Sécurité et enfants : un demi-pas en arrière, trois pas en avant ( 397)

avocats0061.1238625074.gifLa page sécuritaire continue de se remplir jour après jour. Le JDD de ce week-end nous annonce que l’UMP renonce à mettre les parents en prison, mais pour autant le Sénat vient de voter la comparution immédiate pour les mineurs et accepte de valider l’accord franco-roumain qui permet au parquet de réacheminer vers leur pays les enfants trouvés en délinquance en France.

Sur le projet de responsabiliser les parents droit pénal au poing Eric Ciotti se défend de faire marche arrière après les remous suscités par sa proposition de l’été visant à permettre, comme le préconisait le président de la République dans son discours de Grenoble, l’incarcération des parents dont les enfants ne respecteraient pas les obligations judiciaires come de ne pas fréquenter tel lieu ou telle personne, d’être scolarisé ou confié à un foyer.

Tout au plus M. Ciotti accepte-t-il d’admettre avoir mis un peu d’eau dans son vin. Pas de prison certes, mais des poursuites pénales avec à la clé une forte amende de 7 000 euros et un stage de parentalité sachant que l’article 227-17 du code pénal prévoit déjà pour un non exercice dommageable de l’autorité parentale une peine de 2 ans d’emprisonnement et que chaque année 200 condamnations sont prononcées sur cette base ! Il n’en demeure pas moins que la disposition remaniée pose à tout le moins deux problèmes juridiques majeurs.

Première difficulté : n’introduit-on pas la responsabilité pénale du fait d’autrui ? Ce serait une première en France. Jusqu’à aujourd’hui chacun est pénalement responsable de sa faute personnelle, volontaire ou involontaire commise. Avec le projet Ciotti la faute de l’enfant qui ne respecterait pas les instructions judiciaires vaudrait au parent d’être puni. L’attitude de l’enfant ferait de son parent un délinquant ! Voir le post n°

Le député s’en défend en avançant qu’il s’agit de poser la présomption que si l’enfant entre enrebellion judiciaire c’est bien que son parent n’a pas voulu se faire obéir de lui. Obligation de moyens ou obligations de résultat ? Quid si le parent démontre avoir tenté, voire le procureur lui-même pour n’avoir pas su prendre ou requerir les mesures adaptées. Ainsi qu’en sera-t-il s’il est démontré que le parent a demandé que son enfant aille en maison de correction sinon en prison et que la justice n’aura pas accepté ou tout simplement n’aura pas pu mettre à exécution comme elle le fait souvent un projet de « placement »?

En tout cas, il faut attendre de voir le texte déposé par M. Ciotti et l’issue du débat parlementaire pour savoir s’il nous est proposé pour une efficacité douteuse une nouvelle entorse majeure à notre droit pénal.

L’autre question posée par le projet Ciotti est tout aussi délicate car l’idée est bien de demander au procureur de prononcer une injonction contre les parents et, si ceux-ci s’y dérobent, de les faire condamner. On s’oriente là aussi dans une voie sacrément préoccupante qui verrait le parquet prendre des décisions pénales contraignantes contre les gens quand jusque là ce pouvoir était réservé aux juges, certes à la demande du parquet, mais après un débat contradictoire, une défense pouvant s’exprimer et des recours étant ouverts. Quel débat est prévu dans le nouveau dispositif ? Quelle défense ? Quels recours contre un procureur qui prendrait cette « ordonnance de probation »

TintinOn retrouve somme toute la même démarche dans le dispositif – deuxième projet – décidé avec les autorités roumaines qui voudrait que désormais le procureur, et non plus le juge pour enfants dont on se méfie plus que jamais, décide du rapatriement dans son pays d’un enfant roumain, souvent rom, pour avoir été pris en France à commettre des délits. Pas de débat contradictoire là encore pour quelque chose qui ne peut pas ne pas s’assimiler à une décision d’expulsion quand les mineurs par définition sont inexpulsables !

Il ne s’agit pas de nier qu’il y ait un problème spécifique avec ces enfants avec quelques centaines d’enfants utilises pour voler dans les transports ou cambrioler quand ils ne se prostituent pas, mais il ne date pas d’aujourd’hui. De là à violer aujourd’hui nos règles fondamentales il y a un fossé ! D’autant que le problème de fond ne sera pas traité ni même abordé. On sait que les roumains expulsés même avec leur accord formel reviendront souvent. Le fait qu’on se ménage plus facilement que par le passé la preuve de leurs différentes interpellations n’y changera pas grand-chose. Mais plus grave : les enfants roms sont voués à des prisons peu ragoutantes quand ils ne seront pas carrément en danger sur leur vie de n’avoir pas pu respecter l’accord passé avec leurs parents !

5076enfantsprison.1176414614.gifEnfin – troisième régression conjoncturelle -, le Sénat a voté malgré l‘avis de sa Commission des lois la comparution immédiate pour les mineurs de plus de 16ans déjà condamnés dans les six mois précédents. On est en train d’en finir, coup de butoir après coup de butoir, avec le droit pénal spécifique des enfants. Désormais s’il y a lieu à démarche éducative pour s‘attaquer aux problèmes de fond des enfants délinquants ce ne sera que dans la contrainte. Par cette posture coercitive, le pouvoir politique tente de pallier les carences des démarches éducatives développées dans la dernière période. Il ne sait plus se donner le temps et les moyens de s’attacher aux problèmes de fond ; il se raccroche à une illusion : la certitude d’une sanction est de nature à prévenir la récidive ! Illusion. Ou démission ?

En vérité, le mal est profond. L’action éducative avait des chances d’aboutir quand la société en développement permettait d’espérer raccrocher un wagon pour ces jeunes qui avait loupé le départ du train de l’insertion sociale. Certes ils ne seraient pas polytechniciens mais avaient une chance quand même de vivre correctement avec un « petit boulot », une « petite » formation, un « petit » revenu, une « brave » femme aimante et de chouettes enfants. Le temps des Trente Glorieuses est loin !

peoples_184.1185300072.gifAujourd’hui la société semble signifier qu’elle prend acte que la fracture sociale est définitivement acquise. Il ne s’agit plus de tenter d’essayer de prendre une passerelle qui n’existe plus, mais de contenir ceux sont de l’autre bord. Quel aveu d’impuissance !

Nota : Pour ne pas tout voir en noir : saluons pour nous en réjouir pour eux et leurs parents que le programme 2009-2014, consécutif à la Conférence nationale de juin 2008 de création de structures en faveur des enfants porteurs de handicaps, se déroule globalement selon les prévisions. Je rappellerai qu’il y a encore peu les pouvoirs publics refusaient d’admettre ce que nous disons depuis des années à savoir que pour le moins 15 000 enfants porteurs de handicap ne sont pas scolarisés (in ASH du 8 octobre 2010).

Outrage à agent : Police/Justice à deux vitesses ? (396)

 avocats0061.1238625074.gifD’évidence on n’apprend pas aujourd’hui par hasard que, voici 18 mois, le Directeur général de la police nationale (DGPN) a du aller chercher son fils de 16 ans au commissariat du VIII°. Tout ca sent de loin le mauvais coup.

En état d’ébriété, le jeune zigzaguait en deux roues sur les Champs Elysées. Interpellé il aurait menacé un policier de le faire muter à la circulation après l’avoir traité de « pauvre con » (sic) et accusé de faire »un métier de con » (Le Monde du 17 septembre 2010). Chaque parent porte sa croix ! Et il y a pire.   Laissons de côté ce qui a pu dans cette histoire se jouer au commissariat ou autour. Pour autant on a le droit d’y réfléchir.  

A lire la presse il n’y a pas eu de déférement devant un juge des enfants quand les parquets ont donné comme instruction que toutes les atteintes ou outrages aux représentants de la société (policiers ou enseignants notamment) fassent l’objet d’une présentation – men,ottes au pong doit-on préciser ? – au tribunal au sortir de la garde à vue. En l’espèce, rien de cela. Le père ayant présenté ses excuses le jeune est reparti avec lui pour solde de tous comptes. Il n’est pas sûr que cela ait été sur l’instant très pédagogique pour l’intéressé qui aura pu mesurer qu’il n’avait pas de tort de penser que selon qu’on est puissant …  

Relevons qu’en l’espèce les syndicats de police ne se sont pas évertués à dénoncer le laxisme face l’outrage fait à leur collègue – et que dire des menaces qui senbtent le vécu ? -, mais ils ont eu plutôt le souci de dénoncer l’attaque contre un grand policier ! Sincérités successives oblige !  Dans l’actualité on trouverait malheureusement mille exemples de justice à deux vitesses. Reste qu’il va être plus difficile que jamais de dire aux jeunes qui, tous les jours, nous sont déférés pour un outrege-rebelion des banlieues que cela est justice. Il ne s’agit pas ici de regretter l’absence de déférement , voire même de poursuites pour outrage du fils du DPGN, mais de souhaiter que, comme par le passé, tous les enfants dont les parents font preuve d’autant de présence et de mobilisation auprès de leur fils défaillant soient l’objet d’un traitement policier et judicaire prenant en compte cet encadrement familial. 

Apparemment fiston n’a pas récidivé, preuve que la mesure de « remise à la famille » a été efficace.

On s’en rejouit.

Pour les enfants Roms et à leurs futurs enfants : comment rompre la chaine ? (393) ?

avocats0061.1238625074.gifEn instrumentalisant cet été le grave incident de Saint-Aignan, en pointant du doigt la communauté rom et en expulsant vers la Roumanie ou la Bulgarie ceux qui lui tombaient entre les mains, le gouvernement a pris – consciemment ou non – un risque majeur.

Certes il s’est attiré les foudres de ses opposants qui ont pu d’autant plus aisément dénoncer la grossière manœuvre politique engagée sur le thème de la sécurité que tous les journaux avaient dès le début de l’été annoncé la démarche adoptée pour détourner l’attention de l’affaire Woerth-Bettancourt et préparer les termes d’une rentrée chaude.

Fustiger les parents des enfants délinquants et mettre en cause les jeunes en général et les enfants en particulier passe encore ; pointer une communauté, raser des cabanes ou détruire des caravanes, embarquer hommes, femmes et enfants dans des avions en prétextant leur accord, revenait à pousser fort loin le bouchon. Tellement loin que les instances internationales devaient réagir médiatisation de l’information oblige : elles n’ont pas manqué de le faire quitte à caricaturer, pas mécontentes de se faire les dents sur la patrie autoproclamée des droits de l’Homme toujours prête à donner des leçons aux autres Etats.  L’Eglise elle-même s’y mise sautant sur l’occasion pour se redonner une bonne image.

Certes cette politique a pu séduire une partie de l’électorat, passé ou à venir, de la majorité, mais au sein de cette même majorité, des grandes consciences, notamment trois anciens premiers ministres,  – excusez du peu –  ont exprimé leur condamnation parfois avec une virulence jamais vue. On est loin du trouble exprimé par Laurent Fabius, alors premier ministre, lors de la visite du général polonais Jaruzelski chez le président François Mitterrand.

Le premier ministre actuel devait lui-même prendre avec mille précautions oratoires ses distances avec la stratégie menée par l’Elysée et l’Intérieur.

