusqu’à parler de «carnage social», pour dénoncer les lacunes de l’accompagnement des jeunes qui sortent de l’ASE à leur majorité.
Là encore la puissance publique a jusqu’ici elle a joué « petit bras » et s’est même pris les pieds dans le tapis en juin 2019 avec une proposition de loi Bourguignon adoptée à l’Assemblée nationale qui a viré au scandale.
Reprenons.
La loi du 14 mars 2016 entend combattre les « sorties sèches », sans véritable préparation et surtout sans suivi. Ce peut être le jeune qui fugue ou rend impossible son séjour en famille d’accueil ou en institution ; c’est plus souvent le jeune qui arrivant à sa majorité a le sentiment d’une liberté enfin acquise après tant d’années de difficultés familiales, sinon de souffrances, une prise en charge fréquemment difficile, voire chaotique au sein des institutions sociales .
Le retour en famille est rarement la solution. Possible, il serait déjà intervenu avec le soutien du juge ou de l’institution sociale ou par la force dans une partie de bras de fer où l’institution aurait dû céder. Si on s’y résout ce sera fréquemment au risque de fortes désillusions. Plus grave encore, ces jeunes sont souvent loin de disposer des atouts nécessaires matériels ou psychologique comme la plupart des jeunes de cet âge du fait même de leur itinéraire et de leurs failles. Les chiffres sont édifiants : 70 % des jeunes accueillis physiquement sortent du dispositif de protection de l’enfance sans diplôme (mais avec un meilleur suivi médical que la moyenne).
Le législateur demande à l’ASE de faire régulièrement – une fois l’an – le point sur la situation de l’enfant accueilli et à tout le moins dans les 6 mois qui précédent sa majorité afin de préparer cette étape essentielle pour tout un chacun.
Pour tout jeune vivant en famille les choses vont simplement : on fête les 18 ans et on continue le cycle familial en cours avec le projet de poursuivre les études ou la formation avec l’emploi qui doit en découler pour permettre de voler de ses propres ailes quitte à jouer l’incrust au domicile familial qui est aussi, de par la loi, leur domicile,
Le jeune accueilli à l’ASE devenant majeur est dans une situation sensiblement différente., Il dispose de sa pleine capacité civile, civique et politique. La société se doit de ne pas intervenir dans sa vie sauf en cas de danger pu de transgression majeure. L’ASE ou la justice ont certes la possibilité de l’aider, mais seulement jusqu’à ses 21 ans s’il en fait la demande.
Aujourd’hui quelques 30 000 jeunes sont encore pris en charge par-delà leur majorité.
Ce dispositif est lié à l’abaissement en 1974 sans prévenir quiconque la majorité de 21 à 18 ans. Cadeau empoisonné pour nombre de jeunes suivis par l’ASE appelés à se retrouver libres, c’est-à-dire à la rue, du jour au lendemain. On leur a donc offert la possibilité de demander – en les y incitant parfois – la poursuite de la prise en charge. Pour autant l’ASE ou le juge ne sont pas obligés d’accepter et pourront poser des conditions quant au comportement dans la structure d’accueil ou dans la poursuite d’études ou d’une formation. On parlera de « contrat jeune majeur ». Chacun peut y mettre fin proprio motu à tout moment, notamment le jeune puisqu’il est majeur, mais également l’administration si le jeune ne respecte pas ses engagements. Et de fait il est difficile à un jeune de ne pas ruer dans les brancards quoi qu’ils soient. Il peut lui en couter cher.
Tout jeune de 18-21 ans est en droit de demander un soutien à l‘ASE ou au juge même si auparavant il n’a pas fait l’objet d’une prise en charge.
Depuis quelques années la justice et les departements se désengagent de ces mesures qui peuvent s’avérer très onéreuses pour impliquer souvent un hébergement et un suivi éducatif.
Force est de constater là encore que l’afflux des jeunes étrangers n’y est pas pour rien. Faut-il ? Peut-on ? rendre obligatoire cette prise en charge et ce suivi comme le demandent nombre de professionnels ou de militants ? Comment contraindre le président du conseil départemental ? Et que faire si le jeune une fois accueilli joue à Alexandre le Bienheureux?
La question déjà délicate est devenue très politique quand sur amendement du gouvernement il a été décidé que ne seraient éligibles à ce dispositif obligatoire que les jeunes déjà pris en charge pendant 18 ans mois dans les deux dernières années de leur minorité. D’évidence on visait les mineurs étrangers arrivés tardivement. L’amendement gouvernemental relève de toute évidence d’un deal entre l’Etat et l’ADF : « Moi Etat je vous oblige à prendre en charge les mineurs étrangers isolés et je vous en libère à leur majorité ! «. Le texte voté par l’Assemblée ne peut pas demeurer. Une erreur politique majeure.
Il croise donc deux questions fondamentales qu’on ne pourra pas éluder plus longtemps.
D’abord le sort que l’on entend réserver au mineurs étrangers isolés que nous accueillons (voir infra) qui qu’on le veuille ou pas ne repartiront pas chez eux du fait même des raisons de leur venue et de leur parcours migratoire.
En vérité le dossier « Jeunes majeurs » pose aussi, depuis une dizaine d’années, la question de la jeunesse qui, pour tous les sociologues, visent les 16-25 ans. Quel est aujourd’hui le sens des 21 ans ? Aucun. Globalement les jeunes prennent leur envol entre 20 et 25 ans quitte bien sûr à rester souvent très proches de leurs parents.
Jusqu’ici cette approche n’a pas été retenue.
Ces jeunes en difficulté demandent d’abord du soutien moral et affectif, une présence humaine ; ensuite ils ont besoin d‘être soutenus ou mobiliser dans leur compétentes ; enfin ils auront fréquemment le besoin d’être hébergés, le RSA n’est pas leur projet et ne doit pas être ; ils aspirent en revanche à une formation et un travail source de revenus. Le débat sera réactualisé avec le revenu universel.
D’ores et déjà veillons à ce qu’aucun jeune quitte l’ASE, même s’il entend rompre avec elle , sans la possibilité de maintenir ou de renouer une relation avec elle. On peut lui proposer un accompagnement léger et discret ; le jeune doit savoir et se voir dire que s’il le veut il peut reprendre contact de la même manière qu’un parent qui ne peut pas convaincre avec moultes cris et menaces son ado de faire une bêtise crée les conditions du service après-vente si l’échec prédit se cristallise. Et ceci même après l’échec d’une première prise en charge jeune majeure. Les enfants savent quand une porte est réellement et sincèrement ouverte. C’est ce qu’on appelle avoir confiance ….
Et, comme en 1975, on ne doit pas viser que les jeune issu s de l’ASE.
3 :
Que faire réellement pour les enfants en conflit avec la loi ?
A la surprise générale le gouvernement a décidé de légiférer par voie d’ordonnance pour substituer un code de justice pénale des mineurs à la vieille ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante. Il a demandé et obtenu en mars du parlement l’autorisation nécessaire. Le texte adopté en conseil des ministres a été déposé à l’Assemblée en septembre 2019. Qu’apporte-t-il de nouveau ? En quoi s’imposait-il ? Répond-il aux attentes des praticiens et aux besoins de la population ?
Déjà la forme a singulièrement interpellé. L’argument à peine voilé avancé par la Chancellerie pour passer par voie d’ordonnance tient à ce que les parlementaires issus de 2017 sont incontrôlables et pourraient partir dans tous les sens. Il faut donc éviter le pire à partir. De fait certains parlementaires peu compétents proposent de rattacher la Prévention spécialisée, mission de l’Aide sociale à l ‘enfance (CD) à la Protection judiciaire de la jeunesse (Etat) qui intervient elle sur mandat de justice ! On partira donc texte bien charpenté – celui préparé par C. Taubira lui-même largement inspiré de la Commission Varinard de 2008 – quitte à accepter des amendements à la marge. On nous promet un an de débat sur 2019-2020 pour un texte qui n’entrerait en application qu’en 2021. Dont acte.
Le fond interpelle aussi, en plein et en creux.
Sommes-nous dans une période où la délinquance juvénile exploserait mettant la France, ses personnes et ses biens en danger? Non ! On apprend même que cette délinquance est quantitativement stable et surtout qu’elle n’a jamais été aussi basse toute proportions gardées : 13 % de la délinquance générale quand elle était encore de 17 % il y a trois ans après être montée à 20 % en 1999. Bref, on retrouve, en mieux, l’étiage des années 80. Il serait intéressant de savoir ce qui explique ces chiffres en baisse.
Sans nier la réalité et l’importance dans certains domaines, notamment le délinquance de rue de la délinquance juvénile, on est content de trouver dans un document public la confirmation que la délinquance juvénile baisse et n’est pas le problème majeur de ce pays.
La délinquance juvénile s’explique toujours par une carence éducative majeure. Des jeunes ont un rapport dévié aux règles et à l’autorité qu’ils tiennent pour non protectrices, attentatoires à leur liberté et fondamentalement injustes, en tout cas non justifiées à leurs yeux. Par-delà la classique crise d’adolescence nombre des jeunes présentent désormais des troubles psychologiques sinon psychiatriques. S’y ajoutent depuis une ou deux décennies des jeunes en intifada avec la société – et ses policiers – considérée comme oppressive et fondamentalement injuste, en tout cas qui ne leur offre par la voie légale de perspectives d’insertion. Souvent livrés à eux-mêmes, même s’ils revendiquent une inscription culturelle, et familiale ou communautaire ceux-là seront souvent harponnés par les tenants du grand banditisme qui ont besoin de petites mains pour développer leur lucratif commerce mortifère ou désormais les prédicateurs qui leur promettent une cause et une mort radieuse !
Notre dispositif judiciaire et éducatif, mais d’abord juridique est-il défaillant pour ces jeunes au point où il faille changer les règles du jeu quand dans une très forte majorité des situations un enfant inscrit dans une séquence de vie délinquante peut en décrocher avec l’aide de ses parents mobilisés et des services spécialisés, y compris par le recours à des mesures coercitives ? Non (conf. le rapport Lecerf de 2011 qui démontre que quelques 85% des mineurs délinquants ne le sont plus à leur majorité s’ils ont été repris en mains).
Alors où le bât blesse-t-il pour s’attaquer à l’emblématique ordonnance plusieurs dizaines de fois complétée après avoir été vouée à disparaitre durant de nombreuses campagnes électorales sans que ceux qui arrivaient au pouvoir sachent par quoi la remplacer dès lors qu’il faut un droit pénal spécifique comme l’exigent nos engagements internationaux et notre histoire de l’action sociale ?

Illisible ! En vrai cet outil juridique est une vraie boite à outils dont il faut savoir se saisir. J’ajoute que le nouveau texte fera perdre leur latin à ceux qui s’y plongeront !
Elle ne permet pas de réponse rapide ! Faux : un jeune peut être déféré devant un juge au sortir de la garde à vue, être mis en examen avec les mesures éducatives ou coercitives qui s’imposent comme le contrôle judiciaire voire le placement en détention provisoire. A défaut d’incarcération il pourra être accueilli en centre éducatif fermé, en tout cas éloigné de son quartier. Mieux il peut, sans voir de juge, être traduit devant une juridiction de jugement pour se voir condamné rapidement à une peine de prison ferme, parfois à la première audience utile s’il renonce aux délais. Entre-temps il ne rentrera pas chez lui.
Le gouvernement entend voir le jeune rapidement condamné le jeune et les dommages et intérêts des victimes promptement liquidés. En vérité l’important pour un jeune inscrit dans la délinquance juvénile n’est pas une condamnation rapide, mais un changement rapide dans son mode de vie à travers une réaction familiale et souvent à défaut une intervention judiciaire forte. Un jeune est jugé sur ce qu’il a fait ou pas fait et ce qu’il était au moment des faits mais surtout sur ce qu’il est devenu depuis : est-il encore délinquant le jour de son jugement ou a-t-il rompu avec ce mode de vie grâce à l’aide qui lui a été apportée, quitte à être tenu pour être encore fragile et supporter une intervention éducative ?
Or c’est là où le bât blesse. Les mesures coercitives sont certes prises rapidement et exécutées tout aussi vite quand les mesures éducatives tardent à se mettre en place voire parfois ne le sont jamais. De longue date l’Etat n’a pas dégagé les moyens nécessaires pour privilégier l’affichage des Centres éducatifs fermés forts onéreux – 600 à 700 euros par mineur et par jour – quand les mesure de base de l’intervention éducative, ne sont pas exercées. Ajoutons : comment un éducateur pourrait-il exercer réellement 25 suivis ? Quelle est la différence entre une mesure pré-sentencielle – avant condamnation – non exécutée et une mesures poste sentenciel – le jeune est tenu pour coupable – non exécutée ? On le voit : le problème n’est donc pas tant de changer la loi que de l’appliquer.
Et la victime elle-même a besoin d‘un certain temps pour consolider son préjudicie et, seule ou avec l’assistance d’un avocat décliner et argumenter sa demande, surtout s’agissant de préjudice physique ou moral.
La césure du procès pénal qui appelle à un prononcé rapide sur la culpabilité pour ensuite laisser se dérouler des mesures éducatives coercitives existe déjà dans la loi, mais les juges s’en saisissent peu. C’est bien qu’elle est inutile ou trop lourde !
En arrière-fond de cette suppression de la phase de l’instruction on trouve une question plus politique qui fragilise la justice pénale des enfants à la française : couper court à l’insécurité juridique résultant de la loi Ciotti de décembre 2011 votée pour faire face à la décision du Conseil constitutionnel qui dénonçait la partialité du juge des enfants qui instruit et juge.
De fait le juge des enfants français détonne au regard des grands principes universels du droit, mais justement parce qu’il s’agit de mineurs qui appellent une autre repose que les réponses classiques : il s’agit non pas de juger un acte pour le sanctionner, mais de prendre en charge une jeune personne avec le souci de la transformer. D’où l’importance que le juge connaisse bien le jeune et son histoire personnelle et familiale, dès lors d’avoir un juge suive toutes les procédures concernant un jeune voir aille jusqu’au bout pour développer un projet pour chaque jeune. Le législateur de 2004 ne s’y était pas trompé qui a voulu que le juge des enfants outre juge instructeur et juge du fond devienne Juge de l’application des peines tant en milieu ouvert qu’en milieu carcéral. La loi Ciotti en permettant au juge qui a instruit de juger l’affaire devant le Tribunal pour enfants quitte à ne pas signer l’ordonnance de renvoi fait fi de la décision du Conseil constitutionnel !
Par-delà les problèmes juridico-politiques on touche ici au fond des choses : la justice des mineurs n’est pas une sous-justice des adultes, mais doit s’analyser comme de l’action sociale judiciarisée sous prétexte du comportement d’un enfant victime de carences éducatives. On est plus dans la protection de l’enfance que dans la justice pénale classique. C‘est donc un atout que le juge des enfants à la française soit partial sur la personne du jeune.
Une disposition fait le buzz médiatique : fixer un seuil d’âge – 13 ans – sous lequel on ne pourrait pas être délinquant et répondre enfin à la CIDE – art. 37 – quand aujourd’hui on fonctionne sur un concept subjectif : le discernement. En pratique on estime que c’est entre 7-8 ans qu’un enfant acquiert le sens du permis et de l’interdit.
C’est donc a priori une avancée que de fixer un seuil d’âge formel pour le discernement. D’autres pays ont choisi 16 ans comme la Belgique ; de longue date la question se pose en France avec des propositions différentes (Nallet 10 ans, Varinard 12 ans, Taubira 13 ans).