Bref, la sensibilité sociale de l’actuelle majorité n’adhère pas au procès fait aux Roms et à la stratégie qui s’en suit. Il n’est pas dit que la brisure ne soit pas profonde à partir de ce sujet.

En tous cas, face à un problème plus que séculaire, sur un dossier à portée internationale, avec tant de dimension à prendre en compte, les pouvoirs publics ont joué aux apprentis sorciers oubliant les leçons de l’histoire, notamment les plus mauvaises heures de l’Europe du 20° siècle.

Objectivement la vague de fond d’une très grande violence qui a été déclenchée est en train de prendre toute sa vigueur et nul ne sait jusqu’où ira le ressac ! Le prix pourra être très lourd à payer en souhaitant qu’il n’entraine pas d’actes racistes comme en Pologne avec des morts à la clé.

Les roms roumains essentiellement et bulgares sont visés, mais c’est tout le groupe des gens du voyage qui directement ou indirectement a pâti de ce qui s’est joué. Aujourd’hui on essaye bien d’introduire un distingo entre les gens du voyage bien de chez nous et français et les roms, sinon les roumains.

Reste que bien plusieurs milliers de roms roumains, bulgares ou de l’ex-yougoslavie vivent dans des conditions quasi moyenâgeuses à quelques encablures de chez nous. Au beau milieu de ce maelstrom il y a des enfants  qui vivent très souvent dans des conditions effroyables. Le fait n’est pas d’aujourd’hui et il est difficile de prétendre le découvrir. Il est régulièrement montré aux journaux de 20 heures à l’occasion de reportages sur tel ou tel démantèlement de camps. On la généralement toléré au nom de l’idée qu’on ne peut rien faire contre. Qu’à tout le moins les distances soient gardées. On frise l’hypocrisie et la mauvaise foi.

Quotidiennement, malgré la difficulté de l’exercice, des mains leur sont tendues par des associations, mais aussi par des municipalités, des administrations d’Etat, par des travailleurs sociaux ou encore des enseignants. Ainsi Médecins du Monde fait un travail extraordinaire en Seine Saint Denis. Tous, par-delà leur engagement, ont l’impression d’un puits sans fond, d’un problème insoluble qui les dépasse par sa complexité et ses pesanteurs, ses représentations et ses blocages..

En tout cas, force est de constater que la plupart des enfants de ce monde rom ne sont pas scolarisés. Ils ne sauront jamais ni lire ni écrire et souffrent déjà de ce fait d’un handicap majeur. Nombre sont utilisés pour mendier seuls ou en accompagnant des adultes et, bien sûr, il ne faut pas le nier, nombre de jeunes personnes, parfois tentant de se faire passer pour mineures, parfois de très jeunes enfants, sont dans la délinquance depuis le vol de portefeuille ou de sac dans les transports en commun jusqu’aux cambriolages. Une nouvelle fois il faut dire qu’il existe une industrie du vol dont les enfants sont les petites mains manipulées par des adultes, leurs parents ou d’autres. La police, mais aussi la presse ont de longue date mis en exergue tout cela dans des enquêtes ou des reportages.

J’ai notamment en tète deux document datés des années 80.

L’un est un reportage-photos fait par la Préfecture de Police de Paris montrant des enfants emmenés le matin depuis les boulevards périphériques ou étaient à l’époque stationnées voitures et caravanes pour aller visiter des pavillons de banlieue, pour être repris par une voiture, aller déposer l’argent pris dans des livres chez Gibert Jeune, argent récupéré par des adultes pendant que les enfants revenaient sur les Extérieurs. A l’époque, les policiers chiffraient à 5000 francs (700 euros) le rapport journalier de chaque enfant et l’on évaluait à 300 le nombre d’enfants mobilisés en région parisienne.

L’autre document est un film de fiction-réalité, très poignant, restituant l’histoire d’un journaliste enquêtant sur le sujet en Italie avant d’être assassiné pour ce qu’il avait découvert. Il met en évidence comment des enfants étaient littéralement vendus part leurs parents kosovars pour être formés dans des écoles du vol en Italie et envoyés travailler en Hollande, Belgique ou France au bénéfice d’un réseau.

Ici comme ailleurs, nier la vérité au nom de l’angélisme ou pour excuser la lutte contre la pauvreté, le racisme ou l’exclusion  ne sert à rien.

Tous les Roms ne sont pas des voleurs ; nombre sont très  insérés, parfois come ceux que j’ai croisés en Roumanie, hauts fonctionnaires

C’est l’absence de scolarisation des enfants qui les condamne généralement à s’inscrire dans cette démarche délictuelle du moins un certain temps, avant d’être « trop vieux », moins habiles ou opérationnels et surtout de  prendre le risque d’une répression implacable.

Car ces jeunes se font régulièrement interpeller Ils tentent, souvent avec succès d’échapper aux foudres judicaires en jouant sur leur âge, sur leur identité mal établie et surtout sur les points faibles de notre dispositif législatif face à des pratiques de cette nature. On n’incarcère pas avant 13 ans, la détention provisoire à juste titre a été resserrée, nous avons quelques scrupules à l’incarcération des enfants, nous essayons d’être dans une démarche éducative, etc.

Il n’y a pas un travailleur social, un procureur ou un juge qui n’ait un jour, et parfois le lendemain, tenté la démarche de faire accueillir ces jeunes par une structure éducative, recherché une école plus ou moins officielle. Nous jetons très loin le fil pour accrocher tel ou tel. Régulièrement nous avons bon espoir ; la vérité veut de dire que nous échouons. La déception est forte à chaque fois. La force de la communauté l’emporte sur la dynamique que nous tentons de créer. Le jeune ou la jeune fille ne se sent pas capable, même si il ou elle est sincère, quand il ou elle souhaite prendre la maitrise de sa vie car cela implique de rompre avec les siens. Un choix leur est proposé trop lourd a assumer si ce jeune décide de vivre autre chose que ce qui est proposé.

Quand la famille est déjà lointaine, nous avons de meilleurs résultats et nous arrivons à soustraire des enfants roms ou non des vols dans les parcmètres ou de la prostitution.

Je rassure le lecteur : foin d’angélisme, comme magistrats, nous appliquons aussi les termes répressifs de la loi : sur toute présentation au juge de permanence une date est donnée au jeune où il sera jugé et une peine sera prononcée avec exécution provisoire qui lui vaudra incarcération dès la première interpellation. Nous manions la détention provisoire quand elle est possible avec le souci de faire pression sur le commerce du vol en l’insécurisant. Objectif limité mais obligé ! Certains se saisissent de l’opportunité que nous leur offrons – scolarisation contre non incarcération -– et tout le monde y trouve son compte – Mais si peu !

A mon avis nous échouerons encore et encore à apporter une réponse aux racines du problème tant que nos sociétés ne permettront pas aux membres de cette communauté, notamment aux enfants d’aujourd’hui et de demain, de vivre en ayant plusieurs cultures, de suivre leur route sans rompre avec leurs valeurs, de vivre un métissage. Pour le coup est évident que la responsabilité de la communauté rom est non négligeable. Certains se sont sédentarisés ici comme ailleurs ; beaucoup n‘imaginent pas de l’être : leur liberté c’est de pouvoir s’installer où ils veulent. Mais qui dit qu’ils doivent se sédentariser ?

Nul n’ignore qu’en pratique il sera extraordinairement difficile d’atteindre de convaincre nombre de familles roms de scolariser leurs enfants en se posant ou pas à tel endroit, mais il faut encore réunir les conditions de la scolarisation (des aires, des écoles ou des enseignants détachés, etc.).

Le pari est certes plus dur à gagner qu’en 1882 où il a fallu l’armée pour permettre la scolarisation, quand la loi rendait la scolarisation obligatoire pour tous les enfants de France.

Il va falloir travailler avec les responsables de la communauté rom – il y en a et en 1984 nous avons travaillé avec eux – pour mettre en place des plans sur le long terme pour permettre aux roms de vivre leur vie de rom dans le respect des règles d’ordre public de nos pays. La scolarisation est une .

Au lieu de cela on a exacerbé la défiance.

Les enfants trinquent. Ils sont discriminés, ils sont maltraités, ils sont mal soignés, ils ne sont pas scolarisés ; ils n’ont pas d’autres espoir que d’avoir des enfants qui eux-mêmes vivront ce qu’ils vivent.

Le rôle des pouvoirs publics n’est-il pas de faire leur place dans la société aux plus fragiles ?

Bien évidemment le problème n’est pas franco-roumain. Sa dimension transnationale implique tous les européens mais pas en jouant à la patate chaude. Ici et à l’Est de l’Europe nous sommes contraints à mener une politique visant à l’insertion quand nous en restons à l’exclusion ou au confinement. Qui peut miser un seul centime d’euro sur le fait que des rom renvoyés en Roumanie vont y rester ? On peut faire du retour un délit, mais rien ne sera réglé. L’exercice à ses limites, y compris politiques.

Espérons que l’on saura réparer le mal causé cet été en mettant sur pied un plan qui s’inscrive dans la durée et soit fondé sur la confiance et un engagement sincère. A défaut nous violerons plus que jamais les termes de la Convention internationale sur les droits de l’enfant qui garantit le droit à l’éducation et condamne les discriminations.

A quand les « Jeunesses socialistes » ? (392

avocats0061.1238625074.gifLa droite expulse, la gauche va-t-elle militariser ?

D’évidence sur le thème de la sécurité, le PS est encore dans la rhétorique et les grands principes comme par exemple de ne pas opposer prévention et fermeté. A preuve le discours de Martine Aubry à La Rochelle où l’on ne relève guère d’idées nouvelles par-delà le souci de s’inscrire dans le sujet. Préconiser le travail d’intérêt général et l’éloignement des jeunes de leurs quartiers est aujourd’hui un peu court ! De même qu’insister sur les programmes locaux de prévention de la délinquance alors qu’en vérité l’Etat a lui aussi des responsabilités : l’enjeu est bien une mobilisation générale et une articulation des intervenants entre eux dans le respect de leurs compétences spécifiques. Ce qui suppose déjà un minimum de confiance l’un en l’autre et réciproquement. Certes la première secrétaire dénonce l’inefficacité de la droite qui depuis plus de 8 ans a singulièrement musclé les réponses publiques et elle revendique une légitimité : nombre de maires socialistes sur le terrain s’impliquent dans des démarches de prévention de la délinquance. Refusant le tempo présidentiel justifié par une fragilité politique conjoncturelle et une rentrée sociale qui s’annonce délicate elle se garde – à juste titre – d’annonces fracassantes en attendant la journée d’étude programmée sur le sujet pour le début octobre. Dont acte !

Mais en vérité, comme le relève Luc Bronner dans le Monde daté du 31 août 2010, le PS qui a vocation à être le parti majoritaire de gouvernement a déjà bien changé de cap devant l’offensive du pouvoir : il ne revendique plus d’être le parti des libertés publiques, mais celui de la sécurité efficace. Ce que François Rebsamen, sénateur et maire de Dijon, ex numéro 2 du PS, affirme par une formule : « Le PS ce n’est pas la Ligue des droits de l’homme ».

 

Mardi matin sur France Info Ségolène Royal jubilait en voyant dans ce premier discours fort sur le sujet les prémisses d’un ralliement à ses thèmes sur l’ordre juste et les moyens d’y parvenir. Elle n’a pas caché attendre du PS qu’il se rallie véritablement à ses thèses sur la militarisation de la prise en charge des délinquants avancées avec fracas à Bondy dans la campagne présidentielle. (1) Et là, force est de constater que le discours a de quoi glacer d’effroi. L’ancienne ministre de l’enfance et de la famille s’est lâchée dans un discours très révélateur sur les conceptions éducatives. Je ne sais pas si elle y projette une part de son éducation, mais on peut aisément le penser.

 

Pour Ségolène Royal « l’encadrement militaire est une réponse efficace, ferme et claire à la question de la sécurité ». Comment au XXI° siècle un responsable politique peut-il sortir une telle aberration ?

 

Et comment affirmer qu’il y a Une réponse au problème quand chacun sait que c’est un faisceau de démarches qu’il convient de développer et d’adapter régulièrement ?

Pour Ségoléne Royal l’insertion sociale passe par une démarche comportementaliste. Elle prône littéralement le dressage : les animaux à dresser sont les jeunes délinquants – au passage dans tout son discours elle ne parle que de jeunes délinquants quand 83% de la délinquance est le fait d’adultes-. Quand il conviendrait que les politiques, spécialement la gauche, aient un discours valorisant et reconnaissant en direction des travailleurs sociaux, la présidente de Poitou-Charente en appelle à des gros bras capables de se faire obéir ! Comme ces GI qui, histoire de les mater, crient aux oreilles des jeunes qui leur sont confiés!

Que dire également des contre-vérités techniques contenues dans les critiques royalistes comme de prétendre que les pouvoirs publics n’ont pas su se doter des structures éducatives coercitives qu’ils avaient annoncées? Certes ils n’en ont pas fait autant que prévu. Le programme de 100 centres éducatifs fermés avancé par M. Perben en 2002 n’a pas été tenu : le compteur est bloqué à 41. Détail : ces structures ont un coût variant de 600 à 750 euros par jour et par mineur. 100 centres éducatifs renforcés ont également été créés pour un prix de journée légèrement moindre, mais quand même substantiel. En tout ces structures peuvent accueillir en théorie 1300 jeunes environ. Il faut y ajouter les 6 Etablissements pénitentiaires pour mineurs – au lieu de 8 prévus en 2000- qui peuvent accueillir en théorie 360 mineurs. Ce n’est donc pas un mince investissement qui a été engagé sur le thème de la « contrainte éducative » consacré par la gauche au Colloque de Villepinte en 1997 et que nous avons été quelques-uns à faire émerger auparavant.

Je suis le premier à dire que cela est insuffisant. Si ces structures étaient globalement nécessaires, il ne fallait pas négliger le secteur « ouvert »  de la PJJ. On peut aussi s’interroger sur leur efficacité : en quoi enrayent-elles mieux que les anciens dispositifs éducatifs la spirale de la délinquance de certains jeunes ?

Force est de constater que pour la première fois depuis le ministère Guigou le budget de la PJJ 2010 est en baisse. Oui on peut faire mieux quantitativement ; oui  on peut faire mieux qualitativement, mais nier les efforts développés dans la dynamique lancée par E. Guigou constitue une exagération démagogique qui discrédite les responsables politiques aux yeux des professionnels.

Accordons-nous sur le fait que la difficulté tient à ce que le problème n’est pas uniquement financier ; il faut inventer des réponses éducatives pertinentes au regard de la modernité de la délinquance des enfants d’aujourd’hui qui sont souvent dans une situation très dégradée sur le plan psychologique et en quête de relations fortes dont ils ont souvent été privés.

Il ne s’agit pas de nier que l’armée, comme d’autres institutions publiques ou privées, puisse jouer un rôle auprès de certains jeunes en grande difficulté. J’ai déjà rappelé ici qu’en 1982 en lançant les Opération dites « anti été chauds » nous avons fait appel à l’armée à travers… ses centres de formation. Non pas pour « mater » les jeunes en difficulté, mais leur offrir un cadre sécurisant d’activités à risque où ils se confrontent à eux-mêmes. Ségolène Royal attend bien autre chose de l’armée : la rigueur dans tous les sens du terme de l’éducation.

Elle ne voit pas dans quelle impasse elle entraine son camp. D’entrée de jeu, par son projet elle est la risée et elle discrédite les efforts de rénovation que ses proches veulent entreprendre. Objectivement il faut lui dire clairement qu’elle est incompétente et dangereuse. Quand en sera-t-elle à nous proposer les « Jeunesses socialistes » ? Certes j’exagère, mais je suis outré !

Quand il faudrait mettre du social à l’école on y introduit des policiers en tenue et une partie de la gauche en est à mobiliser l’armée !

Le 5 mai 1982, en comité interministériel, Robert Badinter, alors ministre de la justice, pour voler au secours de Nicole Questiaux, disait à Gaston Deferre, ministre de l’Intérieur, en charge de la solidarité : « Quand la gauche veut mener la politique de la droite sur la sécurité elle fait moins bien et elle perd son âme !». (2) L’analyse reste valable 20 ans plus tard.  

Les problèmes de sécurité sont réels même s’il convient de les relativiser car la France n’est pas à feu et à sang, n’en déplaise à certaines Pythies. Il ne saurait être question de les nier. Il faut s’y attaquer  car le droit à la sécurité doit être assuré pour tous. Y compris sans trembler et sans état d’âme.

Par exemple, pour être dans l’actualité, je suis bien placé pour affirmer que nombre d’enfants Roms – 3 à 500 – sont utilisés par des adultes – leurs parents ? –, pour commettre des larcins – vols dans le métro- ou plus grave des cambriolages. Foin d’angélisme : il y a même une entreprise du vol dont les enfants sont les petites mains! Cela ne date pas d’aujourd’hui.

Il n’en reste pas moins que toute la communauté rom n’est pas à incriminer. (3). Elle doit plus que jamais être appelée à faire la police en son sein comme nous l’y avions invitée en 1982. Mais il faut s’attaquer à la racine du mal et notamment à la scolarisation de ces enfants. Et pas seulement par une démarche de conviction, mais d’autorité. Comme en 1882 pour les enfants d’agriculteurs, aujourd’hui il faut rendre obligatoire l’école pour tous les enfants roms séjournant sur le territoire français et pour cela s’en donner les moyens.

En 1998 la gauche au pouvoir a su négocier le virage de la contrainte éducative sans perdre son âme à l’occasion des deux Conseils de sécurité intérieure de janvier 1998 et juin 1999. Elle a identifié les termes d’une politique de prévention de la primo délinquance qui passe par une politique familiale, une politique sociale,une politique d’insertion et  la promotion de la citoyenneté. Par delà une politique de répression qui évidemment nécessaire ne consiste pas à éliminer, mais vise la réinsertion par l’action sociale.

Mieux, elle a obtenu des résultats indéniables qu’elle ignore elle-même: on ne dira jamais assez qu’en proportion la part de mineurs délinquants a commencé à baisser en 2000 – gouvernement Jospin – même si en valeur absolue l’ensemble des mises en cause d’enfants a continué d’augmenter comme pour l’ensemble de la délinquance.

En d’autres termes, ce n’est pas en basculant sur le terrain où on l’entraîne que la gauche apportera des réponses pertinentes. Le Pen le dit bien : il faudra bien un jour préférer l’original à la copie !

Une politique globale de lutte pour la sécurité est possible qui passe par des mesures nationales et par des mesures locales (pas seulement l’un ou l’autre) ; il faudra certes mobiliser par-delà les professionnels classiques – pourquoi pas les militaires, mais ce sont quand même les professionnels de l’éducation qu’il faut mobiliser. La loi sera d’autant plus respectée qu’elle paraîtra juste à chacun.

La fin ne saurait justifier les moyens. On peut assurer la sécurité dans le respect des libertés publiques ou alors il faut renoncer à conquérir le pouvoir : la victoire ne sera pas au bout de ce combat. Ségolène était meilleure quand elle disait : « Ce qui me choque c’est qu’il n’y ait aucun enfant handicapé dans un établissement classique de l’Education nationale ! ». Personne ne l’avait dit avant elle et elle avait raison. Et depuis les choses évoluent bien, même si c’est trop lentement. Sur la sécurité, elle est moins bonne et la gauche se fourvoyerait à la suivre sur la militarisation des prises en charge éducatives.

Il est encore temps de cesser le dérapage.

(1) A l’époque j’avais estimé sur ce blog en essayant d’argumenter que S. Royal avait fumé la moquette !

(2) J’ajoute qu’autour de la table certains proposaient déjà l’engagement dans l’armée et aussi de réouvrir Cayenne pour les enfants ! On s’en est arrêté ce jour-là aux Opérations d’été qui perdurent sous le nom de dispositif  » VVV ».

(3) Et au passage tous les roumains ne sont pas des voleurs !

Des bons pour les « salauds de pauvres » ! (391)

 

avocats0061.1238625074.gifDans le cadre de la démarche présidentielle visant à occuper le terrain médiatique et à préparer la contre-offensive de la rentrée, elle-même rampe de lancement pour 2012, chacun est plus ou moins libre d’apporter une pierre. Certains relaient le président. Ainsi on a vu M. Ciotti proposer la pénalisation des parents dont les enfants ne respectent pas les injonctions judiciaires au risque de friser la faute pénale du fait d’autrui et l’inconstitutionnalité. D’autres poussent le bouchon un peu plus loin et peuvent se faire « recadrer » par le gouvernement. Cela a été le cas pour M. Estrosi pourtant ministre – bonjour la cacophonie, mais l’essentiel n’est-il pas de faire du bruit ? –  avec sa mise en cause des maires qui, pour le coup, va au-delà du programme de Grenoble.

Un autre député, Edouard Courtial a également pointé le nez pendant le week-end en suggèrant que l’allocation de rentrée scolaire puisse être libérée en bons d’achat ! Il s’agit d’empêcher des parents d’user de cet argent à d’autres fins. Certains achèteraient des téléviseurs plutôt que des vêtements pour les enfants et des cartables ! Le système préconisé copierait les chèques-restaurant. Il faut moraliser l’usage de cette allocation.

Et d’expliquer qu’« Il s’agit de replacer la responsabilité de chacun au cœur de notre contrat social. Avec le respect de l’autorité, l’effort individuel et la méritocratie, vous avez les marqueurs du sarkosysme. Cette proposition de loi s’inscrit au croisement des valeurs ». (JDD du 15 août). 115 députés UMP l’auraient déjà signée.

M. Courtial admet lui-même que ce n’est sans doute qu’une minorité de bénéficiaires qui détournent de son objectif premier l’argent de cette allocation de rentrée scolaire. A notre connaissance il n’y a pas un problème d’une ampleur telle – la Caisse nationale d’allocations familiales n’aurait pas manqué de soulever le problème – qu’il faille monter un dispositif comme celui qui est proposé. Parmi les 2 millions et plus de bénéficiaires, c’est marginalement que certains investissent dans des dépenses  de biens de consommation ou autres apparemment non liées à la rentrée scolaire.

Et d’ailleurs qui dit que si le téléviseur est payé avec cette allocation qui, rappelons-le, s’élève à 280 à 306 euros selon l’âge de l’enfant, c’est avec un autre argent que les enfants sont équipés pour la rentrée. En d’autres termes la question posée est bien de savoir si les enfants disposent de ce dont il est nécessaire pour effectuer leur rentrée. Cette rentrée est censée avoir un certain coût régulièrement et scientifiquement calculé et l’allocation est censée compenser ce surcoût au regard des dépenses courantes, sinon en totalité, du moins en large partie.