Mais alors qui prendra en charge les situations des enfants qui âgés de moins de 13 ans auteurs d’actes délictueux. Ces actes ne peuvent pas rester sans réponse sociale quand la famille est défaillante. Qui mobiliser ? Les collectivités territoriales dans le cadre de l’action sociale ? Le juge des enfants en assistance éducative ? En toute hypothèse le coût devra en être supporté par la collectivité territoriale. Donc transfert de charge de l’Etat sur le département. Un problème politique à traiter.
Reste que de tenir l’enfant de moins de 13 ans comme étant d’abord un enfant en danger est une avancée. On retrouve l’esprit de 1912, de 1945 et de 1958 !
Sauf qu’à la française, dans une attitude ne négligeant jamais aucun compromis afin d’être gagnant sur tous les tableaux, le texte prévoit que le juge peut estimer que l’enfant de moise 13 ans avaient somme toute le discernement. En d’autres termes la présomption de non -discernement pénal n’est pas absolue.
Pour le reste, rien de vraiment extraordinaire dans le projet avancé. On se réfère aux grands principes d’un droit pénal des mineurs spécifique – comme la responsabilité pénale atténuée … dont on peut là encore perdre le bénéfice si nécessaire.
Il faut donc voir ce qui manque. Deux questions majeures sont posées à la problématique enfance délinquance qui ne trouvent pas réponse en l‘état .
1° Comment garantir l’effectivité de la démarche éducative qui peut permettre à un enfant de décrocher d’une séquence de vue difficile pour lui et dangereuse pour autrui ?
La démarche proposée par le gouvernement – une nouvelle loi – ne répond pas aux juges des enfants qui demandaient des moyens adaptés.
Plus grave encore ! Quand la loi obligeait à mettre en oeuvre dans les 5 jours toute mesure de milieu ouvert décidée par le juge – appelant ainsi à la gestion de l’urgence – véritable révolution – cette disposition disparait. L’Etat admet donc lui-même son impossibilité d’assurer les mesures qui lui reviennent.
2° On s’attache à la prévention de la réitération quand il faudrait dans le même temps – dans l’intérêt de la société et des jeunes eux-mêmes- s’attacher à la prévention de la primodélinquante. Or là encore – conf. post 1 – rien n’est fait pour développer les services sociaux de proximité aux familles. Et quid de l’indispensable loi sur les responsabilités parentales au regard des reconstructions familiales ?
A une nouvelle loi on aurait du privilégier une démarche consistant à réunir les moyens humains, financiers, administratifs nécessaires pour prendre réellement en charge tout jeune en passe de délinquance ou déjà en conflit avec la loi en partant du crédo qu’avant d’être délinquant un enfant est en danger. Il doit rendre des comptes certes, mais il doit d’abord être protégé y compris cotre lui-même.
Et quitte à codifier c’est bien un code de l’enfance sur lequel il fallait travailler (voir infra).
Une réforme pour rien ? ou pour l’esbrouffe …
4
Que faire des enfants mineurs étrangers isolés qui rendent fou?
Depuis les années 1995 le dossier MENA impacte – pollue pour certains – tout le réflexion sur la protection de l’enfance. Tentons un résumé pour identifier les enjeux
De fait déjà les problèmes que posent ces jeunes ne sont pas nécessairement ceux pour lesquels les professionnels publics ou associatifs de la protection de l’enfance avaient été recrutés. On les a formés à l’approche systémique et au travail sur la relation parents-enfant. En l’espèce les parents sont absents, disparus ou morts. Certains de ces jeunes ont été victimes de traumatismes physiques ou psychiques particulièrement importants, parfois ont côtoyé la mort du fait de conflits armés ou latents dans leur pays, mais le plus fréquemment – à 85% – ils viennent en accord avec leurs parents ou leur communauté vers l’Europe pour se former, travailler, survivre et faire vivre leur famille. Beaucoup de professionnels et de politiques s’interrogent donc sur la compétence du dispositif de protection de l’enfance pour cette forme de migration. Et donc sur la compétence du juge des enfants en lui préférant le juge des tutelles compétent pour doter d’un statut juridique protecteur les enfants qui n’en bénéficient pas du fait de l’absence ou de disparition des titulaires de l’autorité parentale.
Certes de tous temps l’action sociale est conduite à traiter des problématiques auxquelles elle n’a pas été préparée. Celle-là est conséquente dans tous les sens du terme. La difficulté est devenue majeure quand certains departements – une douzaine – ont vu croitre les situations. De quelques cas d’enfants découverts dans les ateliers clandestins dans les années 90, on en est à 50 000 jeunes demandant à être pris en charge.
Le dispositif de protection de l’enfance a rapidement été saturé. Non seulement il faut les prendre en charge à tous points de vue – sur le plan humain, social, médical, scolaire, etc. –le temps de leur minorité, mais il ne saurait être question de les laisse tomber le jour de leur 18 ans. C’est donc jusqu’à 21 ans qu’en théorie le departements vont devoir les assumer (Voir supra).
Qu’à cela ne tienne ! Ces jeunes font plaisir à voir tellement ils sont désireux d’apprendre et de travailler et respectueux des cadres vu leur statut et le souci de miser sur le long terme. Ils ne posent aucun problème majeur en comparaison des enfants bien de chez nous des banlieues chaudes ! Reste que les departements pour lesquels un enfant même étranger est un enfant ont attendu un geste significatif de l’Etat. Dès 1995 la réponse était claire et nette : l’Etat n’est pas compétent. Assumez et passez votre chemin !

Il faudra attendre 2006 pour que l’Etat admette qu’il avait à tout le moins une co-responsabilité. Il surveille les frontières, délivre ou refuse les titres de séjour ; veille s sur les personnes sans domicile fixe, est garant et acteur de la protection de l’enfance à travers la police et les tribunaux pour enfants avant de rendre des comptes au Comité de l’ONU des droits de l’enfant.
Il fallut un an pour que C. Taubira arrivée au pouvoir adopte en 2013 la circulaire attendue qui consacre en implicite la compétence de l’Etat qui s’engage financièrement mais symboliquement pour la mise à l’abri et l’évaluation des situations. La même circulaire introduit une mutualisation nationale (sauf Mayotte) par-delà les département d’entrée ou de découverte. Mis en place dans la précipitation, ce dispositif choqua. En février 2015 le Conseil d’Etat annula la clé de péréquation entre departements de la circulaire Taubira de 2013 qui relevait de la loi. Ce qui fut fait à travers la loi du 14 mars 2016.
Depuis plus de deux décennies l’Etat a donc abandonné à leur sort les departements aujourd’hui souvent dépassés. La révolte du 93 avait été circonscrite en 2011 avec quelques gestes symboliques ; elle s’est généralisée ces derniers temps avec la brusque montée en puissance des situations. On peut estimer à quelques 800 millions sur les 8 milliards la dépense d’ASE. Un coût relatif, certes, mais conséquent.
Un bras de fer politique a été engagé en 2017-2018 entre l’Etat et l’ADF qui demandait purement et simplement la recentralisation du dossier par la mise en place d’un dispositif spécifique. Conscient du risque d’être condamné par les instances internationales pour discrimination, le gouvernement Philippe s’y est refusé quitte à l’Etat de renforcer sa contribution financière, mas avec l’accord trouvé en avril 2018 on reste loin du compte. La preuve de l’identité du jeune souvent camouflée pour se faire passer pour mineur relève explicitement de l’Etat, en l’espèce de la justice.
L’Etat en première ligne préoccupé par les flux migratoires est conscient, ici comme ailleurs, des résistances d’une partie de la population sur fond de difficultés économiques, Il entend limiter strictement les arrivées. Il frise le cynisme en refusant de venir en aide aux départements pour assurer leur mission sociale, mais entend qu’ils le préviennent de la présence d’étrangers évalués à travers un fichier que des départements boycottent.
Des départements engagent de gros investissements à travers des appels d’offres conséquents pour accueillir ce jeunes, les évaluer socialement et les prendre en charge et il serait temps d’engager un débat de fond complet entre Etat, departements et le secteur associatif habilité.
Le sujet est complexe et ne vaut pas qu’en France, en Europe, en Amérique et en Australie. Il rend fou, chacun perdant le sens de la mesure ou se retrouve appelé à dire ou à faire le contraire de ce qu’il croit bon, mais nous sommes condamnés à le traiter. Faisons-le au mieux et au plus tôt au regard de nos intérêts à court, moyen et long terme.
Il nous déjà faut admettre les termes du débat.
De fait nous sommes pris dans le jeu de nos valeurs ! Ces jeunes entrent illégalement sur le territoire français en sachant que nous n’expulsons pas les mineurs. Et ils jouent sur notre conception de la protection due aux enfants qui veut qu’un jeune à la rue sans adulte de référence doit être accueilli à court, sinon à long terme, soigné, scolarisé.,
Mineurs ou jeunes majeurs, ils sont voués à demeurer sur le territoire national si on veut bien analyser les processus migratoires.
Notre intérêt bien compris en termes d’ordre public et de santé publique est de les prendre en charge les mineurs – les majeurs relevant du droit commun – dans la légalité afin qu’ils n’aillent pas nourrir un lumpenprolétariat et les réseaux d’immigrés clandestins.
Constatons que ces jeunes inscrits dans une démarche de loyauté à l’égard de leur famille ou de leur communauté sont volontaires dans tous les sens du terme, ils entendent étudier et travailler ; ils ont aussi le plus souvent de la personnalité et une sacrée force de caractère. Ils ne sont pas qu’une charge, mais une richesse potentielle. Déjà ils obligent les services sociaux publics ou associatifs à moderniser leurs modes de fonctionnement et à développer des démarches de mobilisation citoyenne.
Nous ne ferons pas l’économie de cette conférence sous l’égide de l’Etat. A défaut non seulement on risque de polluer toute réflexion sur la protection de l’enfance en général mais encore d’opposer les enfants de France à ceux venus de l’étranger.
Le sujet de l’immigration n’est pas populaire, mais celui des enfants l’est ! Or ces enfants avant d’être des étrangers sont des enfants …

5 :
Des enfants fabriqués, la filiation en morceau, dans l’intérêt de qui ?
L’échéance est donc arrivée pour la nouvelle loi sur la bioéthique. Elle consacre notamment le droit à toutes les femmes de recourir à une procréation médicalement assistée avec donneur, qu’elles soient stériles ou non.
Il n’est pas aisé de tenir un discours « critique » au sens universitaire du terme sur ce sujet sans être immédiatement taxé de rétrograde ou tout simplement d’être homophobe quand la question posée n’est pas celle au regard de leur orientation sexuelle de la capacité des personnes à élever un enfant, mais bien ce qui se joue par-delà ces personnes via les pratiques autorisées pour les enfants et sur le registre de la filiation pilier social.
Tentons une nouvelle fois l’exercice. On m’accordera déjà la constance et la cohérence dans le fait de pas avoir varié d’un iota dans la prise en compte des droits de l’enfant sur ce sujet depuis 40 ans. Ce qui n’est pas le cas de nombreux qui excipent des droits de l’enfant !
On avance désormais que le sort fait aux enfants d’ores et déjà nés de ces pratiques oblige au nom de la justice et des droits des enfants à faire fi de ces illégalités. On met les enfants en avant pour couvrir ce qui est d’abord un désir et une démarche d’adultes ! On l’a vu notamment pour ces français qui ont recouru à la GPA Outre-Atlantique. Certes ces enfants n’ont pas à être sanctionnés des illégalités commises par ceux qui les ont désirés. L’argument est particulièrement fallacieux : on viole ostensiblement la loi et on fait reproche ensuite à ceux qui rappellent la règle de punir et de discriminer les enfants.
Faut-il renoncer émettre des réserves sinon simplement à poser des questions sous prétexte que bien avant les possibilités offertes par la science procréatique, nombre de pratiques familiales étaient déjà choquants (comme pour une mère célibataire de priver un enfant de son père ou d’aller acheter un enfant à l’étranger en le déclarant à l’ambassade de France de la femme adoptive, etc.) ? J’incline à penser que l’exercice s’impose encore plus pour éviter des dérives, mais encore pour réunir quelques garanties.
Première remarque se joue une mutation majeure de la médecine qui n’est plus consacrée aux soins – en l’espèce la stérilité – mais appelée à se mettre délibérément au service de pratiques de convenance. Ne rentre-t-on pas dans une ère où l’on demande aux « sorciers de la vie » de fabriquer de l’humanité. Là encore le fait que certains s’y soient engagés sans vergogne ne dégagent pas les autres d’exprimer leurs interrogations sur cette révolution, voir leur refus de la cautionner.
Où s’arrêtera-t-on en s’engageant dans cette voie ? On risque déjà de voir des « clients », insatisfaits du produit livré – un enfant porteur de handicap ou « malencontreusement » de couleur – , le ramener comme aux USA on l’a vu de la part des familles d’adoption ! Tout bonnement, en décrochant du naturel on peut imaginer toute les manipulations génétiques possibles. On l’a déjà vu avec ces velléités de banque du sperme de Nobels et autres fariboles du même registre. A d’autres époques, certains avaient des projets sur la « fabrication » d’une race pure. On a déjà oublié ?
Une autre question fondamentale se pose : si l’on décroche de la nature – l’enfant né de relations entre un homme et d’une femme – comment justifiera-t-on demain d’autres pratiques volontaristes comme d’accueillir juridiquement un enfant à plusieurs quand on peut bien acheter un appartement à plusieurs ?
Troisième remarque de base : par la PMA pour célibataire ou couple homosexuels on prive délibérément un enfant de père; avec la GPA on prive délibérément un enfant de mère. Bien évidemment cela a déjà pu exister. Le géniteur mort pendant le temps de la grossesse ou qui refuse de reconnaitre son enfant, la mère qui meurt en couche, etc. Autant d’accidents de la vie auxquels il fallait faire face et pas toujours aisément. Le fait qu’on vienne affirmer que maternité et maternité sont relatives et que l’important est d’avoir des parents peut ne pas satisfaire, voire être singulièrement contesté sans passer pour un ringard. Nous nous sommes battus avec succès pour obtenir du législateur en trois lois la reconnaissance la co-responsabilité parentale pour voir aujourd’hui cautionné légalement le manque d’un parent biologique !
Dans cette irrationnelle mais compréhensible quête d’enfant qui amène à soulever des montagnes, soyons pragmatiques : la digue naturelle a déjà cédé avec la loi de 2013 sur le Mariage pour Tous qui admet qu’un enfant ait deux parents du même sexe et que l’autre parent biologique soit éliminé.
Deux questions vont dominer le débat : la crainte de voir se profiler la GPA et le souci d’autoriser l’accès à ses origines biologiques pour l’enfant né de procréation assistée.

On voit se profiler, peut-être sous voie d’amendement, la légalisation de la Gestation pour autrui pour un couple ou une personne seule – après tout un célibataire peut adopter -, avec le soutien d’une femme mobilisée au seul effet d’être gestatrice, avec ou sans ses propres ovules. Là encore rien vraiment neuf. Rien n’empêche aujourd’hui un homme d’avoir un enfant d’une femme, de veiller à ce qu’elle ne reconnaisse pas l’enfant pour sien et de poursuivre son chemin pour élever seul l’enfant !
L’hypothèse de la GPA est un peu plus complexe car a priori elle serait utilisée par deux hommes, homosexuels, dont l’un sinon les deux donneront du sperme pour qu’une femme choisie ensemble en soit fécondée. Dans le contrat, pour ce qu’on en sait, cette femme ne voit pas sa filiation établie à l’égard de l’enfant qui est ainsi délibérément privé de mère juridique au nom d’une double filiation masculine. Deux arguments incitent classiquement à résister au recours de la GPA.
D’abord le fait de concevoir la femme comme un simple ventre à louer. Faut-il insister pour dire combien cette image est régressive au regard mené pour ne plus identifier les femmes à cette seule fonction ? Et quelles femmes accepteront ce deal ? Le plus souvent celles n’ayant guère d’autres ressources que de mobiliser leur corps pour survivre.
Désormais on n’hésite pas à développer que puisque cette femme a décidé qu’elle donnerait son enfant la gestatrice n’est rien pour l’enfant. Souvenons-nous de ce discours psys des années 70-80, on insistait sur l’attachement intra utérin de la mère et de lenfant, du lien entre l’enfant et son environnement. Fragilité des vérité dites scientifiques. Exemple même de l’argument réversible.
On refuse aussi l’idée de l’enfant objet d’un contrat. Le corps humain en particulier, la personne en général ne peuvent pas, ne doivent pas faire l’objet de conventions. Qu’on veuille bien ici visiter l’histoire.
Parmi les questions iconoclastes posées, que fera-t-on là encore si l’enfant livré qui ne répondra pas à la commande explicite ou implicite ? Qui sera responsable ? Comment réparer « la faute » ? Le client-roi sera en droit d’exiger d’être satisfait puisqu’il paie. Bien sûr les assurances interviendront … Que faire si la mère se rebelle, reconnait finalement son enfant et revendique de l’élever ? En l’état le contrat étant illégal la réponse est simple, mais demain ? Faut-il prévoir une clause libératoire ? Un remboursement ? Sur quelle base ? Le dédommagement de la mère porteuse est-il imposable ou non ?
La loi Bioéthique ouvre franchement la boite de Pandore déjà entre-ouverte avec la loi sur le Mariage pour tous en ce qu’elle autorise l’adoption par des homosexuel mariés : on se rapproche de la légalisation de la GPA. On commence à avancer qu’il y a plusieurs modèles de GPA dont l’un maintient la mère porteuse dans l’univers de l’enfant. On est quasiment sur le mariage à trois. Pourquoi pas puisqu’il y va de l’intérêt de l’enfant et que les adultes seront heureux, donc irradieront pour l’enfant !
De fait l’extension du droit à l’enfant à toutes les femmes sera portée au nom de l’égalité, mais alors pourquoi les femmes verraient-elles leur droit à l’enfant consacré tandis que les gays en seraient privés et toujours contraints de contourner la règlementation française ? Le droit reconnu à toutes les femmes d’être parents doit nécessairement valoir pour les hommes. A défaut on criera à la discrimination. Revanche de l‘histoire : pour une fois les hommes seront les victimes, mais ce seront encore les homosexuels qui seront punis !
Plus sérieusement, qu’on le veuille ou pas, ce droit à l’enfant enfin consacré nous conduit à régresser considérablement sur l’idée qu’on se fait de la femme et de l’enfant comme des personnes, pour revenir à l’idée d’objets pour faire plaisir. Il nous avait fallu quelques décennies pour privilégier les droits de l’enfant sur le droit à l’enfant et contenir les droits sur l’enfant. On régresse brutalement.
A propos du droit de l’enfant la deuxième question à traiter sera bien celle de voir recueillies des informations nominatives sur le donneur en permettant à l’enfant – pourquoi devenu majeur s’il a le discernement ? – qui le souhaite ou si cela est nécessaire d’y accéder … sans que cela puisse déboucher sur l’établissement de la filiation juridique avec le géniteur.
On approuve cette démarche suggérée notamment par le Comité national d’éthique. Elle rejoint la proposition dans notre rapport « De Nouveaux droits pour les enfants … « de 2014 : il faut permettre à l‘enfant qui le souhaite d’accéder la connaissance et à la reconnaissance de ces différentes affiliations : biologique, juridique, sociales, affectives. Il ne s’agit pas a priori de les hiérarchiser. Elles auront une place spécifique pour chaque enfant.
On commence à voir pointer les réserves à l‘encontre de cette disposition qui répond à l’esprit de l’article 7 de la CIDE – tout enfant a le droit de connaitre ses parents – tellement les futurs parents ne veulent d’aucune manière se voir dépossédés d’une partie de l’enfant, y compris sa conception qui pourtant lui appartient. On peut difficilement contester le droit de l’enfant à connaitre son histoire. Certains s’y risquent sans état d’âme comme ces psychiatres qui estiment tout à fait contre-indiqué pour un enfant de savoir qu’il est né d’une procréation assistée et de vouloir connaitre son géniteur. Au nom de quoi cet oukase ? Des mêmes théories fumeuses de jadis sur l’attachement.
En vérité la crainte est de voir se réduire le nombre de donneurs face à une explosion de la demande? Les donneurs sollicités et informés de la levée possible de l’anonymat seront-ils aussi nombreux ? La situation risque d’être tendue sur quelques années au grand dam de femmes pressées de concrétiser leur projet. D’où le souci de faire faire sauter cette disposition.
Et comment s’organisera-t-on – le peut-on ? – pour ne pas avoir un homme qui en s’en targuant arrosera son univers de sperme dont résulteront des multitude d’enfants comme cela s’est déjà vu avec tous les problèmes que cette pratique peut laisser entrevoir ?
Les pressions seront fortes pour amener le gouvernement à renoncer son idée initiale … au nom de la paix des familles et bien entendu de l’intérêt de l’enfant.
Tous ces débats sont délicats. On est entré dans une phase de déconstruction-reconstruction de la filiation. Elle était d’abord fondée sur le biologique et subsidiairement sur la volonté – rappelons que rien n’oblige des parents biologiques à reconnaitre leur enfant – et l’affectif. Bien évidemment dans le vieux débat du sang et du coeur il fallait savoir privilégier le coeur, sans négliger le sang, avec la question essentielle en arrière-fond pour tout un chacun : « Qui suis-je ? D’où viens-je ? Ou vais-je ? ».
On se dirige vers une ère où chacun pourra satisfaire son besoin d’enfant par-delà les difficultés naturelles ou les tendances personnelles.
On va consacrer l’intention d’être parent sans obliger les géniteurs à assumer leurs responsabilités. On est cohérent.
Là encore se justifie le slogan auquel je me réfère depuis 40 ans : des droits oui, mais des responsabilités à la hauteur des droits ! La science libère ; elle oblige à assumer ses choix. On ne peut pas faire n’importe quoi et la puissance publique au nom de la société doit aussi fixer des interdits et sanctionner leur violation.
Aura-t-on un débat serein sans invectives sachant qu’il est piquant de voir – on aurait aimé qu’ils se manifestent plus tôt – les conservateurs de tous poils et ultra conservateurs militer aujourd’hui pour les droits des enfants.
Une des difficultés de l’exercice tient au fait que plus que jamais les frontières nationales sont abaissées, que l’on peut circuler facilement ou commander facilement via internet tous les « produits » possibles de telle sorte qu’une législation nationale répondant aux valeurs collectives peut facilement être contournée par ceux qui décident de faire leur loi, de prendre ce qui leur plait quand ils en ont besoin dans les pays qu’ils fréquentent et de ne pas se soumettre aux règles communes de l’un ou l’autre. La tendance peut alors être d’abdiquer de prendre elle plus petit dominateur commun. Mais pourquoi dans le seul domaine de la procréatique ?
En se référant aux droits de l’enfant, où est l’urgence de légiférer sur le droit à l’enfant via la procréatique ou l’adoption qu’on veut faciliter en « produisant plus d’enfants adoptables quand dans le même temps on s’avère incapable consacrer dans la loi les responsabilités des adultes en direction des enfants d’ores et déjà charge de parents, grands-parents ou beaux-parents en compétition.
En d’autres termes, au droit à l’enfant et à l’enfant à naitre je privilégie délibérément l’enfant né ici et présent. On ne se refait pas !
6
Sécuriser les institutions de l’enfance
Régulièrement les médias rendent compte de drames dont sont victimes les enfants. Un enfant mourrait tous les 5 jours. Bien évidemment l’opinion et les politiques s’émeuvent. Comment en ce XXI° siècle peut-on encore en être là. De fait on peut avoir le sentiment que rien ne bouge. Non seulement les actes de maltraitances à enfants ne disparaissent pas, mais les services sociaux seraient toujours inopérants à les éviter et la justice incapable de les sanctionner pour empêcher leur réitération ! Complicité ? A tout le moins par faiblesse et négligence des institutions et des politiques!
Bien évidement on exagère, à la hauteur de l’insupportable ressenti. Il faut savoir garder la tête froide pour dépasser les incantations et les procès d’intention et contribuer à améliorer encore notre dispositif.
Reprenons les termes du débat.
D’abord, et on le néglige fréquemment, les violences à enfants ne sont pas que dans les institutions (la famille ou les structures spécialisées). Elles peuvent être plus insidieuses et fondamentales. On pense au sort réservé aux enfants des rues, sans spécialement viser les MENA dont il a déjà été question (Conf. supra), aux enfants roms abandonnés à leur sort sans vergogne, à ces enfants victimes d’accidents de la vie sans que bougent les lignes sociétales une fois l’émotion dissipée comme pour ces enfants morts dans ces incendies d’« hôtels » pourris servant de logement à leur famille.
A juste titre les pouvoirs publics ont pris l’initiative à travers une délégation interministérielle à la lutte contre la grande pauvreté de s’attaquer aux racines du mal. On peut en attendre quelques effets bénéfiques pour nombre d’enfants et leurs parents. De même on ne peut que saluer qu’enfin les pouvoirs publics s’attachent à ce que les enfants dès le primaire ne décrochent pas d’une scolarité gage de leur avenir. Si l’on voulait bien approfondir – le DDD Jacques Toubon s’y efforce cette année – on trouverait nombre d’illustrations de cette violence au quotidien largement répandue, développée en pleins ou en creux contre les enfants de France.
Ces notations liminaires pour prendre la mesure réelle du champ du questionnement violences à enfants et ne pas se contenter de mettre en cause des parents ou des institutions maltraitances.
Attachons-nous déjà aux violences en institution accueillant habituellement des enfants.
S’il est de fait des maltraitances au sens commun du terme, surviennent généralement en famille – à 75% des cas affirme-t-on -, on doit malheureusement d’admettre que des institutions dites de protection de l’enfance, comme les établissements spécialisés pour les cas sociaux ou les enfants porteurs de handicap, peuvent être maltraitantes. On sait aussi que des institutions qui inspirent a priori la confiance comme l’école ou l’Eglise ont pu ou peuvent encore être des lieux de violences de toute nature sur les enfants. On a tôt fait de parler de dérapages individuels en négligeant les responsabilités institutionnelles.
Ainsi très longtemps, trop, elles ont toléré, ce qui ne veut pas dire approuvé, des violences physiques ou sexuelles. Connues elles sont traitées en évitant tout éclaboussement. Nombres de responsables ecclésiastiques affirment n’avoir pas eu conscience de l’enjeu pour les enfants, disons pour les victimes. A leurs yeux c’est moins la violation de la loi – une relation sexuelle avec un mineur est un crime ! – que les effets sur la victime qui doit être prise en compte. On réalise d’où l’on vient ! Ces institutions, n’ont pas fait grand-chose pour éviter la réitération ; parfois elles ont cautionné le passage l’acte comme étant naturel !
La prise de conscience de l’insupportable est récente. La chappe de béton a été difficile à soulever. Il a fallu attendre les années 90 pour qu’on s’y attaque vraiment avec le travaux de Stanislas Tomkiewicz et Pascal Vivet puis la circulaire Aubry qui mandate l’IGAS pour procéder à des inspections inopinées dans les institutions sociales.
Le reportage de l’hiver dernier sur le Foyer d’Eysines a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. D’où la nomination dans la foulée, d’un ministre : à problème politique réponse politique avec des mesures concrètes !
De fait on ne peut pas se contenter de poser ou de rappeler les interdits ; il faut être plus présent sur ces structures. Il faut plus que jamais s’attacher à leur habilitation donc à leur évaluation, mais encore au recrutement des personnels. On saluera ici l’idée d’autoriser les parlementaires à se faire ouvrir les portes de toutes les institutions de leur ressort ou plus largement comme pour les établissements privatifs de liberté sans oublier l’accueil en famille que tous souhaitent promouvoir demain.
Ces violences ne sont pas que physiques, mais psychologiques. Elles peuvent être le fait de certains personnels, mais encore d’autres jeunes.
Plus fondamentalement la présence même dans toute institution doit être l’objet de contrôle. Une institution de protection de l’enfance ne doit a priori intervenir qu’un temps relatif pour qu’on revienne au plus tôt au droit commun, soit l’enfant retrouve toute sa place auprès des siens qui été à un suivi éducative ou social, soit il faut aller certes une orientation extérieure et pérenne avec l’organisation juridique (délégation l‘autorité parentale ou tutelle) qui s’impose. Ce qui vaut pour les institutions vaut pour la justice avec une intervention du juge des enfants résiduelle et cantonnée dans le temps. Un enfant ne peut pas tenu pour être en danger de sa naissance à sa majorité ! La loi du 14 mars 2016 doit y contribuera avec la révision annuelle de la situation de l’enfant dans le cadre de la mise à jour du projet pour l’enfant.
L’orientation d’un enfant se fait encore plus souvent par défaut plus qu’elle résulte d’un vrai choix. Il nous faut multiplier et diversifier les réponses avec le souci – pas seulement économique – de privilégier des réponses au quotidien à échelle humaine quitte à s’inscrire dans une démarche collective, par exemple un service disposant de nombreuses famille d’accueil.
Il ne s’agit nullement de jeter la suspicion sur les institutions et leurs acteurs, mais d’être lucides sur le fait que le collectif a une tendance naturelle à l’emporter sur l’individu accueilli ou suivi. Il faut donc en permanence s’interroger sur l’adéquation de la réponse apportée et veiller à contrôler le déroulement de cet accueil au regard des standards applicables, des valeur affichées et simplement de la loi et la prise en compte des droits humains de base dont le respect de la personne, et sans permettre de camouflages . Chacun y gagnerait.
Personne n’a à gagner à ce que la suspicion se développe à l’égard des institutions accueillant des enfants. Les premières victimes en seraient les enfants eux-mêmes.
7
Combattre plus que jamais les violences intrafamiliales
Comme sous de nombreux cieux les violences intrafamiliales demeurent une réalité insupportable facilitée par la toute-puissance que procure l’intimité privée. Les femmes en sont régulièrement les victimes. Plus d’une centaine en succombent ici chaque année. Les enfants peuvent régulièrement être témoins de ces violences faites à leur mère quand ils n’en sont pas victimes eux-mêmes . De fait indéniablement la grande majorité des violences qui leur sont faites sont encore à coloration familiale.
La violence à enfant demeure courante avec des motivations prétendument éducatives ou maladives et des formes plus ou moins conséquentes.
Certains demeurent sceptiques sur le lien entre ce qui relève désormais de l’interdit de ces violences ordinaires et la prévention des maltraitances à enfants qui sont d’un tout autre registre, du fait de parents généralement perturbés psychiquement, pour ne pas en dire plus. Bien évidemment il ne s’agit pas qualifier de parents maltraitants tous ceux qui, exaspérés, se laissent aller à une gifle ou une fessée … qui les soulage plus qu’elle règle quoique ce soit ! On dira simplement que poser fermement et symboliquement l’interdit de la violence sur enfants – ce qui ne veut pas dire ne pas faire preuve d’autorité – doit contribuer à donner des repères à chacun, mais aussi trahit aussi un autre rapport aux enfants. De là les résistances.
Là encore, il ne suffit pas de faire la loi, il faut en parler publiquement le sens et la portée en prenant les modes de communication pertinents quand trop rigolent encore sur cette mesure.
Il faut aussi avoir le souci d’offrir un soutien social, psychologique, technique aux parents qui pourraient succomber à cette facilité. Du fait des difficultés rencontrées par les services sociaux de proximité on doit craindre que des enfants seront abandonnés à leur sort avec des risques majeurs quand leurs parents ne trouvant pas de ressources dans leur famille seront laissés à eux-mêmes.
Impossible d’empêcher toute violence physique à enfant. Tout au plus doit-on ambitionner de prévenir au mieux le recours à la violence dans l’éducation. C’est déjà chose acquise pour l’immense majorité des enfants de France. L’interdiction du recours aux violences éducatives ordinaires, pour ne pas parler des châtiments corporels, allait de soi. Elle n’a été acquise qu’en 2019. Que ne l’a-t-on pas fait plus tôt ! Il fallait afficher une posture autoritaire. Reste désormais à en faire la pédagogie et à démontrer aux parents et futurs parents qu’on peut faire autorité et élever un enfant sans le violenter, sans crier et sans le frapper. Des campagnes de sensibilisation et d’information s’imposent qu’il faudra réitérer régulièrement.
Plus généralement il serait opportun de communiquer en direction des parents et futurs parents sur leurs responsabilités, le contenu de leurs obligations, mais aussi sur les limites à l’exercice de leur autorité quand trop partent de l’idée que tout cela va de soi. En vérité il n’en est rien ; a fortiori dans les familles recomposées ou d’origine étrangère avec une culture sensiblement différente de la nôtre. Beaucoup de parents sont objectivement perdu sur les comportements à avoir, dans un sens (permissif) ou dans un autre (les limites à poser).
Si une meilleure protection des enfants au quotidien passe par une meilleure application de la loi, des adaptations législatives s’imposent encore.
La loi dite Schiappa d’août 2018 n’a pas réussi à poser formellement l’interdit des relations sexuelles des adultes à l’encontre de mineurs de moins de 15 ans. La ministre avait promis trop vite d’introduire dans les textes relatifs au viol une présomption irréfragable de non-consentement avant 15 ans afin d’assurer des poursuites criminelles. Cette voie était vouée à échouer : pour le Conseil constitutionnel tout accusé doit pourvoir démontrer qu’un élément constitutif du crime n’est pas réuni. Pour le viol, le non-consentement de la victime. Il eut fallu sortir de cette impasse en créant une infraction criminelle spécifique – la violence sexuelle à enfants de moins de 15 ans – punie par exemple de 15 ans quand le viol sur mineur est puni de 20 ans – visant objectivement la relation à caractère sexuel avec un adulte. Le débat judiciaire aurait porté sur la question de l’âge et non plus sur la subjectivité du discernement . On a loupé le créneau législatif pour longtemps.
Il convient de vérifier, juridiction par juridiction, sans omettre les articulations entre les différents professionnels dans chaque juridiction sous l’autorité du président et du procureur, en articulation avec le Département et le secteur associatif et les professionnels, la chaine de la réponse aux enfants victimes de toute formes de violences. Depuis le dispositif de recueil des informations préoccupantes et des signalements de violences – souvent perfectible – jusqu’à l’exécution de la décision judiciaire à l’encontre de l‘agresseur en passant par les poursuites pénales, la place faite à la victime dans la procédure et pour l’exécution des décisions en sa faveur, de nombreux maillons dysfonctionnent. Quand ce n’est pas l’absence de services de police ou de gendarmerie spécialisés et performants pour l’audition des enfants victimes, c’est une justice frileuse qui ne prend pas réellement en considération ce que vit la victime au nom de la protection due à l’agresseur tenu pour innocent !
La justice souffre d’un fort déficit d’image pour ne pas avoir plus d’humanité dans son fonctionnement. Des instructions générales offriront au plus un cadre pour sanctionner les erreurs commises. Plus que jamais il faut miser sur la formation délivrée dans chaque corps de métier et miser sur des temps de formation inter disciplinaires s’agissant de la formation continue.
Cette démarche sera vaine si on néglige la nécessité de maintenir ou de revivifier, territoire par territoire, des réponses sociales de proximité vécues comme des aides et un soutien crédibles à l‘exercice des responsabilités parentales, et non pas comme des instances organisatrices et coercitives.
Quid si des passages à l’acte sont avérés sachant que toutes les violences ne sont pas physiques ? Un simple accompagnement éducatif peut être inapproprié et une mise à l’abri avec séparation s’imposer. Plus que jamais il nous faut apprendre à gérer les urgences pour éviter de susciter plus de problèmes quand il est plus facile retirer un enfant que de donner main levée d’un retrait! Cette mise à l’abri se fera en accord avec les parents ou sur décision judiciaire. Des objectifs doivent être fixés et un suivi mis en place. D’entrée de jeu un retour peut s’avérer inimaginable ; plus fréquemment on peut le l’envisager sachant que la loi demande de travailler dans ce sens. A priori la place d’un enfant est auprès des siens … sauf danger démontré. Encore doit-on engager le travail éducatif qui s’impose, s’assurer que pendant l’accueil un réel suivi et une évaluation seront engagés. On en est souvent loin avec des éducateurs devant suivre 35, voire 40 situations.
Un non-retour en famille peut être envisagé. Trop de parents laissent miroiter à leur enfant la perspective d’un retour. De bonne ou de mauvaise foi ils suscitent de faux espoirs difficiles à vivre. Il faut clarifier au plus tôt et au mieux la situation : un retour en famille sans danger avec un soutien éducatif, le maintien de l’accueil avec un droit de visite et hébergement plus ou moins étendu. En faisant du » sur-mesure ».
Sans rompre avec sa famille un enfant peut tracer sa route en famille d’accueil ou en institution : une délégation d’autorité parentale ou une adoption simple peuvent y repondre. Parfois il faudra rompre avec la famille biologique à travers une déclaration de délaissement puis créer un lien avec une autre famille par l’adoption plénière. Attention aux dogmes ! La loi fixe des cadres – le respect des affiliations de l’enfant, sa mise à l’abri, etc.- , donne des repères – priorité familiale, prise en compte des besoins de l’enfant, etc. -, avance des règles du jeu – participation à l’audition, défense, recours, etc.-, puis il faut trouver la bonne démarche.
Deux attitudes s’imposent.
D’abord ne jamais laisser croire à un enfant qu’une situation est bloquée. Il y a toujours une mise de sortie, une possibilité de remise en cause du présent. Rien n’est jamais définitif. Dès lors ne jamais prendre le risque de rompre le lien avec l’enfant. Il doit savoir que même s’il ne suit pas la recommandation ou l’ordre de l’adulte celui-ci sera toujours là pour remettre l’ouvrage sur le métier. Bref, éviter de crisper ou de bloquer une situation. Donner de l’espoir. Pour les enfants en mal d’adultes cette attitude est primordiale.
Là encore, la lutte contre les violences intrafamiliales passe moins par le changement de la loi que par le soutien à l’exercice des responsabilités. N’oublions jamais que le mandat donné aux services sociaux n’est pas de rompre le lien parents-enfants, mais de le travailler, quitte s’il le faut à le distendre ou le rompre sous décision judicaire. Notre système est équilibré et intelligent. Ne nous engageons pas sur la voie anglaise ou norvégienne où une simple tape sur la main – faits authentiques – peut amener au nom des droits de l’enfant au retrait de l’enfant par l’autorité sociale avec un contrôle judicaire formel et illusoire. Une machine à broyer parents et enfants pour faire de l’enfant adoptable.