Cette proposition est bien évidement porteuse d’une certaine représentation des personnes modestes : elles ne peuvent que tenter d’escroquer ! Le mécanisme proposé est un peu celui qui existait à une certain époque avec les familles dont les prestations sociales étaient en tutelle : on leur donnait des bons pour acheter ceci ou payer cela. Les commerçants les voyaient arriver de loin ! On s’est aperçu ensuite qu’outre la stigmatisation et la honte qui étaient liées à cette pratique on ne permettait pas aux gens concernés de prendre leur élan et d’assumer réellement leurs responsabilités. Les tuteurs ont donc appris à non seulement substituer l’argent liquide aux bons, mais encore à reverser la totalité sinon une grande partie l’argent des prestations à la famille pour en contrôler a postériori l’utilisation.

Si M. Courtial et ses 115 collègues étaient cohérents, au regard de leurs discours sur les valeurs restitué plus haut, ils s’attacheraient à renforcer une démarche d’aide et de conseil pour la préparation de la rentrée scolaire ; ils auraient aussi le souci de faire en sorte que celle-ci coûte moins cher aux familles quand aujourd’hui on est dans une courses au clinquant et aux marques.

Las pour M. Courtial et ses amis, ici comme ailleurs on acquiert le sens des responsabilités par le cadrage et la répression et  pas par l’éducation et l’exercice des responsabilités. Certains qui sont du bon coté du manche condescendent à venir en aide à ceux qui ont moins ; ceux là devraient les en remercier et se comporter correctement c’est-à-dire comme le bon donateur veut qu’ils se comportent ! Cette attitude suinte la bonne conscience et le mépris des pauvres.

La solution existe bien évidemment au problème –marginal comme l’admet le député – à travers la mise sous tutelle des prestations sociales si celles ci ne sont pas utilisées dans l’intérêt de l’enfant. Attention au passage à ne pas confondre mise sous tutelle des personnes et mise sous tutelles des allocation ! Non seulement, sous le contrôle du juge des enfants qui l’aura mandaté, le tuteur veillera à ce que l’argent des prestations sociales ne soit pas dilapidé, mais accompagnera la famille dans sa demarche éducative. En l’espèce il lui montrera comment préparer la rentrée scolaire et pourquoi pas comment suivre la scolarité de l’enfant par-delà les problèmes de cartables et de crayons. Aujourd’hui environ 30 000 familles font l’objet de la mesure d’aide à la gestion familiale – nouveau nom donné en 2007 à la tutelle aux prestations sociales. Cette mesure est bénéfique pour la plupart d’entre elles et permet aux enfants de ne pas pâtir de carences de gestion des parents. Encore faut-il qu’il y ait une carence.

Question : quel député envisage de déposer une proposition de loi faisant en sorte que le chèque liquidant le bénéfice du bouclier fiscal pour ceux qui ont la chance d’en être à ce niveau de ressources ne puisse être affecté  qu’au financement du logement social ou aux grands travaux publics ! Il ne faut pas seulement « moraliser l’allocation de rentrée scolaire », mais également le bouclier fiscal.

Soyons sérieux cette initiative ne s’impose pas. Elle n’est pas nécessaire au regard de l’objectif affiché. Il existe déjà un dispositif efficient. Elle est exécrable par ce dont elle est porteuse. Elle nous ramène là encore des décennies en arrière.

Il semble que la proposition Courtial n’entre pas dans l’épure de Grenoble. Ouf ! Mais méfiance.

PS : Demain, dans le cadre du feuilleton de l’été, nous traiterons de la proposition de loi Dassault sur la majorité pénale

Sécurité : dépasser la provocation (389)

avocats0061.1238625074.gifLe droit pénal des enfants a singulièrement mué depuis 20 ans afin de pouvoir répondre au « défi » de la délinquance  juvénile moderne. 

La justice dans un premier temps a fait son aggiornamento, preuve s’il en fallait que le droit – l’ordonnance du 2 févrir 1945 – offrait déjà nombre de potentialités pour permettre aux pratiques d’évoluer. Puis le législateur a légalisé certaines de ces nouvelles pratiques (ex. : le temps réel dans la réponse judiciaire, la troisième voie offerte au parquet qui traite aujourd’hui 60% des cas) avant surtout d’introduire nombre de « réformes » plus ou moins réfléchies et cohérentes entre elles.

Il est souvent parti de l’a priori que les juges étaient laxistes et donc qu’il fallait s’en méfier, d’où des mécanismes bridant la marge de manœuvre des magistrats voire leur imposant des attitudes. La  loi elle-même a été jugée trop angélique : il  fallait la muscler en tenant compte de ce que la jeunesse d’aujourd’hui n’était plus celle d’hier.

Petit à petit on gomme les spécificités du droit pénal des enfants au point dans la « réforme » projetée de ne plus parler d’enfants, mais de mineurs afin de combattre la tendance compassionnelle de la justice et de tout- un-chacun.  Nul ne sait à quelle l’échéance le code de justice pénale pour les mineurs se substituera à l’ordonnance sur l’enfance délinquante. Cette réforme s’inscrit elle-même dans la profonde mutation de la procédure pénale que projette le gouvernement. On sait qu’il rencontre des difficultés avec la suppression du juge d’instruction  et qu’il doit déjà mettre à égalité avec les exigences européennes et la Constitution française  les termes de la garde à vue comme vient de le rappeler le Conseil Constitutionnel dans une décision fracassante du 31 juillet. 

L’enjeu dans l’avenir est donc bien déjà de savoir en quoi subsistera un droit pénal spécifique aux enfants. 

Par ailleurs la crise des budgets publics et une autre conception de la chose publique conduisent les pouvoirs publics (rapport Balladur) à faire avancer une réforme des collectivités locales qui se combine avec un transfert vers elles de nouvelles responsabilités. Il est ainsi prévu que les moins de 13 ans en « conflit avec la loi » relèvent plus du communal et de  l’intercommunalité que de l’Etat. Le droit pénal qui leur serait applicable ne mobiliserait plus la justice d’Etat. Quels seront alors les pouvoirs donnés au maire ? Quelles garanties seront instituées ? Plus largement quelle république sera celle d’un maire qui fera la loi à coup d’arrêtés, disposera d’une police armée et pourra battre justice comme ont comencé à l’instaurer les lois de 2005 et 2007, y compris en plaçant des enfants des structures « contenantes » (rapport Varinard, décembre 2998) ? Ne sera-t-on pas revenu avant 1789 ? 

Une autre tendance lourde est de mieux prendre en compte les victimes, ce qui en soit n’est pas contestable mais de leur donner prise sur le procès pénal quand l’histoire a justement été de quitter la vengeance privée pour asseoir la vie collective. Jusqu’où ira-t-on dans ce nouveau processus ? 

D’autant, et c’est la quatrième tendance lourde, que les pouvoirs publics encore plus dubitatifs sur le travail social que sur les magistrats sont convaincus que le temps mis à essayer de faire évoluer un jeune est du temps et… de l’argent perdus. Une sanction garantie et bien sentie, rapidement assénée vaudrait  mieux qu’une longue psychothérapie. On doit répondre à chaque acte posé par un délinquant, notemment par un jeune, en le sanctionnant, mais relevons-le pas nécessairement en l’incarcérant car la bourgeoisie de droite comme de gauche sait que la prison est criminogène. On le placera donc dans un centre fermé … qui n’est pas une prison ! A défaut d’efficacité la bonne conscience sera sauvegardée …

On en arrive insensiblement à une justice à l’acte quand, par définition, un jeune vraiment délinquant est inscrit dans une séquence de vie où il est hors la loi, sinon en rebellion contre elle et toute autorité. L’en sortir suppose de comprendre comment il en est arrivé là et surtout du temps pour remonter la pente. Il ne s’agit pas de nier chacun des actes posés, mais de les réinscrire dans un ensemble qu’il faut traiter. Cette justice à l’acte est bien la mort de la justice des enfants si elle conduit à se priver de l’action sociale pour s’attaquer au fond des difficultés personnelles, familiales et sociales du jeune. 

La difficulté de l’exercice tient à ce que nous avons rarement pour ne pas dire jamais un débat rationnel sur ces questions. La réponse à l’insécurité réelle ou supposée est une valeur d’ajustement des politiques, pour ne pas dire un sujet politique, qui permet de faire écran de fumée sur les vrais sujets de société. Le sujet sert à cliver quand il devrait au contraire faire l’objet de la recherche d’un consensus permettant de s’inscrire dans la durée. On s’appuie sur une approche scientiste pour entrainer l’opinion à des attitudes primaires. Dernier exemple en date: la pénalisation des parents d’enfants délinquants. 

Si l’objet est réellement de lutter contre l’insécurité, c’est bien un travail de deux ou trois décennies qu’il faut engager. Cette démarche suppose de dépasser les alternances politiques. Donc un consensus minimal. 

Il faut certes s’attacher aux personnes – jeunes et surtout moins jeunes – en conflit avec la loi : on parle de lutte contre la récidive. Mais il faut encore mener la politique familiale, la politique sociale, la politique d’intégration et la politique citoyenne qui font que chacun vivant les bienfaits de la loi n’est pas conduit, consciemment ou non à la violer. C’est ce que l‘on appelle une politique de prévention de la délinquance qui ne passe pas seulement par une vision policière des choses comme on la réduit aujourd’hui.

Lutter contre la récidive sans lutter contre la primo délinquance voue à l’échec le combat pour la sécurité. Et démontre que l’enjeu n’est pas l’insécurité mais la conquête du pouvoir !  Notre droit, expression de ce débat politique faussé, et pas seulement instrument technique mis au service des professionnels, est donc encore appelé à muer. Restera-t-il encore un droit pénal spécifique pour les enfants auteurs ? On peut s’interroger en l’état du débat. 

Les limites à l’évolution sont posées par les cadres fixés par le Conseil constitutionnel en 2002 et par les engagements internationaux de la  France comme la Convention internationale des droits de l’enfant (1989), sachant que notre pays est observé à la loupe sur ses pratiques qui servent souvent de référence.


PS : Pour prolonger vers la recherche du consensus, voir le livre avec le député UMP Claude Goasguen : Quelle justice pour les enfants ? (La Croix-Autrement) où nous proposons comme base de cette politique un code de l’enfance.

« Cool Papa, ! J’t’apporterai des oranges ….! » (388)

avocats0061.1238625074.gifLa dernière des annonces en date est donc de menacer les parents d’enfants délinquants d’aller en prison s’ils ne parviennent pas à juguler le comportement de leur rejeton.

Ne soyons pas dupes un seul instant : on est déjà dans la présidentielle de 2012 et la reconquête des voix extrémistes est engagée après la défaite des régionales et les difficultés de tous ordres rencontrées par le gouvernement.

En tout cas, objectivement rien ne justifie de nouvelles dispositions durcissant les règles du jeu pénal concernant les mineurs. La délinquance des plus jeunes continue de diminuer en proportion. Cette décroissance a été engagée en 2000 faut-il le préciser ? Preuve de cette non-acuité : la grande rénovation de l’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante annoncée à gros flonflons en décembre 2008 a été remisée dans un placard.