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30 ans après la CIDE : vers les droits réels des enfants ?
Le 20 novembre 2019, en grandes pompes, on célèbrera le 30 anniversaire de l’adoption de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE) par l’Assemblée générale de l’ONU, ratifiée quasiment sans réserve par la France en août 1990 et entrée en application ici dans les 30 jours qui ont suivi.
Il est exceptionnel, sinon unique qu’on s’attache à un texte juridique, en l’espèce un traité, au point d’en « fêter » l’adoption. De fait ce document est fondamentalement révolutionnaire et tiendra durant des décennies une place majeure dans l’ordre international sachant qu’ici comme dans d’autres champs le fossé est important entre l’affichage des droits et leur concrétisation dans la vie quotidienne.
Révolutionnaire la CIDE l’est à plus d’un titre.
D’abord parce que justement il s’agit d’une convention, en l’espèce multilatérale, qui lie les Etats. On n’est plus sur les Déclarations de 1924 et 1959, pétitions de principe adoptées par la SDN puis l’ONU sans qu’il en ressorte la moindre obligation, sinon morale pour les Etats. En l’espèce ils se doivent des comptes réciproques et ont à se justifier tous les 5 ans devant la communauté internationale sur leur application de la CIDE. Les dispositions de la CIDE sont désormais reconnues par la Cour de cassation comme ne nécessitant pas de texte d’application pour être invoqués par les enfants – et leurs représentants – devant les juridictions.
Le contenu est aussi révolutionnaire. Il est délibérément tourné dans son contenu vers le XXI°. L’enfant n’y est plus présenté comme un être fragile à protéger contre autrui, voire contre lui-même, mais (conf. Françoise Dolto) pour une personne à part entière qui, certes comme telle doit être respectée, mais encore dotée d’un esprit, d’une sensibilité, d’une capacité de dire et de faire ce qui lui parait bon pour lui, bref d’être acteur de ses droits. Ses articles 12 à 15 consacrent la liberté de conscience et de religion, la liberté d’expression individuelle et collective.
Pour beaucoup, l’enfant est un incapable (comme au bon vieux temps la femme mariée) et pas seulement au plan juridique … quitte à estimer que deux gamines de 11 ans ayant eu des relations sexuelles complètes avec des hommes âgés de 28 et 22 ans avaient été consentantes faute de violences physiques.
Enfin, la CIDE touche à toutes les catégories de droits (civils, politiques, économiques, sociaux, culturels) comme aucun document de cette nature pour les adultes. Dans sa cohérence elle décline en creux un projet de société – démocratique – pour les enfants.
Ce texte ambitieux a été ratifié à la surprise générale par tous les pays de la planète sauf les USA .
Bien évidemment la France n’a pas à rougir de la manière dont elle traite les enfants. Avant même de ratifier la CIDE elle a fait l’effort de mettre à jour la plupart de ses textes qui le méritaient. Les réserves ont été réduites au minimum. En 2014 nous nous sommes efforcés de revisiter notre droit en avançant en vain plus d’une centaine de propositions afin de mieux prendre encore les droits des enfants et de veiller à leur effectivité. Intention politique n’ pas suivi.
Le 20 novembre 2019 ne doit pas être qu’un temps de commémoration. Beaucoup y travaillent – le DDD, un collectif d’associations – tant au plan national que territorial.
Trois axes doivent être déclinés en permanence : consacrer des avancées juridiques en adaptant régulièrement le statut fait aux enfants, accompagner l’exercice de leurs droits, informer sur les droits.
Déjà, l’enfance constituant une zone de responsabilités partagées, on l’a dit, il convient de clarifier les compétences donc les responsabilités dans le champ privé comme dans le champ public. Comment les articuler en interne et avec l’autre sphère (les rapports du public et du privé). Mais quelle part de compétence reconnaitre à l’enfant sur ce qui le concerne directement (droit d’expression, liberté d’association, etc.) ? Il y a matière à faire et on est loin du compte.
Ensuite il faut réduire le fossé entre droit formels et droits réels au risque d’être taxés de démagogie. Plusieurs voies s’imposent ici .
En premier lieu, tous – enfants et adultes – doivent avoir conscience que l’enfant a des droits (d’où découlent des responsabilités. Or beaucoup de français pensent encore que l’enfant à le droit de se taire et de manger sans rien dire et d’aller à l’école. Reste déjà que tous les enfants n’ont pas de soupe ou de toit et une école ! Le premier des droits de l’enfant comme du travailleur, de la femme, du citoyen etc. est bien d’abord celui de connaitre ses droits.
Il faut encore développer des dispositifs d’aide et de soutien à l’exercice des droits notamment par un accompagnement juridique et admettre qu’un enfant comme toute personne à le droit d’agir en justice .
Enfin on ne doit pas abandonner les enfants et les parents à leur sort notamment quand les parents sont défaillants, quelles que soient les raisons. L’Etat doit ici prendre l’initiative d’un travail de fond avec les départements et le secteur associatif habilité. Cela suppose qu’il regagne en crédibilité en assumant ses propres responsabilités (mesures judiciaires pénales, service social scolaire, psychiatrie infantile, mineurs étrangers, etc.). Il a commencé avec les modalités de scolarisation des enfants en primaire, avec le plan de lutte contre la grande pauvreté et la scolarisation de plus d’enfants porteurs de handicap, mais il lui reste beaucoup à faire.
Des dossiers symboliques – les enfants français conduits ou nés en zone de guerre – ou très politiques – les MENA, les jeunes majeurs – doivent être abordés d’urgence et sans circonvolutions. D’autres ne sont pas urgents comme la réforme du droit pénal des mineurs, par ailleurs inappropriée pour repondre au problème de la non exécution des décisions.
Un temps – 1989-1990 – le 20 novembre offrait une rencontre entre pouvoirs publics et secteur associatif pour identifier de nouvelles avancées pour l’année à venir.
On peut craindre que pendant quelques jours on entonnera l’hymne au droit des enfants pour très vite se renfermer sur le dossier droit à l’enfant ! Quitte à quelques promesses délivrées aux associations mobilisées. Mais avec bonne conscience !
« Les droit des enfants pour les Nuls » à paraitre le 7 novembre 2019

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Chronique d’été de la Protection de l’enfance 2 : que faire des sortants de l’ASE ?

La rentrée sera chargée, sinon chaude, sur le thème de la protection de l’enfant : les initiatives font florés sur l’Aide sociale l‘enfance – ASE – qu’il faudra décanter et coordonner tellement ça part dans tous les sens – ; une réforme du droit pénal des enfants par voie d’ordonnance s’annonce problématique et sans vrai débat ; la PMI en crise appelle à des décisions, la sensibilité au sort des jeunes majeurs sortants de l’ASE est première avec en arrière fond la question des MNA dont le dossier est toujours aussi mal-traité, les mineurs français de Syrie appellent à la protection de la France pour peu qu’ils soient encore vivants ; cerise sur le gâteau, la loi sur la bioéthique avec l’extension du droit des femmes à être mères et le risque de manque de donneur si l’anonymat est levé, sans oublier le 20 novembre le 30° anniversaire de la CIDE avec des grandes messes sur les droits de l’enfant dans la patrie auto-proclamée des droits humains sans compter la lutte contre la grande pauvreté, l’échec scolaire ou l’abandon à leur sort de trop d’enfants porteurs de handicap. Bref on frise l’activisme. Pourquoi ? Avec quels objectifs ?
Quelques posts sur tous ces sujets permettront peut-être à ceux qui ne veulent pas bronzer idiots à s’y préparer. Le ton est volontairement engagé ; il appelle à des répliques.
Après les enjeux autour de l’Aide sociale à l’enfance en général (voir Post1), parlons des sortants de l’ASE et des jeunes majeurs.

Post 2 :
Que faire des « jeunes majeurs » sortants de l’ASE ?

aner de smesuresA juste titre les parlementaires sont très préoccupés du devenir des jeunes sortants de l’ASE, notamment lorsqu’ils ont atteint leur majorité. Le CESE dans un rapport de juin 2018 l’affirme : 23% de jeunes clochardisés, donc vivant à la rue, sont issus de l’Aide sociale à l‘enfance (I).

Cette donnée interroge bien évidemment sur les conditions dont les jeunes sortent de l’ASE et met en cause les compétences d’un dispositif décentralisé, relevant d’une logique plus administrative que d’un service social (voir Post 1). Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la lutte contre la pauvreté des enfants, va jusqu’à parler de «carnage social», mots forts s’il en est, pour dénoncer les lacunes de l’accompagnement des jeunes qui sortent de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) à leur majorité.

Là encore la puissance publique est devant des choix. Jusqu’ici elle a joué « petit bras » et s’est même pris les pieds dans le tapis en juin 2019 avec une proposition de loi Bourguignon adoptée à l’Assemblée nationale qui a viré au scandale.

Reprenons.

Conscient de cet état de fait et d’un fléau dénoncé de longue date le législateur de 2016 – loi du 14 mars – a eu le souci de combattre les « sorties sèches », c’est-à-dire sans véritable préparation et surtout sans suivi. Ce peut être le jeune qui fugue ou rend impossible son séjour en famille d’accueil ou en institution ; c’est plus souvent le cas du jeune qui arrivant à sa majorité a le sentiment d’une liberté enfin acquise après tant d’années de difficultés familiales, sinon de souffrances, une prise en charge fréquemment difficile, voire chaotique au sein des institutions sociales avec ou sans l’intervention d’un juge des enfants. On lui a tellement dit qu’il était sous autorité – parentale sociale ou judiciaire – le temps de sa minorité que les 18 ans sont vécus comme une libération. Il veut rejeter le passé,  jouir pleinement de la majorité négligeant tous les avertissements ou les précautions à prendre, sans toujours disposer des atouts pour se mouvoir seul dans la vie.

Le retour en famille est rarement la solution. S’il l’avait été possible,  il serait déjà intervenu avec le soutien du juge ou de l’institution sociale ou par la force dans une partie de bras de fer où l’institution aurait du céder. Si on s’y résout ce sera fréquemment au risque de fortes désillusions. Plus grave encore ces jeunes souvent loin de disposer des atouts nécessaires tant sur le plan matériel que psychologique comme la plupart des jeunes de cet âge set fréquemment plus encore du fait même de son itinéraire et de ses failles. Les chiffres sont édifiants :  70 % des jeunes accueillis physiquement sortent du dispositif de protection de l’enfance sans diplôme (mais avec un meilleur suivi médical que la moyenne).

Le législateur demande à l’ASE de faire régulièrement – une fois l’an – le point sur la situation de l’enfant accueilli (2) et à tout le moins dans les 6 mois qui précédent sa majorité afin de préparer cette étape essentielle pour tout un chacun.

Pour tout jeune vivant en famille les choses vont simplement : on fête les 18 ans et on continue – non pas on reprend – le cycle en cours avec Papa et Maman, les frères et sœurs, le chien ou le chat familial avec le projet de poursuivre les études ou la formation avec l’emploi qui doit en découler pour permettre de voler de ses propres ailes. Qui plus est  fréquemment des enfants devenus adultes jouent les Tanguy et l’incrust au domicile familial qui est aussi, de par la loi, leur domicile,

Le jeune accueilli à l’ASE devenant majeur est dans une situation sensiblement différente ; il a été accueilli à la demande de ses parents qui désormais n’ont plus d’autorité sur lui ou sur décision d’un juge qui là encore du fait de sa majorité ne peut plus rien lui imposer dès lors qu’il n’est pas en conflit avec la loi. Bref, à la majorité correspond le droit de guider sa vie comme bon lui semble. Il dispose de sa pleine capacité civile, civique et politique. la société se doit de ne pas intervenir dans sa vie sauf s’il le demande ou en ca s de danger pu de transgression majeure.

L’Aide sociale à l‘enfance a certes la possibilité de l’aider, mais seulement jusqu’à ses 21 ans. Condition essentielle – majorité oblige – il doit en faire la demande puisqu’il ne relève de personne. De même en théorie – on y reviendra infra – peut-il solliciter la justice – il peut revenir vers son juge sans y être obligé lequel pourra mobiliser la PJJ ou un service habilité – mais qui ne peut rien imposer à l’ASE –.

Aujourd’hui quelques 30 000 jeunes sont encore pris en charge par-delà leur majorité.

Ce dispositif fondé sur deux décrets – un decret Affaires sociales, un autre Justice – de 1975 est directement issu de la décision prise par le président Giscard d’Estaing d’abaisser sans prévenir quiconque, en 1974, la majorité de 21 à 18 ans. Cette mesure, excellente pour l’immensité des jeunes français, a pu s’avérer  un cadeau empoisonné aux quelques milliers de jeunes suivis par l’Aide sociale à l‘enfance qui du jour au lendemain, sans préparation, étaient appelés à se retrouver libres c’est-à-dire à la rue. Conscient, l’Etat – on est avant la décentralisation des années 82-84 – leur a  donc offert la possibilité de demander – on l’y incitera parfois – la poursuite de la prise en charge . Pour autant  l’ASE ou le juge ne seront pas obligés d’accepter. ils pourront même poser des conditions notamment quant au comportement dans la structure d’accueil ou dans la poursuite d’études ou d’une formation. On parlera de « contrat jeune majeur ». Chacun peut y mettre fin proprio motu à tout moment, notamment le jeune puisqu’il est majeur, mais également l’administration si le jeune ne respecte pas ses engagements. (3) Et de fait il est difficile à un jeune de ne pas ruer dans les brancards quoi qu’ils soient. Il peut lui en couter cher.

On relèvera – et la remarque prendra du sens infra – qu’il ressort de la réaction des deux décrets de 1975 que tout jeune de 18-21 ans est en droit de demander un soutien à l‘ASE ou au juge même si auparavant il n’a pas fait l’objet d’une prise en charge.

On relèvera encore que depuis quelques années la justice et l’administration sociale – les CD – se désengagent de ces mesures qui peuvent s’avérer très onéreuses – 200 euros par jour – dans la mesure où elles impliquent le plus souvent un hébergement et un suivi éducatif. Sans abroger son decret, la justice a commencé en 2008  a réduire le budget dédié pour empêcher les juges d’ordonner des mesures. Le ministère de la loi viole ainsi la loi.  Ce n’est qu’au compte-gouttes qu’un juge des enfants peut prendre une telle mesure en demandant l’autorisation à son administration sachant que plus généralement la PJJ s’est désengagée des mesures de protection civile. Si le juge autorise une structure associative habilitée à accueillir un jeune majeur sans négociation préalable avec l’ASE elle aura du mal à être rémunérée.

Les services de l’ASE eux-mêmes ont singulièrement réduit la voilure. Des trois ans de prise en charge quasiment et mécaniquement octroyés dès lors que le jeune le demandait – l’ASE en mère poule complexée était trop contente de satisfaire un jeune ! –, on en est arrivé à une négociation année après année, voire au versement au jeune d’une somme globale. On dirait ailleurs « pour solde de tous comptes » ! Souci d’économie oblige. Pour autant tout n’est pas question d’argent. Le fait que le budget alloué à l’accompagnement des jeunes majeurs sortant de l’Aide sociale à l’enfance soit porté de 12 à 60 millions d’euros par an comme l’a annoncé en mai 2019 à l’Assemblée le secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’Enfance ne résout rien. C’est d’ailleurs une goutte d’eau au regard des quelques 8 milliards hors frais des personnels publics que coute l’ASE !

Force est de constater là encore (4) que l’afflux des jeunes étrangers n’y est pas pour rien. Ces mineurs étrangers arrivent -désormais fort nombreux – vers 16-17 ans, parfois à presque 18 ans. Une fois leur mise à l’abri acquise s’engage un travail pour les faire accéder à la langue et à un minimum de formation surviennent la majorité. Bonne mère là encore, initialement, l’ASE ne voulait pas les lâcher dans la nature sans les accompagner au plus loin de ce qu’elle pouvait faire. Par exemple, permettre à une jeune fille désireuse et capable d’être médecin de faire d’ores et déjà des études d’infirmière.

L’augmentation sensible des jeunes mineurs étrangers accueillis – 17 000 accueillis en 2018, parfois sur 3 ou 4 as, sur 50 000 qui se présentent désormais comme tels sur une année – sur un fond de budgets publics tendus a fréquemment mis un frein à ces pratiques sociales de qualité sachant que le plus souvent rien n’est acquis aux 21 ans.

Faut-il ? Peut-on rendre cette prise en charge et ce suivi ? C’est ce que demandent nombre de professionnels ou de militants et ce que déjà se proposait de faire Mme Bourguignon mandatée. Un texte a été adopté en juin 2019 mais amendé de celle sorte par le gouvernement qu’il a suscité l’ire de tous ceux qui l’attendaient. Au point où même dans les arcanes du pouvoir on parle d’erreur.

Se posait déjà la question de l’obligation juridique pour le département d’accueillir – et donc de maintenir dans ses effectifs – un jeune dès lors que celui-ci le demandait. Comment contraindre le président du conseil départemental ? En d’autres termes quelle sanction s’il refuse ? L’opprobre publique ? Un ordre donné par la justice administrative sous contrainte comme dans d’autres domaines ? Une réparation financière pour le jeune refusé ? L’imagine-t-on  engager une action en justice ? Pour recevoir une réponse dans 3 ans ! Et que faire si le jeune une fois accueilli joue à Alexandre le Bienheureux aux frais de la République et du département ?

La question déjà délicate est devenue très politique quand sur amendement du gouvernement il a été décidé que ne seraient éligibles à ce dispositif obligatoire que les jeunes déjà pris en charge pendant 18 ans mois dans les deux dernières années de leur minorité. Malgré le déni du gouvernement, d’évidence il visait les mineurs étrangers arrivés tardivement à qui on entend, par-delà là la mise à l’abri accordée, dénier tout droit à la protection de l’enfance c’est-à-dire se prolongeant au-delà de la majorité qui fait l’attractivité du dispositif actuel avec la non expulsabilité liée à la minorité. Bien sûr la collectivité territoriale restera toujours libre d’accorder un contrat jeune majeur à ce jeune, mais pas obligée. L’amendement gouvernemental relève de toute évidence d’un deal entre l’Etat et l’ADF : « Moi Etat je vous oblige à prendre en charge les jeunes MNA, mais en revanche je vous en libère à leur majorité ! «. Le texte voté par l’Assemblée ne peut pas demeurer tel que. Il ne le restera pas. Au mieux- au pire- il sera purement et simplement noyé entre l’Assemblée et le Sénat.

On relèvera que cette disposition est plus restrictive que celle de 1975 puisqu’il faut déjà avoir été suivi par l’ASE pour continuer à en bénéficier.

Il croise deux questions fondamentales qu’on ne pourra pas éluder plus longtemps.

D’abord le sort que l’on entend réserver au mineurs étrangers isolés que nous accueillons. Il faut constater objectivement qu’ils ont vocation à demeurer en France. Qu’on le veuille ou pas ils ne repartiront pas chez eux du fait même des raisons de leur venue et de leur parcours migratoire. Faut-il les vouer à l’illégalité et à un lumpenprolétariat où ils seront exploités, en danger et finalement, à terme, dangereux ? Ou faut-il dans notre intérêt bien compris leur offrir la possibilité de s’insérer dans la légalité au mieux avec la formation et la culture adaptée ? Par ailleurs on retrouve la question de l’action sociale : si on entend que les travailleurs sociaux et leurs institutions se mobilisent, il leur faut avoir le sentiment d’être utiles. Or aujourd’hui trop prétendent qu’aider un jeune MNA est peine perdue : il ne sera pas régularisé et terminera à la rue ! (5)

En vérité le dossier « Jeunes majeurs » pose aussi depuis une dizaine d’années la question de la jeunesse qui, pour tous les sociologues, visent les 16-25 ans. Quel est aujourd’hui le sens des 21 ans ? Pour Giscard d’Estaing – on l’a vu – cette barrière sautant il fallait se préoccuper de ceux qui étaient en deçà sans avoir été préparés à leur pleine capacité. Aujourd’hui cette référence aux 21 ans n’a plus de sens. Globalement les jeunes prennent leur envol entre 20 et 25 ans quitte bien sûr à rester souvent très proches de leurs parents.
C’est bien, non pas à un statut de 18-25 ans, mais à des réponses pour les 18-25 ans auxquelles nous fait réfléchir.
Immédiatement l’idée émise on vous retorque qu’il ne peut être question d’avancer le RSA à 18 ans tout en parlant de RUA. Quelle erreur d’analyse. ! Ces jeunes en difficulté demandent d’abord du soutien moral et affectif, une présence humaine ; ensuite ils ont besoin d‘être soutenus ou mobiliser dans leur compétentes ; enfin ils auront fréquemment le besoin d’être hébergés, le RSA n’est pas leur projet et ne doit pas être ; ils aspirent en revanche à une formation et un travail source de revenus.
Jusqu’ici cette approche n’a pas été retenue. On reste le nez collé à la vitre. Pour le coup quand on affiche un nouveau monde saura-t-on rompre avec le passé et en l’espèce le giscardisme triomphant ?

D’ores et déjà veillons à ce qu’aucun jeune quitte l’ASE, même s’il entend rompre avec elle , sans la possibilité de maintenir ou de renouer une relation avec elle. Cela ne se décrète pas et rejoint le débat de fond : on peut lui proposer un accompagnement léger et discret ; le jeune doit savoir et se voir dire que s’il le veut il peut reprendre contact de la même manière qu’un parent qui ne peut pas convaincre avec moultes cris et menaces son ado de faire une bêtise crée les conditions du service après-vente si l’échec prédit se cristallise. Et ceci même après l’échec d’une première prise en charge jeune majeure. Les enfants savent quand une porte est réellement et sincèrement ouverte. C’est ce qu’on appelle avoir confiance ….

1 Ce qui ne signifie pas que 23% des jeune sortants de l’ASE se clochardiseront !
2 On a dit combien il fallait proscrire le concept de placement pour lui préférer celui d’accueil
3 Au pénal on trouve un dispositif similaire avec la possibilité d’un jeune de demander la poursuite d’un suivi éducatif quoiqu’il ne soit plus délinquant mais simplement fragile
4 Voir post 1 ASE
5 Voir post spécifique à venir

Chroniques d’été 1: la protection de l’enfance en question, mais quelles réponses ?

 

La rentrée sera chargée, sinon chaude, sur le thème de la protection de l’enfant : les initiatives font florés sur l’Aide sociale l‘enfance – ASE – qu’il faudra décanter et coordonner tellement ça part dans tous les sens – ; une réforme du droit pénal des enfants par voie d’ordonnance qui s’annonce problématique et sans vrai débat ; la PMI en crise appelle à des décisions, la sensibilité au sort des jeunes majeurs sortants de l’ASE est première avec en arrière fond la question des MNA dont le dossier est toujours aussi mal-traité, les mineurs français de Syrie appellent à la protection de la France pour peu qu’ils soient encore vivants ; cerise sur le gâteau, la loi sur la bioéthique avec l’extension du droit des femmes à être mères et le risque avancé de manque de donneur si l’anonymat était levé, sans oublier le 20 novembre, 30° anniversaire de la CIDE avec des grandes messes sur les droits de l’enfant dans la patrie auto-proclamée des droits humains. Et comment négliger  la lutte contre la grande pauvreté, contre l’échec scolaire ou l’abandon à leur sort de trop d’enfants porteurs de handicap. A l’inverse la scolarisation rendue obligatoire à 3 ans peut s’avérer une être une chance pour nombre d’enfants. Bref on frise l’activisme. Pourquoi ? Avec quels objectifs ?
Quelques billets sur tous ces sujets permettront peut-être à ceux qui ne veulent pas bronzer idiots à s’y préparer. Le ton est volontairement engagé ; il autorise des répliques

Post 1 : La protection de l’enfance en danger

Jamais dans une période aussi concentrée la protection de l’enfance n’aura suscité autant d’initiatives. Au point où, comme observateur sinon comme acteur responsable, on s’y perd. Qu’on en juge.
A l’impulsion gouvernementale donnée en 2018 par la ministre des solidarités pour déboucher sur un Plan d’action, dynamique relancée par Adrien Taquet, secrétaire d’Etat nommé en février 2019 en réponse aux interpellations notamment sur les dysfonctionnements institutionnels mis en exergue par les média, au bilan sur le Plan d’action contre les violences faites aux enfants lancé par Laurence Rossignol avant son départ, au mandat spécifique sur les enfants donné à M. Noblecourt, délégué interministériel chargé de la lutte contre la pauvreté, ont répondu des initiatives parlementaires, tant à l’Assemblée (une mission d’information mise place par la conférence des présidents de l’Assemblée nationale avec Mme Goulet comme rapporteuse ) qu’au Sénat (Groupe de travail trans-partisan présidé par Xavier Iacovelli). Sans oublier d’autres démarches proches, certaines en cours comme le travail confié à Brigitte Bourguignon sur les jeunes majeurs sortant de l’ASE qui a déjà fait l’objet d’une proposition de loi adoptée à l’Assemblée en juin 2019  à juste titre controversée compte tenu d’un amendement de dernière heure . S’ajoutent à ces travaux  le rapport – alarmant – remis par Michele Peyron sur la PMI, la nomination de deux parlementaires en mission (Monique Limon et Corine Imbert) sur l’adoption et la réforme par voie d’ordonnance du droit pénal des mineurs engagée par la ministre de la justice avec le relais du parlement.
Ajoutons des travaux publics déjà menés (« Prévenir les rupture dans les parcours de l’enfance «, avis au Premier ministre « de juin 2018 du Conseil Economique, social et environnemental ou sont en cours (enquête de la Cour des comptes). Et et bien sûr les préconisation nombreuses avancées régulièrement par le Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE), le HCFEA (Haut conseil à la famille, à l’enfance et à l’âge) ou encore l’ONED.

On en oublie certainement !

On peut déjà se réjouir de cette mobilisation exceptionnelle en faveur des enfants les plus fragiles de France ; on doit aussi s’interroger sur le sens de cet activisme. Pourquoi une telle mobilisation ? Il faut encore s’efforcer d’entrevoir ce qu’il va en résulter concrètement.

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Indéniablement, notre dispositif de protection de l’enfance est largement perfectible – il le sera toujours – et mérite qu’on s’y penche. Mais pourquoi cette frénésie 3 ans à peine après que le parlement ait adopté le 14 mars 2016 une loi qualifiée de fondamentale sur le sujet, loi qui elle-même prolongeait celle du 5 mars 2007 à l’encre à peine séchée mais qui peinait à se décliner compte tenu de son ampleur. Comment motiver un tel intérêt à ce point à la cause des enfants en difficulté ou pouvant l’être ?

On peut trouver une ligne d’explication dans le fait que nombre de parlementaires sont arrivés en 2018 sans réelle culture de ce sujet et tout logiquement ont été choqués les interpellations associatives ou médiatiques éclairant ses lacunes comme par exemple d’apprendre que 25% des jeunes clochardisés sont issus de l’Aide sociale à l‘enfance. Les trains qui n’arrivent pas à l’heure mobilisent plus que le trafic quotidien ! La grande muette interroge.
Le fait aussi que nombre de ces parlementaires n’ont guère de sujets à se mettre sous la dent au quotidien?
Dans un contexte économique délicat et une contestation dure du pouvoir, le souci de mobiliser la sphère sociétale ?
Peut-être encore que dans les débats polémiques qui s’annoncent sur le « droit à l’enfant » avec la loi de bioéthique il n’est pas inutile de montrer qu’on s’occupe aussi des enfants ici présents.
Bref, l’enfance sensibilise l’opinion ; il y a dans ce domaine matière à se faire un nom… Il doit y avoir de tout cela dans ce qui se joue. Chacun appréciera.
En tout cas, il parait en effet difficile d’imaginer que le dispositif ait défailli à ce point en quelques mois ou que le parlement soit passé à ce point à côté de la plaque en 2016 en légiférant à la suite du rapport sénatorial Dini- Meunier.

On peut partager beaucoup des constats inquiétants faits ; on peut agréer à des dispositions techniques avancées ( sur les assistants familiaux, sur les droits au quotidien des enfants suivis) quand d’autres sont purement démagogiques (ex. confier aux anciens de l’ASE de contrôler les structures d’accueil, relèvent de l’incantation ou sont d’ores et déjà inscrits dans la loi. Reste l’essentiel : en l’état de là où nous sommes rendus on se d’identifier les questionnements majeurs qui traversent le sujet sur lesquels, par-delà là les postures médiatiques, les pouvoirs publics d’Etat et territoriaux vont devoir se positionner à bref délai, explicitement ou en creux.

1 –Compléter, affiner, rationaliser les informations sur les enfants, les parents et les réponses apportées. De quoi parle-t-on ?

Tous relèvent – enfin dira-t-on après avoir longtemps prêché dans le désert – l’absence de données fiables permettant de mesurer la réalité des besoins, mais aussi la qualité ou les failles des réponses apportées. On fonctionne encore trop souvent au doigt mouillé ou aux assertions non démontrées. Et chacun à ses chiffres.
Ainsi il est surprenant que l’on ne retienne pour enfants bénéficiant de l’Aide sociale l‘enfance que ceux qui vivant chez eux sont suivis en milieu ouvert et ceux qui sont accueillis physiquement en négligeant que nombre de familles sont aidées financièrement ou par d’autres dispositifs comme les aides à domicile (TISF). Ainsi ne sont pas 345 000 enfants qui en relèvent, mais environ 450 000.

Et là encore ces données sont grossières. Ainsi il serait intéressant de savoir la part des enfants maltraités – au regard de la représentation commune que l’on se fait des bénéficiaires de l’ASE – par rapport aux carences parentales ou aux familles en difficulté économique ou sociale.

Sur le plan financier, pour rejoindre le rapport Goulet, on est aussi dans les approximations, on chiffre à environ 8 milliards d’euros le coût de l’Aide sociale à l‘enfance, mais on doit y ajouter les dépenses en personnels publics. Combien ? Ne doit-on pas y agréger aussi le budget de la PMI ? de la PJJ ? Et pour partie celui de l’enfance porteuse de handicap ? Un budget consolidé de l’effort public consenti à la protection de l’enfance stricto sensu, voire largo sensu serait opportun. Il répondrait à l’attente du Comité des experts de l’ONU.

Surtout et enfin  il nous faut enfin mesurer l’efficience du travail engagé. Là encore pour combattre les représentations dépassées ou erronées. Ainsi trop d’acteurs, de journalistes et de responsables politiques restent convaincus que l’ASE rompt difficilement la chaine l’exclusion, voire consacre souvent cette exclusion. Or, en vérité, les travaux notamment du CNRS ( M. Duyme, M. Corbillon et J P Assailly) des années 85 démontraient que peu des enfants de l’ASE- entre 4 et 6% – se retrouvaient être parents d ’enfants voués à lui être également confiés contrairement à l’opinion dominante y compris chez des élus territoriaux. Ce résultat est plus que positif. Il est extraordinaire car il montre qu’on peut rompre la chaine de l’exclusion quand trop de professionnels eux-mêmes en doutent. Qu’en est-il aujourd’hui ? Ce type de travail doit être renouvelé et actualisé. Il est nécessaire de mener des études longitudinales.
Notre appareil scientifique est faible et les institutions publiques ne jouent pas le jeu. La recherche leur apparait superfétatoire et du gaspillage de temps et d’argent..
Or derrière ces informations se jouent, non seulement les adaptations de notre dispositif dont les termes des formations à délivrer, mais encore l’image qu’en a l’opinion, voire les professionnels  qui, de leur point de vue, écopent sans fin. Combien aujourd’hui ont une image négative, démesurément négative, de l’Aide sociale l‘enfance dont ils participent. On reste souvent sur l’image de l’Assistance Publique de Saint Vincent de Paul ou sur les DDASS d’avant 1984.

Un programme de recherche s’impose avec les grands organismes de recherche et les laboratoires universitaires. Il serait déjà opportun que se développent les D. U. Protection de l’enfance – 5 actuellement en France – pour que par-delà une meilleure formation des professionnels émerge une littérature grise – mémoires et thèses – à la base d’une indispensable pensée sociale.
Osera-t-on investir pour le moyen et le long terme ?

2 – La question de la gouvernance revient nettement au goût du jour : on ose poser la question de la recentralisation de la protection de l’enfance, à tout le moins de la création d’une agence nationale.

En vérité se joue en arrière fond la nécessaire clarification des responsabilités et de leurs articulations à laquelle nous appelons depuis des années.
Qui fait quoi au sein de la sphère privée entre parents, beaux-parents et grands parents ? Comment articuler ces compétences ? Qui fait quoi au sein de la sphère publique entre Europe, Etat, région, département, métropole, intercommunalité, municipalités ? Comment articuler ces compétences ? Cerise sur le gâteau comment articuler la sphère privée et la sphère publique : l’ordre public pénètre l’univers familial (vaccinations, protection physique ou morale, scolarisation, etc.).
L’Aide sociale à l ‘enfance a été décentralisée en 1984-1986 lors de la grande vague déclenchée par F. Mitterrand et G. Deferre son ministre de l’intérieur pour que les politiques sociales se conçoivent et se déclinent au plus près des terrains. Le département – ou plus exactement le président du conseil départemental – a donc reçu mission de développer l’ASE . Les moyens financiers – la Dotation Globale Financière – et humains lui ont été dévolus à cet effet. Libre à lui de s’organiser, liberté d’administration des collectivités locales oblige.
Cela ne signifie pas que l’Etat se soit retiré du jeu. Bien au contraire ! Déjà il a conservé sous sa responsabilité des pans importants de la protection de l’enfance comme l’enfance handicapée, la santé scolaire ou le service social scolaire, la psychiatre infantile et bien évidemment la justice – appuyée sur les services de police – pour garantir les droits des enfants maltraités ou négligés.
Le paradoxe voulait que l’inégalité induite par des politiques territoriales nécessairement spécifiques soit recherchée pour garantir les droits des personnes. La liberté d’administration territoriale devait être corrigée par un rôle d’impulsion et d’arbitre de l’Etat – à travers la loi – sur des sujets aussi divers que les règles applicables, le statut des personnels et la formation, les contrôles et la recherche, la diffusion de bonnes pratiques et la mise au point de référentiels en articulation avec les acteur de terrain.
Cela supposait que chacun joue le jeu. Or force est de constater qu’on demeure loin du compte. Nombre departements ne respectent pas la loi , déjà en ne répondent pas aux demandes d’information de l’Etat – et l’Etat lui-même est souvent défaillant.

Devant ce qui peut s’analyser comme un émiettement confus et de fortes inégalités de traitement injustifiées selon les territoires, les deputés et les sénateurs n’hésitent plus à poser la question de la recentralisation tout en refusant – si on le lit bien – de revenir à l’avant 1984.

Il serait déjà intéressant ici de faire ce bilan de l’avant 1984. Était-il aussi positif qu‘on le laisse entendre. Peut-on affirmer que les territoires étaient également pris en compte et les besoins traités depuis la place de Fontenoy ? Qui osera le dire ?

En vérité ne faut-il rester dans la clé actuelle :  à l’Etat les fonctions régaliennes ; aux collectivités territoriales le social à condition que l’Etat s’assure que les besoins fondamentaux des personnes sont pris en compte territoire par territoire, ce qui suppose de les définir conjointement. La libre administration des territoires ne saurait justifier que certains refusent de prendre en prise en considération leurs droits.

Il revient à l’Etat de veiller, par des dispositifs d’animation permanents, à mobiliser les différents sources d’interventions publiques et privées, caritatives et professionnelles. Encore faut-il qu’il apparaisse légitime et crédible. Et pour cela … que lui-même remplisse ses missions légales. Or il est loin du compte. Le service social scolaire et le service de santé scolaire sont sinistrés ; la psychiatrie infantile en très mauvaise passe et nombre de familles ne trouvent pas la réponse à la prise en charge et à scolarisation de leur enfant porteur de handicap sinon à l’étranger malgré la loi de 2005 qui instaure un droit opposable. Comment l’Etat peut-il exiger que les departements dégagent les moyens pour les mesures de milieu ouvert quand lui-même ne dote pas les juridictions des moyens éducatifs qui leur sont nécessaires (Conf. Appel des juges des enfants de Bobigny)?