Il est inexact d’avancer comme le fait M. Ciotti dans le JDD du 1er août que 164 000 mineurs ont été condamnés en 2008 : le député confond le nombre d’affaires poursuivables avec le nombre de mineurs condamnés qui ne s’élève qu’à 70 000 (voir Les chiffres de la justice 2009, Ministère de la justice).

On est donc bien dans le pur effet d’annonce politique avancé avec d’autres, dans un grand effet de manche, comme l’idée de retirer la nationalité française à certains délinquants. Certes Robert Badinter a bien raison de dire qu’il ne faut pas faire de publicité à ces annonces et qu’il convient d’attendre les textes réellement proposés pour se prononcer. Pour autant on peut réfléchir à voix haute et apporter du matériau à cette réflexion.

Première remarque qui prolonge la réflexion initiale : ceux qui nous gouvernent paraissent être à un tel point d’ignorance du sujet que l’on peut se demander s’ils ne sont pas de mauvaise foi. Comment ignorer que depuis 1984 – entrée en vigueur du nouveau code pénal dit code Badinter – une disposition condamne sévèrement les manquements aux obligations parentales. Rappelons-les leur.

Article 227-17 CP
Modifié par l’ordonnance n°2005-759 du 4 juillet 2005 – JORF 7 juillet 2005 en vigueur le 1er juillet 2006

“Le fait, par le père ou la mère, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant mineur est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. L’infraction prévue par le présent article est assimilée à un abandon de famille pour l’application du 3° de l’article 373 du code civil.”

Tous les parents sont visés quelle que soit la nature de la filiation. Tous les enfants sont protégés : pas seulement les enfants de moins de 15 ans. Ce texte a déjà été durci par la loi du 9 septembre 2002.

Non seulement il permet de répondre au souci posé par M. Ciotti de mobiliser des parents sous la menace de sanctions pénales, mais il est appliqué. Chaque année entre 150 et 200 parents sont condamnés à des peines souvent symboliques, mais qui dans 10% des cas sont des incarcérations fermes.

En vérité, il est proposé par M. Ciotti d’ajouter un paragraphe supplémentaire à cet article  en visant spécialement  le fait que des parents ne parviennent pas à faire en sorte que leur enfant respecte  les obligations imposées  par la justice. En d’autres termes une nouvelle fois un trompe-l’œil nous est proposé :on donne l’impression d’innover fortement quand on a le souci de coller à ce qui existe déjà. On est donc bien dans l’idéologique et le politique plus que dans le technique

Deuxième remarque : Pour autant le projet de texte développé dans le JDD frise la responsabilité pénale du fait d’autrui qui pour le coup serait révolutionnaire en droit français et lui vaudrait la censure du Conseil Constitutionnel.

En effet on déduit du comportement d’un enfant qui continue à délinquer que ses parents ont commis une faute pénalement punissable en n’ayant pas réussi à l’en empêcher. Il est vrai que, dans l’intérêt de la victime, sachant qu’au final les Lloyds de Londres assumeront la dépense, on peut être tenu de réparer le dégât que l’on n’a pas nécessairement contribué directement à commettre : on parle d’une responsabilité civile du fait de la chose dont on a la maîtrise ou de la personne (préposé ou enfant) que l’on a sous son autorité.

Ainsi l’enfant est un risque contre lequel il convient de s’assurer:  si l’assurance automobile est obligatoire pour tout véhicule se trouvant sur l’espace public, des parents ne sont pas obligés de s’assurer pour leur enfant ! Une lacune pour le coup qu’il faudrait combler Messieurs les parlementaires !

Mais sur le plan pénal notre droit est plus exigeant : il faut obligatoirement avoir commis une faute personnelle ! Si l’article 227-27 actuel du Code Pénal vise des fautes commises par les parents, sans aller jusqu’à incriminer le fait de n’avoir pas su empêcher la commission d’un autre délit, le nouvel article laisse à entendre qu’ils seraient désormais responsables pénalement du fait du non-respect par l’enfant des obligations qui lui étaient imposées. En violant les termes du contrat judiciaire signé entre ses parents et le juge, l’enfant rendrait ses parents incarcérables !

Concrètement, actuellement, en ne respectant pas le contrôle judiciaire qui peut lui être imposé l’enfant prend le risque d’être incarcéré ; désormais il entrainera  ses parents dans sa chute. 

Aujourd’hui j’invite les parents a me prévenir si leur enfant ne respecte pas les obligations que je lui impose par contrôle judiciaire et ils n’hésitent pas à le faire car ils me savent à leurs côtés; demain ils ne le feront plus de peur d’être poursuivis !!! Ils seront tenter de devenir  les complices de leur enfant.

Mesure-t-on le pouvoir que l’on donne ainsi à des enfants – par définition pas nécessairement très équilibrés – dans des situations familiales par définition sensiblement délicates ?

Meilleure hypothèse : « T’inquiète pas Papa je t’apporterai des oranges en prison ! ».

Hypothèse plus préoccupante sur fond de profond conflit familial « Je vous avais dit que je vous le ferai payer en vous envoyant en taule ! Nous y sommes.» En ignorant les réalités humaines, sociales et judiciaires on joue avec le feu !

Et pourquoi s’en tenir aux parents ? Ils ne sont pas les seuls à avoir des responsabilités sur l’enfant « délinquant ». Déjà eux-mêmes n’en sont-ils pas là du fait de leurs propres parents ? Pourquoi laisser les aïeux en paix ?

Surtout pourquoi ne pas rendre pénalement responsables l’éducateur qui ne sait pas surveiller un jeune qui lui est confié ? le juge des enfants qui n’a pas su se faire respecter dans son autorité ? et déjà le procureur de la République de plus en plus intervenant – il traite directement 60% de la délinquance des jeunes sans qu’un juge du siège n’ait à en connaître – pour n’avoir pas su prendre ou faire prendre les bonnes mesures afin d’ empêcher de nouveaux passages à l’acte ?

Ces dérives du raisonnement prouvent combien on est sur une mauvaise pente et sur une erreur d’analyse : si les parents ont une part de responsabilité, variable selon les cas, les punir pénalement peut être injuste ; les menacer de punition peut etre totalement inefficient.

Troisième remarque : Bien évidemment il ne saurait être question de nier la responsabilité parentale dans le comportement asocial persistant d’un enfant en sachant que par définition un enfant réellement inscrit dans la délinquance ne commet pas un délit, mais 10 : il est « par nature » réitérant. Il faudra du temps pour transformer ses conditions de vie et le sortir de son mode de vie.

Reste qu’il est toute une game de situations très différentes entre les parents qui démissionnent totalement de leur autorité en ne sachant pas imposer leur loi et ceux qui vont jusqu’à inciter leurs enfants à commettre des délits, en passant par les cas les plus fréquents de parents eux-mêmes en grande difficulté dépassés par le comportement d’un enfant sous l’influence de la rue et des copains, crise d’adolescence ou pas de surcroit. Il est tout aussi évident qu’il faut rappeler les règles du jeu social aux parents et aux enfants. Non seulement dans leur contenu, mais aussi dans leur sens. Oui les parents sont en droit, voire en devoir, d’interdire à leurs enfants de sortir à certaines heures ou de fréquenter certains endroits ou certaines personnes.

La proposition d’Eric Ciotti rappelle la démarche des arrêtés dits couvre-feux. On rappelle les règles sociales par des interdits et la menace de sanction plus que par une campagne de sensibilisation positive. On connait les limites de cette démarche.

Pour les professionnels il est acquis qu’il faut mobiliser les compétences parentales dans la mesure où les parents sont une référence majeure et les enfants sont destinés qu’on le veuille ou pas à demeurer dans le giron familial. Beaucoup est déjà fait pour mobiliser les parents dans le projet judiciaire et éducatif pour l’enfant . Déjà la loi leur fait une place à tous les niveaux de la procédure, leur responsabilité civile peut être engagée comme on l’a dit plus haut, une participation financière peut leur être demandée s’il y a un accueil physique et, contrairement, à ce qui est avancé les parents sont le plus souvent présents dans l’enceinte judiciaire et auprès des travailleurs sociaux. Ce n’est pas toujours drôle pour le jeune délinquant de retrouver ses parents dans le bureau du juge en sortant d’une garde à vue. Certaines mains volent haut dans la salle d’attente.

Fréquemment désarçonnés, ces parents sont très demandeurs à l’égard du juge et des éducateurs ; ils sont dans l’attente d’une aide qui leur sera fréquemment promise mais qui n’interviendra pas avant longtemps faute de moyens matériel et humains ! Mais la vérité veut de reconnaitre que certains jeunes finissent par décourager leurs parents, et aussi les travailleurs sociaux. Ils se satisfont fréquemment d’être laissés à eux-mêmes dans leur rapport avec la justice. Ils peuvent dissuader leurs parents de venir à l’audience du tribunal alors même que les enjeux financiers sont majeurs.

On peut entendre le souci du parlementaire de veiller à systématiser un plan de mobilisation parentale. Mais il ne suffit pas de dire « il faut », il est encore nécessaire de dégager les moyens pour ce faire. Or quelques 4000 mesures éducatives visant justement à mobiliser parents et enfants sont régulièrement en attente d’attribution au sein des services de la PJJ (de l’Etat donc) et il faut régulièrement 2, 3 mois, voire plus, pour que ces mesures soient distribuée et activées.

Incarcérera-t-on aussi le directeur de la PJJ pour non respect de la décision de justice ? Le juge a donné un mandat à l’administration de la justice qui nne l’execute pas ! En prison le ministre ? M. Ciotti part du présupposé que les parents ont toutes les clés en mains et qu’un échec sous-entendra qu’ils ont une responsabilité majeure.

Vision simpliste des choses une fois de plus ! Méfions nous des généralisations quand, à l’expérience, on sait que c’est bien du sur-mesure qu’il faudra pratiquer. A chaque situation ses caractéristiques.

Quatrième remarque et pas des moindres : Quand on vise les parents, de qui parle-t-on ? Très souvent les pères sont absents, partis de longue date, quand ils ont une existence légale ce qui n’est pas toujours le cas. Au point où personne ne s’étonne plus qu’une femme soit seule en charge de son enfant. Les pouvoirs publics envisagent-ils de rechercher ses pères et de les forcer à exercer leurs responsabilités ? Ce sont souvent des beaux -parents qui font office de parents avec les grands-parents qui fréquemment n’en peuvent mais. Où en est-on monsieur le député du statut des beaux parents dont on nous a rebattu les oreilles quand 2 millions d’enfants sont élevés par un non géniteur qui ne dispose pas de l’autorité légale liée à ce que l’on attend de lui ? Que fait le législateur ?

Cinquième remarque : dans cette société sans risque tolérable qui s’ouvre devant nous on multiplie – au moins sur le papier – les obligations de résultat. Aujourd’hui le parent d’un enfant delinquant doit réussir à faire en sorte qu’il ne le soit plus. Demain tout parent devra veiller à ce que son enfant ne soit jamais delinquant! Puis il faudra veiller à faire en sorte que son enfant soit brillant à l’école, etc. De l’obligation de moyens à l’obligation de résultat,  une autre société se dessine. Sans faille tolérée.