A juste titre le rapport Goulet relève la mission de suivi et de contrôle des institutions de protection de l’enfance ne peut pas échapper à l‘Etat, mais la mise en œuvre de cette mission suppose de mobiliser les institutions sociales , publiques comme privées sous son égide. De même la formation et l’élaboration de référenciel nationaux de bonnes pratiques relèvent de l’Etat qui se doit d’y associer les acteurs de terrain.

Reste un troisième larron sans lequel la puissance publique d’Etat comme territoriale serait démunie : le secteur associatif habilité avec ses forces – sa souplesse relative, mais réelle de gestion indispensable dans ce domaine ne fut-ce que pour développer de nouveaux projets – et ses faiblesses – la dépendance de l’argent public faute de fonds propres -.

La place du secteur associatif habilité est plus que jamais interrogée. Porteur d’une mission de service public ou d’intérêt général – la nuance est de taille pour les institutions d’origine religieuse- , le secteur associatif n’est pas, n’est plus souvent qu’un simple prestataire de service dépendant du bon vouloir des politiques.

De tout temps il a identifié les problématiques sociales, tenté d’y repondre, mobilisé les pouvoirs publics avant de leur céder la main ou de se mettre à sa dispositif. Il a acquis un savoir-faire, une légitimité ; il représente des institutions, une culture, des compétences que la puissance publique d’Etat ou territoriale ne peut pas négliger. Certes il  revient à l’Etat de dégager les objectifs politiques, mais le secteur associatif peut l’y aider autant dans la conception que dans l’action.

Reste à savoir si demain le secteur associatif survivra et sur quel  modèle économique. Depuis une dizaine d’années tout est fait par une administration sociale elle-même dégraissée pour réduire le nombre de ses interlocuteurs d’un bon tiers. Les petites associations disparaissent sauf à adosser leur projet à une plus grande. Mais celles-ci deviennent elles-mêmes des para-administrations au risque de perdre leur fibre sociale et associative. La logique et les responsabilités d’employeur l’emportent facilement. Où trouver des administrateurs bénévoles ayant compétence et envie de gérer ces PME du social avec plusieurs millions de budget et des centaines de salariés ?
Force est de constater la difficulté de ce secteur à mener conformément à ses valeurs des actions hors de tout mandat faute d’avoir su se doter de l’autonomie financière nécessaire.

On voit la complexité du sujet. Aucune personne, aucune institution seule, peut prétendre à elle seule à sauver un enfant ou mener une politique de protection de l’enfance. On est dans le domaine de la co-responsabilité, et déjà de la co-responsabilité familiale et sociale. Il revient à l’Etat de clarifier qui fait quoi au sein de la famille dans la protection et l’éducation des enfants. C’est la question de la recomposition parentale qu’on n’arrive toujours pas à aborde.

C’est aussi la clarification de la responsabilité parentale qui est première et des institutions sociales qui est subsidiaire ; et au sein de celle-ci de la priorité donnée à l’intervention administrative, la justice ne devant intervenir qu’en dernière hypothèse si une décision s’impose touchant à l’état des personnes et aux libertés fondamentales. Cette hiérarchie est notre ADN collectif.

Force est de constater que cette chaine de responsabilités n’est pas clairement présente dans les esprits.

Gardons des réponses simplistes – style il faut recentraliser ! – sur une question où l’un des enjeux premiers est de garantir une dialectique permanente entre intervenants, à l’opposé du totalitarisme institutionnel ou de ceux qui savent ce qu’est l’intérêt de l’enfant : c’est de cette dialectique que résulte le respect au quotidien des libertés des individus. Reste qu’on ne coupera pas à la nécessité de relégitimer la décentralisation, non comme un dogme, mais comme une disposition concrète de gouvernance, qui suppose de remplir certains conditions pour repondre aux attentes.

Non, il n’est pas choquant que les departements aient des politiques différentes dès lors que l’essentiel est garanti sur tous les territoires. Reste à dire ce qui est cet essentiel et comment le garantir ?
L’Etat doit renforcer les moyens mis à disposition de collectivité territoriales, mais émanciper celles-ci de la règle de la barrière des 1,2% d’augmentation de leur budget quand elles s’engagent pour la protection de l’enfance.
On avance l’idée d’une Agence nationale de la protection de l’enfance pilotée par l’Etat qui orienterait les politiques, mènerait les travaux d’évaluation et de recherche qui s’imposent, voir fixerait des objectifs.

Au passage l’idée est d’en finir avec ce qui est présenté comme un éparpillement des investissement publics (le CNPE qui vient à échéance en cette fin 2018, la section du HCPFA, l’ONED, etc.). Or ces organismes ont des missions spécifiques identifiées avec le temps (recherche pour ONED et ONPE, politique de l’enfance en général pour le HCFEA, lieu de concertation entre Etat collectivités territoriales et secteur associatif pour le CNPE sur la protection de l’enfance) : comment garantir leur exercice au sein d’une structure unique ? Et avec quel pouvoir de contrainte?
Aussi avant de faire tomber l’édifice – par facilité – pour tenter de le reconstruire en mieux, commençons par identifier les différentes fonctions à tenir : celles qui ne se partagent pas ; celles qui sont conjointes et réfléchissons aux articulations.

3 – Clarifier les objectifs de l’ASE sans arrière-pensées

L’intervention de l’ASE ne se réduit pas à « placer » des enfants comme on le présente régulièrement, parfois à l’excès comme le font tous ceux qui débarquent sur le sujet. Le rapport Goulet est là encore une illustration (décevante) de cette réflexion. C’est comme si on ne parlait des soins qu’à partir de l’hôpital et de la salle d’opération !  Tout un chacun peut se retrouver hospitalisé voire devoir supporté une opération plus ou moins grave, mais aujourd’hui le médecin de base est le médecin de quartier ou de famille, s’il existe encore. Les soins sont d’abord prodigués à domicile.
On raisonne donc systématiquement sur la mesure la plus lourde – le placement – en négligeant que l’action sociale se déroule pour l’essentiel dans un soutien au quotidien à l’exercice des responsabilités parentales, mieux dans la prévention des difficultés.

Il est ici symptomatique de relever que l’on parle encore en ce XXI° siècle de placement comme si l’enfant était un objet. On accueille une personne ; on place un objet. Les personnes âgées sont accueillies et nous n’accepterions pas comme adultes d’être placés en institution ! Ne fais pas aux autres …. Le chocs des idées, le poids des mots. D’ autant que dans les familles populaires placement est vécu par les parents comme une déchéance de l’autorité parentale et par les enfants comme une punition, non pas comme une protection. D’ailleurs le placement est l’une des mesures qui peut être prononcées à l’encontre du jeune délinquant !

Oui, on doit s’interroger sur la diversification des modalités d’accueil – et on a raison de réfléchir aux conditions à réunir pour développer le dispositif des assistants familiaux au nom d’une prise en charge à dimension familiale – l’idée n’est pas neuve – quand aujourd’hui il est insuffisant dans de nombreux endroits et qu’en général il traverse une crise des vocations et un vieillissement inquiétant.
Oui, on doit avoir le souci de mettre en œuvre réellement le projet pour l’enfant qui se veut une feuille de route régulièrement pour tout enfant accueilli. C’est une véritable révolution à laquelle est appelé l’ASE et pas un simple document technique : par-delà la mise à l’abri que vise-t-on ? pourquoi échoue-t-on souvent depuis 2007 à l’élaborer. Il était intéressant de le réaffirmer en 2016 ; il aurait été intéressant de s’interroger sur l’échec sur ce point de la loi de 2007.
Oui, il faut évaluer au plus près ce qu’apporte chaque type de prise en charge à chaque enfant au regard des objectifs initiaux.
Oui, on a raison dire que souvent l’accueil d’un enfant – quand il se met en place – conf. les difficulté majeures dénoncées notamment par les juges des enfants– se fait moins au regard de ses besoins que des capacités d’accueil disponibles. Ce n’est pas d’aujourd’hui, mais devient de plus en plus criant avec la réduction de l’offre de service (on ferme des structures sans développer les accueils familiaux).
Oui, on peut développer le recours aux tiers dignes de confiance à condition que ce ne soit pas un pis-aller pour trouver des accueils à moindre cout comme beaucoup le craignent.
Reste que l’on doit dans le même temps se demander s’il n’est pas des alternatives au départ des enfants de leur domicile. Pourquoi 170 000 accueils chaque année ? On était jusqu’à peu à 140 000. L’impact des mineurs étrangers isolés (17 000) est réel, mais n’explique pas tout. Pourquoi n’évoquer qu’au détour d’une page du rapport Goulet le soutien à domicile – AED ou AEMO simple ou renforcée – ? Pourquoi ne pas omettre de parler du nécessaire renforcement des services sociaux de proximité en pourvoyant les postes vacants, plus surement en créant une dynamique entre le servies existant comme l‘avait fait Bertrand Schwartz en 1981 avec les missions locale pour les jeunes ?

On touche alors au coeur du sujet. Après avoir dénoncé ce qu’on qualifie d’ »idéologie familialiste « qui revenait finalement à ambitionner que toutes les familles de France aient l’opportunité et les moyens de vivre sans éclater on part désormais du raisonnement que les parents sont souvent néfastes aux enfants et qu’il va falloir les en séparer. On retrouve pour le coup l’idéologie des familles dangereuses du XIX° siècle dont il fallait extirper la bonne graine par la déchéance. Au passage on fait facilement le procès de la justice et des juges qualifiés de pro-familialistes oubliant que les magistrats suivent l’ordre de la loi pour qui la place d’un enfant est d’abord auprès des siens. Ciel un droit de l’enfant !
Cette approche qui reprend du poil de la bête est dangereuse. Le rapport Goulet là-encore est révélateur du glissement qui s’opère avec la loi de 2016 où la réponse aux besoins de l’enfant est désormais affichée comme objectif majeur de l‘Aide sociale à l’enfance ou oubliant que si l’enfant a besoin de protection, de sécurité, d’attachement il entend d’abord le plus souvent voir son histoire et ses liens fondamentaux respectés au nom du « D’où viens-je ? Ma famille ? Où vais-je?». L’Histoire est truffée d’exemples où des enfants ont été arrachés de leurs parents pour être certes protégés, mais qui l’ont vécu cette séparation comme arbitraire et traumatique et portant atteinte à leur droit fondamental à leur famille qui les raccroche au passé. D’autres en revanche y aspiraient !
On voit refleurir la référence à l’attachement porté par le dr Berger avec cette idée qu’il faut offrir à l’enfant en difficulté – en carence parentale – des adultes auxquels il puisse se lier, famille d’accueil ou famille d’adoption. On a raison de prendre en compte les attachements de l’enfant qui le structurent, mais cette idée n’est pas neuve : déjà la loi du 6 juin 1984 avait eu le souci de ménager les relations des enfants ayant été accueillis par l’ASE avec leur famille d’accueil. Mais pour autant la famille biologique ne doit pas être niée.
Oui il est important que l’enfant en carence puisse se lier à des adultes. Mais vérité, comme nous le développions avec D. Youf dans le rapport à la ministre de la famille de 1984 « De nouveaux droits pour les enfants ? Oui dans l’intérêt de la société », il nous faut garantir à tout enfant les différents liens d’affiliation, pour ne pas dire d’attachement de l’enfant, ses liens biologiques comme ses liens affectifs.
A y regarder de près se joue avec un style moderne une nouvelle version du film classique depuis 1923, date de l’instauration de l’adoption pour les enfants : savoir couper un enfant de ses mauvais parents pour lui offrir une famille aimante …  en manque d’enfants. On rejoint rapidement le débat sur le droit à l’enfant. Où est le besoin ? Celui des adultes ou celui des enfants. On affiche de privilégier le droit de l’enfant qu’on n’hésite pas à qualifier d’intérêt supérieur quand ce n’est pas de besoins mélangeant allégrement les concepts- avec comme préoccupation, explicite ou implicite, d’offrir aux enfants d’autres point de référence que leurs parents biologiques. On ne doit pas hésiter à rompre avec cette famille biologique pour aller vers une autre famille – une famille d’adoption – et répondre – bingo ! – aux besoins des adultes en recherche d’enfants.

Bien évidemment il faut au cas par cas trouver la bonne attitude. Parfois un retour en famille est possible. Il faut travailler sur cette hypothèse car la place d’un enfant est d’abord chez lui auprès des siens. Si une séparation est nécessaire, elle n’est pas une fin en soi ; s’il faut la maintenir, on doit s’interroger sur le maintien des liens avec la famille biologique tout en sécurisant l’enfant. Ce peut être une délégation d’autorité parentale , une adoption simple voire en dernière hypothèse une adoption plénière.

On le voit là encore une question fondamentale qui pour être traitée exige de dépasser les approches primaires ou les non-dits : dépasser la représentation de l’ASE à travers ses seules structures d’accueil.

Toutes ces questions délicates – et d’autres que nous avons négligées – ne trouveront pas de réponses par des démarches simplistes.
Elles supposent que chacun soit bien identifié dans ses missions, et déjà les personnes qui exercent les responsabilités parentales, terme à préférer à autorité parentale.
Elle implique qu’une confiance réciproque règne et qu’on sorte des représentations et des procès d’intention en n’oubliant pas que notre dispositif pour critiquable fonctionne plutôt bien pour l’immense majorité des enfants dont il a à connaître chaque année. On ne le dit pas assez au risque de décourager Billancourt !
Des lieux, des temps s’imposent pour échanger, évaluer les pratiques.
Faut-il changer une nouvelle fois la loi ? Certainement pas. Même le rapport Goulet le sous-entend quitte à suggérer quelques améliorations. Il faut surtout ici comme ailleurs veiller à réunir les conditions d’application de la loi.
Et soyons lucides, là et en vérité l’essentiel, de nouveaux textes législatifs pourraient s’avérer purement révolutionnaires en nous orientons vers un système à la norvégienne ou à l’anglaise qui développent des ravages au sein des familles quand un enfant peut se voir retirer des siens – au nom des droits de l’enfant bien évidemment – par décision administrative, cautionnée généralement par une justice au fonctionnement tout aussi tout aussi administrative.
Attention danger ! L’aspiration au meilleur peut susciter le pire.

Volontairement je n’ai fait ci-dessus que croiser sans l’aborder dans sa spécificité la question des mineurs étrangers isolés qu’il est essentiel désormais de bien traité tellement elle hypothèque la question de la protection de l’enfance. J’y consacrerai un billet spécifique.

Faire autorité sans violence (743)

 

Le parlement français a enfin répondu positivement à l’attente du Conseil de l’Europe qui en septembre 2008 appelait les Etats à condamner le recours aux châtiments corporels dans l’éducation des enfants.
27 pays du Conseil de l‘Europe ont repondu positivement à cette invitation. 55 dans le monde. La France manquait au rendez-vous quoique Mme Morano ministre de la famille alors présidente du conseil européen de la famille ait signé en septembre 2008 l’appel de Stockholm avant de le nier en arrivant Paris où il était de mauvais ton de paraitre saper toute autorité sur les enfants tenus pour des sauvageons ou de la racaille.

Nous y invitions dans notre rapport « De nouveaux droits pour les enfants » remis en 2014 à la ministre de la famille à remettre l’ouvrage sur le métier. Le Défenseur des droits également. Bien évidemment il faut ici rendre hommage à la députée UMP et pédiatre de formation Edwige Antier qui de longue date dénonçait ces violences ordinaires faites aux enfants et dès 2009 avait déposé une déposait une proposition de loi visant à interdire les châtiments corporels, dont la fessée.

La France après avoir hésité et tergiverser – n’allait-on pas saper l’autorité parentale des parents ? – avait fini par se rallier en adoptant une disposition législative en décembre 2017 avec l’aval du gouvernement , mais introduite au dernier moment dans la loi « Égalité et citoyenneté » elle devait être annulée pour cause de cavalier législatif dès janvier 2917 par le Conseil constitutionnel.

Silence radio pendant un an avant que la Ministre de la Santé interpelé au conseil national de la protection de l’enfance annonce qu’elle soutenant une proposition de loi avancée par la députée Maud Petit.

Ce texte adopté en novembre 2018 par l’assemblée nationale l’a été des termes identiques hier 2 juillet 2018 par le Sénat après qu’entretemps le groupe socialiste du Sénat eut déposé un texte proche.

L’article 371-1 du code civil est désormais ainsi rédigé : « L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques pu psychologiques ». Fort justement l’expression châtiments corporels n’est pas reprise ; elle suscitait immédiatement railleries et quolibets, nombre rappelant avoir supporté des châtiments sans pour autant en avoir été marqués.

Cette rédaction s’inscrit comme l’avait fait le président François Hollande dans une remarquable intervention lors du 27° anniversaire de l’adoption de la CICE, dans une réflexion sur l’éducation sans violence. On peut élever son enfant, on peut tout simplement communiquer (avec quiconque), sans violence, sans frapper, sans crier, et a fortiori sans faire autorité sans humilier ou blesser. Ce n‘est pas la force ou la peur qui appelle à « obéir », mais le sentiment que l’attitude suggérée est juste et adaptée. Plus largement on condamne la violence ou l’humiliation à l’égard de l’enfant tenu pour être une personne.

On ne sanctionne les parents défaillants ni pénalement, ni civilement. La disposition adoptée affirme une ligne de comportement : on peut faire autorité sans violence. D’autant qu’il est démontré que la violence ne sert à rien pour l’enfant sinon à faire mal à travers la souffrance physique ou morale infligée. Elle est un exutoire à celui qui ne sait pas comment gérer une situation ou l’expression de son propre stress comme le parent qui crie ou violente son enfant après l’avoir vu échapper à un accident plus ou moins grave.

Ne banalisons pas la démarche parlementaire qui a pris 10 ans pour vaincre les résistances politiques et les railleries. On doit se féliciter de ce que ce texte soit enfin adopté. Les résistances ont été dépassées mais existent : ce sont les mêmes qui parlent de laxisme quand on entend poser une présomption de non-discernement avant 13 ans pour les faits délictueux.

On regrettera qu’il été voté certes à l’unanimité, mais en catimini, sans quasiment la moindre reprise médiatique, un peu pour se donner bonne conscience quand il eut fallu cette loi soit le point d’orgue d’une réflexion publique sur l‘éducation et que son adoption découle de ce débat de soi. Plus que jamais faire la loi ne doit-elle pas être découler sinon d’une démarche de consensus du moins d’un dialogue social ? De fait les français ont d’ores et déjà dans leur immense majorité misent sur d’autres modes de communication avec leurs enfants. Le martinet que nous avons encore connu dans les années 60 a totalement disparu de la sphère éducative. Et d’une manière générale les parents ne frappent plus leur enfants. S’ils doivent marquer des limites ou leur mécontentement ils recherchent des réponses d’un autre niveau. C’est vers ceux qui la pratiquent encore qu’il fallait se tourner en engageante débat.

On se consolera en relevant qu’il est présenté comme devant servir de base à des campagnes d’informations. A voir ce qui va suivre. Espérons comme y incitent certains de ses promoteurs à s’attaquer aux racines de la violence faites aux enfants dans la famille ou les institutions pour couper court le plus souvent possible aux passages à l’acte les plus graves.

La France qui se targue d’être la patrie des droits humains, sinon des droit des enfants, se devait en cette année de 30° anniversaire de l’adoption de la CIDE de franchir ce pas législatif. adopter ce texte. C’est chose faite.
Reste maintenant à mener le débat sur les violences ordinaires et plus généralement sur toutes les formes de violences sous toutes leurs formes, les coups bien sûr, mais les vexations, les discriminations exercées contre les enfants. Reste à faire la pédagogie d’une éducation sans violence, de l’exercice d’une responsabilité structurante et juste plutôt que de l’exercice d’une autorité.
En arrière-fond le combat mené contre les violences faites aux femmes ou aux personnes âgées donc le débat sur plus d’humanité et de respect dans les relations quotidienne

Enfin, cap enfance? 742

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Il faut dire que les interpellations, pour n’être pas toutes d’aujourd’hui, sont massives. Le service social scolaire et la santé scolaire sont en déshérence de longue date ; la psychiatrie infantile est sinistrée, la maison du Handicap ne fait toujours pas face aux besoins des familles – nombre scolarisent leur enfant en Belgique – ; 17 departements ont d’ores et déjà mis fin à la Prévention spécialisée destinée à faire en sorte que des enfants en danger ne basculent pas dans la délinquance ;  les mesures éducatives prises par la justice sont exécutées avec retard au risque de tous les dangers … quand elles sont exécutées ; les mineurs étrangers isolés sont traités plus comme des étrangers que comme des enfants.  Ajoutons que l’ASE à laquelle colle à la peau l’image de la DDASS  est interpellée soit par ce qui se joue dans ses structures, soit par le fait que 25% des jeunes clochardisés en sont issus. Que dire des trous dans la raquette de la protection de l’enfance avec un enfant mort tous les 5 jours ? Et maintenant  la PMI au cœur historique du dispositif d’action social de proximité en faveur des familles est tenue publiquement pour être « à bout de souffle »

On fait indéniablement des efforts pour lutter contre la pauvreté qui touche des enfants ; on a le souci de garantir aux jeunes enfants d’accéder aux savoirs fondamentaux, on étend les vaccinations, on facilite l’accès aux cantinez scolaires, etc., mais chacun voit qu’on reste loin du compte.
 
Il y a certes matière à s’interroger sur l’impact de la décentralisation intervenue en 1984-1986 quand l’on voit ce qu’il en est dans nombre de départements, mais il ne faudrait pas oublier que tout était loin d’être idyllique avant 1984 quand l’Etat gérait tout et surtout que le même donne le mauvais exemple en ne tenant pas ses propres responsabilités : il s’est désengagé en 2008  de la prise en charge des jeunes majeurs et de l’enfance en danger (sauf les mesures d’investigation) ; il ne donne pas aux tribunaux les moyens d’exercer les mandats éducatifs (Appel des juges des enfants de Bobigny)  ;  plusieurs des pans du dispositif de protection de l’enfance sont en grande difficulté du fait même l’Etat qui ne tient pas sa place, première ou secondaire.
En d’autres termes en refusant la distribution des bons et mauvais points, force est de constater que l’effort public en faveur de l’enfance en difficulté n’a pas su ou n’a pas voulu s’adapter aux besoins repérés.
 
Que faire d’urgence ?
Un inventaire lucide et partagé s’impose en priorité – tous les éléments sont sur table –  si on veut quitter le terrain délétère et bloquant de jeux de rôles et de la patate chaude qui justifient tous les reculs.
Une fois ce travail engagé il faudra encore identifier les objectifs visés dans l’intérêt général au regard de notre culture de nos savoirs et des priorités sociales avant de songer à la répartition des compétences et à leur articulation car souvent elles sont conjointes et il ne peut en aller autrement. Par exemple il faut disposer sur l’ensemble du territoire d’un dispositif de soutien d’accompagnement, parfois d’accueil  permanent ou ponctuel des enfants en situation  délicates, mais il faut déjà affirmer – si on est convaincu – que la première ligne de protection des enfants reste l’environnement familial – même s’il est aussi vrai que cet environnement peut être pathogène et dangereux pour encore trop d’enfants. L’action sociale n’est que subsidiaire, celle de la justice encore plus, mais elle peut s’imposer dans certains cas circonscrits. Mais alors que fait-on pour mettre les enfants en situation de bénéficier de cette protection familiale quand tous les voyants lumineux des services de proximité sont au rouge quasi écarlate? Il faut sous l’impulsion de l’Etat qu’une revivification de ce dispositif soit engagée.

Reste l’essentiel : affirmer  politiquement un cap.

Pour cela trois conditions.
D’abord éviter des contradictions majeures. Ainsi la priorité (sans interroger le fond) est-elle à l’extension de la PMA à toutes les femmes ou au renforcement de tous les dispositifs d’aide et de soutien à l’exercice des responsabilités parentales pour les enfants déjà nés ? Dans ce débat garantira-t-on l’accès des enfants à leur affiliation biologique ? Droit à l’enfant ou droit de l’enfant ? Ainsi encore la France va-t-elle enfin promouvoir une éducation sans violence en s’alignant sur le Conseil de l’Europe. Enfin ne doit-elle sa protection à tous ses ressortissants, a fortiori aux enfants français présents en Syrie ou en Irak qui n’ont commis aucun exaction.
Deuxième condition, l’Etat appelé tout logiquement à jouer un double rôle d’acteur et d’arbitre se doit pour être crédible dans sa mission d’animation commencer par remplir ses responsabilités propres, ce qu’il ne fait pas aujourd’hui. Les sujets ne manquent pas : le MENA, les services médico-sociaux de proximité, les enfants porteurs de handicap.
La nomination en cours de route d’un secrétaire d’Etat en charge politiquement de la protection de l’enfance -sans que son decret d’attribution ne l’enferme pas dans cette charge – est une opportunité.  Mais cela ne suffira pas si, au plus tôt, chacun des acteurs publics comme privés, nationaux comme territoriaux n’y voient pas clair sur qui fait quoi dans le champ public, question pendant de celle posée au sein des familles : qui fait quoi entre les parents, les grands parents et les beaux-parents ?
Troisième dimension : se  mettre en perspective . C’est à 5 ou 10 ans sinon plus qu’il faut réfléchir. Ainsi ce n’est pas la protection des 18-21 ans sortants de l’ASE, mais une réflexion sur les 18-25 ans en général, en mal d’insertion, qui doit être mise en place ; les MENA aujourd’hui dans l‘illégalité sont voués à rester en France : comment les intégrer à la société français plutôt que de les confinités dans l’illégalité avec tous les risques qui en décent pour la société ? Il ne faut pas changer la loi en réponse à la délinquance des plus jeunes si l’on ne met pas en place une stratégie de prévention  de la primodélinquante et accepter de mobiliser la société civile par-delà les professionnels, etc. ;
Si ces éléments de méthode ne sont pas suivis on continuera l’activisme et les effets d’annonce avec en contrepoint déceptions et fausses représentations.
La cause des enfants n’y gagnera pas et nous préparons des lendemains délicats : il est de l’intérêt national que les enfants  soient eux pris en compte dans le cadre d’une politique de l’enfance articulée avec la politique familiale, la politique sociale, la politique de l’éducation, l’accès aux soins, aux loisirs, etc.,
Ce pays en est-il capable ?
En tout cas il sera attendu au tournant le 20 novembre pour le 30 ° anniversaire de la CIDE.
 

La France condamnée à recevoir les enfants des français partis combattre en Syrie

Une centaine d’enfants serait parmi les survivants des derniers soubresauts de Daech. Leurs parents doivent-ils revenir en France ? Les enfants peuvent-ils rejoindre la France sans leurs parents ?
Les Etats européens concernés par cette question sensible au regard de l’ordre public et de leurs opinions sont divisés. Ici encore aucune position commune n’est envisagée. La Grande Bretagne et la Suède sont contre : les parents doivent être jugés sur place et leurs enfants demeurer avec eux ; la France, la Belgique sont plutôt pour envisager un rapatriement au cas par cas des enfants comme des adultes.
Le dossier est délicat tellement on avance dans l‘incertitude et l’horreur au regard de ce qu’ont vécu ou parfois fait ces enfants. Avant les considérations humanitaires la préoccupation est sécuritaire : la peur est presente. La graine de terroristes semée ne va-t-elle pas lever à terme ?
Il faut pourtant repondre, donc raisonner, et vite, l’évitement devient impossible. Le refus de faire (re)venir en France enfants et parents semble ne pas tenir.

Sur le plan sécuritaire, l’histoire et l’observation démontrent qu’on ne peut pas s’appuyer sur un traitement judiciaire local. Il n’est pas fiable. Il faut donc faire à la place. Il est nécessaire de se garantir durablement contre ceux, le plus souvent des hommes, adultes ou grands adolescents, qui ont porté les armes contre la coalition, spécialement contre le pays qu’ils aimeraient rejoindre aujourd’hui pour s’éviter le pire. Ceux-là doivent sans faiblesse être mis à l‘écart dans des lieux carcéraux dédiés, sur une très longue durée, pour éviter que dans deux ou trois ans, une fois leurs forces reconstituées, ils soient à nouveau un danger en revenant en Europe. La justice française forte de notre droit pénal est en mesure de veiller avec l’Administration pénitentiaire à les neutraliser. Encore faut-il, la démocratie ayant des exigences même s’agissant d’ennemis de la liberté, que les dossiers pénaux tiennent sur le fond et la forme. Il n’est donc pas impossible que le dispositif présente ici des failles aux conséquences graves Il est donc des risques qu’il faudra prendre et surtout assumer malgré les échéances électorales.

Laisser les mères là-bas serait tout aussi délicat. Ethiquement il serait insupportable à la France au regard des textes internationaux et de ses valeurs de les ignorer en Syrie et de faire venir les enfants en France. Sans doute s’opposeraient-elles à cette séparation. Outre leur attachement ces enfants sont leur viatique de survie.

Par définition ces enfants, souvent nés en Syrie sont français pour avoir un ou deux parents français même si l’on peut se demander à quel état-civil ils ont pu être déclarés et de quelle identité ils ont été dotés dans le contexte de leur naissance. La rumeur veut que certains juges français leur redonne un nom ! Ces enfants français ne doivent pas être plus avant punis de leurs conditions de naissance.

Bref, il est quasiment certain que les parents et les enfants français viendront ou reviendront en France. Nous y sommes condamnés.

La crainte première est de ne pas pouvoir déprogrammer les enfants – notamment les plus âgés, a fortiori des adolescents s’il en est – de qu’ils ont pu entendre depuis leur première enfance et de l’endoctrinement qu’ils ont supportés. Les documents journalistiques comme « Les lionceaux du Califat » ou les films de propagande de Daesh sont glaçants. Ces enfants étaient souvent préparés à devenir des martyrs. Ils ont vu la mort.

Pour les plus petits, on peut penser que cette influence n’aura pas été très profonde. En revanche, on peut entendre qu’on s’interroge et s‘inquiète pour ces enfants de 8 à 10 ans racontant, les violences en tous genres supportées, mais encore ce qu’ils ont vu ou ont été obligés de faire. Certains ont été entrainés à tuer et ont tué. Qui sait ce qu’il restera de ces traumatismes qui n’auront pas nécessairement été vécus comme tels pour tous ?

Pourtant on peut, on doit être confiants si on les accueille.

Il faudra déjà veiller à leur état de santé, faire un bilan complet de leur état et de leurs besoins, engager les soins qui s’imposent

On peut certainement fonder beaucoup d’espoirs sur ce que pourront leur procurer les familles appelées à les recevoir en s’attachant autant que de besoin à faire face aux traumatismes post-conflit. Fréquemment on pourra s’appuyer sur des grands-parents volontaires pour établir ou rétablir un lien leurs petits-enfants et les prendre en charge. On peut penser que ces grands-parents pourront jouer leur rôle sur la durée avec tous les aléas qui d’une telle démarche. Bien évidemment, pour d’autres enfants les familles d’accueil de l’Aide sociale à l’enfance ou de secteur associatif habilité devront être mobilisées pour leur offrir un univers sécure. Il faudra certainement beaucoup de doigté et de capacité à s’adapter à ces enfants venus de cet « enfer ».

Pour autant ce n’est sans doute pas la prise en charge en tant que telle qui suscite le plus de difficultés ou d’inquiétudes. Notre dispositif dispose de familles de qualité et d’un encadrement qui va être dédié sur cette prise en charge. Et puis, somme toute, le nombre de ces enfants n’est pas démesuré pour qu’ils ne puissent pas être absorbés au mieux.

Le problème tient dans l’influence que jouera demain ce qui va rester de l’environnement familial le plus proche, les mères le plus souvent, parfois le père survivant, dans leur réalité ou leur représentation. Dans une première période, plus ou moins longue, les contacts physiques seront plus que restreints du simple fait déjà de la sévérité dont la justice va faire preuve à l’égard des parents.
Juridiquement les faits de provocation d’enfants par leurs parents à s’engager dans une démarche terroriste pourront entrainer le prononcé d’un retrait d’autorité parentale. Que cette décision soit prise ou pas, il sera difficile aux enfants de faire abstraction de l’histoire de leurs parents, de leur présence, de leurs messages directes ou indirectes. Comme beaucoup d’enfants accueillis par l’ASE ils pourront vivre douloureusement cette séparation même si l’accueil se fait dans des conditions matérielles et humaines de grande qualité. Juge des enfants et éducateurs seront des mauvais objets pouvant à terme susciter la haine. A un certain de la pré-adolescence ou de l’adolescence on peut imaginer des réactions de la part de certains enfants pour réagir contre une séparation vécue comme injuste, Il faut encore compter avec des menaces réelles ou supposées du clan familial sur les familles d’accueil.

De fait les mères seront fréquemment présentes dans l’univers de leur enfant. De ce qu’on a pu voir et comprendre peu admettent s’être fourvoyées ; mieux elles revendiquent leur parcours et restent dans leur embrigadement et donc dans leur influence potentielle sur leur enfant. Va-t-il falloir là encore aller vers un retrait d’autorité parentale et comment le gérer ?

Le défi que ces familles posent au dispositif de protection de l’enfance est sûrement un des plus délicats qu’il aura eu à connaitre même si l’histoire France a été marquée par d’autres épisodes délicats pour des enfants si l‘on pense aux séquelles de l’Occupation allemande et des déportations ou encore aux boat-people des années 80.

Devant cette situation où nous ne maitrisons pas tout, une seule voie s’ouvre. Nous devons d’avoir foi – laïque – en nos capacités de résilience comme dirait Boris Cyrulnik. Rien n’est joué, rien n’est mathématique au sens où on ne peut pas garantir le résultat, mais nous sommes condamnés ici comme souvent à avoir confiance en nos propres valeurs. On doit pouvoir assurer la sécurité de ces enfants, leur donner confiance en eux et en l’avenir dans un univers autre que celui qu’on leur promettait un temps ou auquel on les destinait.

Le pire serait que nous refusions de relever ce défi en doutant de nos compétences. Nous tomberions dans le panneau terroriste qui vise à faire peur à l’adversaire au point où il a des pratiques contraires à ses convictions affichées. On l’a vu notamment au temps de la bande à Baader en Allemagne avec les conditions de détention faites à ces terroristes qui s’assimilaient en des actes de torture. Que dire des détentions sans condamnation à Guantanamo par les USA gendarmes du monde ?

Aucune voie est sans risque. Il nous faut donc suivre celle qui est la plus conforme aux valeurs auxquelles nous croyons, à nos utopies et … à nos engagements internationaux qui exigent que nous assurions la protection des enfants : nous ne devons séparer les enfants de leurs parents que quand cela s’impose et sur décision judiciaire ; dans la mesure où leurs parents détenus ne pourront pas les prendre en charge il nous faut offrir une protection de substitution ; nous devons maintenir les liens avec les proches si l’intérêt de l’enfant y appelle et les rompre si nécessaire ; tout simplement il faut offrir à ces enfants l’accueil dû à toute personne humaine tenant compte de leurs besoins fondamentaux, mais aussi les assurer d’un suivi spécifique au regard de ce que chacun aura pu vivre. Chaque décision doit être individualisée. Dans la mesure du possible l’enfant doit être associé à ces décisions, donner un point de vue dument pris en considération même si on ne s’y rallie pas. Bien évidemment il nous faut leur offrir un modèle de référence de vie qu’ils compareront in petto avec celui qui leur était proposé.

Faisons le pari qu’ils s‘y rallieront ! En tout cas l’immensité d’entre eux le fera. Ici encore nous n’avons pas d’autres choix que le pari de l’intelligence et de l’optimisme raisonné, fondé sur notre histoire sur celui de la réponse à court terme d’abandon de ces enfants à leur sort qui nous est proposée en alternative.