Comme d’ordinaire avec ce type de proposition on part de prémisses qui ne sont pas totalement fausses, mais on dévie très rapidement et on se retrouve totalement en porte-à faux. Pour peu qu’on exerce un peu de sens critique fondé sur l’expérience on devient le complice des « fautifs ». L’inconvénient majeur est bien d’empêcher d’avoir sereinement les vrais débats qui s’imposent pour réduire autant que faire se peut les situations d’enfants en conflit avec la loi. En avançant de vraies fausses réponses on sème le trouble. On dénigre ce qui se fait déjà ; en tout cas on le dénature ; on camoufle les vraies difficultés ; on réduit des problèmes compliqués avec des responsabilités multiples à mobiliser à des réponses simplistes et manichéennes. Bref, on fait dans la démagogie. Mais en fait on ne gagne pas grand-chose à paraître ainsi.

Détail : qui va s’occuper de l’enfant dont les parents sont incarcérés? Ne faut-il pas prévoir des cellules familiales pour parents et enfants? Le plus simple ne serait-il pas de faire en sorte qu’un maximum d’enfants ait réellement la possibilité d’être élevé par ses deux parents même si ceux-ci sont séparés ? D’avoir le souci de venir en soutien aux familles en difficulté éducative le plus tôt possible ? De rappeler publiquement les règles du jeu social spécialement les termes de l’autorité parentale, des droits et devoirs des parents à l’égard de leurs enfants ? Bref de développer une réelle démarche de prévention.

Au lieu de cela on agite des menaces à un moment ùil est déjà établi que des parents sont dépassés après les événements. On n’est pas loin dans cette attitude de se défausser des responsabilités publiques sur ces parents.

On a tout faux.

PS Je présente mes excuses à ceux qui auront lu la version non corrigée de ce post placée par erreur. je conçois qu’ils aient été choqués des nombreuses coquilles ou incorrections sur ce qui était un brouillon.

Le triangle infernal des Bermudes de la protection de l’enfance (385)

Inéluctablement, sans véritablement de grandes réformes législatives, et donc sans grand débat politique, le cadre de l’action sociale et judiciaire de la protection de l’enfance se transforme en profondeur et pas nécessairement en bien.

Malheur aux enfants pris au cœur du triangle infernal de la protection de l’enfance constitué par l’ASE (compétence des conseils généraux), de la PJJ (responsabilité de l’Etat) et du secteur associatif !

On connait les termes du débat, mais il n’est pas inutile de les rappeler.

L’aide sociale à l’enfance se préoccupe des enfants en danger avec pour mission de mobiliser les compétences parentales pour en finir avec cette situation. Elle y consacre 5 milliards d’euros pour environ 450 000 enfants auxquels s’ajoutent les quelques 600 millions d’euros de la PMI. Elle intervient à la demande des parents – on parle de protection administrative – ou pour répondre à une commande des tribunaux pour enfants quand  il faut faire appel à la contrainte judiciaire. Un enfant délinquant est souvent un enfant en danger et, contrairement à ce que beaucoup croient, l’ASE a compétence légale pour prendre en charge des enfants qui ont pu commettre des délits. S’ils sont réellement inscrits dans la délinquance, ce sera plutôt à la PJJ d’intervenir. 

Les conseils généraux constatent qu’à environ 80% les mesures lourdes comme les « placements » se pratiquent sur ordre judicaires. Le coût en est élevé et à y regarder de près c’est donc l’Etat à travers ses magistrats qui engagent ces dépenses même si souvent à l’origine il y a un signalement du conseil général qui prône la mesure comme inéluctable.

De son côté la PJJ, tirant les conséquences de moyens singulièrement inadaptés malgré le gros effort 98-2000, a reçu l’ordre du ministère de la justice de se recentrer sur la délinquance juvénile et de couper les branches qui dépassent et sont souvent onéreuses : exit le financement des mesures pour les jeunes majeurs de 18-21 ans qui demandent protection aux juges des enfants sur la base du décret de 1975 ; exit les mesures éducatives ordonnées par les juges des enfants dans le cadre des procédures d’assistance éducative où il s’agit d’»aider » des parents à exercer leurs responsabilités pour éviter que les enfants ne basculent dans la délinquance. La PJJ peut seulement exercer (ou financer) des mesures d’investigations pour aider le juge à décider.

Sans que la loi n’ait été modifiée le juge ne peut donc plus mandater que l’ASE et le réseau associatif habilité pour prendre en charge un enfant en danger. Petit à petit – objectif implicite – il perd la possibilité de faire du sur-mesure et de construire la réponse adaptée au  jeune. Du sur-mesure on passe à la confection sociale industrielle ! Démarche inadaptée pour des enfants et des parents qui justement n’ont pas supportés la normalisation sociale préalable.

Enfin, un fort et apparemment puissant secteur associatif travaille tant pour les conseils généraux que pour la justice à travers l’habilitation délivrée par la PJJ. Ce sont quelques 3000 établissements à caractère social, de nombreux services de placement familial ou encore des services dits de milieu ouvert se préoccupant des enfants qui vivent à leur domicile. Sans ce secteur associatif habilité la mission  de service public «  protection de l’enfance » ne serait pas tenue. Le rôle d ce secteur associatif non encore marchand est irremplaçable, y compris au bénéfice des enfants délinquants sachant que le secteur public de la PJJ reste très étroit.

Mais ce colosse a des pieds d’argile : il est quasi totalement dépendant des financements publics. Il ne perçoit pas de subventions, mais facture ses prestations. Et le client (l‘ASE et PJJ) est d’autant plus roi que les fonds propres des associations sont quasiment nuls. Si la PJJ ferme le robinet du financement des enquêtes sociales, restreint le recours aux investigations d’orientation éducatives (IOE) , ou refuse de financer les mesures jeunes majeurs qu’assume le secteur associatif le trou financier peut se creuser rapidement ; de même si le département renâcle sur les prix de journée ou tarde à régler ses dettes, les agios vont s’accumuler et fragiliser la gestion de ces entreprises sociales originales.

Malheur donc au jeune qui se laisse prendre au milieu du triangle.

Prenez – le cas n’est pas d’école – ce jeune tunisien abandonné par sa mère en France voici quelques années. Un oncle devait s’occuper de lui. mais ce jeune homme a du mal à faire face à cette responsabilité d’autant que l’adolescent regimbe devant ce que sa famille lui fait vivre et l’abandon dont il est la victime. L’oncle part s’installer en province et annonce qu’il ne pourra pas faire plus. Le jeune a force de faire « bêtises » sur bêtises dans les lieux d’accueil sinon à l’extérieur quand il fugue se met objectivement à l’écart de l’ASE.  Bref, enfant en danger, il devient aussi formellement délinquant puisqu’objectivement il commet des délits.

Tout logiquement devant ce jeune qui bouge trop par rapport aux autres enfants étrangers isolés mais tout simplement à sa population de base, l’ide sociale à l‘enfance demande à être relevée de ses compétences. Pourtant à voir la tristesse de ce jeune qui depuis 15 jours dort dans les rues, on a à faire à un enfant en danger si je ne me trompe pas !

Mandatée pour s’occuper de ce jeune délinquant à travers une mesure de milieu ouvert ( la liberté surveillée) la PJJ fait savoir à ses troupes qu’elle ne peut pas le prendre en charge physiquement faute de  places en nombre, mais surtout du fait que ce jeune n’est pas suffisamment délinquant ! Faudrait-il donc qu’il tue ou viole pour qu’on l’accueille ?

Le secteur associatif sollicité est plutôt réservé. Un peu plus de 17 ans, mineur étranger isolé mais parlant français, arrivera-t-on à régulariser sa situation administrative ? Sans doute faudra-t-il aller bien au-delà des 18 ans pour non seulement le régulariser mais veiller à son insertion en France à travers une formation et un accompagnement psychologique. Mais qui paiera au-delà ders 18 ans. La PJJ refusera une prise en charge, sauf si le jeune est condamné par un tribunal comme délinquant. Conclusion là encore le jeune doit rester délinquant ; l’ASE  refusera certainement pour se consacrer aux nombreux jeunes qu’elle accueille pour lesquels elle n’a pas parachevé son travail à 18 ans. Le bons sens pour le secteur administratif est donc de refuser de se lancer dans l’aventure. Le piège se referme sur le jeune.

La logique qui se développe aujourd’hui, insidieusement, est machiavélique. Elle conduit à abandonner les enfants en danger qui justifient justement qu’on coalise les forces pour les aider.

Pour sortir de ce triangle d’exclusion sociale il faut donc qu’un maillon cède. Une aide sociale à l‘enfance ayant sa mission chevillée au corps qui sait se doter de niches de manœuvres par-delà l’injonction politique de faire des économies, et cela arrive encore fréquemment !  Ou encore un jeune qui s’arrange pour être encore un peu délinquant ou est jugé tard pour des faits commis comme mineur au point où le juge force la main à la PJJ, et cela peut arriver . Enfin le salut peut venir du secteur associatif qui fait la part du feu et a ses bonnes œuvres mais surtout reste convaincu qu’il peut faire quelque choses que les deux administrations  d’Etat ou départementale  ne pourront pas faire !

En l’espèce, dans le cas que j’ai traité, c’est le maillon associatif qui a cédé et ouvert le triangle sollicité qu’il l’a été de rendre service … au juge.

Combien de fois cela pourra-t-il se renouveler ?  Qu’on y prenne garde, nombre de jeunes majeurs non insérés socialement sont aujourd’hui laissés livrés à eux-mêmes et maintenant dès 17 ans  de grands adolescents sont abandonnés. Ces jeunes sont en danger, la société n’est pas protégée et les professionnels se découragent.

Il est temps que le politique refasse de la politique sociale et crée une dynamique pour mettre en synergie les différents pans du dispositif. En vérité ce n’st pas à un pan de céder mais à aux différents pan de s’adosser entre eux pour construire une réponse au jeune qui s’inscrive sur la durée. Inégrer plutôt qu’exclure. C’est possible.

PS : Pour être plus complet je devrais transformer souvent mon triangle en quadrilatère en mettant un autre pan « handicap-psychiatrie ». Là vous y auriez totalement perdu  totalement le moral !!!

Des parents en prison ? (382)

avocats0061.1238625074.gifOù est la cause ? où est l’effet ? Le président de la République met le focus sur les enfants en refus d’école et annonce un renforcement du dispositif de retrait des allocations familiales aux parents dont les enfants « sèchent » et l’actualité se fait fort d’illustrer que, d’ores et déjà, nous disposons de d’outils juridiques tant pénaux que civils, de moyens tant éducatifs que financiers, pour nous attacher – et non pas pour nous attaquer – au problème posé.

Ainsi Le Monde daté du vendredi 28 mai consacre un papier important à la condamnation d’une mère de famille à deux mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir une responsabilité dans l’absentéisme de ses deux filles.

On sent déjà la prudence du journal qui ne veut pas donner l’impression d’aller dans le sens du poil gouvernental. D’entrée de jeu dans le titre il précise bien que l’affaire est exceptionnelle et qu’en tout cas on ne parle pas de deux chenapans qui ont fait l’école buissonnière à l’ancienne. Ce ne sont pas moins de 373 demi-journées d’absence qui sont reprochées. 279 pour l’une âgée de 15 ans et 94 pour sa sœur de 14 ans. On additionne ! 373 le compte est bon ! Ce sont ces 373 demi-journées d’absence qui sont reprochées à la mère de famille.