Un nouveau code pénal de l’enfance ? (737)

Le gouvernement s’apprête à légiférer sous forme d’ordonnance pour transformer l’ordonnance du 2 février 1945 en code de la la  justice pénale des mineurs.

Outre que l’on fait l’économie d’une vraie débat parlementaire et social cette refore s’impose-telle ?

Quels sont les objectifs visés? Affichage ou vrai problème technique à gérer?

Quelles sont les vraies priorités pour faire face à la délinquance juvenile ? Pour y repondre? Pour la prévenir?

N’y -t-il pas mieux à faire ?

Un code de l’enfance ?

Je vous propose un argumentaire pour décrypter ce projet préoccupant et inutile

ArgumentaireJPR Ord.1945 –

Vous pouvez le diffuser autant que vous le souhaiterez et nouer ici un débat

Cordialement

J P R

 

 

Etat d’urgence : pour un renouveau de la Protection de l’Enfance en Seine-Saint-Denis … et au-delà. 730

Je crois opportun de relayer ici le communiqué élaboré par 8 anciens responsables de la protection de l’enfance en relais à l’Appel lancé par les 15 juges des enfants du tribunal de Bobigny.

Les difficultés rencontrées en Seine Saint-Denis valent dans nombre de départements comme le prouve  notamment la réaction des magistrats du Nord, mais la Seine-Saint-Denis a ses spécificités et son histoire sociale qui justifient cette mobilisation exceptionnelle. Les pistes avancées valent pour le 93 et … ailleurs.

COMMUNIQUE :

Anciens responsables territoriaux, publics et associatifs, judiciaires et administratifs, ayant travaillé ensemble dans le secteur de l’enfance et de la jeunesse de ce département, nous sommes toujours concernés par sa situation, et par l’intérêt qui y est porté aux problématiques de l’enfance.

Lors de notre activité professionnelle, nous avons toujours accordé une place prépondérante à une coopération pertinente et efficace entre les institutions, de telle sorte que chacun soit co-responsable et co-auteur de la mission de protection de l’enfance à travers celle de son institution.
Si la protection de l’enfance est en danger sur ce territoire, c’est parce qu’elle est au carrefour de toutes les politiques publiques : enseignement, logement, santé, prévention, insertion, emploi, justice, sécurité. Autant de leviers d’une politique globale de protection et de prévention efficace.

Or, les politiques publiques ne sont pas à la hauteur des besoins des habitants du territoire et l’ensemble des professionnels – de l’Etat notamment – subissent la défaillance de l’action publique. Le sentiment de perte de sens de la mission est partagé par le policier, le juge des enfants, l’éducateur, l’enseignant. Malgré leur engagement et celui de tous leurs partenaires agissant à proximité des habitants et des citoyens, concourant au maillage territorial nécessaire, la réponse aux besoins des plus fragilisés est insuffisante.
Cette situation n’est pas nouvelle. Il y a déjà 20 ans, nous lancions les Etats Généraux de la Protection de l’Enfance, avec les services de l’Etat, du Département et les associations, puis en 2005 l’Appel des 100 pour le renouveau de la protection de l’enfance, qui a débouché sur l’élaboration de la loi du 5 mars 2007. Nous gardons aussi en mémoire le vertigineux sentiment d’échec que nous avions partagé au lendemain des révoltes sociales de 2005 qui ont vu s’embraser les cités et fait entendre la souffrance d’une jeunesse aux prises avec un non moins vertigineux sentiment d’abandon.

Dans ce contexte, les acteurs sociaux ont souvent su inventer et éprouver de nouvelles pratiques adaptées à ces caractéristiques, quelquefois généralisées ensuite à l’ensemble du pays.

Aujourd’hui, les difficultés du territoire et de sa population s’aggravent, les politiques prioritaires de l’éducation nationale et la politique de la ville s’essoufflent et ne remplaceront jamais les politiques de droit commun. L’action publique est en crise, l’Etat recule, comme nous le
rappelle le rapport d’information parlementaire du 31 mai 2018 consacré aux missions régaliennes de l’Etat en Seine-Saint-Denis.
Alors oui, sans nier les efforts spécifiques et ponctuels qui ont pu être développés, nous réaffirmons qu’il est temps que l’Etat accorde à ce département, sur le terrain de la protection de l’enfance et de l’ensemble des politiques publiques (éducation, logement, santé, transports …) qui contribuent à la protection de l’enfance, les moyens humains et financiers à la hauteur des besoins des habitants et des professionnels.

Nous le savons depuis longtemps, aucune institution ne peut agir efficacement seule ; s’il est un territoire où le partenariat et la coopération entre les différents acteurs s’imposent, c’est bien celui de la Seine-Saint-Denis, et s’il est un domaine où il en va de même, c’est bien celui de la Protection de l’Enfance.
Pourtant, le fonctionnement vertical et hiérarchisé de l’Etat et de ses administrations, comme celui des collectivités territoriales, ne favorise pas le partage et la recherche d’une meilleure efficacité, deux notions fondamentales pour sortir de l’enlisement.
Chaque administration, chaque association, chaque entité, élabore son projet territorial et y décline son propre partenariat.

Il serait temps de changer de point de vue et d’élaborer un projet départemental commun à l’ensemble des acteurs – dont les premiers concernés, les habitants eux-mêmes. Il est temps que chacun prenne part à l’action publique de proximité visant à l’amélioration des conditions de vie de tous. Cette perspective doit s’appuyer sur l’élaboration de formations communes aux différents acteurs, permettant d’expliquer les différents points de vue, de comprendre les apports des uns et des autres et d’apprendre à mieux travailler en inter-métiers, Une telle initiative devrait faire l’objet d’un bilan annuel partagé, faisant état de la réalisation d’objectifs communs. Elle pourrait impliquer la réunion d’assises départementales tous les deux ans par exemple, et concernerait tous les intervenants du champ de l’enfance.
Ainsi pourraient se fixer des objectifs communs et croisés, et s’élaborer de nouvelles pratiques susceptibles de répondre aux difficultés particulières de la Seine-Saint-Denis.
Un Comité permanent serait chargé du suivi du projet territorial. Il pourrait prendre place au sein de l’observatoire départemental de la protection de l’enfance, seule instance désignée sur la mise en œuvre de cette politique globale.

La protection de l’enfance doit relever d’une politique publique nationale clairement soutenue et elle est aussi une responsabilité commune de l’Etat et du Département. Chacun a des responsabilités propres qu’il lui convient d’assumer pleinement tout en veillant à les articuler. Cela suppose un climat de confiance régulièrement renouvelé. Il leur revient ensemble et séparément de doter des moyens adaptés les services et acteurs associatifs de la mission de service public.

Par ailleurs, force est de constater que les carences ressenties en Seine-Saint-Denis peuvent être étendues sur l’ensemble des territoires en France.
La réduction des services sociaux de proximité et la non mise en œuvre des mesures judiciaires dénoncée par les magistrats de Bobigny et d’autres tribunaux peuvent s’avérer catastrophiques.
Nous devons être particulièrement inquiets sur ce qu’à brève échéance peut produire ce désengagement public pour les familles les plus fragiles et les enfants.

Marc BABLET, Inspecteur d’Académie adjoint Education nationale Seine St Denis 2006-2013
Marc BRZEGOWY, Directeur départemental de la Protection Judiciaire de la Jeunesse 2000-2004
Maryse LEPEE, Directrice départementale des Affaires Sanitaires et Sociales Seine St Denis 1989-1995
Bénédicte MADELIN, Directrice Profession Banlieue Seine St Denis 1993-2014
Marie Rose MORO, Professeur de Pédopsychiatre Chef de service de psychiatrie Hôpital Avicenne, AP-HP, Bobigny 1999-2010
Claude ROMÉO, Directeur Enfance famille Conseil départemental Seine St Denis 1988-2008
Jean-Pierre ROSENCZVEIG, Président du Tribunal pour enfants de Bobigny, Seine St Denis 1993-2014
Mireille STISSI Directrice départementale Protection Judiciaire de la Jeunesse 2004-2009

Un code de Justice pénale des mineurs ? Une non urgence 729

.La ministre de la justice a dérouté son monde en annonçant à l’Assemblée le dépôt d’un amendement à la loi Justice visant à autoriser le gouvernement à reformer l’ordonnance sur l’enfance délinquante du 2 février 1945 par … ordonnance.
Lors d’une question orale, après qu’une enseignante se voit vue menacer d’un pistolet factice par un élève revendiquant être marqué présent à un cours, la ministre avait dans le même souffle avancé que la loi avait bien fonctionné (arrestation, déferement, mise en examen, mesure éducative) et annoncé une réforme de ladite loi. Un raisonnement déjà original.

Déjà la forme de l’annonce faite le 21 novembre surprend. Une mission sénatoriale travaille depuis plusieurs mois sur la justice des mineurs (entendons sur la justice pénale des mineurs négligeant que la justice s’occupe aussi des enfants en danger pour … qu’ils ne soient pas délinquants) ; l’Assemblée aussi a engagé des travaux. Et le gouvernement faisant table rase dit aux parlementaires : « Donnez-moi un feu vert et je reviendrai vers vous avec un texte bouclé sur lequel vous pourrez réagir ! ». Drôle de conception du débat parlementaire et de la co-construction de la loi entre exécutif et législatif! Où est l’urgence ? Les allemands ne sont plus en France comme le 2 février 1945 ! On peut réfléchir sereinement. Et puis on l’oublierait la délinquance juvénile baisse depuis 5 ans.

Sur le fond on est tout autant surpris par les arguments développés.
Il faut juger vite nous dit la ministre pour que les jeunes intègrent la loi et l’interdit et sentent qu’ils ne seront pas dans l’impunité et la toute-puissance. Et d’ajouter qu’il faut s’abstraire de tout sans angélisme tout en souhaitant voir mise en œuvre des mesures éducatives. Concrètement sur ce terrain elle projette nous dit-on de développer le recours à la césure du procès pénal c’est-à-dire à cette disposition procédurale déjà existante qui veut le jeune soit tenu rapidement pour coupable s’il l’esse prononce rapidement sur la culpabilité des faits, des faits délictueux doit-on préciser car on ne pourra pas user de cette procédure pour les crimes. Ensuite le juge appréciera la sanction à développer.
La césure du procès pénal est déjà possible par la loi et les juges l’utilisent. Peut-être pourraient-ils plus l’utiliser plus souvent. En l’état la justice est désarmée pour juger rapidement. Ce qui ne signifie pas qu’elle renonce à réagir vite et fort pour marquer des limites. Le jeune sortant de la garde à vue de 24 ou plus souvent 48 h, si les faits ou sa personne le justifient sera fréquemment conduit au tribunal et séjournera jusqu’à 20 H au Dépôt ; accompagné d’un avocat il verra un juge qui le mettra en mis en examen et abordera, en présence de ses parents, son mode de vie ; le juge prendra les décisions d’ordre public ou éducatives qui s’imposent : contrôle judicaire ou saisine du JLD pour placement en détention, liberté surveillée ou/et mesure de réparation , départ de la maison et accueil en famille ou en institution. A la clé la possibilité de faire placer le jeune en détention provisoire. A Bobigny un tiers de jeunes déférés pour lesquels le parquet demandait mandat de dépôt étaient incarcérés au sortir de la GAV.
Mieux, pour les jeunes déjà connus de la juridiction qui n’en font qu’à leur tête, à travers la procédure de présentation immédiate le parquet a la possibilité de saisir directement le Tribunal pour enfants, sans passer à la case juge des enfants, pour obtenir une condamnation avec notamment de la prison ferme.
Bref, la loi permet d’ores et déjà juger vite. Encore faut-il que ce soit l’enjeu. Beaucoup de responsables politiques sont convaincus que le temps qui sépare aujourd’hui la mise en examen et le jugement – 8 mois en moyenne – est du temps perdu par des juges qui peignent la girafe. Que nenni ! Il est mis à profit pour s’attaquer avec les services sociaux, notamment Protection judiciaire de la jeunesse et les associations habilitées, aux problèmes que rencontrent le jeune. C’est même un levier pour le juge que de dire au jeune : « Tu seras jugé sur trois choses. Ce que tu as fait et sur ce que tu étais , ces deux points étant déjà dans le dossier, mais aussi sur ce que tu es devenu depuis ta mise en examen. Tu évolues positivement et la peine encourue sera singulièrement estompée ; tu réitères et tu seras puni plein pot. A toi de jouer ! »
On en oublierait que la justice des mineurs n’est pas une sous justice de majeurs qui distribue des peines, mais une « action sociale judiciarisée » qui vise à transformer la personne sous la contrainte du juge, à faire en sorte qu’un jeune un temps en conflit avec la loi ne le soit plus au moment du jugement qui clôt l’affaire !

La ministre avance aussi son légitime souci de protéger les victimes. Bien évidemment elles sont concernées par le procès pénal et doivent encore être mieux traitées sachant qu’on vient de loin. Mais force est de constater que souvent la victime a besoin de temps pour préparer son dossier et chiffrer son préjudice sinon pour apporter la preuve. Il lui faut faire l’inventaire des biens volés ; il faut que la blessure soit consolidée. Tous sont juges des comparutions immédiates pour adultes attesteront que ce n’est ne pas lui rendre service que d’aller trop vite dans le jugement : on risque de produire l’effet exactement inverse.
Quand on regarde de près ce qui se trame on trouve encore la formalisation d’un âge sous lequel il ne pourrait pas y avoir de poursuites pénales en quittant le concept subjectif de discernement que l’on estime généralement acquis à 7/8 ans. On fixerait cet âge à 13 ans. Pour le coup on n’est pas dans registre de la répression, mais dans celui de la déjudiciarisation.
Certes on répondrait aux termes de la CIDE (Art 37 et 40) et aux recommandation du Comité des Experts de l’ONU. Mais quel âge retenir : 7/8 ans comme c’est de fait le cas aujourd’hui ; 10 ans (Nallet 1992), 12 ans (Varinard-Fillon 2008) , 13 ans (Taubira 2014) ? Se pose surtout la question de la réponse qui devra être apportée aux enfants de 11-12 ans et un peu plus qui feront bêtises sur bêtises si la justice n’intervient pas. Les tenir pour des enfants en danger ? Mais les juges des enfants sont submergés et surtout l’ASE exsangue alors confrontée à un nouveau transfert de charges vers les departements. Mandater le maire comme la tendance naturelle avec le Conseil Droits et devoirs des familles de 2007 ? Mais avec quelles garanties ?

Les ressorts de la justice pénale des mineurs restent bons : tribunaux spécialisés, éducative, responsabilité pénale atténuée. Ils ne justifient pas une réforme a minima comme celle qu’on nous laisse entrevoir, sauf à retirer au juge des enfants le pouvoir d’instruire comme le précisait le rapport Varinard et la reforme Taubira pour repondre aux injonctions du Conseil constitutionnel de 2011 qui tient le juge des enfants à la française pur partial quand c’est justement sa qualité.

Mais est-ce la priorité que de s’attaquer à la loi ?
Je dis et répète que la priorité est que les mesures éducatives prononcées par le juge soient réellement mises en exercice dans les 5 jours , comme le veut la loi de mars 2012. Faute de moyens et de culture de la gestion de l’urgence on est loin du compte ; les mesures ne sont pas rapidement attribuées ; elles ne sont pas rapidement mises en œuvre ; le même éducateur ne peut pas suivre 25 situations. On alignerait les limites actuelles
Il est urgent de doter les juridictions des moyens qui leur sont nécessaires et déjà en rompant avec le monopole accordé à la PJJ sur les mesures de liberté surveillée.
Alors pourquoi la ministre s’engage-t-elle dans la voie annoncée hier ?
On peut avancer deux pistes. Tout d’abord il faut afficher une présence politique sur un secteur régalien et une nouvelle fois les mineurs sont la cible parfaite pour ce petit jeu. On l’a vu dans la plupart des précampagnes électorales sauf la dernière.
Deuxième explication : la GDS sait qu’elle n’a pas les moyens pour créer les postes éducatifs nécessaires ou pour renforcer les moyens judiciaires à hauteur des besoins malgré les efforts consentis. On détourne l’attention sur un changement de la loi quand le problème est ailleurs. Il faudrait notamment faire l’inventaire de l’existant, des réponses éducatives apportées, de leur efficience, mais encore de l’état des institutions publiques – la protection judiciaire de la jeunesse – ou privées – le secteur associatif –  qui les portent. Le meilleur y côtoie le pire. Comment les articuler entre elles ? Et articuler les collectivités territoriales avec l’Etat et le secteur habilité? En quoi une nouvelle écriture de la loi pénale va-t-elle apporter une quelconque réponse?

En tout cas on ne doit pas s’attendre à grand-chose de cette démarche sinon de perdre du temps. Si on entend reste dans les clous des engagements internationaux souscrits par la France et des contraintes posées par le Conseil constitutionnel en 2002 la marge de manœuvre est étroite : on ne peut pas glisser vers un droit pénal des mineurs qui se rapprocherait trop de celui des majeurs. Certains demandent qu’on abaisse la majorité pénale à 16 ans pour juger les 16-18 ans comme des majeurs. Solution impossible du fait de la posture du Conseil constitutionnel et de la CIDE dont on s’apprête à commémorer le 30° anniversaire.
Bref beaucoup d’agitations pour pas grand-chose et le vrai problème n’est pas traité : apporter à tout enfant en conflit avec la loi la réponse adaptée en mobilisant sa famille et des travailleurs sociaux.
Nous proposions en son temps avec Cl. Goasguen député LR, et bien d’autres, un code de l’enfance qui traite des droits des enfants et en même temps donc de leurs devoirs. Ch. Taubira s’y était engagée ; son administration avait freiné des quatre fers. Le nouveau monde nous promet un code de la justice des enfants quand De Gaulle nous avait doté d’une ordonnance sur l’enfance délinquante. L’enfance était au cœur. Ça avait une autre allure. Aujourd’hui c’est la justice qui est jugée prioritaire.