On ne nous dit pas s’il s’agit d’absences totales ou de retards d’une heure comptabilisés pour une demi-journée comme cela est courant. Admettons quand même qu’en l’espèce on sort de la normale !

En tout cas la lecture de l’article montre bien que pour justifier la condamnation il y a plus qu’un absentéisme scolaire. Le procureur de la République de Laon le dit lui-même : « L’attitude de la mère qui témoignait d’un total désintérêt vis-à-vis de l’absentéisme et de ses obligations, est également en cause».

Pour l’illustrer il est relevé que cette mère n’a pas déféré à la convocation du procureur qui aurait voulu une explication pour se contenter d’un rappel à la loi.

Auparavant elle n’avait pas repondu aux « convocations » du principal du collège et ensuite de l’inspecteur d’académie.

Apparemment, ensuite, cette mère n’avait pas plus répondu aux convocations du juge des enfants.

Notons au passage qu’une fois de plus on ne parle pas du père !

Devant ce positionnement, le parquet a donc décidé d’engager des poursuites pénales.

Il aurait été intéressant de savoir si en parallèle des dispositions ont été prises pour s’attaquer aux difficultés familiales quitte, éventuellement devant le blocage de la mère, à envisager un départ du domicile des enfants. On ne dit pas si cette démarche a été engagée ; surtout on ne sait pas si la mère y a fait ou non obstacle.

En tout cas il est démontré qu’à travers l’article 227.17 du code pénal (code Badinter) appliqué à Laon nous disposons, comme je l’ai déjà développé ici, d’un outil juridique permettant de sanctionner les parents qui se soustraient à leurs obligations légales à l’égard de leur enfant mineur au point de compromettre leur santé, leur sécurité, leur mortalité ou leur éducation.

Article 227-17 du Code pénal
Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000
Loi nº 2002-1138 du 9 septembre 2002
« Le fait, par le père ou la mère légitime, naturel ou adoptif, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant mineur est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30000 euros d’amende.
L’infraction prévue par le présent article est assimilée à un abandon de famille pour l’application du 3º de l’article 373 du code civil. »

Ce texte est le pendant pénal de l’article 375 du code civil qui affirme la fonction parentale et instaure son contrôle social :

Article 375
Modifié par Loi n°2007-293 du 5 mars 2007 – art. 14 JORF 6 mars 2007
Si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d’assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l’un d’eux, de la personne ou du service à qui l’enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public. Dans les cas où le ministère public a été avisé par le président du conseil général, il s’assure que la situation du mineur entre dans le champ d’application de l’article L. 226-4 du code de l’action sociale et des familles. Le juge peut se saisir d’office à titre exceptionnel.
Elles peuvent être ordonnées en même temps pour plusieurs enfants relevant de la même autorité parentale.
La décision fixe la durée de la mesure sans que celle-ci puisse, lorsqu’il s’agit d’une mesure éducative exercée par un service ou une institution, excéder deux ans. La mesure peut être renouvelée par décision motivée.
Cependant, lorsque les parents présentent des difficultés relationnelles et éducatives graves, sévères et chroniques, évaluées comme telles dans l’état actuel des connaissances, affectant durablement leurs compétences dans l’exercice de leur responsabilité parentale, une mesure d’accueil exercée par un service ou une institution peut être ordonnée pour une durée supérieure, afin de permettre à l’enfant de bénéficier d’une continuité relationnelle, affective et géographique dans son lieu de vie dès lors qu’il est adapté à ses besoins immédiats et à venir
.
Un rapport concernant la situation de l’enfant doit être transmis annuellement au juge des enfants. »

On voit donc qu’en cas d’absentéisme scolaire chronique révélateur d’un non exercice de l’autorité parentale le procureur de la République a deux voies à sa disposition.

Il peut déjà saisir le juge des enfants sur la base des articles 375 et s. du code civil. S’il y a lieu à « placement » dans une institution ou dans une famille d’accueil le juge des enfants peut compléter cette mesure par la versement à l’institution ou à la personne qui accueil le l’enfant mais il peut aussi mettre une contribution financière à charge du (ou des) parent(s) défaillant(s) ce qui a généralement pour effet de faire sortir celui de sa tanière devant le risque d’être soumis aux foudres du fisc. La vérité voulant de dire que certains parents n’en ont cure au regard des difficultés financières auxquelles ils sont déjà confrontés. Mais pas tous !

Le procureur peut aussi, en plus ou en alternative, engager des poursuites pénales contre les parents à travers l’article 227-17 du code pénal qui sanctionne la mise en péril de l’enfant par non-exercice de l’autorité parentale.

Ainsi chaque année (voir le tableau joint) deux cent parents sont poursuivis et un peu plus d’une vingtaine se trouvent condamnés à des peines fermes. La limite de cette démarche est de tenter de restaurer l’autorité parentale censée être défaillante aux yeux de l’enfant en faisant de son parent …. un délinquant. Ce modèle d’identification instituée est contestable !

L’article 227-17 du code pénal a été légèrement réécrit par la loi du 9 septembre 2002 avec le souci de pouvoir y recourir contre les parents tenus pour responsables de la délinquance de leur enfant.

Jusqu’ici il fallait que l’attitude des père et mère ait « gravement » compromis la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de l’enfant. Il était ainsi appliqué aux parents qui livraient leurs enfants à des sectes (Cass. Crim. 11 juillet 1994 pour un enfant de 6 ans et demi envoyé en Inde dans une école dirigée par les adeptes du Sahaja Yoga).

La circulaire de la Chancellerie du 13 décembre 2002 invite les parquets à engager des poursuites. On vise l’absentéisme scolaire chronique et répété sans réaction efficace des parents ; également les parents laissant leur enfants accéder à des images pornographiques ou d’une extrême violence.

Des alternatives aux poursuites pénales se développent – à Colmar, à Strasbourg – qui s’appuient sur l’obligation faite aux parents de participer à des stages éducatifs pour éviter de se retrouver en correctionnelle. La Chancellerie propose de généraliser l’organisation de stages de ce type sur la base d’un “modèle de protocole d’accord” joint à sa circulaire du 13 décembre 2002. La circulaire du 16 mars 2004 qui précise les alternatives aux poursuites suite à la loi Perben II ne vise pas les mineurs.

On le voit le recours à l’article 227-17 n’est pas une nouveauté comme certains semblent le penser, notamment l’avocate de la mère de Laon.

En d’autres termes Laon est loin d’être une première.

Application de l’article 227-17 du code pénal
Source : Ministère de la justice

Infractions      Condamnations Peines privatives de liberté  dont ferme
1997            170               130                   114                                   16
1998            154               115                   101                                   22
1999            143               115                    95                                    16
…
2005                                 171
2006                                 221
2007                                 192 (provisoire)

La loi dite « Egalité des chances » de 2006 a eu également le souci de développer des stages de parentalité. Par ailleurs, la loi « Prévention de la délinquance » du 5 mars 2007 donne la possibilité aux maires de créer un Conseil des droits et devoirs des parents et de décider également de stages de parentalité. Au point où il devient très difficile aujourd’hui de se retrouver entre les mesures que peuvent prendre le maire, le président du Conseil général, le procureur ou le juge qui visent toutes à travers ces stages à apprendre, en quelques jours, aux parents à être parents.

On a rappelé supra les projets présidentiels énoncés en mars 2010 pour lutter contre l’absentéisme scolaire ; ils ont un goût de « Revenez-y » sans qu’apparemment, on se soit interrogé un instant sur la non-application de règles déjà adoptées : où sont les blocages et à quoi tiennent-ils ? Pourtant cette démarche de réflexion sur les blocages s’impose pour dépasser l’incantation.

Les présidents des conseils généraux, responsables par ailleurs des services sociaux départementaux dont l’ASE, sont plus que réservés, souvent hostiles, à la démarche proposée car ils connaissent les limites d’une action purement coercitive face à un absentéisme scolaire révélateur de bien des difficultés familiales. Il y a besoin d‘action sociale et donc de gagner la confiance des intéressés. Voici un exemple parmi d’autres où il est visible qu’en partageant un intérêt commun – la scolarisation des enfants – Etat et conseils généraux doivent rechercher un consensus dans l’approche de la question.

Ajoutons pour être complets que le juge des enfants peut également retirer aux parents qui en font un mauvais usage les allocations familiales et autres prestations sociales perçues du chef de l’enfant pour les faire gérer « dans l’intérêt de l’enfant » par un tuteur.

Comme le conclut à juste titre l’article du Monde, cette démarche consistant à faire condamner les parents des enfants absentéistes scolaires n’a pas eu pour effet en Angleterre de réduire le phénomène qui au contraire a cru entre 2002 et 2007 alors que 133 parents ont été un temps emprisonnés.

En d’autres termes on se doit d’avoir ces armes dans la besace institionnelle, mais en vérité, il y a travail au long terme à engager auprès de la famille quand on en arrive à ce point chronique de refus de scolarisation.

Pour dire la vérité, le retrait des allocations familiales et les poursuites pénales apparaissent très vite comme la pratique d’un exorcisme quand la situation va justifier un travail en profondeur et sur la durée pour réconcilier chacun, adultes comme enfant, avec ses perspectives de vie.

L’éducation à la trique : jugulaire, jugulaire !(381)

avocats0061.1238625074.gifQui contestera que nombre de jeunes, sinon d’enfants, ne sont pas mobilisés par l’école et par les études ? Qui niera que (trop) sèchent plus ou moins, et souvent plus que moins,  voire décrochent littéralement de l’école ? Et s’ils sont présents leur comportement est rapidement difficilement supportable tant par les enseignants que par les autres élèves ! Cela a toujours existé. La nouveauté tient dans le nombre d’enfants concernés même si l’immense majorité de 13 millions de moins de 18 ans suivent benoitement leur scolarité.

Ce dernier constat permet de douter de l’efficacité des programmes annoncés. Ils ne sont pas à la hauteur de l’ampleur du problème. Ils apparaissent comme des recettes par ailleurs souvent éculées.

Il est bien évident plus facile de critiquer que de proposer. Pour autant on ne doit pas s’interdire d’avoir un brin d’analyse sur ce qui nous est proposé et sur ce qui se dessine. Sinon on est dans le pur activisme voire l’illusion, quitte à terme à se réveiller brutalement.

J’avoue être perplexe, sinon inquiet, tellement il me semble qu’on ne s’attaque pas à la racine du problème faute d’avoir fait une analyse de ce qui justement est à l’origine des difficultés rencontrées : nombre d’enfants, sinon de parents, doutent de l’intérêt de l’école. Au mieux dans une partie des milieux populaires  on vit l’école comme une obligation et on la subit ; on pire on n’en a pas envie et on la rejette comme une punition !

On fait l’économie de cette réflexion et, tout naturellement, les réponses avancées privilégiées sont dans le strict registre répressif.

Par exemple, le retrait (provisoire) des allocations familiales, mesure hautement symbolique n’a nullement montré son inefficacité depuis des décennies, aussi bien en France qu’à l’étranger, pour répondre au problème de l’absentéisme scolaire. Il s’inscrit en revanche dans la gamme des mesures emblématiques destinées à rassurer ceux qui sont du bon côté du manche. Avant de rétablir sous l’autorité du préfet cette disposition abrogée en 2005 avec l’accord du ministre de l’éducation nationale de l’époque – Luc Ferry pour ne pas le citer – il aurait fallu se demander pourquoi elle n’était plus mise en oeuvre par les présidents de conseils généraux. Par opposition politique ? Pour certains oui, mais un tiers des présidents de conseils généraux sont du même bord que la majorité parlementaire et ils n’y croient pas ! Tout simplement parce que responsables de l’action sociale et de l’aide sociale à  l’enfance, les élus et leurs services savent que si les problèmes familiaux sont aussi aigues qu’on le dit,  il faudra engager un travail au long terme avec la famille. Le retrait des allocations familiales n’est sans doute pas la bonne entame. Et ne parlons pas du stage de parentalité destiné à éviter le retrait des allocations. Il faut de l’investissement social pour convaincre des parents de le suivre et pour quel bénéfice ?

De même les poursuites pour non-exercice de l’autorité parentale prévue par l’article 227-17 du code pénal, pour s’imposer dans certaines circonstances où des parents sont totalement démissionnaires, relèvent de la grosse artillerie censée s’inscrire plus dans le registre de la dissuasion. Quand on fait condamner des parents comme délinquants on ne peut guère espérer qu’ils redeviennent parents à part entière aux yeux de leurs enfants. Il y a chaque année environ 150 condamnations. La démarche – je l’ai dit – peut s’imposer. Cela ne peut pas faire une politique. Ces réponses sont superficielles, réactives, pour ne pas dire réactionnaires.

Pour lutter contre la violence dans les institutions  on a aussi des réponses un peu simplistes mais révélatrices de dysfonctionnement majeurs.

On veut installer des antennes de police dans les 53 collèges les plus préoccupants de France. Déjà, souvent,  des policiers de liaison ont des relations privilégiées avec les établissements scolaires de leur secteur. Désormais on veut  carrément installer un policier certains jours de la semaine dans l’établissement en le dotant d’un bureau. Ce serait en quelque sorte un commissariat intégré. Reste à définir l’essentiel : pour quoi faire ? Quel rôle jouera-t-il ? S’inscrira-t-il dans une démarche de police judiciaire avec comme souci de relever les infractions et de les transmettre à l’autorité judiciaire ? Ou aura-t-il aussi une mission de police administrative chargé de prévenir les passages à l’acte ? Là serait la nouveauté, mais pourquoi seulement quelques jours par semaine ? Comment son action s’articulera-t-elle avec la responsabilité du chef d’établissement en charge de la discipline générale de la structure ? On ne peut pas mieux dire que les chefs d‘établissement seraient dépassés par la gestion de l’ordre intérieur. On oublie de rappeler qu’on leur a retiré les moyens humains sur lesquels ils pouvaient s’appuyer notamment les pions de jadis.

On peut aussi poser pour hypothèse que l’acuité du problème à résoudre est plus grande que par le passé ou quelques pions bons enfants, c’est le cas de le dire, suffisaient. Le rapport des enfants à l’institution s’est estompé : l’école ne s’impose plus dans tous les sens du terme ; et un rapport aux enfants qui a disparu : les adultes ont souvent la crainte des élèves. On peut le comprendre quand certains, parfois ceux dont on peut le moins s’attendre à de telles extrémités, peuvent se livrer à des actes de violence extrêmes notemment avec des armes, blanches ou pas.

Là est la grande inquiétude : les adultes ont le sentiment d’être dépassés dans leurs rapports avec les enfants, ils doutent de leurs compétences et sont prêts à accepter une aide extérieure : des policiers pour les enseignants ; des sociétés de sécurité pour les éducateurs travaillant en foyer de l’enfance comme on commence à les voir fleurir au sein des structures de la PJJ !!! Des hommes de sécurité dans un foyer pour jeunes délinquants on ne saurait mieux dire que les éducateurs sont nus !

Comment se fait-il que la même classe chahute tel prof et respecte tel autre ?

Fort heureusement nombre de professionnels individuellement et collectivement savent s’organiser pour ne pas créer cet effet de vide qui laisse place à la violence des usagers de l’institution.

On nous annonce aujourd’hui l’intention de mettre à l’écart les enfants perturbateurs dans des internats spécialisés qui seraient des annexes de certains collèges. Bien évidemment il n’est pas question de nier que nous ayons besoin de lieux spécifiques et même d’internats pour nombre de jeunes qui ont besoin d’être protégés contre leurs propres débordements. Leur famille, sinon leurs pairs, n’offrent pas le cadre qui leur serait indispensable pour se poser et travailler.

Des dispositifs mériteraient déjà d’être renforcés pour ceux des élèves conduits à craquer en cours d’année comme les classes-relais ou les ateliers relais qui offrent en interne une structure d’accueil avec possibilité pour l’élève de réintégrer sa classe une fois le mauvais moment passé. Il en faut plus. On gagnerait aussi à conserver ces structures peu connues que sont les internats scolaires et professionnels au statut tellement hybride que l’Etat et les collectivités locales (département et régions) ne s’entendent pas pour les financer. Au point qu’elles ferment les unes après les autres. Ne les laissons pas mourir avec leur savoir faire et appuyons-nous sur leur capacité de prise en charge pour ces jeunes qui ont besoin de retrouver un projet avant de songer à rajouter une nouvelle couche au mille-feuiles.

Je suis pour autant sceptique à ce qu’en cours d’année on puisse orienter d’un coup de baguette magique un élève perturbateur sur un internat scolaire avec son seul accord et celui des parents. Il faut déjà qu’il soit conscient de la nécessité de suivre une scolarité normale et qu’ensuite il accepte de rompre avec son chez lui, sa maison et son quartier. Sachant en plus qu’on lui présentera les choses de manière à le bloquer en lui parlant d’un « placement en internat » ce qui aujourd’hui dans les esprits populaires signifient punition et rupture avec les siens !!! A coup sûr il faudra passer par l’intermédiaire d’un juge des enfants… comme cela se fait déjà si tant est qu’on dispose des structures ad hoc pour accueillir ces enfants en cours d’année.

En tout cas, ce ne sont certainement pas de grandes structures qu’il faudra mettre en place. Tout au plus une douzaine de jeunes. Sinon la cocotte sera rapidement explosive.

On a déjà des expériences de cette nature avec ou sans internat.

Ces structures ont leurs exigences qui sont autant de révélateurs des dysfonctionnements antérieurs. Ainsi l’Auto-Ecole de Saint Denis qu’a animé avec un certain succès des années durant Mme Pierrelée a montré le prix qu’il fallait payer. Il faut pour ces enfants une disponibilité de tous les instants de la part des quelques personnes volontaires, ce qui suppose de mettre à l’écart les horaires classiques des enseignants. Et ici des dents ont grincé à l’intérieur, de l’institution Education nationale devant ce bradage ! Il faut aussi en passer par une autre pédagogie tenant plus de Freinet que des pédagogues modernes. Il faut aussi une grande tolérance et dans le même temps un cadre rassurant. Ces enfants ont un besoin énorme d’adultes qui s’occupent d’eux

Pour dire vrai je doute qu’à la rentrée il y ait, à la hauteur annoncée, les structures projetées. En tout cas ce n’est pas à la rentrée que se poseront les problèmes, mais un peu plus tard. Il faudra avoir la réactivité pour proposer à l’enfant et à sa famille une orientation.

Saura-t-on tout à la fois aller vite et prendre le temps de maturation nécessaire ? Une chose est certaine il faudra des travailleurs sociaux, dans et hors l’école. Et là déjà on peut pointer un manque majeur dans le discours politique. C‘est bien le service social scolaire sinon, le service de santé scolaire qu’il eut fallu songer à renforcer. Non pas tellement par le recrutement de nouveaux personnels – ce qui parait exclu dans la conjoncture économique actuelle – que par des accords de partenariat entre l’Etat et les conseils généraux.

Et là on commence à toucher au fond des choses. Aucune réponse à elle  seule, aucune institution ne peut avoir le projet d’éradiquer les problèmes auquel on est confronté. Il faut une démarche mobilisant différentes énergies et s’inscrivant dans la durée ce qui suppose un minimum de consensus. Les Etats généraux de la violence à l’école ont montré que c’était possible sur ce point précis.

Je ne suis pas sûr que ce consensus existe aujourd’hui  compte tenu tout simplement du mode d’adoption des mesures-phare.

Ici comme toujours il s’agit, non seulement, de faire face aux difficultés que rencontrent et que présentent certains jeunes perturbateurs dans les établissements scolaires, mais aussi de faire en sorte que les vagues ne soient pas de plus en plus fortes qui submergent la digue fragile sécuritaire que l’on renforce et que l’on remonte.

C’est bien un nouveau dialogue qu’il faut engager avec les familles de France sur la place de l’école et sur la place de chacun, parents comme enfant dans la scolarisation et plus largement dans l’éducation. Il ne suffit pas de fustiger certains parents. Il faut revisiter certaines règles du jeu et leur redonner du sens. Et en parler publiquement et en commun. Ainsi on ne doit pas se contenter de conduire son enfant à l’école ; il faut encore l’accompagner dans sa scolarité, le motiver sans lui mettre la pression, l’interroger sur ce qu’il fait sans lui mettre une lumière dans les yeux !  Pour les parents dépassés, quitte à définir ce que sont les adultes en situation de responsabilité pour l’enfant,   il faut mettre en place des réseaux où des « parents aident des parents ». Ce qui suppose de ne pas laisser se déliter le tissu associatif de terrain !

Il ne me semble pas que ce soit la démarche qui soit suivie.

On est jugulaire, jugulaire sans relégitimer l’intérêt du respect des règles. Des vraies règles sociales n’ont pas à être rappelées ;  elles sont intégrées car elles apparaissent justes et bénéfiques pour chacun. Dans un concert tous savent que le silence, non seulement s’impose par respect pour les artistes, mais est de l’intérêt général et de chacun.

En tout cas la situation est très très préoccupante : pour trop d’enfants et les adultes qui leur sont proches l’école de la République n’est plus crédible. Elle n’a plus de sens. Elle ne leur apportera rien. La famille, la rue et les média dont internet leur en apprennent plus sur la vie, sur une certaine vie avec sa clé de voute qu’est l’argent. Or l’argent sinon le pouvoir et la considération leur sont proposés à un moindre effort dans la rue avec le business. L’école est vécue comme une punition.

C’est une démarche inverse qui s’impose. Réaffirmer l’intérêt des études, pas seulement universitaires, même et surtout dans cette période économiquement difficile, relégitimer des valeurs. Ces jeunes ont besoin, de projets, d’utopies, d’être valoriser dans leurs compétences – et elles ne sont pas moindre aujourd’hui que les nôtres hier -, ils ont besoin d’être cadrés, non par des murs, mais par des adultes à l’aise dans leur baskets, des adultes qui ne savent pas tout, mais à tout le moins savent se poser pour trouver la réponse ! Au lieu de cela on leur offre des réponses de peur ! De quoi, par-delà la sécurité de l’instant, faire monter l’angoisse et la tension. L’autorité et la fermeté, pour nécessaires, ne suffisent pas